À l’heure du crépuscule où mon âge flamboie sur la ligne orange de l’horizon, je me mets à lécher ma plaie de bête blessée par l’impéritie des singes de mon quartier. Vous n’avez pas à me remercier, je ne fais que mon devoir de patriote engagé envers cette Algérie que nous portons dans notre cœur et qui vit dans les moindres plis et replis de notre peau et de notre vie. Nous avons besoin de nous éclairer mutuellement et exprimer nos rêves et nos espoirs dûment campés sur notre foi en une Algérie nouvelle. Je loue Dieu de me permettre de vivre ces instants fabuleux, moi le rêveur éternel, et percevoir avec les yeux de mon esprit les prémices de mes rêves et les voir devenir réalité étalée sur toute la géographie de ma vie.
Le soleil de mon Algérie, cette pépite rare de mon cœur, devient enfin olympien dans le ciel de l’univers où mon cœur flotte parmi les rares nations qui enflamment de leurs ombres les lointains horizons.
Aujourd’hui, j’ai essuyé mes pleurs sur la blouse pure et nacrée de cette belle infirmière dont le sanglot sourd a ravivé ma plaie en rappelant la douleur de mon Algérie trahie par ces traitres où la perfidie se terre. Oui, ma sœur, les tueurs de l’apocalypse qui ont décimé des familles entières sont toujours enfouis dans le crépuscule de mon cœur où il pleure des amis et des frères morts au champ d’honneur pour que vive notre pays, cette perle de la vie, et notre peuple si fier sur les hauteurs de notre dignité où flotte à tous les vents le chant de notre liberté. Oui, ma sœur, je te dédie cet écrit où se mêlent les maux lâches et silencieux aux mots héroïques et audacieux pour te tailler un habit aussi pur que joli de notre histoire commune où l’eau de notre tragédie brûle encore aux abords du feu du volcan de notre glorieuse révolution.
Ô, ma belle infirmière ! Ta parole ourlée d’or et de lumière resonne comme une douce prière dans ma mémoire où mon âme, affolée par notre drame, a rameuté tous mes mots, ces soldats engagés sur le sentier de guerre, pour se mettre en rang afin de te présenter les armes et te rendre tous les honneurs. Toi, que ma plume réclame, je n’ai que les perles de mes larmes pour t’offrir l’écrin qui sied à la grandeur d’une dame. Le galop troublant de ton cheval fou a fini par creuser des ornières terribles dans la profondeur de ma chair où j’entends toujours les cris horribles des damnés de la Terre. Oui, ma sœur, nous étions là sur tous les fronts, par vallées et par monts, à écouter les rumeurs des nuits discrètes où la mort embusquée, lâche et traitre, guettait nos pas décidés ; nous étions là sur tous les temps, à conjuguer les saisons au verbe mourir, pour que vive notre idée au-delà du futur mandaté et les murmures enragés des cagoules noires.
Ô, ma reine ! Tu as embaumé mes heures alitées sur le hamac tordu de notre maladie séculaire où le temps affute ses longs couteaux à la manière des coupe-têtes de nos anciens tortionnaires. Il m’en souvient de ce vandalisme tentaculaire et de ces expéditions pendues aux exécutions sommaires où nous fumes proies de ces sans-lois agissant au profit de l’obscurantisme et de l’arbitraire. Des ombres encore chaudes du sang versé des cadavres encerclés autour de la haine d’un âge frelaté au vin amer de notre mordacité allergène. Oui, noble dame, je te conte le drame de notre blessure non cicatrisée du long kamiss à la barbe fournie, cette échancrure fratricide qui continue à nous tuer en un sempiternel homicide. J’entends encore le sifflement des balles assassines sur le mur amovible de la nuit qui s’enfuit en trainant la patte comme une chienne blessée et que vient débusquer le jour en train de lécher sa plaie.
Nous étions là, mes frères et moi. Ils sont partis sans moi, sans m’avertir, sans me dire un mot de toi… juste le silence creux des heures morbides où le bruit tendancieux par humilité se suicide. Ils sont partis pour se loger en moi où mon âme, hantée de leurs empreintes inégalables à souhait, chante leur hymne où le don de soi est un sacrifice de toute beauté. Ils sont partis par les chemins que seuls les meilleurs peuvent emprunter pour occuper à jamais le palais auguste et sublime de l’éternité. Entre la vie et la mort, j’ai divisé mon sort entre mon corps criblé et mon âme fêlée où mon moi meurtri se meurt encore. Crucifié à même les blessures de la patrie, je te nomme Algérienne par décret à l’identité certaine de cette Algérie à l’abri des diaboliques idéologies.
1 comment
Grand grand merci pour ce vibrant hommage d’amour à la patrie.
Texte magnifique et plein de sensations, wallah juste sublime
Bravo M. Benak et merci encore pour cette précieuse contribution