Pour Younès Grar, consultant en technologies de l’information et de la communication, et président du conseil scientifique et technique de l’incubateur Algeria Venture, l’Algérie dispose d’un immense potentiel dans sa quête pour la numérisation.
«D’abord parce que tout ou presque est à faire, mais aussi parce que l’Algérie dispose des compétences nécessaires en la matière, une ressource humaine qualifiée qui ne demande qu’à faire ses preuves. On dispose également d’un tissu de start-up encourageant, en plus de sociétés ayant acquis une longue expérience dans le domaine», a indiqué M. Grar au Jeune Indépendant, en marge du Salon Méditerranéen Digital Action (Digimact), tenu au CCO d’Oran du 5 au 7 mars en cours.
Mais pourquoi la numérisation ? Pour M. Grar, la numérisation est devenue aujourd’hui une option indispensable de la vie. Elle apporte des solutions pratiques et peu coûteuses à des problématiques réelles de tous les jours. Ceci est l’objectif principal de tout politicien. Avec la pandémie Covid-19, a-t-il argué, l’apport ramené par les technologies de numérisation a démontré toute son efficacité.
On a vu que les pays qui maîtrisaient les TIC et disposaient des services électroniques (e-learning, paiement électronique, etc.), avaient plus de maîtrise sur la situation sanitaire et n’ont pas eu à autant souffrir des dégâts occasionnées par cette pandémie.
Comment faut-il procéder pour accéder à cette numérisation ? Selon Younès Grar, deux pré-requis sont nécessaires pour mettre en pratique un plan de numérisation. Il y a le pré-requis relatif au volet technologique, en d’autres termes tout ce qui a trait aux équipements, et il y a le pré-requis du volet service, soit tout ce qui relève du développement des contenus, des applications, etc. Ces équipements sont accessibles auprès des géants mondiaux du domaine. On peut donc les importer ou les monter ici.
Pour les contenus, en revanche, il est indispensable de les développer localement, et par des compétences locales. Quand il s’agit, par exemple, d’éducation, on ne peut demander à des compétences étrangères de nous développer des programmes scolaires. C’est insensé. On doit faire confiance à nos compétences quand il s’agit de développer des contenus qui touchent à des secteurs stratégiques comme les programmes scolaires ou encore les données d’état civil de nos citoyens.
Qu’est-ce qui bloque alors l’émergence réelle de cette numérisation, qui est pourtant prônée depuis plusieurs années par les politiques ? Selon M. Grar, ce retard de numérisation est à relativiser car il n’est pas de la même ampleur quand on compare un secteur à un autre. Les secteurs de la justice et de l’intérieur et des collectivités locales ont, par exemple, accompli de réelles avancées en matière de numérisation, contrairement à d’autres secteurs qui sont toujours au stade de l’usage à outrance du papier et de la photocopieuse.
A mon avis, le principal frein qui bloque le décollage de la numérisation en Algérie est le manque de coordination dans la prise de décision, a soutenu Younès Grar. «On ne peut pas, par exemple, encourager la numérisation d’un côté et adopter, de l’autre, des mesures de taxation des produits et autres équipements nécessaires à cette numérisation», a-t-il expliqué.
Même si le gouvernement a fini par reculer, en gelant ces nouvelles taxes, le mal est fait, a-t-il ajouté, car le message passé à travers cette contradiction dans la prise de décision est très négatif. «La solution que je préconise», a-t-il estimé, «c’est de désigner, au plus haut sommet de l’Etat un Monsieur numérisation, dont la mission sera de superviser la mise en branle de cette politique de numérisation, d’éviter ce type d’incohérences et de contraintes auxquelles il peut faire face, et ce tout en assurant une parfaite coordination entre les différents secteurs.