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LA DIFFÉRENCE ENTRE LE “OUI” DES AUTRES, L’ABSTENTION SINO-RUSSE, ET LE “OUI” ALGÉRIEN

by Hope Jzr
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Il faut revenir sur un moment diplomatique où chaque vote a révélé bien plus que ce qu’il semblait dire. Une résolution sur Gaza préparée par Washington, un Conseil de sécurité fracturé, et trois attitudes distinctes : le “oui” de plusieurs pays soucieux d’éviter l’obstruction, l’abstention calculée de la Chine et de la Russie, et le “oui” assumé — presque atypique — de l’Algérie. Ce triptyque raconte une géopolitique de couches superposées : intérêts globaux, prudence stratégique, et fidélité à des principes historiques.

 

Le “OUI” des autres : un réflexe de continuité diplomatique

Pour une grande partie des membres du Conseil, le vote positif n’est pas un acte de conviction profonde. C’est un vote d’alignement, un vote de contexte, parfois un vote de lassitude face à l’impasse — et, pour certains, un soupçon de complaisance face à la dynamique dominante portée par Washington.

Les pays occidentaux, notamment, ont voté “oui” par cohérence interne : soutenir un texte américain, préserver la façade multilatérale, maintenir l’idée d’un “effort collectif”. D’autres États ont simplement estimé qu’un “oui” était moins coûteux qu’une abstention ou qu’un non, surtout lorsqu’ils ne sont pas directement impliqués dans les dynamiques régionales.

À mon avis, cet ensemble de “oui” relève plus de la mécanique diplomatique que d’un positionnement éthique sur la Palestine. Il s’agit souvent de garder les équilibres, pas de les transformer — et parfois de montrer une disponibilité envers la puissance qui impulse le texte, même si ce geste n’a rien d’un engagement politique réel.

 

L’épisode de Charm Echeikh : un précédent révélateur

L’épisode de Charm Echeikh, quelques mois plus tôt, avait marqué les esprits : une tentative de produire un “plan de stabilisation” pour Gaza, en marge d’un sommet international, largement façonnée par Washington, Tel-Aviv et quelques capitales européennes et arabes normalisatrices.

Trois problèmes majeurs avaient immédiatement sauté aux yeux : – aucune implication directe des Palestiniens ; – un discours sécuritaire sans vision politique ; – une approche technocratique déconnectée de la souveraineté.Résultat : un plan flou, extérieur, vertical.

À l’inverse, le texte voté au Conseil de sécurité, même imparfait, est multilatéral, discuté, ancré dans le droit, et inclut une annexe introduite par l’Algerie. Il transforme un “plan politique” en obligation juridique internationale.

L’ABSTENTION Sino-Russe : prudence stratégique ou véritable critique du texte ?

La Chine et la Russie ont justifié leur abstention en affirmant que le texte américain était “vague”, “incomplet”, ou “non conforme aux paramètres de 1967”. Ce sont leurs mots officiels. Mais il faut maintenant examiner la question essentielle :

 

Le texte est-il vraiment aussi vague que le prétendent Pékin et Moscou ?

Objectivement, non. Le texte est loin d’être un brouillon improvisé : -il mentionne un horizon politique palestinien; -il réaffirme le rôle de l’ONU; -il établit une architecture de sécurité encadrée; -il inclut une annexe précisant les étapes du processus; -et il rappelle les résolutions antérieures.

Le texte n’est pas parfait, mais il n’est pas “nébuleux”. Dire qu’il l’est relève davantage d’une critique diplomatique que d’un constat juridique. La Russie parle de contradictions avec les résolutions de 1967 : pourtant, le texte les cite explicitement comme références. La Chine parle d’un manque de clarté sur la force internationale : pourtant, le texte en définit les grandes lignes et exige une supervision onusienne.

Autrement dit : le flou invoqué par Pékin et Moscou n’est pas totalement aligné avec la réalité du texte.

 

Alors pourquoi l’abstention ?

Parce que l’abstention sert un objectif bien plus large que Gaza seule :

  • refuser un cadre piloté par Washington,

  • éviter de donner une victoire diplomatique aux États-Unis,

  • préserver leur propre rôle de pivots dans l’ordre international émergent,

  • refuser de cautionner une sorte de “retour du leadership américain en Méditerranée”.

À mes yeux, l’abstention sino-russe n’est donc pas une prise de position “exclusivement pro-Palestine”. Elle est surtout un refus d’avaliser un monde unipolaire dirigé par les États-Unis, même lorsque le texte lui-même n’est pas intrinsèquement problématique.  C’est un refus géopolitique, pas seulement un refus éthique.

 

Le “OUI” Algérien : cohérence doctrinale et fidélité absolue à la Palestine

Le “oui” algérien n’a rien à voir avec les “oui” d’alignement diplomatique, ni avec les abstentions géopolitiques de grandes puissances. Il s’inscrit dans une tradition profondément ancrée : l’action algérienne n’a de sens que si elle sert réellement la Palestine, pas les équilibres internationaux. Ce point est essentiel : contrairement aux autres votes, l’Algérie n’a pas validé un texte pour éviter l’isolement, ni pour ménager un partenaire stratégique, ni pour s’inscrire dans une dynamique globale. Elle a voté “oui” parce qu’elle avait contribué à transformer un texte brut en un texte politiquement vivable pour les Palestiniens.

Et c’est là que l’épisode de Charm Echeikh prend toute sa valeur. À Charm Echeikh, le monde avait vu un plan imposé de l’extérieur, sans Palestiniens, sans vision politique, sans souveraineté. L’Algérie avait été l’un des pays les plus critiques de cette approche verticale et technocratique. Or, durant les négociations au Conseil de sécurité, Alger a justement évité une reproduction de Charm Echeikh. Elle a travaillé — avec les délégations arabes et avec les Palestiniens — pour :

  • insérer explicitement la référence aux résolutions antérieures (1967, autodétermination),

  • rappeler le droit inaliénable à un État palestinien,

  • verrouiller le rôle de l’ONU pour éviter une tutelle occidentale,

  • intégrer une annexe clarifiant des étapes politiques qui n’existaient pas dans la version initiale,

  • garantir que tout processus inclue les Palestiniens eux-mêmes.

Le discours de Amar Bendjama au United Nations Security Council
Dans sa déclaration, l’ambassadeur algérien a notamment dit :
– « Nous saluons les efforts entrepris par le président Donald Trump pour faire avancer la paix à l’échelle mondiale, mais nous soulignons que la paix véritable au Moyen-Orient ne peut être atteinte sans justice — justice pour le peuple palestinien qui attend depuis des décennies l’établissement de son État indépendant. » AA+2Yaffaps+2
– Il a insisté : « L’annexe [de la résolution] en fait partie intégrante. » AA
– Il a rappelé que « les résolutions précédentes restent pleinement valables et constituent le fondement essentiel de tout futur effort. » AA
– Il a affirmé que son pays, l’Algérie, était « associé à la négociation du texte » en tant que représentant du groupe arabe, en coordination avec les représentants palestiniens. AA+1
– Il a appelé la communauté internationale à « une volonté collective sincère et décisive pour mettre en œuvre la résolution dans son intégralité. » AA

C’est exactement la doctrine algérienne : – multilatéraliser ce que d’autres veulent unilatéraliser; – politiser ce que d’autres veulent technocratiser; – réintroduire la souveraineté là où elle était absente; – replacer la Palestine au centre là où elle était marginalisée.  À mon avis, ce travail patient d’amendements, de formulations, de rappels juridiques, a fait passer le texte d’un simple “plan américain” à un cadre onusien dans lequel les Palestinians conservent leur place et leurs droits.

Ainsi, le “oui” algérien n’est pas le signe d’une complaisance — c’est celui d’une responsabilité assumée. Sans les améliorations apportées au texte, Alger ne l’aurait tout simplement pas voté. Et c’est là que tout devient visible : pour l’Algérie, la seule chose qui comptait vraiment était la Palestine. Pas la posture, pas les calculs, pas les rapports de force globaux. Uniquement la Palestine : son droit, sa souveraineté, sa place dans le texte. Ce vote “oui” n’a donc rien d’un geste diplomatique abstrait : c’est une fidélité politique concrète, traduite en amendements, en corrections, en lignes ajoutées et en garanties politiques réintroduites dans un texte qui, sans cela, aurait ressemblé à un nouveau Charm Echeikh.

 

Et il y a la question cruciale : si l’Algérie s’était abstenue? elle aurait perdu son levier, son rôle de pays qui pèse, négocie et influence l’écriture même des résolutions. Une abstention l’aurait renvoyée au rang de simple commentatrice, alors qu’elle venait précisément de peser dans la négociation. Cela aurait ouvert la porte à d’autres acteurs — moins engagés pour la Palestine — pour la remplacer dans les cycles futurs.

 À mes yeux, c’est aussi pour cela qu’Alger a choisi l’action plutôt que la réserve : pour rester partie prenante, et non spectatrice, dans les prochaines négociations où la Palestine aura encore — malheureusement — besoin d’alliés constants.

Et c’est bien ce point qui distingue radicalement ce vote de tous les autres.

 

Trois votes, trois mondes diplomatiques

En réalité, chaque vote incarne une identité diplomatique distincte. Le “oui” des autres pays traduit davantage une inertie institutionnelle, parfois même une forme de complaisance — un geste automatique, inscrit dans la continuité plutôt que dans la conviction. L’abstention sino-russe, elle, relève d’un autre registre : c’est un message géopolitique adressé à Washington, un refus calculé d’un monde unipolaire où les États-Unis définiraient seuls l’architecture de l’après-guerre.

Le “oui” algérien se situe à mille lieues de ces logiques. C’est un acte historique cohérent, enraciné dans une fidélité politique fondamentale, mais aussi — et il faut le dire — dans ce caractère franc, direct, presque instinctif de l’Algérien depuis la nuit des temps : quand il s’engage dans une cause juste, il ne joue pas sur les nuances, il se place là où sa conscience lui dit d’être.

Le contraste est net. Les grandes puissances s’abstiennent pour envoyer un signal global dans leur rivalité stratégique. Les États alignés votent “oui” par réflexe diplomatique, voire par confort. L’Algérie, elle, vote “oui” pour une raison simple : refuser de laisser la Palestine enfermée dans un cadre qui aurait été écrit sans elle, ou pire, contre elle.

Et à mes yeux, ce vote algérien demeure l’un des très rares gestes de diplomatie véritablement principielle dans ce Conseil de sécurité.

 


Hope&ChaDia

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Chettibi novembre 22, 2025 - 21:58

C’est exactement ce ue signifie le OUI algérien…
Rester oartie prenante dans les prochaines négociations, que les occidentaux souhaitaient ne plus avoir affaire à une Algérie plus palestinienne que les palestiniens eux même, assise à “leur” conseil.
Ben là c’est raté…
L’Algérie représente bel et bien le peuple palestinien au conseil de sécurité et elle le fait avec excellence surtout devant les 5 membres permanents , souvent imbus de leur rang, puisque détenant un droit de veto, ils ne font plus de diplomatie mais du lobbying au service de leur maître suprême : Mr. MC Dollar…
Et devant ce bazar qui a mené le droit international droit au mur, notre Algérie, en excellent manieur “d’épée ” diplomatique , brille par son authenticité.

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