L’écrivaine Nassira Belloula vient de publier aux éditions Rafar, dans la collection le beau livre, «L’Aurès, le pays des Chaouias», avec le soutien du ministère de la Culture.
Nassira Belloula, établie depuis quelques années au Canada, est originaire des Aurès. Et c’est un véritable voyage dans les temps de cette région qui l’a vu naître qu’elle nous propose avec, en sus, de très belles photos que signent Rachid Hamatou et Bachir Fourar. Ce périple, qui mène le lecteur sur les traces du pays chaoui, se scinde en plusieurs chapitres. Il débute avec l’explication du mot chaoui, qui, selon l’auteur qui cite des historiens, dont Ibn Khaldoun, ce sont des arabes qui, à la vue d’immenses troupeaux de moutons et à la transhumance humaine de certaines tribus, leur donnèrent ce nom à partir du X siècle. D’après les traducteurs, le mot chaoui veut dire berger. Actuellement, poursuit Nassira Belloufa, la population des Aurès désigne comme chaoui, un homme fort et brave. Dans sa situation géographique, l’auteur mentionne la partie est de l’atlas présaharien, dont le point culminant est le mont Chélia. Cette région est réputée pour ses arbres fruitiers : pommier, grenadier, abricotier et poirier. Côté histoire, Belloula fait défiler les rois berbères, dont Yugurtha et Gaya, avec force détails et références historiques, tout en consacrant une large place à Massinissa, roi unificateur de la Numidie. Des temps anciens à l’histoire contemporaine, l’auteur fera le lien avec la résistance et la guerre et note que l’histoire des Aurès prend pied dans la colonisation et la guerre de libération. Pays insoumis de toutes les insurrections et guerres à travers l’antiquité et le moyen âge, il s’engage corps et âme dans la guerre pour l’indépendance de l’Algérie. Dès la pénétration française dans les Aurès en 1840, des populations entières apeurées se sont mises à la recherche d’abris dans les montagnes. Les combats éclataient et des chefs de guerre se distinguaient. Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1954, l’Aurès entre en guerre sous la direction de Mostefa Ben Boulaïd. La première balle est tirée au village de Tighanimine. Il y a eu des attaques et des actes de sabotage qui ont visé des casernes à Batna et Khenchela, le poste de police à Biskra, des installations électriques et des ponts et provoqué la mort de trois soldats. Parmi les compagnons d’armes du chef Ben Boulaïd, l’auteur cite notamment Bachir Chihani, Abbès Laghrour, Adel Adjoul Abdelhafid et Ahmed Guedda. Comme elle citera Benzelmat, le bandit d’honneur qui s’est insurgé contre l’envahisseur français bien avant novembre 1954. Nassera Belloula évoquera par la suite la beauté féerique des Aurès et fera une halte spéciale dans la région d’El Kantara pour y conter la légende qui l’entoure. Le site est sublimé dans ses aquarelles par Salim Bouhali, un artiste peintre de la région. Elle consacre aussi un large zoom à l’écrivain Kateb Yacine, le Kablouti, fils de la tribu chaouie des Béni Keblout. Au fil des pages, c’est la découverte des us et coutumes ainsi que la culture du pays chaoui. Ce beau livre est à lire et à voir avec ses superbes photographies. Il est disponible actuellement en librairie.
Abdelkrim Tazaroute
L’Aurès, le pays des Chaouias de Nassira Belloula, éditions Rafar, Beau livre, pages : 199, prix public : 2.500
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