Par Nadjib Drouiche
La diplomatie scientifique est un domaine de recherche, d’éducation et de pratique en plein essor, qui vise à mieux comprendre et à renforcer les liens entre la science, la technologie et les affaires internationales afin de relever les défis nationaux et internationaux.
La première chose à comprendre lorsque l’on aborde la définition de la «diplomatie scientifique» est qu’il n’existe pas une seule compréhension ou définition de ce concept. Les intérêts nationaux sont une question de première importance dans la diplomatie scientifique. D’une part, le concept de diplomatie scientifique problématise les intérêts (nationaux) comme des obstacles potentiels à la résolution des défis mondiaux ou internationaux. Cette dimension se reflète principalement dans la conception proposée par l’American Association for the Advancement of Science (AAAS) et le modèle de la Royal Society, qui conçoit la diplomatie scientifique comme une question de promotion de l’action collective entre les États-nations pour résoudre des problèmes reposant sur trois volets liés : (i) La science dans la diplomatie : lorsque le savoir-faire et les preuves scientifiques sont utilisés pour informer et soutenir les objectifs de politique étrangère. (ii) La diplomatie pour la science : lorsque les efforts et les ressources diplomatiques visent à faciliter la coopération scientifique et technique internationale. (iii) La science au service de la diplomatie : lorsque la coopération scientifique est utilisée comme une source de puissance douce pour renforcer ou favoriser les relations étrangères.
D’autre part, d’autres définitions existent comme celle de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) qui la définit comme un outil pour réaliser une politique étrangère mais aussi pour promouvoir la paix et le développement durable en utilisant la science comme processus et communication. La Déclaration de Madrid de 2019 sur la diplomatie scientifique définit cette dernière comme une série de pratiques entre la science, la technologie et la politique étrangère. Dans ce sens, la diplomatie scientifique est proposée pour atténuer les intérêts qui sont définis de manière trop étroite et qui n’intègrent pas les preuves scientifiques. Au sens large, nous pouvons la considérer comme étant l’ensemble des processus qui informent ou influencent les relations internationales dans le domaine de la science et de la technologie
Les relations internationales que l’on peut qualifier de «diplomatie scientifique» existent ainsi depuis les débuts de la civilisation humaine : de l’échange de connaissances et science dans l’Égypte ancienne, en Mésopotamie et en Grèce dans le monde occidental à la route de la soie, d’autres traités internationaux pour la gouvernance et la coopération scientifique dans des espaces non gouvernés tels que l’Antarctique, les océans ou même l’espace peuvent également être considérés comme de la diplomatie scientifique.
La diplomatie scientifique est la mise en place de programmes de recherche bilatéraux ou multilatéraux ou de grandes infrastructures de recherche qui nécessitent la coopération scientifique d’un certain nombre de pays qui étaient opposés par le passé, comme c’est le cas de l’ITER en France et du The South East European International Institute for Sustainable Technologies (SEEIIST) en Suisse.
Dans ce contexte, Barcelone, en Espagne, a pris les devants en se hissant comme l’exemple le plus convaincant de diplomatie scientifique et technologique menée par les villes. Elle abrite une multitude d’organisations comme le siège de l’Union pour la Méditerranée, qui regroupe 43 pays d’Europe et du Bassin méditerranéen, ainsi que les bureaux régionaux d’organisations internationales pertinentes telles que le Bureau de l’OMS pour le renforcement des systèmes de santé (OMS/Europe) et le siège mondial du Réseau universitaire mondial pour l’innovation (Guni). Dans notre pays, on retrouve comme exemple l’université panafricaine PAUWES dans la ville de Tlemcen.
Les objectifs de la diplomatie scientifique visent à : garantir l’accès aux chercheurs, aux résultats de la recherche et aux infrastructures de recherche, aux ressources naturelles et au financement, promouvoir les réalisations du pays en matière de recherche et de développement, influencer l’opinion publique à l’étranger et l’opinion des décideurs étrangers, soutenir la participation à des efforts de recherche à grande échelle qui, autrement, ne seraient pas réalistes ou possibles et enfin contribuer à relever les défis mondiaux tels que le changement climatique.
Les accords internationaux tels que l’Accord de Paris sont les meilleurs exemples de collaboration internationale pour des actions climatiques concrètes. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) est l’organe scientifique des Nations Unies et de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) chargé d’examiner et d’évaluer les dernières données et l’état des connaissances en matière de climat afin de faciliter la prise de décisions fondées sur des données scientifiques. Lors des négociations sur le climat, la diplomatie scientifique permet de pousser la prise de décision en matière de climat. En effet, étant donné que l’atténuation du changement climatique nécessite des décisions connectées cumulées sur une longue période pour atteindre un objectif particulier, des initiatives gouvernementales coordonnées telles que la diplomatie scientifique peuvent fournir des résultats rapides et efficaces.
La diplomatie scientifique soutient aussi les efforts des pays pour atteindre les Objectifs de développement durable (ODD) en utilisant la science et les technologies avancées pour le bien commun de l’humanité afin d’aborder la coopération transfrontalière et le partenariat dans les sciences et la technologie. Les ODD nécessitent des solutions multilatérales et une coopération internationale pour créer des connaissances et constituer un lien entre les diplomates et les scientifiques.
La science, la technologie et l’innovation étant de plus en plus étroitement liées aux relations internationales sur des questions transfrontalières telles que le changement climatique ou les pandémies mondiales, il existe un besoin immédiat de combler le fossé entre les communautés scientifiques et diplomatiques. Cependant, la diplomatie scientifique ne figure pas dans un programme d’enseignement formel et les possibilités de formation restent limitées. En effet, la majorité des formations en diplomatie scientifique sont surtout dispensées par des organisations scientifiques internationales telles que l’AAAS, l’Académie mondiale des sciences (Twas) et le Réseau international des conseils scientifiques aux gouvernements (INGSA), entre autres.
Il serait donc judicieux d’intégrer des modules théoriques et pratiques de la diplomatie scientifique dans les cursus universitaires du premier et/ou du second cycle et qui peuvent être adaptés par toutes les universités et les programmes académiques dans le pays.
D. N.
LSA