Confrontée à une crise gazière qui s’amplifie sous l’effet des restrictions russes, l’Union européenne multiplie les actions et les orientations à l’adresse de ses membres dans l’espoir d’éviter la pénurie durant l’hiver prochain qui se fait de plus en plus craindre dans le Vieux Continent.
Par Feriel Nourine
En plus de l’accord de réduction gazière de 15% obtenu auprès des Vingt-sept, l’UE continue à se déployer sur la piste des alternatives au gaz russe, sur fond de menace de coupure totale que pourrait opérer Moscou à l’égard de l’ensemble de ses clients européens.
Parmi ces alternatives, l’Algérie se trouve en très bonne position en tant que l’un des principaux producteurs de gaz dans le monde, et dont les capacités d’exportation sont susceptibles de se développer au vu de ses réserves. Lesquelles sont constamment renforcées par de nouvelles découvertes, faut-il le souligner.
En ce sens, Bruxelles a instruit ses membres de relancer le dialogue avec l’Algérie, après avoir constaté que l’Espagne n’était plus capable de répondre aux attentes de certains de ces membres, notamment l’Allemagne, suite aux réductions de ses livraisons de gaz par l’Algérie.
C’est ce que rapporte le quotidien espagnol Libremercado, rappelant que l’Espagne aspirait à devenir le hub énergétique européen, soit la porte d’entrée du gaz algérien vers le Vieux Continent, mais que ce projet a été capoté par le gouvernement de Pedro Sanchez. C’est pourquoi, Pedro Sanchez est interpellé afin de renouer le dialogue énergétique avec l’Algérie. Et pour montrer le chemin à suivre au Premier ministre espagnol, l’Union n’hésite pas à citer l’exemple de l’Italie qui a nettement renforcé sa coopération énergétique avec l’Algérie et s’oriente vers une stratégie bénéfique à l’Europe. L’UE ne manque pas d’assurer Rome de son soutien, indique le journal espagnol.
La relance du dialogue avec l’Algérie est l’une des mesures inscrites par la Commission européenne dans son plan REPowerEU, visant à affranchir ses pays membres des hydrocarbures russes d’ici 2027. A travers ce plan, l’Europe veut «construire des associations à long terme mutuellement bénéfiques, promouvant les énergies renouvelables et augmentant l’efficacité énergétique dans le monde entier et coopérant dans les technologies vertes et l’innovation», poursuit le même média. «Ce dialogue était parfait, jusqu’à ce que, en premier lieu, Sanchez envoie sa ministre de la Transition écologique Teresa Ribera, pour négocier les futurs prix du gaz avec l’Algérie et leur expliquer que l’Espagne était opposée au développement du gaz, parce qu’elle voulait donner la priorité à l’éolien et au solaire dans le respect de l’agenda 2030» et surtout «depuis que Pedro Sanchez lui-même a cédé le Sahara au Maroc, provoquant l’une des plus grandes crises diplomatiques avec le pays exportateur de gaz ces derniers temps», écrit Libremercado, regrettant que la position espagnole ait conduit à «réduire de moitié l’entrée du gaz algérien par l’Espagne».
Or, la tâche de l’Espagne pour rétablir le courant sera compliquée face au niveau de ses tensions avec l’Algérie, estime l’UE, considérant que l’Italie est le pays le plus avancé dans ses relations avec l’Algérie et qui envisage de développer des gazoducs pour acheminer ce gaz vers l’Europe.
Les prix du gaz flambent, sueurs froides en Europe
En attendant de voir quelle sera la portée des instructions de Bruxelles à l’adresse du chef du gouvernement espagnol, la coopération gazière entre l’Algérie et l’Europe sera sans doute au menu de la visite que doit effectuer en Algérie, ce jeudi, le président français Emmanuel Macron.
Selon des sources concordantes, le dossier du gaz est inscrit en gros dans les discussions qu’aura M. Macron avec le président de la République, Abdelmadjid Tebboune. On s’attend à ce que le locataire de l’Elysée «vienne résoudre ce que Sanchez a désactivé», écrit encore la même source.
Sur le marché, la crise joue toujours le rôle principal dans les échanges, et les prix du gaz continuaient à monter hier, propulsés par l’annonce de la suspension des livraisons russes via le Nord Stream, du 31 août au 2 septembre, qui a ravivé les craintes d’une pénurie en Europe durant l’hiver prochain.
En fin de matinée, le TFF néerlandais, référence du marché européen du gaz naturel, gagnait encore près de 14% pour s’afficher à 280 euros le mégawattheure (MWh), en hausse de près de 14%. Plus tôt dans la séance, ils étaient montés à près de 293 euros, un niveau plus vu depuis les séances très volatiles des premières semaines de l’invasion russe de l’Ukraine.
Pour rappel, Gazprom a annoncé, vendredi dernier, que ses livraisons de gaz par le Nord Stream allaient être interrompues du 31 août au 2 septembre.
Le groupe énergétique russe justifie cette décision par des travaux de maintenance. C’est la seconde opération du genre opérée en quelques semaines sur ce canal d’acheminement dont dépend une bonne partie des approvisionnements en gaz russe de l’Europe. La première avait eu lieu du 11 au 21 juillet. La reprise des livraisons avait été effectuée, mais celles-ci avaient été réduites à tout juste 20% des capacités du Nord Stream.
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