Par Hope&ChaDia
Chaque année, la question du début de l’Aïd el-Fitr soulève débats et perplexité. Mais en 2025, un contraste en particulier a retenu l’attention : Oman et les Émirats arabes unis, deux pays frontaliers, ont célébré l’Aïd à un jour d’intervalle. Les Émirats ont fêté l’Aïd le dimanche 30 mars, tandis qu’Oman l’a repoussé au lundi 31 mars. Deux dates, deux décisions… pour un même croissant de lune. Alors, comment expliquer cette divergence ? Est-elle scientifiquement justifiable ?
Ce que dit l’astronomie : pas de croissant visible samedi soir
Selon les calculs astronomiques les plus fiables, le croissant de lune n’était pas visible le soir du samedi 29 mars, ni à l’œil nu, ni même avec un télescope, dans l’ensemble de la péninsule arabique. Que ce soit à Abou Dhabi ou à Mascate, les conditions de visibilité ne remplissaient pas les critères d’observation minimale (âge du croissant, altitude, élongation, luminosité, etc.).
Autrement dit : la Lune était tout simplement trop jeune pour être vue ce soir-là.
Dans ce contexte, la décision d’Oman d’attendre le dimanche soir pour confirmer la fin du Ramadan s’aligne parfaitement avec les données scientifiques. La décision des Émirats, elle, repose sur des critères différents, probablement liés à l’acceptation de témoignages extérieurs ou à une approche religieuse plus souple vis-à-vis du calcul astronomique.
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Mais comment deux pays si proches peuvent-ils diverger ?
Et c’est là que le bât blesse. Scientifiquement, il est très difficile de justifier une telle divergence entre Oman et les Émirats.
Leur proximité géographique extrême implique des conditions d’observation presque identiques. Les capitales ne sont distantes que de quelques centaines de kilomètres, avec à peine 10 minutes de décalage horaire au coucher du soleil. Le ciel, l’horizon, les conditions atmosphériques — tout est pratiquement semblable.
Donc si le croissant est invisible à Mascate, il l’est aussi, très probablement, à Abou Dhabi.
Le fait que l’un voie la lune et que l’autre non relève davantage d’une divergence méthodologique que d’une réalité scientifique.
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La vraie raison : des méthodes différentes, pas une lune différente
Le cœur du problème, c’est la méthode :
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Oman applique une règle stricte : pas d’Aïd sans observation locale confirmée.
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Les Émirats, comme l’Arabie Saoudite, acceptent parfois des témoignages venus de l’étranger ou se basent sur une interprétation plus souple des critères de visibilité.
Il ne s’agit donc pas d’un désaccord astronomique, mais d’un choix humain sur la manière d’interpréter la Lune.
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Et l’Algérie dans tout ça ? Un modèle d’équilibre
Ce qui rend la situation d’autant plus frappante, c’est que des pays beaucoup plus étendus, comme l’Algérie, parviennent à éviter ce genre de confusion.
La méthode algérienne repose sur une approche mixte : l’observation visuelle est requise, mais elle est encadrée par des données astronomiques fiables. Si des témoins affirment avoir vu le croissant dans une région où les calculs prouvent son invisibilité, leurs témoignages peuvent être invalidés.
La Commission nationale des croissants lunaires (CNCL) consulte à la fois les observateurs sur le terrain et les centres astronomiques pour prendre sa décision. Ce double filet — religieux et scientifique — garantit une cohérence qui manque à d’autres pays.
L’Algérie prouve ainsi qu’il est possible d’être fidèle à la tradition tout en restant rigoureux scientifiquement.
Une réforme nécessaire ?
À mon avis, il devient de plus en plus difficile de justifier scientifiquement des décisions qui contredisent des données établies avec précision.
Le développement des moyens d’observation, la précision des calculs et la multiplication des satellites rendent l’erreur quasi impossible… à condition de vouloir les écouter.
Il est temps que les pays musulmans envisagent une harmonisation des méthodes d’observation, au moins entre voisins. Le ciel est un, la lune est une — il est peut-être temps que l’Aïd le soit aussi.