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Dr Mourad PREURE, expert Pétrolier International, Enseignant et Consultant en Stratégie et Géopolitique : «L’Algérie pourra postuler sérieusement à l’émergence»

by Hope Jzr
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Dans cet entretien à El Moudjahid, l’expert pétrolier international, enseignant et consultant en stratégie et géopolitique, Mourad Preure, estime qu’il est positif que l’Algérie porte à nouveau la revendication d’un nouvel ordre économique mondial. Selon lui, il convient de renouveler le concept, et de l’enrichir en fonction des réalités nouvelles.

Entretien réalisé par Kamélia Hadjib

El Moudjahid : Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a mis en avant l’approche d’un nouvel ordre mondial économique où régneront parité et équité entre pays. Dans quelle mesure l’Algérie peut-elle contribuer à réaliser cet objectif ?
M. Preure : L’Algérie est liée à ce grand dessein, la nécessité d’un nouvel ordre économique mondial, plus juste où la prospérité est partagée, où les pays profitent pleinement de leurs richesses naturelles pour promouvoir leur développement économique et social. On ne peut aborder ce grand projet humaniste sans se référer au discours prononcé par le Président Houari Boumediène devant l’Assemblée générale des Nations unies en 1973. Il est salutaire que l’Algérie mette cette grande perspective au cœur de sa doctrine diplomatique. Depuis ce moment historique où l’Algérie était à la tête de ce grand mouvement visant à l’affranchissement de ce que l’on appelait le Tiers-monde de la domination impériale non plus seulement des anciennes puissances coloniales, mais de tout un système, un ordre, favorisant l’exploitation des richesses naturelles et humaines du Sud au seul profit des puissances occidentales, nous n’avons pas connu un réel bouleversement systémique, sinon l’apparition de pays dits émergents qui, originaires de la Périphérie, ont réussi leur rattrapage technologique au point où ils en sont venus à contester la suprématie des puissances occidentales. François Heisbourg parla déjà de la fin de l’Occident. Les Dragons asiatiques (Corée du Sud, Singapour, Taïwan et Hong Kong) sont dans cette dynamique, sans pour autant faire partie de ce groupe que l’on appelle les BRICS. D’autres pays ont connu des dynamiques similaires qu’on dénomme Tigres, le Vietnam, la Malaisie, l’Indonésie, les Philippines. Plus près pour de nombreux pays pourtant largement dotés en ressources. L’exemple de l’Irak et de l’Iran est significatif, la Turquie a une dynamique en mesure de lui permettre de postuler, de même que certains pays africains, dont l’Éthiopie et le Rwanda. Mais, si ces exceptions sont signifiantes, l’ordre mondial reste fondamentalement inégalitaire et porté par une logique de domination qui tend à neutraliser une évolution harmonieusement répartie de la croissance et de la prospérité à l’échelle de la planète. La géopolitique est aussi de nature à inhiber toute perspective d’émergence, même si l’exemple iranien n’a pas fini de surprendre. Il est positif que l’Algérie porte à nouveau cette revendication d’un nouvel ordre économique mondial. Il convient de renouveler le concept, et de l’enrichir en fonction des réalités nouvelles créées par la mondialisation d’essence anglo-saxonne qui parvient, avec toutes les convulsions qui n’ont cessé de l’accompagner et qui atteignent leur point limite aujourd’hui, à la fin de son cycle historique.

Le Président a parlé du déséquilibre enregistré sur la scène internationale et de la marginalisation des pays émergents au sein des différentes instances mondiales de gouvernance. Qu’en pensez-vous ?
La mondialisation que j’appelle désormais anglo-saxonne, car telle est la réalité, arrive en effet à son terme. La décennie 1990 a connu une accélération de l’histoire, avec la chute du mur de Berlin et la révolution des TIC. Désormais, le monde était sans frontières, un «Global village». Au début des années 1990, les firmes ont connu un processus de concentrations avec des fusions-acquisitions, elles ont «trans-nationalisé» leurs processus productifs, localisant leurs activités à travers le monde en fonction de leurs intérêts. Les réseaux, enjambant les frontières, ont pris leur ascendant sur les États pendant que les TIC, en permettant l’instantanéité de l’information, ont permis d’écraser les distances et le temps. Dans le même temps, les marchés financiers, profitant de la révolution internet et des ressources des TIC, se sont interconnectés à travers la planète entre eux de même qu’avec les marchés de commodités, dont les marchés pétroliers, en accroissant la spéculation et la volatilité. Dès lors, les marchés financiers prennent leur ascendant sur l’économie réelle et sur les États, engendrant une succession de crises, toutes dommageables aux pays les plus faibles. Dans ce mouvement brownien, les pays les moins préparés se trouvaient au Sud et subirent de ce fait des formes de domination et d’exploitation de la part des pays du Nord encore plus intrusives, déstructurantes et dévastatrices. Les anticipations du Président Boumediène et ses mises en garde se révélèrent d’une grande actualité. Dans le même temps, ce monde désormais globalisé connaît des enjeux globaux, financiers, climatiques, et nous l’avons tragiquement vécu récemment, sanitaires. Ainsi, la revendication d’un nouvel ordre économique mondial dans le cadre de ce monde globalisé, sans frontières, prend une teneur nouvelle et, plus encore que durant la décennie soixante-dix où la revendication d’indépendance économique était prégnante, acquiert la dimension d’un projet stratégique à part entière aux implications multidimensionnelles. Celles-ci engagent le devenir même de la planète, tant sur le plan des ressources, de la répartition harmonieuse de la prospérité, condition expresse pour contenir les flux migratoires Sud-Nord et leurs effets pervers, éviter les crises politiques récurrentes conséquentes au déséquilibre organique du Système monde. Dans ce contexte, l’économie, mais aussi la population mondiale sont livrées aux effets néfastes de ces enjeux globaux évoqués plus haut, financiers (des masses financières infinies font le tour de la planète en quelques nanosecondes, affectant les équilibres des économies les plus robustes), environnementaux (la transition énergétique est un projet qui ne peut concerner les seuls pays du Nord), sanitaire, inutile de le démontrer encore. Le débat doit porter là, et notre pays gagnerait à en être à l’avant-garde comme il l’a été par le passé.

Quelle meilleure stratégie à adopter dans ce cas là pour faire bouger les choses et renverser la tendance ?
Si votre question porte sur notre pays, car je crois avoir suffisamment développé les enjeux stratégiques affectant l’économie mondiale, je vous citerai d’abord la fameuse sentence de Sénèque : «Il n’est pas de vent favorable pour celui qui ne sait où il va.» Comme on dit, un problème bien posé est un problème à moitié résolu. Un problème mal posé ne peut trouver de solution. Notre pays doit impérativement réinitialiser ses compteurs et placer le curseur au bon endroit. Il nous revient de droit, et là est notre rang, de participer activement au grand débat sur le devenir de la planète. Mais il convient, en premier lieu, d’opérer un véritable renversement de perspective stratégique et nous mettre dans la condition du challenger, du gagnant. Nous ne devons plus nous considérer comme une source, un exportateur d’énergie, mais comme un acteur des transformations énergétiques en cours et qui seront structurantes pour l’économie et la géopolitique mondiales. Considérer que la puissance des pays producteurs d’hydrocarbures (qui resteront la source d’énergie dominante jusqu’au mi-siècle au moins) ne repose plus sur le niveau de leurs réserves et de leurs productions, mais sur la puissance, la compétitivité de leur champion énergétique national — Sonatrach pour ce qui nous concerne — son pouvoir innovant, son avantage compétitif dans l’arène énergétique mondiale. La puissance des États aujourd’hui repose sur la puissance de leurs firmes, de leurs champions industriels nationaux. Celle-ci est déterminée par leur pouvoir innovant, la qualité de leurs articulations organiques avec l’université et la recherche nationales. L’université est le point de départ de la puissance. L’expérience des Dragons et des Tigres du Pacifique nous l’enseigne tous les jours. À ce titre, l’Algérie pourra postuler sérieusement à l’émergence, rendant possible l’affirmation de la puissance de notre État et la prospérité de notre peuple. N’est-ce pas là l’essence même de la symbolique novembriste, la reconnaissance nécessaire au sacrifice de nos chouhada ?

À votre avis, l’Algérie peut-elle, à court ou moyen terme, intégrer le BRICS ? Pourra-t-elle, à cet effet, réunir toutes les conditions et autres critères nécessaires à une telle adhésion ?
Je crois que j’ai répondu plus haut à cette question. J’ajouterai encore en citant une sentence qui m’est chère : «Where is a will, there is a way.» Là où il y a une volonté, il y a un chemin. Personne ne peut vouloir à votre place votre progrès et votre puissance. Nous sommes dans un monde qui ne cessera d’être compétitif, laissant sur le bord de la route ceux qui n’en auront pas compris la logique, qui n’auront pas fait l’effort, avec rigueur et discipline, pour conquérir le futur. Ici je terminerai en insistant sur l’idée que la ressource naturelle la plus sûre pour l’Algérie n’est pas ses réserves d’hydrocarbures, mais l’intelligence et le patriotisme des Algériens, qu’ils soient en Algérie ou ailleurs dans le monde. Réhabiliter l’intelligence, donner le rang qu’elle mérite à l’excellence sont le premier pas. On ne connaît pas dans l’histoire un pays qui a réussi en marginalisant son intelligence. La fameuse ère Meiji, qui a propulsé le Japon parmi les ténors de la planète, les révolutions opérées par la Corée du Sud ou la Chine, les propulsant parmi les leaders, ont toujours reposé sur la confiance et le respect de l’intelligence que ces pays recelaient qui a été encouragée à se développer pour mieux servir encore le progrès de son pays et sa puissance qui lui est consubstantielle.
K. H.

Source : https://www.elmoudjahid.dz/fr/nation/dr-mourad-preure-expert-petrolier-international-enseignant-et-consultant-en-strategie-et-geopolitique-l-algerie-pourra-postuler-serieusement-a-l-emergence-184793?

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