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Des Français qui ont dit non à la France coloniale Ils se sont sacrifiés pour l’Algérie

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Par Kamel Lakhdar Chaouche    Le 29.04.202

La mémoire collective algérienne se rappelle encore de ces Français qui se sont sacrifiés pour un pays qu’ils savaient ne pas être le leur alors qu’ils connaissaient le sort que leur réserverait leur propre pays, la France. Ils ont crié leur colère, leur indignation et prêté leur voix et leur plume au Front de Libération nationale (FLN). Français, ils se sont élevés contre les horreurs et les exactions commises au nom de la France, qui devenait de plus en plus méconnaissable à leurs yeux et insupportable pour leur conscience.
Il faut considérer l’apport des intellectuels français, connus ou simples anonymes, qui ont soutenu le FLN et le peuple algérien en lutte pour le recouvrement de son indépendance, mais aussi celui de Français d’Algérie et des soldats de l’armée française. Pour ces derniers, leur engagement était lourd de conséquences: ils ont déserté pour rejoindre l’ennemi, le FLN.
A cette époque, un phénomène nouveau apparaît, l’insoumission. On se souviendra longtemps de l’immense succès de la chanson de Boris Vian, Le Déserteur, qui fait revivre l’esprit de ce temps. En effet, beaucoup de déserteurs ont été enregistrés dans les rangs des appelés de l’armée française et même parmi les Français d’Algérie. Ils se sont investis pleinement et activement dans la lutte pour l’indépendance de l’Algérie. Henri Maillot et Maurice Laban, authentiques patriotes algériens, morts les armes à la main le 5 juin 1956.
Acquis à la cause algérienne, Fernand Yveton, militant communiste et anticolonialiste français rallié au FLN, sera le seul Européen parmi les 198 prisonniers politiques guillotinés durant la guerre d’Algérie. Me Albert Smadja, son avocat commis d’office, témoin de l’exécution qui a eu lieu le 11 février 1957, rapporte qu’avant de mourir Fernand Iveton déclara: «La vie d’un homme, la mienne, compte peu. Ce qui compte, c’est l’Algérie, son avenir. Et l’Algérie sera libre demain. Je suis persuadé que l’amitié entre Français et Algériens se ressoudera.»
S’ajoute aussi Henri Maillot qui avait choisi la cause de l’indépendance de l’Algérie par conviction idéologique. Dans une lettre ouverte adressée aux rédactions parisiennes il s’exprimait en ces termes: «Au moment où le peuple algérien s’est levé pour libérer son sol national du joug colonialiste, ma place est aux côtés de ceux qui ont engagé le combat libérateur.» L’exemple d’Henri Maillot, qui cria «vive l’Algérie.» Face à ses bourreaux qui voulaient lui faire crier «vive la France», avant de l’abattre, illustre amplement la cruauté du colonialisme, y compris envers ses propres enfants.
Il faut rappeler que le cas d’Henri Maillot, capturé lors d’une embuscade à Palestro ou embuscade de Djerrah, dans la région de Palestro (aujourd’hui Lakhdaria) en Kabylie, constitue l’une des affaires les plus médiatisées à cette époque, comme le souligne Benjamin Stora dans Les mots de la guerre d’Algérie: «Palestro restera comme la plus célèbre embuscade de la guerre, le symbole de ce qui peut arriver de pire: l’attaque-surprise, l’impossibilité de se défendre, la mutilation des cadavres.»
En métropole, Francis Jeanson et sa femme Colette avaient publié en 1955 L’Algérie hors-la-loi, un véritable pamphlet anticolonial, devenu «le bréviaire des révolutionnaires français», selon les termes du journaliste Jean Daniel, cité par Hervé Hamon et Patrick Rotman, dans Les Porteurs de valises,
La Résistance française à la guerre d’Algérie. Avec l’aide de ses amis, il fonda le célèbre «Réseau Jeanson», composé de militants gauchistes sympathisants de l’Algérie libre. Celui-ci participera activement à la lutte, par ses
«porteurs de valises» qui transportaient de l’argent et des papiers importants pour le FLN.
Leur combat aux côtés des Algériens est aussi une longue histoire de prises de position et de vulgarisation de la réalité algérienne, différente des clichés officiels. C’était aussi l’histoire de batailles intellectuelles, âpres et incessantes, conduites avec un engagement qui n’a jamais failli, pour accompagner le peuple algérien dans son mouvement d’émancipation. Certains de ces intellectuels ont été condamnés par la justice française pour «traîtrise», jugés sommairement puis exécutés ou jetés en prison.
Maurice Audin, qui ne représente pour les jeunes générations que le nom d’une place au coeur d’Alger, était enseignant à la faculté d’Alger et militant de la cause algérienne. Il a été arrêté par l’armée française le 11 juin 1957, lors de la bataille d’Alger, et assassiné dans des conditions non encore élucidées pour son implication dans la guerre de libération. Pour l’historien Pierre Vidal-Naquet, Maurice Audin est
«mort pendant son interrogatoire». Affirmatif, le général Aussaresses confirme, dans son entretien avec le journaliste Jean-Charles Deniau,
«avoir donné l’ordre de tuer Maurice Audin. On l’a tué au couteau pour faire croire que c’était les Arabes qui l’avaient tué».
À cette époque-là, ses bourreaux qui voulaient lui faire crier «vive la France», parlent de «Gestapo d’Algérie». ces situations de torture ont contraint le général Jacques Pâris de Bollardière à démissionner de l’armée française parce que les pratiques des hommes de Massu-Aussaresses-Bigeard réveillaient en lui avec horreur le souvenir des atrocités commises par les nazis. Le général Jacques Pâris de Bollardière, un des plus honorés de la Résistance française contre les nazis, se voit accusé par la France de «démoralisation du moral des troupes», et mis en résidence surveillée. Dans un ouvrage intitulé Contre la torture, l’écrivain journaliste Pierre-Henri Simon s’interroge avec consternation:
«Sommes-nous les vaincus de Hitler?»
Quelques jours avant le déclenchement de la Révolution, André Mandouze, professeur à la faculté des lettres à Alger, qui menait une vie parallèle de journaliste et signait, dès l’aube de la révolution, plusieurs articles pour dénoncer le colonialisme français et tirer la sonnette d’alarme sur la situation réelle de l’Algérie.
Quelques jours avant le déclenchement de la Révolution, Mandouze titrait, dans la revue Consciences maghrébines dans le numéro d’octobre-novembre 1954:
«Sous le signe de la contradiction. Au secours, messieurs: l’Algérie est calme.» Pour ajouter dans le bimensuel: «Qui mettra fin aux deux formes de terrorisme autorisé: la police et la presse?» En France, les politiques et les médias étaient unanimes pour traiter les insurgés de «terroristes». Alors que le ministre de l’Intérieur de l’époque, François Mitterrand, proclamait: «L’Algérie, c’est la France», Mandouze répliqua dans le même article: «Ceux qui nient qu’il y ait un problème algérien, répétant l’Algérie, c’est la France, sont ou des ignares ou des gredins.» À la fin de l’année 1956, il est arrêté et emprisonné à cause de son activité en faveur du FLN et accusé «d’entreprise de démoralisation de l’armée ou de la nation ayant pour but de nuire à la Défense nationale».
De son côté, le directeur du quotidien Le Monde, Hubert Beuve-Méry, écrivait, dans son éditorial du 13 mars 1957, sous le pseudonyme de Sirius: «Dès maintenant, les Français doivent savoir qu’ils n’ont plus tout à fait le droit de condamner dans les mêmes termes qu’il y a 10 ans les destructeurs d’Oradour et les tortionnaires de la Gestapo.» Quelques journaux paraissant à cette période, à l’exemple de France Observateur, Témoignage chrétien, le quotidien Le Monde, bravaient la censure et les poursuites judiciaires et dénonçaient la torture, passant de leur position initiale du refus de la guerre au soutien à l’indépendance de l’Algérie. À partir de 1957, en pleine bataille d’Alger, Le Canard enchaîné, L’Express, Le Nouvel Observateur, Libération, L’Humanité et Le Monde ont fait un rigoureux travail d’information en mettant en exergue, méthodiquement, les sévices infligés aux Algériens. Les actions de l’armée française face à l’insurrection soulevaient de lourdes questions d’éthique. L’armée était devenue une institution quasi indépendante, de plus en plus rebelle au pouvoir français avec lequel une partie d’elle entre en conflit. Le général de Gaulle excellera dans l’art de la tactique pour éviter l’écroulement du système. Le climat de tension dû à la crise algérienne avait des conséquences assez négatives sur l’image de la France et de son armée sur la scène nationale et internationale.
La «Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie», plus connue sous le nom de «Manifeste des 121» a eu un rôle important. En septembre 1960, 121 écrivains, universitaires et artistes français, parmi lesquels Simone de Beauvoir, André Breton, Marguerite Duras, Claude Lanzmann, Jean-Paul Sartre, Vercors et Pierre-Vidal Naquet, signèrent ce texte. Ils ont été 240 personnalités à signer la seconde édition pour informer par des critiques très acerbes, l’opinion nationale française et internationale de la réalité de la guerre d’Algérie.
Ils soutenaient fermement le peuple algérien dans sa lutte pour son indépendance: «La population algérienne opprimée ne cherche qu’à être reconnue comme communauté indépendante.» Quelle est la place de toutes ces personnes dans le récit national des deux pays? Ce manifeste a contribué à creuser le fossé entre la métropole, le pouvoir politique et les Français d’Algérie, qui commençaient à se détourner du général de Gaulle en l’accusant de les avoir trahis. Ainsi, l’image de «grandeur» de la France dont le général de Gaulle se faisait l’apôtre est définitivement ternie.

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