“Un homme qui a besoin d’estime de soi est vraiment un esclave.”
Chaque mois, des centaines de jeunes en Algérie sont chassés de leur pays d’origine par un sentiment intérieur d’inutilité et un besoin d’estime de soi immense. Ils risquent leur vie pour atteindre des pays plus riches dans leur quête désespérée de cette estime de soi. Nous les appelons « Boat People » ou « immigrants illégaux ».
La plupart des « Boat People » sont le produit du manque de considération pour eux dans leur patrie. Ils commettent alors l’imprudence de quitter leur patrie pour une patrie culturellement différente de la leur, et expérimentent ainsi la différence dans la société d’accueil.
En ces temps troubles, dans la plupart des pays, être un étranger est souvent perçu avec suspicion et dédain, et parfois associé à la haine raciale et à l’exclusion. Cet « immigré clandestin », étant culturellement différent de la société d’accueil, ignorant sa langue et ses codes sociaux, se sent complètement seul. Faute de communication, cet inconnu est perturbateur et dérangeant. Alors l’incompréhension s’installe avec son corollaire qui est la violence et l’intolérance.
Cette situation crée dans les sociétés d’accueil, un comportement social inconscient et invisible qui isole, parfois humilie, traumatise et déprécie ces « immigrés » indésirables vivant sur leurs territoires. Au fil du temps, ce comportement devient un processus de conditionnement de ces humains, dont certains se rebelleront plus tard contre cette même société. À leur insu, ces pays fabriquent des bombes humaines qui exploseront plus tard à leur visage.
Le comportement social est un comportement responsable et un producteur de réaction humaine. Ainsi, nous fabriquons le type de réaction que nous aurons dans cinq, six ou dix ans de ces personnes ou de leur progéniture, que nous le voulions ou non.
La plupart des gens ignorent totalement que la réaction humaine est un produit provoqué et, dans ce contexte, les différentes exclusions et iniquités raciales sont un produit humain, un produit de la société. Et ce sont les dynamiques sous-jacentes à toute frange du développement de la population dans n’importe quel endroit du monde.
Les « Boat People » ne font pas exception. Si nous ne voulons pas avoir de « Boat People », il devrait y avoir une « considération » pour eux dans leur patrie.
Donc, afin d’éviter les « immigrants illégaux », quelque part, d’une manière ou d’une autre, il faut renforcer l’estime de soi de notre peuple.
Sinon, notre société aura tôt ou tard un véritable produit de sa création qui mettra à rude épreuve son intelligence et sa quiétude :
Des jeunes qui se sentent inutiles et qui sont prêts à vendre leur vie si bon marché pour un rêve qui tourne souvent au cauchemar, noyant leur désillusion dans les profondeurs des mers laissant des familles en pleurs.
Laisser le désespoir gagner nos jeunes, c’est ne pas assister quelqu’un en danger.
En Algérie, il est grand temps que l’estime de soi l’emporte. Il y va de notre avenir.
Abdelouahab Hammoudi
Scénariste-Auteur https://www.facebook.com/profile.php?id=1495759773
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2 comments
Bien analysé et pondu sur papier… Mais où se situe le premier déchirement,le premier instant de ce manque (de confiance en soi)?Et pourquoi ? Comment y remédier ?
Fracture. Fossé. Déchirement. Noyade. Tendons la main à nos enfants. Ne les laissons pas partir dans la crue.