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Saïd BOUCETTA
L’ordre mondial, né de la Grande Guerre 1939-1945, comme l’appelle les Occidentaux, s’essouffle-t-il ou est-ce la démocratisation de la communication qui a permis à l’humanité d’ouvrir les yeux sur des pratiques qui ont toujours eu cours, sans que les puissances dominantes n’aient eu besoin de rendre des comptes. Théorisé, plusieurs décennies après sa mise en application, par le président français, François Mitterrand, «le devoir d’ingérence», qui prend souvent des allures de «droit d’ingérence», est immanquablement la plaie de l’ordre mondial conçu, conduit et revendiqué par les États-Unis d’Amérique.
Au lendemain de la défaite du nazisme, Washington a entrepris de prendre en main la destinée de l’humanité. Son premier acte d’ingérence l’a été à l’endroit du bloc européen. Libérés du péril nazi, les pays du Vieux Continent n’ont rien récupéré en matière de souveraineté. Les très nombreuses bases américaines installées dans la quasi-totalité des États mettent ces derniers en position de soumission totale à l’impérialisme américain. À l’exception du Français Charles de Gaulle qui a retiré son pays de l’Otan, aucun autre gouvernement européen n’a osé la démarche. Il faut souligner que cette même France est retournée dans le giron de l’Alliance atlantique, la queue entre les pattes, sur une décision personnelle du président Nicolas Sarkozy.
Les USA ont brandi le péril rouge pour maintenir l’Europe sous sa domination. Cela tout en y exerçant une ingérence permanente dans les affaires de pays censés être indépendants.
Les premières guerres par proxy engagées par les États-Unis pour affaiblir l’URSS ont coûté la vie à des millions d’êtres humains en Asie, notamment. Les Coréens et les Vietnamiens s’en souviennent encore. D’ailleurs, dans cette partie du monde, l’influence US est encore très forte, tout comme ses ingérences en Corée du Sud et au Japon, notamment. Cette phase, qualifiée de guerre froide par les observateurs de la géopolitique mondiale, a permis à Washington d’installer près d’un millier de bases à travers la planète. Une domination totale qui s’est affirmée après la chute du mur de Berlin.
La défaite de l’URSS, censée boucler la séquence du péril communiste n’a libéré personne parmi les vassaux des USA. Bien au contraire, les pays d’Europe de l’Est ont basculé dans le giron de Washington qui, à travers son soft power, a fomenté les fameuses révolutions de couleur. Des centaines de milliers de personnes ont payé de leur vie, l’ingérence américaine dans les affaires de leurs pays.
Après les périls nazi et rouge, les stratèges américains ont créé de toutes pièces le péril islamiste. Les attentats du 11 septembre 2001 contre le Wordl Trade Center New Yorkais ont profité d’abord au complexe militaro-industriel qui a lancé une série de guerres meurtrières. Le soft power a encore frappé dans beaucoup de pays arabes. Des ingérences qui ont conduit à des catastrophes politiques et sociales. Jusqu’à l’Ukraine où, aujourd’hui, tout le monde sait que le premier gouvernement de Kiev de l’après- Maydan, en 2014, a été nommé dans son ambassade dans ce pays, les USA ont pratiqué une politique d’ingérence là où ils pouvaient le faire.
Il reste que les ambitions de la Chine et de la Russie, la création des Brics et l’affirmation de pas mal de pays africains qui veulent rompre avec le bloc occidental, sont de nature à isoler l’Occident, dont les seuls décideurs que sont les États-Unis, semblent perdre pied, mais poursuivent leurs ingérences, notamment en Serbie très récemment. Combien de pays sont sur la liste de Washington ?