BÉCHAR : Vers le développement de la culture du quinoa et du sesbania

Le quinoa (Chenopodium quinoa) est une espèce de plantes herbacées annuelles de la famille des Amaranthacées (selon la classification phylogénétique) ou de celle des Chenopodiacées (dans la classification de Cronquist). C’est une pseudocéréale, plutôt qu’une véritable céréale, car ce n’est pas une herbe (une graminée). Le quinoa est du point de vue phylogénétique plus proche des espèces telles que la betterave, l’épinard et l’amarante que du blé.
Cette plante traditionnelle est cultivée depuis plus de 5 000 ans sur les Hauts-Plateaux andins d’Amérique du Sud. Comme le haricot, la pomme de terre, le maïs, le quinoa était à la base de l’alimentation des civilisations précolombiennes, mais contrairement à ces derniers, il n’a pas retenu l’attention des conquérants espagnols à cause de la teneur en saponine de l’enveloppe de ses graines qui les rend amères, et du fait que la farine qui en est tirée n’est pas panifiable en raison de l’absence de gluten. Dans les années 1970, la découverte des qualités nutritionnelles exceptionnelles de la graine de quinoa dans les pays industrialisés impulse sa vente dans les magasins de produits diététiques issus de l’agriculture biologique et du commerce équitable puis dans les grandes surfaces. Une forte croissance de la demande va entraîner la multiplication par quatre des prix au producteur bolivien entre 2 000 et 2010. Le boom de la culture du quinoa qui s’en est suivi, conduit à une amélioration importante du niveau de vie des populations de l’Altiplano. En 2013, l’année internationale du Quinoa, dont le secrétariat a été assuré par la FAO, a contribué à la reconnaissance mondiale du quinoa. Aujourd’hui, l’expansion de la culture du quinoa sur tous les continents est telle que plus de 125 pays le cultivent, mais la quasi-totalité du quinoa est produite par les petits producteurs du Pérou, de la Bolivie et de l’Équateur et maintenant par les agriculteurs d’Amérique du Nord.
À Béchar, des équipes de recherche de l’institut technique de développement de l’agronomie saharienne (FDPS-ITDAS) d’Abadla plaident pour la promotion et le développement de la culture à grande échelle des plantes de quinoa et de sesbania (sesbania est qui un genre de plantes à fleurs de la famille des Fabacées), à travers la vallée de la Saoura. «Il appartient aujourd’hui de mettre en œuvre un programme de promotion et de développement des cultures à grande échelle de ces plantes à travers les grandes exploitations agricoles de la région, à la suite d’expériences pilotes qui se sont avérées concluantes en matière de culture de ces deux plantes au niveau de la FDPS d’Abadla», a affirmé la directrice de la ferme de démonstration et production des semences de l’institut technique de développement de l’agronomie saharienne (FDPS-ITDAS) d’Abadla, l’ingénieur agronome Houria Bouneder. «L’expérience de la culture de ces deux plantes non endémiques et non autochtones de l’Algérie, au niveau de la FDPS et de deux exploitations agricoles de la région, a incité à plaider pour leur culture à grande échelle à travers la wilaya, et ce, pour leurs atouts, tant pour les consommateurs, et les éleveurs que pour l’environnement», a-t-elle précisé. «Grâce à ces expériences menées par les équipes d’agronomes et techniciens de la FDPS, les graines de ces deux plantes sont produites actuellement au niveau de la FDPS, et ont été distribuées à certains agriculteurs qui ont accueilli favorablement ces nouvelles cultures, inconnues jusque-là dans la région», a-t-elle relevé. Le quinoa, qui est une plante originaire d’Amérique du Sud, s’adapte facilement aux sols de la région et a l’avantage de pouvoir s’adapter aux milieux inhospitaliers, aux vents violents, à la sécheresse et au gel, a-t-elle fait savoir.

Une plante qui s’adapte au sol de la région
Cette plante herbacée, dont la pionnière sur les recherches et essais sur le terrain dans le pays est l’agronome Halima Khaled de l’ITDAS-Biskra, mesure jusqu’à 2 mètres de haut et appartient à la famille des légumes à feuilles (épinard, betterave, etc), et dont sont récoltées les graines pour être consommées comme une céréale, a expliqué la chercheuse.
Le quinoa se prépare de la même façon que le riz, et ses graines sont en forme de petites perles de couleur ivoire, transparentes après cuisson. Il a de nombreuses valeurs nutritionnelles, dont huit acides aminés indispensables pour la santé des consommateurs, telles que la cystine, la lysine et la méthionine, et contient des acides gras insaturés, dont l’Oméga-3, sans compter sa teneur en minéraux (fer, magnésium, phosphore, potassium, zinc, calcium), en plus des vitamines B et E, a ajouté Mme Bouneder. Le quinoa a été introduit en Algérie en 2013, à l’occasion de l’Année internationale du quinoa, par l’organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), à travers un projet régional concernant huit pays dont l’Algérie.
Par ailleurs, l’arbre sesbania bispinosa a été, quant à lui, introduit par l’ITDAS, dans le cadre d’un programme de recherche appliquée sur l’utilisation des eaux saumâtres et salées en Afrique du Nord, et ce, avec la coopération du Centre arabe d’études des zones arides et des régions sèches (ACSAD), dans le but de sa culture comme plante fourragère, pouvant répondre aux besoins et aux préoccupations des éleveurs en matière d’aliments de cheptel, car la plante allie à la fois rendement élevé et rusticité. Cet arbre, dont les semences ont été distribuées aussi à des agriculteurs de la région, notamment à Béchar, Kerzaz et Beni-Abbes, est cultivé actuellement dans de petites parcelles. Le souhait actuellement est de développer sa culture sur de grandes surfaces pour en faire un aliment pour le cheptel et pallier les rendements faibles des autres cultures fourragères, étant donné que cette plante se développe rapidement et résiste aux aléas climatiques et aux sols à teneur de salinité, comme c’est le cas dans plusieurs zones agricoles de la région.
Sesbania, qui est un arbre originaire d’Asie, s’est adapté au cours des essais à la FDPS et sa culture dans les zones de Béchar, Kerzaz et Beni-Abbès a donné des résultats «encourageants» pour son essor, signale Mme Bouneder. Cette plante, en plus de ses atouts en tant qu’aliment pour le cheptel, est riche en acides aminés et a des propriétés culinaires et pharmaceutiques, et s’adapte au climat chaud, comme c’est le cas de la région du sud-ouest du pays. Les équipes d’agronomes de la FDPS et de ITDAS d’Abadla ont également obtenu, dans le cadre des expériences de recherche, des résultats «encourageants» en matière de culture du safran et du moringa, selon Mme Bouneder. La FDPS-ITDAS d’Abadla est une structure de recherche, de développement et d’études techniques sur les ressources naturelles et la production agricoles en milieu saharien, nous dit-on encore.
B. Henine

lesoirdalgerie.com    26.04.2022

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