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Comédien aux multiples performances : Quand Sid Ali Kouiret crevait l’écran

by Toufan
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Rencontrer  l’immense Sid Ali Kouiret était un réel moment de plaisir toujours renouvelé. Il avançait avec un grand sourire, marchant comme s’il dansait pour vous saluer les bras ouverts avec un tonitruant : « Habibi»!

Sid Ali Kouiret a consacré toute sa vie au théâtre et au cinéma. C’est une figure emblématique du cinéma algérien où il a incarné avec brio l’héroïsme des combattants de la liberté. Il illustre magistralement une belle page de notre histoire cinématographique consacré à la guerre de libération nationale.
Dans la mémoire collective des Algériens, il restera à jamais le héros qui meurt debout, le combattant qui résiste à tout et ce, grâce au rôle qu’il a interprété avec force et sobriété dans «  L’Opium et le bâton » d’Ahmed Rachedi en 1970. Ce film va ouvrir à Sid Ali Kouiret une voie royale au cinéma. Pour sa première expérience dans le cinéma après avoir passé de longues années au théâtre, sa performance est remarquable d’autant qu’il avait pour partenaire, Jean-Louis Trintignant, un monstre sacré du cinéma français qui avait déjà obtenu de nombreux prix d’interprétation masculine dont un décroché à Cannes en 1969 avec le film « Z » de Costa Gavras.
Dans son deuxième film «  Décembre » de Mohamed Lakhdar Hamina réalisé en 1972, Sid Ali Kouiret fera sensation avec son interprétation toute en finesse  qui mettra en évidence la détermination d’un responsable du FLN face au recours systématique de la torture par l’armée française. Force qui sera perceptible dans le regard et dans l’attitude stoïque de Sid Ali Kouiret. Il crèvera encore une fois l’écran tant sa performance d’acteur est magistrale.
Comment oublier son rôle d’ivrogne au théâtre dans  la pièce « Les Concierges » puis une fois adaptée au cinéma, alors que l’acteur n’a jamais pris une goutte d’alcool dans sa vie. Kouiret nous dévoile tout simplement les multiples facettes de son  immense talent et sa capacité presque inné de jouer sur plusieurs registres.
Pourtant, rien ne destinait le jeune Sid Ali Kouiret à une telle prestigieuse carrière artistique au regard de sa tumultueuse enfance et adolescence  si ce n’est l’heureux hasard d’une rencontre avec un monument du théâtre algérien, Mustapha Kateb.
«  C’est Mustapha Kateb qui  m’a sauvé des griffes de la rue  et de la délinquance. Sans lui, je n’aurai pas été de ce monde ou alors en prison », confiait Sid Ali Kouiret tout en ajoutant reconnaissant : « je lui dois tout, il m’a sauvé, il m’a tout appris et ma carrière artistique c’est lui qui en est à l’origine ».
Sid Ali Kouiret avait 15 ans quand Mustapha Kateb le remarqua du côté de la rue de la Marine, Place des Martyrs. Une discussion s’engage entre eux et Mustapha Kateb, séduit lui proposa une carrière de comédien. Pour commencer, c’était pour un rôle dans une adaptation de Tartuffe, une célèbre pièce de Molière. La trajectoire de la carrière de Kouiret venait d’être tracée et il gagnera au fil des années en expérience avec la Troupe artistique du FLN durant de nombreuses tournées dans le monde aux fins de faire connaître la voix du peuple algérien en lutte pour son indépendance.
Quand Sid Ali Kouiret évoque son enfance, il est question de violence parentale mais aussi des affres du colonialisme. Par pudeur, il ne s’étalera pas sur cette période qui l’a visiblement traumatisé, préférant  évoquer de quelques instants de bonheur volés, de sa passion pour le cinéma égyptien et de son idole Farid El Atrache, pour la chanson orientale. Il aimait chanter et s’amuser à imiter El Atrache. Et comme il n’avait pas les moyens de se payer une place de cinéma, il collait ses oreilles aux portes de la salle obscure pour entendre les dialogues et les chansons des mélodrames égyptiens et il était heureux.
Nous avons connu l’acteur avant de découvrir l’homme. Autant nous étions fasciné par ses performances cinématographiques tant il crevait l’écran, autant nous admirions l’homme affable et chaleureux, d’une grande popularité et d’une humilité jamais contredites. Le rencontrer était un réel moment de plaisir toujours renouvelé. Il avançait avec un grand sourire, marchant comme s’il dansait pour vous saluer les bras ouverts avec un tonitruant : « Habibi»!
Son sourire légendaire ne le quittait presque jamais sauf quand il aborde le cinéma algérien, non parce qu’il n’était pas satisfait de son parcours mais en raison d’une profonde conviction qui taraudait son esprit. « De grands comédiens qui ont prouvé leur capacité à camper des personnages aux registres différents n’ont pas été suffisamment distribués dans nos films, voire ne sont pas sollicité par nos cinéaste et c’est aussi anormal, regrettable qu’aberrant, nous confiait-il amèrement. Pour argumenter ses propos, il cite son ami Rouiched. « Pour un comédien de sa trempe, je trouve qu’il n’a pas tourné assez de films alors que dès qu’il est à l’affiche, c’est le succès assuré ». Et de se poser cette question récurrente à savoir pourquoi nos réalisateurs sont-ils réticents à engager des comédiens au talent connu et reconnu.
Sid Ali Kouiret avait de la peine pour son ami Rouiched et par pudeur n’avait jamais fait cas de sa propre personne alors qu’il était sollicité en Egypte et en Tunisie après ses retentissants succès avec notamment « L’Opium et le bâton » de Rachdi et « Décembre » et « Chronique des années de braise » de Hamina, « Echebka » de Ghouati Bendedouche et « Les Sacrifiés » de Okacha Touita.
Sid Ali Kouiret connaitra la traversée du désert au milieu des années 80 avant qu’une production de la chaîne de télévision française M6 ne l’engage pour le feuilleton « La Famille Ramdam». C’était pour lui une aubaine pour prouver à ceux qui l’avaient enterré très tôt sur le plan artistique, qu’il était encore en pleine plénitude de ses capacités d’acteur. Le feuilleton a connu un  énorme succès et relancera la carrière de Kouiret qui sera distribué dans «  Sahara blues », réalisé en 1991 par Rabah Bouberras. Dans ce film intimiste, Kouiret partagera l’affiche avec Fatima Belhadj et il se distinguera aussi par son aisance et sa sobriété. La dispute du couple au beau milieu des dunes, est un moment d’anthologie du cinéma algérien.
A l’international, Sid Ali Kouiret a été distribué dans «  Le Retour de l’enfant prodigue » de Youcef Chahine, en 1976, « Destins sanglants » de Kheira Bichara, en 1980, « Les Ambassadeurs » de Nacer Ktari, en 1975. Kouiret gardera un  bon souvenir de ses expériences des tournages avec des réalisateurs arabes.
Sid Ali Kouiret décédera le 5 avril 2015 à Alger à l’âge de 83 ans des suites d’une longue maladie. Son nom restera à jamais dans la mémoire des Algériens.
Abdelkrim Tazaroute
«Ali Mout Waqef»:  Un sourire pour narguer la France
Sept ans après son décès de Sid Ali Kouiret, on ne sait pas encore si son sourire dans la fin du film L’opium et le Bâton était dû au fait qu’il avait vu le paradis ou pour narguer les soldats français qui venaient de le mitrailler.
Nul autre acteur dans le monde, ni Charles Bronson, ni Clint Eastwood ni encore Lee Van Cleef ne pouvaient nous offrir le sourire de Sid Ali Kouiret dans le film L’opium et le Bâton réalisé par Ahmed Rachedi. Si, en préparant le film, le cinéaste qui ne vieillit jamais savait que l’un de ces acteurs pouvait jouer ce rôle mieux que Kouiret, il l’aurait appelé comme il l’avait fait pour Jean Louis Trintignant et Marie Jose Nat car il avait un budget un feu vert de Boumediene pour réaliser un très beau film, ce qui fut fait. Il faut dire que Rachedi a su choisir tous les acteurs pour leur distribuer les rôles selon les personnages qu’ils représentent. Décédé il y a sept ans à Alger où il est né le 3 Avril 1933, Sid Ali Kouiret a dès ses débuts dans le théâtre puis le cinéma eu la chance d’être distribué dans des rôles sur mesure. Il faut rappeler qu’il a débuté auprès du grand homme de théâtre Mustapha Kateb. Il fera partie de la troupe El Mesrah El Djezairi avant de rejoindre la troupe du FLN. Il aura son rôle dans Les enfants de la Casbah de Abdelhalim Rais dans la version théâtrale puis filmée et réalisée par Mustapha Badie.
Au lendemain de l’indépendance, il sera distribué dans presque toutes les pièces jouées par le TNA. L’acteur qui fera quelques apparitions à la télévision devra attendre le tournage de L’Opium et le Bâton pour exploser. Dans le film, on ne voyait plus Kouiret l’Algérois ou Kouiret l’artiste mais le moudjahid qui va mourir en héros. Deux actions resteront dans l’histoire du cinéma algérien : Celle où il refuse la boîte Corned-beef offerte par le soldat français capturé ( Jean Louis Trintignant) et celle de son sourire après avoir été mitraillé par les soldats français. Un sourire de chahid content d’aller au paradis et celui du moudjahid narguant les militaires français et la France colonialiste avec les encouragements de son ami qui lui lançait «  Ali Mout Waqef ».
Bari Stambouli

horizons.dz

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