Saïd BOUCETTA
lexpressiondz.com
Après l’énorme «bombe» Pegasus et les Panama Papers qui ont éclaboussé le roi du Maroc, une autre affaire de corruption a éclaté, ces derniers jours.
Elle fait clairement ressortir des liens mafieux entre des eurodéputés et des pontes du Makhzen. Le Maroc-Gate, comme le qualifie désormais la presse européenne, a pour principaux acteurs deux députés: l’un italien et l’autre français. Plusieurs hauts responsables marocains, dont un ambassadeur en fonction, sont impliqués. Dans l’état d’avancement de l’enquête judiciaire, on n’en est qu’à l’écume d’un scandale qui ébranle les fondements du Parlement européen.
Dans cette affaire, on retiendra le nom d’Antonio Panziri. Actuellement incarcéré car accusé de corruption, cet eurodéputé et président à la délégation du Maghreb au Parlement européen, est passé aux aveux.
Il affirme avoir perçu de l’argent pour défendre le Maroc au Parlement européen. Plus de 700 000 euros ont été retrouvés dans son domicile. Une preuve matérielle qui vient corroborer une longue collaboration, dont une note confidentielle située à plus d’une dizaine d’années. Le document en question signé de l’ambassadeur du Maroc à Bruxelles, fait clairement référence à «une forte demande exprimée par le Parlement européen sur la question du Sahara occidental».
Le meilleur moyen, dit l’ambassadeur dans sa note, «est de la canaliser par le biais de M. Panziri». La même note souligne que «sur cette question, M.Panziri a effectué un travail méthodique depuis son élection à la tête de la délégation du Maghreb». Cette note date de l’année 2011.
C’est dire l’ampleur du scandale et la profondeur d’une collusion entre un royaume corrupteur et un eurodéputé corrompu. Durant toute une décennie, Panziri a traficoté avec le Maroc. Il se faisait aider par son assistant, Francisco Géorgi. Le parlementaire et son secrétaire jouaient clairement les VRP du Maroc auprès des institutions européennes, mais également les rabatteurs du royaume qu’ils fournissaient en députés européens corrompus.
Le réseau mafieux du Maroc comptait, et disons-le clairement compte encore à ce jour, d’autres collègues de Panziri, à l’image du Français Gilles Pargneu. Eurodéputé jusqu’en 2019, il était très proche des autorités marocaines qui lui offraient des séjours privés et autres cadeaux. Pour remercier le roi, Pargneu se faisait accompagner par ses collègues, ce qui élargissait le cercle de la corruption. Un groupe de parlementaires qui ont outrageusement soutenu le Maroc contre vents et marées. Pargneu qui se présentait d’ailleurs comme conseiller du roi du Maroc, a créé une ONG et une entreprise de lobbying qui défend exclusivement les intérêts du royaume en Europe.
Côté marocain, on retrouve une flopée de cadres, à l’image de Abderrahim Atmoun, ancien parlementaire marocain, actuellement ambassadeur du Maroc en Pologne. Mais également l’actuel Premier ministre, Aziz Akhannouch. Corrupteur en chef pour le compte de Mohammed VI, il a déjà approché des dizaines d’eurodéputés.
Beaucoup ont sans doute cédé à la tentation de l’argent facile. Mais il y a eu un certain José Bové, un écologiste français qui a résisté et rendu public, très récemment un témoignage saisissant sur les agissements du Maroc.
Bové raconte que Akhannouch, à l’époque ministre de l’Agriculture a usé de moyens peu orthodoxes pour amener l’eurodéputé à lever le pied et laisser un accord arrangeant les oligarques marocain et européen à aboutir. «En tant que rapporteur sur l’accord de libre-échange sur les fruits et légumes avec le Maroc, je m’étais opposé à ce projet parce qu’il était nuisible pour les producteurs marocains et européens», raconte Bové et de signaler:
«Il (Aziz Akhannouch, ndlr) m’a proposé de m’amener un cadeau à Montpellier, dans un café discret, et qu’on se rencontre entre Noël et le Premier de l’an.» Combien de cadeaux dans des cafés discrets ont été distribués? sans doute des dizaines.
L’enquête, qui n’est qu’à ses balbutiements, révèle les pratiques honteuses de la diplomatie marocaine qui fonctionne selon le mérite mafieux. Une «maffiocratie» qui promeut ses corrupteurs et ses corrompus. Akhannouch, Premier ministre, et Atmoun, ambassadeur, renseignent sur les agissements d’un semblant d’État qui fonctionne à coup d’enveloppes glissées à des parlementaires.
Au lieu d’argumenter, le Maroc soudoie ses partenaires ou les insulte, lorsque ces derniers refusent de se laisser corrompre. Ce que révèle le scandale du Parlement européen est une petite partie du visage hideux d’un régime qui n’a, pour ainsi dire, jamais pensé à établir des relations saines avec le reste du monde. En espionnant, jusqu’aux chefs d’État français et espagnol, Rabat, dont le roi a placé son argent dans tous les paradis fiscaux de la planète, n’a cure de diplomatie.