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Comment un espion de la CIA est tombé à Alger

by Mohamed Redha Chettibi
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Les investigations préliminaires menées par l’auteur lui-même, un ancien officier de la Sécurité militaire (SM), ont eu une incidence directe sur le cours de l’enquête qui a permis aux services algériens de démasquer en 1964, Luis Manuel Gonzalez-Mata dit le «Cygne», l’un des plus grands espions du XXe siècle.
Dans Duel à poings nus contre la CIA, son dernier opus, paru à compte d’auteur, Brahim Lahrèche dit «Ghani» lève un pan de voile sur l’histoire jusque-là secrète des services secrets algériens. Cet ancien «Malgache», qui a suivi la première formation en renseignements à l’Ecole des cadres d’El Kef sous la bannière de l’ALN, nous livre une tranche de sa vie d’officier du contre-espionnage au début de l’indépendance à Annaba.

Il relate notamment l’un de ses faits d’armes, un exploit s’il en est et dont l’auteur n’est pas peu fier. Il raconte, en effet, comment à partir de la surveillance des activités d’un individu suspect à Annaba, un agent de la CIA, Luis Manuel Gonzalez-Mata dit le «Cygne» considéré comme l’un des plus grands espions du XXe siècle, fut démasqué à Alger.

Le travail laborieux mené par Lahrèche aura une incidence directe sur le dénouement de l’enquête qui a permis aux services algériens d’identifier et de contrecarrer les activités de ce réseau dont la tête pensante était Gonzalez-Mata. 

La scène se passe durant un moment historique et plein d’espoir de notre pays, deux ans après l’indépendance obtenue, faut-il rappeler, au prix de lourds sacrifices et en pleine guerre froide. Le FLN, devenu parti unique, voulait alors expérimenter son socialisme «spécifique». De nombreux militants de gauche et d’extrême gauche, des marxiste-léninistes, des trotskystes, des maoïstes ont accouru de différents horizons pour humer l’air de la Révolution algérienne et soutenir aux côtés des anciens «porteurs de valise» l’avènement de la jeune Nation. Ils seront appelés non sans dérision les «pieds-rouges» venus remplacer (sic) les «pieds-noirs».

Parmi eux, Luis Manuel Gonzalez-Mata qui se faisait passer pour un militant anticolonialiste et qui officiait aux côtés du Président Ahmed Ben Bella dont il avait gagné la confiance. Il avait même réussi à embobiner l’ambassadeur de Cuba avec qui il avait lié d’étroites amitiés. Ce serait, dit-on, Che Guevara en personne qui, au cours de l’un de ses séjours à Alger, l’a suspecté et définitivement évincé de l’ambassade cubaine.

Le Che avait vu juste ! Il s’agissait bel et bien d’un agent double, travaillant pour la CIA avec une carte du service de renseignement militaire espagnol (SIM). Mata a même été durant sa carrière chef d’antenne de la CIA en Espagne. C’est dire l’audace de cet espion de haut vol. Il faut rappeler que parmi cette «faune» d’activistes qui avait sévi à Alger au début de l’indépendance, on retrouve des personnalités comme Michel Raptis, alias «Pablo» ou encore Hervé Bourges qui, dans les années 2000, se targuait, entre deux rendez-vous à El Mouradia, d’être «le premier fonctionnaire de l’Etat algérien». De toute vraisemblance, Bourges a dû croiser dans les salons de la villa Joly l’espion de la CIA qui exerçait, comme lui, en qualité de conseiller politique de Ben Bella. 
Fils d’un militaire républicain espagnol, Gonzalez-Mata a d’abord étudié la médecine avant d’être recruté par le SIM, fondé en 1937 par Franco.

Ce service de renseignement militaire a longtemps été dirigé par le colonel Eduardo Blanco dont Gonzalez-Mata était devenu un proche et précieux collaborateur notamment en matière de renseignements, voire de soutien des mouvements indépendantistes au Maroc et en Algérie.

Isolée à l’international, l’Espagne franquiste s’était quasiment offerte à l’Amérique qui n’en demandait pas tant. Gonzalez-Mata était devenu alors une source privilégiée de la CIA s’agissant de l’Afrique du Nord. L’Algérie était encore ce jeune pays indépendant qui s’aventurait sur la voie du socialisme et de l’autogestion, ce qui n’était pas du goût de la puissance américaine au point où celle-ci a voulu garder un œil vigilant à Alger. Muni de faux papiers, Gonzalez Mats s’était donc mis dans la peau d’un intellectuel engagé, un farouche militant de la cause algérienne à laquelle il exprimait son profond attachement.

Mais la légende ne résistera pas longtemps aux investigations poussées des limiers algériens aguerris par l’ALN. Tout a commencé par la filature d’un certain José Ballester, fils du consul honoraire d’Espagne à Annaba et frère d’Enrique Ballester qui travaillait à l’ambassade d’Espagne à Alger.

Il y a lieu de souligner que le livre de Lahrèche a pour toile de fond, un évènement tragique à Annaba, l’effroyable explosion dans le port, le 23 juillet 1964, du navire égyptien Star of Alexandria qui transportait plus de 400 tonnes de munitions pour l’armée algérienne, une affaire qui n’a toujours pas été élucidée et qui avait précédé de quelques jours l’arrestation de Gonzalez-Mata. Même si aucun lien n’a pu être établi, l’auteur revient longuement sur les circonstances, étant, au moment des faits, concerné au premier chef comme responsable sécuritaire de la place. Si certaines sources accusent les services français et que d’autres évoquent le Mossad, Brahim Lahrèche, lui, a sa petite idée sur la question. Mais telle n’est pas «l’exclusivité» qu’il nous propose de découvrir aujourd’hui, à savoir ce «duel» méconnu contre la CIA. A l’appui de ses révélations, l’auteur ne manque pas de références crédibles.

D’abord, l’autobiographie de l’espion lui-même, classée dans les meilleures ventes des années 1970. Il raconte dans ce bestseller intitulé Cygne. Mémoires d’un agent secret sa vie tumultueuse d’officier de renseignement et évoque au passage sa chute sans gloire à Alger. Son expérience internationale, très variée, est passée de chargé de la sécurité du dictateur Rafael Trujillo en République dominicaine à conseiller de Daniel Cohn-Bendit, leader estudiantin à Paris en mai 1968.

Se découvrant une plume de littérateur, Gonzalez-Mata récidivera quelques mois plus tard avec un autre brûlot : Les Vrais maîtres du monde, une exclusivité où il dévoilait, pour la première fois, l’existence et le fonctionnement, jusque-là secrets, du fameux Groupe Bilderberg, une oligarchie mondiale qui ne veut pas dire son nom.

Interrogé, Lahrèche n’est pas très étonné que Gonzalez-Mata ait tant défrayé la chronique par ses retentissants ouvrages : «Il était mêlé à la plupart des affaires d’espionnage de l’après-guerre.» Il y a lieu de noter, par ailleurs, que dans la préface de Duel à poings nus contre la CIA, l’auteur n’a pas manqué d’insérer des fac-similés notamment deux correspondances avec l’entête du ministère de la Défense nationale.

La première lettre est signée par le général de corps d’armée Ahmed-Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense nationale, chef d’état-major de l’ANP qui salue le parcours de Lahrèche dans la grande muette. La deuxième missive est paraphée par l’actuel chef d’état-major de l’ANP, le général de corps d’armée, Saïd Chanegriha qui, pour sa part, félicite l’auteur pour sa contribution à l’enrichissement du fonds documentaire national. Pour sa part, Lahrèche pense avoir fait œuvre utile en revisitant ce passé pas si lointain : «Ce livre peut aider nos jeunes à comprendre leur présent et appréhender les enjeux actuels car nous sommes, bel et bien, entrés dans un nouveau cycle historique. La période actuelle est, assurément, un tournant, comparable au déclenchement de la Révolution algérienne. C’est pourquoi, il est dans notre intérêt de promouvoir ce genre de récit qui flatte l’ego national.»
Mohamed-Chérif Lachichi
“Duel à poings nus contre la CIA”

Bio-express
Né le 21 juin 1936 à Dréan (wilaya El-Tarf), Brahim Lahrèche dit «Ghani» est un ancien officier de l’ALN/ANP. Il a été attaché militaire à Bruxelles, en Belgique. Durant la révolution, il a été admis à suivre la première formation en renseignement supervisée par le MALG en 1958. A ce titre, il fait partie du premier embryon des services secrets algériens. Sa longue carrière dans l’armée dont il sera démobilisé à sa demande en 1984 avec le grade de commandant l’amènera à occuper notamment le poste d’attaché militaire des forces terrestres auprès de l’ambassade d’Algérie en Belgique. A la retraite, Brahim Lahrèche se consacre depuis à l’écriture. En 2005, il publie, à compte d’auteur, Algérie, terre des héros, un livre traduit également en arabe El Djazaïr Ard el Abtal qui a connu un franc succès. Il levait le voile pour la première fois sur la naissance des services secrets du GPRA et les balbutiements du premier service de renseignement algérien moderne.

Source:www.lesoirdalgerie.com

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