Voilà les juteux contrats négociés, dont l’Algérie a grandement besoin
Par Tarek Benaldjia
Les responsables politiques et les médias occidentaux, ainsi que les forces affiliées, attachent depuis plusieurs mois une grande attention à la présence des entreprises économiques sur le sol libyen. En faisant mine, bien souvent, d’oublier leur responsabilité directe quant au chaos dans lequel a été plongé ce pays, jadis stable et prospère.
Il y a encore récemment, on se souvenait du dixième anniversaire de l’intervention de l’OTAN contre la Jamahiriya libyenne de Mouammar Kadhafi. Cette agression, en totale violation du droit international et de type purement néocolonial, avait non seulement plongé le pays dans un chaos évident, mais a également créé une instabilité sécuritaire pour nombre de pays de la région, y compris dans le Sahel.
Évidemment, les politiciens et les médias occidentaux n’apprécient guère quant à devoir subir ces rappels et jusqu’à maintenant n’ont jamais exprimé de regrets dignes de ce nom. Pour autant, Washington, Londres comme Paris – se donnent un énorme « plaisir » à accuser des pays comme la Turquie, et surtout la Russie quant à leur présence actuelle en Libye.
Le 9 février dernier, à Tripoli, l’ambassadeur italien Giuseppe Buccino rencontre le Premier ministre libyen Abdel Hamid Dbeibah, tout juste nommé sous l’égide de l’ONU, dans la perspective des élections générales en décembre prochain. “Aujourd’hui, nous confirmons notre amitié et notre fraternité”, déclare ce jour-là le diplomate italien en référence aux liens historiques entre l’Italie et la Libye depuis l’époque coloniale (de 1911 à 1942). De manière subliminale, l’ambassadeur adresse aussi un message à la diplomatie française : à Tripoli, Rome se sent chez elle et entend garder une longueur d’avance.
Le pacte d’amitié scellé avec Tripoli assurait en effet l’avenir de l’Italie. En réparation de la période coloniale, Rome avait commencé à investir 5 milliards de dollars sur vingt-cinq ans dans des infrastructures libyennes. En échange, elle recevait une double assurance de la part du “Guide” libyen, qui s’engageait à lutter contre l’émigration clandestine et à renouveler les accords pétroliers et gaziers, vitaux pour la Péninsule.
A l’époque, la compagnie ENI règne en maître sur les raffineries libyennes. Et Berlusconi en est convaincu : si la France, déjà présente en Libye avec Total, s’engage contre Kadhafi, c’est avant tout pour grignoter des parts de marché.
France et Italie la jouent en solo
En Libye, France et Italie la jouent en solo. La preuve encore en juillet 2017 quand Emmanuel Macron, fraîchement élu, organise un sommet franco-libyen sans prévenir les Italiens. “Nous sommes restés volontairement discrets sur les préparatifs afin que d’autres pays, y compris l’Italie, ne puissent pas saboter la rencontre de La Celle-Saint-Cloud”, se défend un proche du président français à propos de ce rendez-vous réunissant les ennemis jurés Haftar et El-Sarraj.
Ni cette rencontre, ni la suivante à Paris, ni celle organisée par les Italiens à Palerme en 2018 n’ont produit le moindre résultat…
Qui se souvient lorsque Sarkozy n’a pas hésité à aller voler des contrats à des pays « alliés » comme l’Italie pour couvrir ses arrières dans l’affaire Khadafi. Il a même déclenché une guerre qui a fait des milliers de morts et mis le chaos en Libye.
A qui cela profite-t-il ?
A force de tirer à hue et à dia la France et l’Italie, l’Algérie a mis la Libye hors de son jeu économique, laissé le champ libre aux Turcs et aux Russes et fait de Paris et Rome des acteurs secondaires en Libye. Soit l’exact opposé du but qu’il lui ait été assigné en temps utile et d’une manière telle qu’il ait eu la possibilité d’assurer sa défense.
Le voisin égyptien a beau déclarer que désormais, la coordination est de mise sur ce dossier. Reconstruction de la Libye…. L’Egypte signe 13 accords économiques avec la Libye d’une valeur de 33 milliards de dollars
Les entreprises publiques et privées égyptiennes obtiennent des dizaines d’accords et des milliers d’emplois pour les Égyptiens en Libye.
Pendant que l’Algérie, a conduit à la formation d’un gouvernement d’union nationale et menace Khalifa Haftar de représailles, s’il lui venait à l’esprit de marcher sur Tripoli, les Russes et les Turcs, eux, visent des contrats de centrales électriques, de ventes d’armes et le contrôle des ports. Pareillement d’autres coureurs avancent à leurs propres risques, pressés d’atteindre d’autres objectifs politico-économiques.
Au-delà de l’aspect économique, les deux pays coopèrent dans bien d’autres domaines d’ordre politique et culturel, il s’agit d’un « jeu de séduction politico-économique visant à étendre l’influence algérienne au Maghreb ». Or en réalité c’est loin d’être un « jeu de séduction » mais une véritable volonté de tisser des liens cordiaux avec un pays et un peuple qui ont partagé une histoire et culture communes avec l’Algérie.
Sur le plan géopolitique aussi, les deux pays partagent des intérêts stratégiques. « Sur le plan international, si Alger ne s’est pas alignée sur l’axe turco-qatari, elle s’éloigne de plus en plus de l’axe Abu Dhabi-Riyadh-Le Caire sur de nombreuses questions, en particulier celle de la Libye », Les dirigeants des deux pays partagent également la même position au sujet de la défense de la cause palestinienne.
Une coopération redoutée par Paris
La coopération stratégique établie entre la Libye et l’Algérie n’est bien évidemment pas vue d’un bon œil par Paris qui craint perdre une zone d’influence. Inquiétude exprimée par le ministre français de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire qui a révélé lors d’une réunion à l’Assemblée nationale française en 2020 que « Paris ne devrait pas céder sa place à des concurrents économiques, car la France se trouverait en grande difficulté face à ses intérêts économiques en Algérie ».
En conclusion, la Libye et l’Algérie ont mille et une raisons pour bien s’entendre et développer un partenariat stratégique mutuellement profitable. Si la bonne entente entre les deux pays est décriée par des pays concurrents, tout laisse à penser que les deux pays au destin uni ne feront que se rapprocher davantage à l’avenir.