Depuis les Nations unies : Mohand Amokrane Chérifi avertit «Il y a un plan de déstabilisation contre l’Algérie»

Ami très proche du défunt Hocine Ait Ahmed, docteur d’État à la prestigieuse université de Harvard aux Etats-Unis, diplomate de renommée internationale, Mohand Amokrane Cherifi fait partie du gratin de l’intelligentsia algérienne à l’étranger. Avec recul et sagesse, il professe dans cet entretien l’urgence de consolider l’unité nationale « car c’est un impératif vital » pour le pays.

Interrogé depuis les Nations unies à Genève sur les menaces qui pèsent sur la sécurité nationale et la manière d’y faire face, Mohand Amokrane Cherifi, diplomate de renommée internationale et ancien ministre, a mis l’accent sur la montée des périls et l’impératif pour le pays de consolider l’unité populaire afin de dissuader toute atteinte à la souveraineté nationale et à l’intégrité de son territoire. Mohand Amokrane Cherifi a été ingénieur à l’université Grenoble-Alpes en France Il a ensuite poursuivi un cycle de formation pour l’obtention d’un doctorat en économie à l’université Harvard, aux Etats-Unis. Il a été coordinateur exécutif de l’Alliance mondiale des villes contre la pauvreté dans le cadre du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud). En reconnaissance à sa contribution et son soutien remarquables au développement urbain inclusif et durable, Mohand Amokrane Chérifi a été distingué en 2014 pour la deuxième fois par l’Organisation des Nations unies (ONU), pour son travail accompli au Pnud en qualité de concepteur et de coordinateur de l’Alliance depuis sa création sous l’égide du Pnud, alliance qui a permis de promouvoir et de développer la coopération internationale décentralisée. Une autre distinction a été décernée par l’Office pour la coopération Sud-Sud des Nations unies, lors de l’Exposition 2014 sur le développement global Sud-Sud qui a eu lieu à Washington, «en reconnaissance à sa contribution spéciale à la coopération Sud-Sud et la coopération triangulaire, comme récompense au travail qu’il a accompli en matière de formation, de recherche et de projets. Il a dédié ces distinctions honorifiques à Hocine Ait Ahmed. Président de l’Association des fonctionnaires internationaux algériens, Chérifi a été le premier diplomate algérien en relation avec l’Organisation des Nations unies, et y a été ensuite suivi par le professeur Mohamed Belhocine. Il a ouvert un bureau de représentation du FLN à New York pendant la guerre de Libération nationale en vue d’inscrire la question algérienne à l’ordre du jour de l’Assemblée générale de l’ONU et plaider auprès des pays membres le droit à l’autodétermination du peuple algérien. En 2013, il a été élu membre de l’instance présidentielle du FFS, un poste qu’il quittera en février 2020.

L’Expression: Pourquoi considérez-vous l’unité populaire comme une arme de dissuasion dans les stratégies de défense nationale, en temps de paix comme en temps de guerre?
Mohand Amokrane Cherifi: Dans l’histoire des nations, il existe une dimension que l’on retrouve sur tous les continents depuis les temps anciens, à savoir qu’un peuple uni est invincible face à la montée des périls.
L’urgence est donc de consolider l’unité nationale car c’est un impératif vital. Or, l’unité de la nation n’est jamais acquise pour toujours. Elle se construit et s’entretient en permanence.
Cette dimension est une donnée importante dans l’évaluation du rapport de force en temps de paix comme en temps de guerre. Les stratèges militaires n’attaquent pas un pays uni derrière ses dirigeants car, quand bien même une armée serait vaincue et un pays conquis, les peuples d’une nation unie se ressaisissent, organisent une résistance et chassent l’occupant.
C’est la raison pour laquelle toute doctrine en matière de défense nationale attache une grande importance à l’unité de la nation derrière ses dirigeants et son armée, qui permet de dissuader et d’affronter tout ennemi potentiel.
Cette cohésion est, aujourd’hui, confrontée à la diffusion d’idéologies remettant en cause les valeurs et les principes qui cimentent la nation. L’exploitation des progrès en matière numérique et médiatique renforcent les capacités d’influence et d’ingérence extérieure étatique et non étatique. Affermir cette cohésion en particulier au sein de la jeunesse doit demeurer un axe stratégique prioritaire qui doit mobiliser tous les moyens de l’État et de la société.

Quels sont les facteurs de déstabilisation qui rendent urgent la consolidation de l’unité nationale?

Il faut anticiper les évènements et agir vite car de nombreux indices, leur conjugaison et leur accélération, laissent supposer une stratégie de déstabilisation de l’Algérie par des forces étrangères, avec des relais internes, pour obtenir un changement de politique sur la Palestine et le Sahara occidental, la révision de l’alliance avec la Russie, l’exploitation du gaz de schiste et l’ouverture de son marché intérieur aux multinationales. Cette déstabilisation a commencé et se développe sur plusieurs fronts:

-l’intrusion dans les pays frontaliers (Maroc, Libye, Mali, pays du Sahel) de forces étrangères opposées au règlement politique des conflits régionaux, menaçant directement la sécurité nationale.
– le soutien extérieur des tendances séparatistes et islamistes, oeuvrant à couper l’armée de son peuple, et à détacher la Kabylie et le Sud du reste du pays.
– les rapports à charge d’organisation internationales sur le non-respect de l’État de droit et des principes démocratiques, qui donnent prétexte à des ingérences étrangères.
– le dénigrement systématique des institutions et du système de gouvernance par des officines étrangères, à travers les réseaux sociaux, suscitant la colère sociale et véhiculant les discours de haine
Tous ces éléments visent à déstabiliser le pays, à porter atteinte à l’unité nationale et à l’affaiblissement de sa capacité de défense.

Comment procéder pour unifier la nation?
Unir la nation c’est identifier et réduire tous les facteurs de tension et de division en agissant sur quatre leviers, le pluralisme linguistique et culturel, la décentralisation administrative, le respect des libertés, le lien peuple-armée, l’État de droit démocratique et social.
Le pluralisme linguistique et culturel est une richesse. La reconnaissance et le soutien de cette pluralité désarmeront tous ceux qui instrumentalisent ces éléments pour diviser la nation.
La décentralisation effective de l’État, par un transfert de pouvoirs administratifs et financiers aux collectivités locales, permettant une meilleure prise en charge des besoins des citoyens et leur participation effective aux décisions les concernant.
Le respect des libertés individuelles et collectives assurerait une adhésion volontaire et non contrainte des citoyens à leurs institutions et contribuerait à une grande stabilité et cohésion nationale. Cessation de poursuites pour délits d’opinion, libération des champs politique et médiatique, garantie des libertés de réunion, d’expression et de manifestation pacifique.
Le lien peuple- armée doit être constamment renforcé car la cohésion nationale conditionne la légitimité de l’action des armées, par le soutien de la Nation aux décisions de recours à la force
L’instauration d’un État de droit réellement démocratique et social, car le patriotisme, ciment de la nation, va de pair avec la démocratie, tout en soulignant que la défense du secteur et des services publics, la défense constante du pouvoir d’achat, l’accès de tous aux services sociaux de base et une protection sociale des plus démunis doivent une constante de l’action gouvernementale.
Pour résumer, oeuvrer pour l’unité et la liberté de son peuple consoliderait la défense nationale, dissuaderait toute action de subversion et préserverait la souveraineté nationale de toute ingérence ou intrusion étrangère

Que faire pour mobiliser les citoyens à faire front commun dans un contexte international et régional qui menace leur existence?
L’Algérie va devoir se préparer à affronter les conséquences de la guerre en Europe et des conflits régionaux à ses frontières, sur la sécurité de son territoire, l’approvisionnement alimentaire de sa population et la sauvegarde des conditions de vie et de travail de ses citoyens. À cet effet, il s’agit de sensibiliser la population sur la réalité des menaces, leurs origines et la nécessite de resserrer les rangs face à ces menaces. Il faudra en même temps préparer l’opinion à vivre une austérité inéluctable dictée par une économie de guerre imposée par les conflits en Europe et les bruits de botte à nos frontières. Cette sensibilisation doit être accompagnée, le moment voulu, par la mobilisation effective des citoyens à la défense du territoire national, l’enrôlement volontaire des jeunes dans un service civil de résistance, la constitution dans les quartiers urbains et les villages de comités de défense sous l’égide des collectivités locales.
La simple annonce de ces mesures, tout en vivifiant le sentiment patriotique aura un effet dissuasif sur tous ceux qui seraient tentés de s’attaquer à l’Algérie et à son peuple.

S.Benamar

lexpression.dz

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