Alors que les cours du pétrole se maintiennent dans leur tendance à la hausse, frôlant les 140 dollars, en dépit de l’annonce de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) d’injecter 60 millions de barils sur le marché à partir des réserves de ses pays membres, des médias occidentaux parlent de possibilité de recourir à un éventuel embargo sur le pétrole russe, préconisé par les États-Unis, en guise de sanction contre la Russie. Acteur de premier plan sur la scène énergétique mondiale, en tant que producteur et exportateur potentiel de gaz naturel et de pétrole brut, la Russie, qui est également le principal fournisseur de l’Europe en gaz naturel représentant 40% des importations annuelles de l’UE, exerce, grâce à cette position privilégiée, une influence conséquente sur le marché. De ce fait, toute rupture dans les approvisionnements russes aurait de lourdes conséquences, en particulier sur les pays européens, étant de gros consommateurs d’énergie russe. Une donne qui fait que le secteur de l’Énergie reste jusque-là épargné de la liste des sanctions imposées aux Russes et qui ne fera certainement pas consensus au sein des Occidentaux, d’autant plus que toute alternative au pétrole et au gaz russes n’est pas à l’ordre du jour. Une réalité rappelée par le premier vice-Premier ministre russe, chargé de l’Énergie, Alexandre Novak, qui vient en effet de mettre en garde contre les «conséquences catastrophiques» sur le marché mondial en cas d’embargo occidental sur les ventes du pétrole de son pays. Par la même occasion, Alexandre Novac, relayé par des médias russes, a écarté la possibilité pour les pays européens de trouver une source alternative au pétrole russe dans l’immédiat, car «cela prendra plusieurs années». Tout compte fait, le scénario d’un éventuel embargo sur le pétrole russe est-il réellement faisable, au moment où l’Europe reste fortement dépendante de la Russie pour ses besoins en Brut ? Selon l’expert en énergie, Mohamed Saïd Beghoul, «l’embargo sur le pétrole russe peut échouer, du moins partiellement, car même si les USA, autosuffisants, peuvent se passer de certaines importations de pétrole et produits finis russes, les pays européens ont intérêt à bien réfléchir avant de suivre les Américains». En effet, explique-t-il, «l’Europe consomme près de 13 millions bpj, dont 27% en provenance de la Russie, et les autres pays producteurs fournisseurs de l’Europe ont pratiquement tous un problème, car ils ne produisent plus à pleine capacité, ce qui signifie que l’Europe ne doit pas compter sur ces pays pour compenser le gap russe». L’expert affirme, à ce titre, que «ce ne sont pas les 5 millions bpj qu’exporte la Russie qui vont manquer sur le marché». En fait, «la Russie a ses clients, hors OTAN, et l’éventuel déficit sur le marché ne va pas dépasser les 3 millions barils/j, et si le pétrole iranien revient sur le marché (bien que pas dans l’immédiat), ça pourrait s’équilibrer». Cela dit, déduit l’expert Mohamed Saïd Beghoul, «même si les Européens vont bouder le pétrole russe, cela ne va pas trop affecter l’offre mondiale et les prix ne vont pas doubler d’ailes. Ça doit rester pas loin de 130 dollars, sauf escalade militaire inattendue».
D. Akila
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La mise en garde de moscou
La Russie a mis en garde, lundi, contre des «conséquences catastrophiques» pour le marché mondial de la mise en place d’un embargo occidental sur le pétrole russe, discuté par Washington et l’Union européenne comme mesure de riposte au conflit militaire en Ukraine. «Il est tout à fait évident que le refus d’acheter le pétrole russe va aboutir à des conséquences catastrophiques pour le marché mondial», a déclaré le vice-Premier ministre russe, chargé de l’Énergie, Alexandre Novak. «La flambée des prix risque d’être imprévisible et d’atteindre plus de 300 dollars pour un baril, voire plus», a-t-il affirmé, cité par les agences de presse russes. Selon M. Novak, il est impossible de remplacer rapidement les livraisons du pétrole russe vers le marché européen par celles d’une source alternative. «Cela prendra plusieurs années et ce sera bien plus cher pour les consommateurs européens qui seront les victimes principales d’un tel scénario», a-t-il averti. Le prix du baril de Brent de la mer du Nord a frôlé, dimanche, les 140 dollars vers 23h GMT, proche de son record absolu de 147,50 dollars atteint en juillet 2008.