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“Il ne saurait y avoir de grandes réussites sans de grandes ambitions” Professeur Mourad Preure.
Pense-t-on un instant que le monde occidental, qui connaît aujourd’hui une crise existentielle, verrait d’un oeil complaisant et débonnaire l’émergence de nouvelles puissances dont on sait pertinemment qu’elles contestent l’hégémonisme impérialiste ? A plus forte raison d’un pays comme l’Algérie qui l’a combattu de toutes ses forces pour simplement vivre libre et qui résiste à des velléités revanchardes depuis la 1ère heure de son indépendance à ce jour.
Et croit-on réellement que la décennie noire que nous avons connue est le fruit d’un malencontreux hasard ?
https://jazairhope.org/qui-tue-qui-et-la-main-de-letranger-quelle-realite/
Or malgré toutes les difficultés, toutes les vicissitudes et tragiques périodes traversées par notre jeune nation, l’Algérie est restée fidèle à ses valeurs de novembre 54 et aux causes justes. Aucune catastrophe, aucune attaque ou pression n’a pu nous en dévier. L’âme et la fierté algériennes ne sont pas marchandables et ne seront jamais à vendre.
L’Algérie éternelle des chouhadas
On se souviendra que c’est à Alger qu’a été déclarée l’indépendance de l’État palestinien le 15 novembre 1988. Un pied de nez à tout ce monde occidental, sponsor du sionisme international et un affront qu’on lui a fait payé d’une décennie de terrorisme sanguinaire qui a failli faire disparaître la nation algérienne.
Et après avoir appuyé les mouvements d’indépendance africains, et oeuvré à l’émancipation d’autres peuples, c’est encore l’Algérie que l’on retrouve dans les dossiers brûlants du continent (Lybie, Mali, etc) pour des solutions de paix et lutter contre l’impérialisme.
Et qui d’autre que l’Algérie aurait pu réunir dans sa capitale Mahmoud Abbas et Ismaïl Anyieh du Hamas ?
Or, ce qui a été qualifiée de rencontre historique par nombre de quotidiens, et d’autre part l’action de la diplomatie algérienne en faveur de la paix dans le continent sont loin d’être applaudis par la “communauté internationale”, mais plutôt vus comme une menace existentielle par certaines parties. C’est pourquoi une extrême vigilance reste de rigueur pour parer à d’éventuelles mesures de rétorsion.
Nécessité est mère d’invention
Quelles conséquences ont produit les sanctions et embargos sur des nations ayant un haut sens de la souveraineté et du patriotisme ?
– Iran : Ce pays, qui a développé une industrie solide, est devenu en relativement peu de temps une puissance régionale, qui pèse désormais dans l’échiquier mondial.
– Cuba : Sous embargo depuis des décennies, ce pays a conçu l’un des meilleurs système de santé au monde. Il est d’ailleurs parvenu à produire des vaccins anti-covid, que certains pays du G7 se sont escrimés en vain de fabriquer.
– Russie : Dépendante avant les sanctions d’un grand nombre de produits, elle est aujourd’hui autosuffisante de telle manière qu’elle peut, de l’avis même d’analystes européens, vivre en autarcie durant plusieurs années.
Au passage, nous citerons, uniquement en guise de parenthèse, les exemples régulièrement évoqués par certains de nos experts comme modèles de développement
– Corée du Sud : Bien souvent la Corée du Sud est citée en exemple, sans savoir combien la comparaison est fallacieuse, car on occulte généralement le fait que ce pays, d’une part, a bénéficié d’une aide massive des USA dans sa lutte idéologique et stratégique contre les pays socialistes, et que d’autre part, cette aide a été octroyée au détriment de sa souveraineté : l’une des plus grandes bases US se trouve dans ce pays qui a été l’un des plus aidés au monde, et qui cherche aujourd’hui, vainement, à faire partir toute cette soldatesque US. De plus son économie totalement extravertie la rend totalement dépendante des exportations et donc extrêmement vulnérable aux aléas internationaux.
Par ailleurs, la Corée du Sud a eu l’insigne honneur d’être classée comme le pays le plus corrompu de la planète dans les années 80-90, avec des conflits d’intérêts généralisés où politique-armée-business étaient totalement intriqués, en somme la forme la moins édulcorée, la plus brutale du capitalisme.
– Chine : Tout d’abord les dimensions hors normes rendent fantaisiste toute comparaison avec ce pays, qui, d’une part bénéficiait d’une base industrielle assez ancienne et d’autre part, d’une aide massive de l’URSS.
Ensuite, contrairement à l’Algérie qui a connu des débuts prometteurs avec sa politique de l’industrie industrialisante, la Chine n’a pas marqué de brusque coup d’arrêt à cette stratégie.
Pour ce qui est des dimensions, il suffit de considérer par exemple le rapport : 1% de diplômés chercheurs sur la population estudiantine (ne serait-ce qu’en sciences) !
Autre facteur que nous omettons bien souvent : la différence culturelle qui fait qu’un Sud Coréen, par exemple, est prêt à consentir un moyenne de 54h de travail hebdomadaire.
Ce trait de caractère peut s’expliquer par le fait que la culture du riz étant traditionnellement la base de l’alimentation des sociétés asiatiques, celle-ci nécessite une main-d’œuvre abondante et une organisation originale de ces sociétés. A comparer à nos sociétés “tribales”.
Par ailleurs, ces 2 pays, tout comme l’Inde du reste, ont su attirer et compter sur leur diaspora, notamment ceux de la Silicon Valley, qui compte aujourd’hui un important contingent… d’Algériens.
Quel modèle pour l’Algérie ?
En réalité, il ne peut y avoir de modèle transposable à la lettre d’un pays à l’autre, car chacun, en fonction de son histoire, de son environnement, de ses forces et faiblesses a apporté ses propres solutions à ses défis propres.
Une chose est sûre cependant : leur réussite réside dans l’accent mis par ces pays sur le savoir et l’éducation, et … le travail, beaucoup de travail.
C’est à ces conditions que nous pourrons développer nos compétences, leur faire confiance et nous appuyer sur celles-ci pour envisager l’avenir avec confiance et sérénité, tout en restant ancrés dans nos traditions et nos valeurs.
Un patriotisme scientifique, civique et culturel
Ainsi, pour répondre à la question en objet, aucune sanction ou embargo ne saurait venir à bout de la détermination, de la solidarité d’un peuple uni et pétri de patriotisme. Et nous n’en manquons pas. Pas plus que nous manquons de fierté, n’est-ce pas ?
Nous vivons une heure historique et une occasion unique pour hisser notre pays au rang des grandes nations. D’autant que les compétences existent. Il suffit ou plutôt il s’agit de les mobiliser.
Pour ce faire, nos autorités pourraient lancer de grands projets, des projets qui confèrent un certain prestige et font rêver, car ce sont les utopies, les rêves qui galvanisent les peuples et leur font déplacer des montagnes (à l’instar du barrage vert lancé dès la fin des années 60).
– Un programme spatial pour concevoir et lancer, à partir de notre territoire, nos satellites par nos propres moyens. Ici, même les plus rétifs et les plus dénigreurs parmi nos demokhrates ne pourront que s’incliner et être fiers (si une telle chose est possible) devant pareille réussite. Ainsi la recherche spatiale, eu égard en outre à ses multiples applications, doit être inscrite comme priorité et fer de lance dans l’édification de la nouvelle Algérie. Construction d’au moins un observatoire astronomique
– création d’une (ou plusieurs) véritable mer au coeur du désert algérien. Celle-ci pourrait être alimentée par une station de désalinisation d’eau de mer qui lui serait dédiée. Des stations d’épuration des eaux usées approvisionneraient la rivière (ou les rivières) traversant tout le territoire du nord au sud et en maintiendraient le débit, au lieu que leurs eaux soient rejetées dans la Méditerranée ou dans la nature. Cette eau qui pourrait également être acheminée aux champs gaziers servirait, d’une part, à optimiser la récupération du gaz et d’autre part à constituer une nappe d’eau souterraine dans ces réserves. En outre, en approvisionnant les pays voisins (Mali, Niger, voire d’autres pays), l’UA pourrait en financer une partie, ce qui en outre ajouterait à l’influence de l’Algérie, notamment en terme de soft power. Création d’écoles d’agronomie en milieu saharien pour accompagner le développement de l’agriculture saharienne, notamment pour la production de plantes halophiles, etc.
– chemin de fer transsaharien, dont une partie du tracé pourrait être étayé de ponts pour les zones ensablables. Pour en accélérer la mise en oeuvre, les chantiers devraient sans doute être initiés (si cela est techniquement faisable) à partir de chacune des principales localités traversées par le réseau ferroviaire et se rejoindre à mi-parcours.
– un pôle biotechnologique de classe mondiale en Algérie pour la région Afrique et Moyen Orient.
– une Silicon Valley algérienne jouxtant le technoparc de Sidi Abdallah.
– des pôles énergies renouvelables répartis dans le territoire national en fonction des spécificités locales. Pôle photovoltaïque, pôle fission nucléaire, hydrogène, géothermie, éolien, fusion nucléaire, moteur quantique, etc.
– industrie cinématographique, studios de doublage, écoles spécialisées dans l’audiovisuel. Tout un chacun reconnaît l’extrême importance de l’image et son impact notamment en terme de soft power.
– des manifestations artistiques et littéraires, qui doivent être organisées en extérieur pour, d’une part attirer un plus grand nombre de visiteurs et d’autre part peut-être susciter des vocations. Les expositions d’oeuvres, déclamation de poèmes, goupes musicaux, etc en extérieur auraient en outre l’avantage de créer un climat de festivités et par là-même de vivre ensemble. Du reste notre climat est plutôt propice à ce type d’événement.
Et pour appuyer ce renouveau économique, cette révolution culturelle, ceux-ci devront être accompagnés de créations d’universités, écoles, instituts dans les divers domaines du savoir : écoles de mathématiques dans chaque wilaya, nanotechnologie, écoles de gastronomie, d’art vestimentaire et musical traditionnels, etc.
Et dans une optique non seulement de souveraineté nationale mais également de retombées économiques considérables, il y aurait sans doute une réelle opportunité à saisir dans le développement des semi-conducteurs, microprocesseurs de base nanométrique, dont on constate une pénurie mondiale en raison, dit-on, des conflits ukrainiens et taïwanais. D’autant que nous disposons d’avantages comparatifs non négligeables : disponibilité de terres rares en abondance, proximité des marchés, etc.
Ces projets, nous en sommes convaincus, ne relèvent pas de la pure utopie. Ils ne requièrent en vérité que travail, ingéniosité, et appellent à la solidarité et au patriotisme culturel, civique et scientifique propre à mobiliser et fédérer les compétences et les volontés de tous les horizons.
Nous sommes à un tournant historique, qui exige une réponse immédiate et la mobilisation de tous les Algériens et Algériennes tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. L’Algérie a besoin de tous ses enfants pour prendre part à ce rendez-vous avec l’Histoire. Et il est de notre devoir de répondre à son appel, loin de considérations matérielles ou matérialistes (nos chouhadas n’avaient certes pas conditionné leur participation dans la révolution à un salaire, n’est-ce pas ? tels de vulgaires mercenaires), ou encore de calculs ou de considérations revanchardes de politique politicienne (pour des postes convoités et non octroyés), car si nous sommes arrivés là où chacun de nous se trouve, c’est à l’Algérie et à elle seule que nous le devons.
Et quoi qu’on en dise, force est de reconnaître qu’il n’y a de meilleur endroit où il fait bon vivre qu’au sein de sa mère-patrie et au milieu des siens avec leurs défauts et leurs qualités.
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Merci Miloud pour ce magnifique article