La culture de l’arganier connait, en Algérie, un regain d’intérêt. Elle est encouragée par les pouvoirs publics qui veulent valoriser une richesse connue et reconnue parles scientifiques, mais longtemps ignorée par les arboriculteurs.
Depuis au moins une dizaine d’années, les chercheurs spécialisés dans la végétation saharienne publient, pratiquement chaque année, des études de terrain sur l’arganier de Tindouf où l’arbre pousse, depuis plusieurs siècles, dans un milieu naturel propice à son développement. Constatant une dégradation avancée des arganeraies de toute cette région, ils n’ont pas manqué d’attirer l’attention des services forestiers sur le danger qui menace cette espèce rare d’arbres, introduite par l’UNESCO dans la liste des héritages du monde.
Depuis, peu de choses ont été faites pour protéger l’arganier de Tindouf, encore moins pour le développer dans d’autres régions du pays où les conditions climatiques sont favorables à sa croissance.
En janvier dernier, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, est intervenu sur la question, en Conseil des ministres. Il avait alors ordonné le lancement d’un programme de développement et de valorisation de l’arganiculture dans le sud- ouest du pays et dans les régions du nord où l’on pourrait lui assurer une adaptation climatique.
C’est ainsi qu’il a été décidé la création, en octobre prochain, d’un centre de développement de l’arganier à Tindouf, où le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Mohamed Abdelhafid Henni a eu à s’enquérir, récemment, des moyens mis en œuvre pour son ouverture. Il fera remarquer, à cette occasion, que ce projet répond au « souci de protéger et développer cette espèce rare d’arbres endémiques de Algérie eu égard aux conditions favorables qu’offre le milieu naturel de cette région».Le projet comprend notamment la plantation de centaines d’arganiers sur une superficie de plus de 90 000 ha et « tous les moyens humains, matériels et techniques ont été mobilisés pour le lancement de ce projet d’envergure », a précisé le ministre.
Selon un recensement des services de la Conservation des forêts, L’arganraie de Tindoufs’étend sur plus de 70 hectares, peuplée de 5.257 arganiers répartis sur les régions de Targuanet (300 arbres), Merkala (240) et Touiref Bouaâm (4.717). L’institue national de la recherche forestière d’Adrar se penche, actuellement, sur un projet de recherche dont l’objectif est de multiplier le peuplement d’arganier dans la région et de vulgariser auprès des agriculteurs les nouvelles techniques de l’arganiculture, tout en les assistant à la développer à Adrar et dans d’autres wilayas du pays.
Un investissement rentable
Il faut savoir que des investisseurs privés ont déjà tenté l’expérience de planter l’arganier en dehors de son milieu naturel, notamment à Aïn Témouchent, Tlemcen et Chlef. Mais l’expérience la plus intéressante demeure celle initiée par un investisseur à Adrar qui dispose déjà d’une superficie de 50 hectares plantés d’ arganiers, avec pour objectif de mettre en terre , d’ici 3 ans, pas moins de 10 000 arbustes . Une expérience similaire, mais moins importante a été lancée également par un arboriculteur de la région « Echott », dans la commune d’El Karimia,à l’est de Chlef, dans une perspective de valorisation et de développement de cette filière. C’est dire tout l’intérêt qu’accordent de plus en plus d’agriculteurs à cette activité à la rentabilité économique et commerciale certaine.
En effet, l’huile extraite de l’arganier est aujourd’hui un produit très prisé sur le marché international, compte tenu de ses vertus sur le plan sanitaire, cosmétique et alimentaire. Son marché n’a pas cessé de croitre depuis 2014 notamment, atteignant une valeur de 600 millions de dollars en 2021.
Dominé aujourd’hui par le Maroc, le commerce international de cette huile devrait connaitre une croissance à deux chiffres à l’horizon 2025. La production algérienne d’huile d’argan pourrait très bien entrer alors en jeu et s’imposer comme produit concurrentiel.
Lyes Mechti
horizons.dz