lesoirdalgerie.com
Par Hakim Laâlam
Quand ça val Hmal, quand tu penses que t’es au fond du trou, dis-toi que ça aurait pu être pire. Tu serais marocain. Tu te lèverais ce matin. Tu tirerais les rideaux. Et là, tu verrais devant ta porte, une…
… famille israélienne attendant que tu déguerpisses !
Je les vois bien. Je les entends distinctement. Sur tous leurs plateaux, dans les QG de leurs partis, ils lisent et commentent le même communiqué du commandement israélien : 50 otages israéliens échangés contre 150 prisonniers palestiniens détenus dans trois pénitenciers israéliens, parmi eux des enfants de moins de 16 ans. Et parmi ces gosses, certains croupissent dans des cellules, entassés, mélangés à des adultes. La plupart condamnés pour «jets de pierres». Là, moi, toujours un chouïa pétri d’humanité, des restes de cette éducation reçue en ma prime enfance en l’école Saint-Joseph d’El-Biar, ou tout bonnement naïf au point de croire aujourd’hui encore que certaines «anomalies» ne peuvent laisser indifférent, vont finir par faire réagir, j’attends. J’attends patiemment. Rien ! Pas un lecteur, pas un analyste, pas un éditorialiste, pas un général à la retraite beurre-épinards chez Cnews, BFM, LCI et les autres plateaux directement reliés par des tunnels à Tel-Aviv pour dire ceci, juste ça : attendez ! Attendez, les potes ! On a bien tous lu le même communiqué ? Des mineurs, dont certains âgés de moins de 16 ans sont embastillés par Israël, certains depuis… 2021 pour «jets de pierres» ? Les copains ! Nous sommes les pays des lumières ! Les nations des libertés. Les sanctuaires des enfants protégés et sacralisés. Et là, quoi ? Israël écrit noir sur blanc, ou plutôt rouge sur nombrils de nourrissons ghazaouis bombardés au phosphore blanc «Oui ! Nous détenons des mioches de moins de 16 ans condamnés pour avoir lancé des cailloux sur nos blindés». Wallah que walou ! Pas un ne bronche. Pas plus d’ailleurs de réactions lorsque les nouveaux bilans des bombardements et attaques de l’armée coloniale de Tel-Aviv sur la Palestine occupée tombent. Les «bilans actualisés» comme ils disent dans les rédactions exemplaires. Comme si l’on pouvait décemment actualiser le nombre de morts, de blessés, de sans-abris, d’orphelins et de pauvres hères désormais et pour toujours perdus à la raison, sombrant dans la folie sans l’espoir de voir l’animateur Arthur, le député Habib Meyer ou Ciotti appeler à la mise en place urgente de cellules de soutien psychologique dans Ghaza ou à Jabaliya. 13 200 morts. Dont… 6 000 enfants. Et des tribunaux, dans ces pays des «lumières capricieuses » condamnent celles et ceux qui, à la… lumière de ces derniers chiffres, osent évoquer, même du bout de leurs lèvres cousues au fil barbelé depuis 75 ans, les mots de « Progrom», «Holocauste», «Solution Finale». T’es fou ? Propriété mémorielle privée et cotée en bourse ! Alors, avant que de perdre la raison pour de bon, je le répète ce chiffre «actualisé» et qui a dû évoluer depuis le début de cette chronique : 13 200 martyrs palestiniens. Dont 6000 enfants. Progrom. Holocauste. Solution Finale. Et mon thé, le thé du fou qui fume ses veines en bouillie pour rester éveillé à ce cauchemar qui continue.
H. L.