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Par Delloula Morsli
Keltoum n’était pas seulement une actrice talentueuse, c’était une véritable pionnière qui a bousculé les conventions et marqué à jamais l’histoire culturelle du pays. Née à Blida en 1916, Aïcha Adjouri de son vrai nom, a, dès son jeune âge, manifesté une grande passion pour la danse et le théâtre. Mais à cette époque, les aspirations artistiques d’une jeune femme algérienne se heurtaient de front aux traditions et aux préjugés familiaux. En 1935, sa vie bascule lorsqu’elle est repérée par Mahieddine Bachtarzi, un pilier du théâtre algérien. Malgré les réticences de sa famille, elle saisit cette chance et foule pour la première fois les planches.
S’ensuit une ascension fulgurante. Keltoum révèle des aptitudes exceptionnelles pour la comédie. Elle joue dans des pièces de grands metteurs en scène comme Bachtarzi, Rachid Ksentini ou Habib Réda. En 1947, elle intègre la troupe arabe de l’Opéra d’Alger, nouvellement créée. Sa voix mélodieuse lui permet de briller également dans le théâtre radiophonique. Elle enregistre cinq disques dans les années 1940 et 1950, dont «Ya ouled El Ourbane» et «Ahd Thnine».
En 1963, elle rejoint le Théâtre national algérien q(TNA), fraîchement créé au lendemain de l’indépendance. C’est là qu’elle renoue avec son mentor, Bachtarzi, pour interpréter un rôle marquant dans sa pièce «Mariage par téléphone».
C’est également au début des années 1960 que Keltoum se lance dans le cinéma. Son rôle le plus emblématique et celui qui la fait connaître du grand public reste sans conteste celui de la mère courage dans «Le Vent des Aurès» de Mohammed Lakhdar-Hamina (1966). Son interprétation poignante et muette d’une femme cherchant son fils emprisonné par l’armée coloniale restera gravée dans les mémoires. Ce film marquera aussi l’histoire du cinéma algérien en recevant le Prix de la meilleure première œuvre au Festival de Cannes de 1967, faisant de Keltoum la première actrice algérienne à fouler le prestigieux tapis rouge. Sa carrière au cinéma se poursuivra durant plusieurs décennies. Elle collaborera avec de grands réalisateurs comme Lakhdar-Hamina dans «Décembre» et «Hassan Terro», Lamine Merbah dans «Les Déracinés», ou encore Mahmoud Zemmouri dans «Les Folles Années du twist». On la retrouvera également dans des séries cultes comme «Hassan Niya» de Ghaouti Bendedouche, partageant l’affiche avec une autre figure emblématique, Rouiched.
Au fil des années, Keltoum accumule les rôles au cinéma, plus d’une vingtaine au total, mais son véritable amour reste le théâtre. Elle s’illustre dans plus de 70 pièces au cours de sa longue carrière. En 1991, après avoir pris sa retraite du Théâtre national algérien, Keltoum effectue une dernière apparition remarquée aux côtés de Rouiched dans la pièce «El Bouwaboune».
C’est en 2010 que l’Algérie perd cette figure emblématique du monde des arts. Keltoum laisse derrière elle un héritage immense, celui d’une pionnière qui a ouvert la voie aux générations futures d’actrices et d’artistes algériennes.