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Saïd BOUCETTA
Le représentant du constructeur chinois, Geely, a annoncé un investissement industriel vers la fin de l’année en cours avec une échéance de début de production autour des premiers mois de 2026. Cette perspective confirmée par le concessionnaire algérien de la marque chinoise, associé dans la future usine, intervient dans un contexte de multiples annonces quasi officielles. Outre l’italien Fiat, dont le plan de charge est on ne peut plus ambitieux, après un investissement de départ de 200 millions d’euros, le japonais Nissan, les autres chinois, Cherry et Baic ont tous formulé le même souhait de se lancer dans l’industrie automobile en Algérie. Les français Renault et Peugeot qui s’étaient engagés en 2014 pour le premier et 2018 pour le second à produire leurs véhicules en Algérie avec des fortunes diverses, seraient fortement intéressés par un retour sur le marché algérien, d’autant que les marques françaises sont appréciées par le consommateur local.
Cette floraison de projets industriels annoncée en l’espace de quelques semaines, traduit la nouvelle attractivité de l’Algérie sur un créneau qui fut essentiel pour toutes les nations, aujourd’hui émergeantes. La Chine, la Russie, la Turquie et le Brésil, pour ne citer que les plus en vue, ont assuré leur visibilité économique à l’international en attirant des investissements dans l’industrie automobile. Avant ces pays, le Japon et la Corée du Sud avaient suivi le même chemin. Le caractère massif de l’intérêt porté à l’Algérie tient dans les avantages comparatifs qu’offre le pays en matière de main-d’œuvre, d’infrastructure, du coût de l’énergie et d’une législation économique rénovée, du reste, très appréciée par les investisseurs étrangers.
Ceux sont là, les conditions de l’émergence que l’Algérie a réuni, de sorte à donner de son économie, l’image d’une machine dont les rouages sont bien huilés. Les opérateurs étrangers dans beaucoup de filières ont très bien saisi les avantages qu’ils peuvent tirer d’un pays connecté à l’Europe, via un accord d’association et à l’Afrique à travers la Zone de libre-échange africaine, au Monde arabe grâce à la Zone arabe de libre- échange. Cette position stratégique a permis à l’Algérie de drainer dans le même laps de temps des énergéticiens dans le renouvelable et des majors miniers. Ces deux secteurs nécessitent d’importants investissements, mais garantissent un essor économique certain dans le sens de la diversification. Au même titre d’ailleurs que l’industrie automobile qui, en plus de constituer un puissant levier de croissance, est un secteur générateur de devise. L’écrasante majorité des pays qui ont «brillé» ces 20 dernières années, ont d’abord réussi à placer leur production mécanique sur des marchés extérieurs.
L’Algérie a présentement la chance exceptionnelle de trôner sur un continent, prochain pôle de croissance économique mondial. Les constructeurs européens et asiatiques qui lorgnent le marché algérien savent que celui-ci leur permet de vendre leur production en Afrique, actuellement sous-équipée en termes de matériel roulant. Le continent est la dernière frontière de croissance. Il consommera toutes les anciennes technologies peu coûteuses. Cela paraît cynique, mais le moteur calorique qui devrait disparaître de l’Europe à l’horizon 2035 a encore de beaux jours dans les pays du continent noir.
La transition technologique nécessaire, dossier sur lequel travaille l’Algérie, à travers, notamment l’exigence de transfert de savoir-faire auprès de partenaires européens et asiatiques, est la prochaine ambition que l’Afrique doit avoir. Pour cela, le continent est censé produire ses propres champions économiques et technologiques. Cela ne saurait se produire sans des investissements qualitatifs qui doivent se concentrer sur les plus grands pays du continent. L’Algérie en est manifestement un.
Et cette position de pays-locomotive se mérite amplement, en raison de son total désendettement, l’immensité de son territoire et enfin sa totale souveraineté politique et financière. Il lui reste d’acquérir une maturité économique. Il est aidé en cela par une conjoncture géopolitique qui en fait un pôle de stabilité et de partenariat sûr, très recherché par le pôle occidental et celui des Brics.