Propos recueillis par Lyes Mechti
L’expert pétrolier et directeur du Cabinet Emery, Mourad Preure, revient, dans cet entretien, sur les dernières découvertes de gaz annoncées par Sonatrach et estime que l’Algérie détient aujourd’hui toutes les conditions nécessaires pour s’imposer en tant que fournisseur de gaz incontournable dans la région.
Que signifient pour vous les dernières découvertes d’hydrocarbures annoncées récemment ?
J’ai toujours combattu l’idée selon laquelle l’avenir pétrolier et gazier de l’Algérie est derrière elle. Avec la loi sur les hydrocarbures de 2019, le principe du partage de production a été réintroduit tout en encourageant la conclusion de ce genre de contrat avec les compagnies pétrolières. Les récentes découvertes de gaz sont, pour moi, un signal fort en direction de l’industrie pétrolière en général. D’autant que le contexte est extrêmement favorable, en ce sens qu’il y a actuellement une forte anxiété au sein des pays consommateurs d’énergie et qu’il faudrait l’utiliser en notre faveur.
Peut-on dire que nos champs pétroliers et gaziers n’ont pas donné tout ce qu’ils ont comme potentiel ?
Il faut rappeler qu’au niveau du bassin de Berkine, on avait déjà découvert, dans les années 1990, des gisements géants, de plus d’un milliard de barils de réserve. Le fait que des compagnies pétrolières de l’importance d’Occidental Petroleum, de Total ou de l’Eni s’engagent aujourd’hui sur une durée de 25 ans pour développer ces gisements signifie que Berkine n’avait pas donné tout ce qu’il avait comme potentiel. D’un autre côté, la région d’Illizi retrouve des couleurs et redevient une zone gazière intéressante, notamment avec le champ Tinhert, sans oublier le Sud-Ouest algérien comprenant la région de Béchar et d’Adrar qui fait l’objet de plusieurs découvertes. Pour moi, c’est très intéressant. Il faut dire que les compagnies pétrolières sont très vigilantes par rapport à tous ces signaux, mais il faut maintenant évaluer ces découvertes. Car il n’est pas facile de pouvoir augmenter dans l’immédiat la capacité de production de gaz de 4 milliards de m3 pour les livrer à un client, d’autant que nos gisements ont été malmenés pendant longtemps, notamment à Hassi Messaoud, en plus du fait que notre consommation interne de gaz a connu, ces dernières années, une augmentation de 7% à 8% par an.
Pourquoi alors certains parlent de déclin ?
Lorsqu’on parle de déclin, c’est toujours relatif car, dans un gisement, il faut prendre en compte les caractéristiques pétro-physiques de la roche. Une nouvelle découverte permet de produire 25% du taux de récupération, par rapport aux réserves. Avec les nouvelles techniques de récupération assistées, on arrive maintenant, comme cela a été annoncé, à augmenter le taux de récupération jusqu’à 55%. Mais il faut prendre en compte le facteur temps. Sincèrement, je ne pense pas qu’on puisse mettre 4 milliards de m3 de gaz supplémentaires sur le marché immédiatement. Cela peut se faire lors de la période creuse de demande nationale en gaz ou lorsque d’autres clients acceptent de se faire livrer le minimum des volumes mentionnés dans les contrats.
Comment voyez-vous aujourd’hui le rôle de l’Algérie au plan régional ?
A vrai dire, nous sommes aujourd’hui dans un tournant. En Occident, la transition énergétique a été un échec tant elle a été idéologisée. Les pays occidentaux se replient maintenant sur le gaz provoquant même une augmentation des prix. Pour l’Algérie, il y a un alignement des étoiles. Son pouvoir de négociation n’a jamais été aussi fort.
Il est vrai que nos réserves par rapport au Moyen-Orient sont moins importantes, mais il faut toujours calculer au coût marginal, surtout que le potentiel de l’Algérie est réel, avec une proximité des marchés européens et une liaison par gazoduc qui font de notre pays une source sûre, comparativement aux autres sources qui approvisionnent l’Europe en GNL.
Qu’en est-il de la transition énergétique ?
Pour les stratèges européens, l’Algérie est un cas d’école en matière de transition énergétique. Le pays dispose non seulement de gaz et de pétrole, mais aussi de soleil. C’est en quelque sorte le choix du roi. Il faudrait maintenant combiner les contrats d’approvisionnement gazier vers l’Europe à des partenariats stratégiques dans le domaine de la transition énergétique.
L. M.
horizons.dz