Le patronat se dit prêt à prendre part à l’opération de reboisement des espaces incendiés à travers l’élaboration d’une stratégie nationale qui favorisera les plants rentables, d’un point de vue économique, et exportables.
Après avoir reçu le feu vert du ministère de l’Agriculture et du Développement durable, les opérateurs économiques s’attèlent, avec le concours de l’Association nationale pour la protection des consommateurs El Aman, à élaborer les prémices d’une stratégie nationale de reboisement, qui soit rentable sur le plan économique. Ainsi, le patronat, sous la coupe de la Confédération des industriels et des producteurs algériens (Cipa), a tenu, ce mercredi au niveau du siège de cette dernière, une réunion sur ce projet de stratégie avec les experts dans différents domaines en relation avec le reboisement, co-chapeautée avec l’association El Aman. Le but, selon le président de cette dernière, Hacène Menouar, est de favoriser les plants qui permettraient aux citoyens de manger mieux tout en générant des richesses, à travers les exportations notamment. Il s’agira de proposer, d’après le président de la Cipa, Abdelwahab Ziani, une stratégie d’un reboisement ciblé à valeur ajoutée, qui sera débattue au niveau de la tutelle. «Tous les opérateurs économiques inscrits dans les organisations patronales sont prêts à financer cette stratégie de reboisement et de reconstruction de l’Algérie à condition que le programme des actions soit clair et qu’il soit rentable d’un point de vue économique», précise-t-il, espérant que cette stratégie encouragera la création de petits métiers un peu partout sur le territoire national. Les opérateurs, poursuit-il, sont prêts à conclure des contrats moraux avec les producteurs forestiers locaux tandis qu’un comité de pilotage et de suivi accompagnera ces opérations de bout en bout. Lors de cette réunion d’ailleurs, des inscriptions ont été accueillies pour la formation de ce comité qui activera à long terme. «Le reboisement ne se fera pas du jour au lendemain. Il s’étalera sur plusieurs années et la mission du comité durera une dizaine d’années au moins. Au lendemain des incendies, l’élan de la solidarité nationale a poussé des citoyens à faire dons de milliers de plants. Mais sans une étude scientifique et sans organisation, cette initiative, louable certes, fera plus de mal que de bien à nos forêts», estime Menouar, appelant à transformer les espaces brûlés en espaces d’investissements.
Ziani signalera que, dans cette stratégie, il sera question d’identifier avant tout les régions à planter et d’une façon intelligente. «Les plantations doivent être rentables, font travailler les gens de ces régions et suivies de création de coopératives pour garantir la commercialisation des produits. Ces coopératives seront, en quelque sorte, les intermédiaires entre ces producteurs et les opérateurs économiques», explique-t-il. Sélectionner, ensuite, une centaine de plants pour commencer à planter dans les régions identifiées qui soient non seulement rentables mais exportables également. «Nous avons, par exemple, besoin de plantes aromatiques dans la transformation industrielle. En fait, au lendemain des incendies, nos entreprises avaient prévu d’offrir une centaine de plants et une dizaine de caisses apicultures. Mais nous avions jugé, par la suite, qu’il sera plus judicieux d’apporter une aide plus durable, lancer une réflexion avec les experts pour transformer la tragédie des incendies en une opportunité économique», conclut-il.
Revoir la loi
La Confédération algérienne du patronat citoyen (CAPC) a appelé à la nécessité de revoir la réglementation des forêts. La représentante de cette organisation patronale a signalé qu’en l’absence de lois spécifiques aux forêts et à leur exploitation, ces espaces sont comme «momifiés». «Nous n’avons pas seulement besoin d’un ministère qui soit dédié aux forêts, mais également des lois qui favorisent les investissements. Les investisseurs intéressés par ce créneau existent mais comme la réglementation fait défaut, ils sont comme freinés dans leur élan. La révision des lois donc est nécessaire pour booster les investissements dont on parle aujourd’hui dans le cadre de cette stratégie de reboisement», indique-t-elle. Pour l’expert dans le développement rural Amar Benadoud, il est important que l’agriculture de montagne soit attractive et non répulsive pour ne pas faire fuir les riverains. «Il ne s’agit pas seulement de choisir avec soin les plants qui soient rentables, mais aussi de protéger nos forêts, une fois reboisées, des incendies. Il ne faut pas, par exemple, choisir le pin, car il est très inflammable. Favoriser plutôt le chêne tout en entretenant ce que nous avons déjà comme patrimoine forestier», explique-t-il. Il sera impératif aussi, selon lui, de former les populations rurales sur les métiers de la terre pour tirer profit au maximum des potentialités.
L’expert dans l’agronomie industrielle Mokrane Nouad souligne qu’il faut faire la distinction entre l’agriculture et l’agriculture de montagne qui n’obéissent pas aux mêmes règles. L’agriculture de montagne, précise-t-il, est très sensible et exige des plants qui soient adaptés à la typologie de chaque région. «Il ne faut pas aller contre la nature. Comment organiser le territoire et créer des activités qui soient adaptées tout en étant génératrices de richesses ? C’est la question à laquelle il faudra répondre avant l’élaboration d’une stratégie de reboisement», estime-t-il, appelant à aller vers une agriculture circulaire dotée d’une échelle de plus de valeurs possibles. Maintenant que les terrains sont défraîchis après les incendies, soutient-il, ça sera l’occasion de planter d’une façon «utile». D’autant plus, rappelle-t-il, que les opérateurs économiques sont disposés à apporter leur soutien. «On peut dire qu’il y a, aujourd’hui, la symbiose qui manquait tant entre les opérateurs et les producteurs. Ces derniers n’auront plus à se soucier des clients, puisque ces derniers sont déjà visibles», conclut-il.
Farida Belkhiri
horizons.dz