Ce second ouvrage consacré à El Hadj Bourahla est un vrai voyage dans le monde du chaabi avec ses nombreux témoignages, ses anecdotes et ses documents iconographiques.
L’auteur, Rachid Boukari, revient sur la vie de Cheikh Bourahla dans un vibrant hommage. Une évocation qui ravie les fans du maître et renseigne ceux qui ne l’ont pas connu. Un grand travail pour la mémoire. Dans la préface, Tayeb Bouguerra (maître de conférences à l’Université Paul Valéry de Montpellier, spécialiste de didactique et de l’enseignement du français), apporte son témoignage : « Lorsque Rachid m’a demandé de préfacer cet ouvrage, je n’ai pas hésité longuement car les nombreuses évocations des uns et des autres, les souvenirs et anecdotes dont regorge l’ouvrage ont, à mon insu, déclenché le désir irrépressible d’apporter mon témoignage sur le grand maître du khéloui. Au fil des pages, comme dans un kaleidoscope, des myriades de souvenirs, de visages, une mosaïque de senteurs du pays, d’airs et d’ambiance de jeunesse se mirent à danser dans ma mémoire sur le mode synesthésique. »
Le maître de conférence « emballé » par la tâche, remonte le temps et plonge dans ses souvenirs d’enfance : « On me pardonnera de ne pas faire œuvre de préfacier au sens classique du terme, mais de livrer simplement quelques îlots de souvenirs et d’événements auxquels est liée de manière consubstantielle la figure légendaire du maître. Ces événements les voici tels qu’ils se bousculent dans ma mémoire et tels que le regard (regard nécessairement attendri) que peut porter un homme qui a quitté Koléa il y a une trentaine d’années les perçoit à travers le prisme de la distance, du temps qui passe et du souvenir de cette Algérie heureuse que le poids de l’exil rend encore plus prégnant. Évoquer la figure légendaire de Hadj M’hamed Bourahla, c’est d’abord évoquer l’Algérie de ma jeunesse… ». Ce livre est dans la continuité d’un premier ouvrage intitulé « M’hamed Bourahla et le style khéloui » paru en 2003 aux éditions du Tell. Boukari évoque en début du livre : « L’intérêt porté par beaucoup de lecteurs fans de Bourahla aux anecdotes ayant émaillé la vie artistique du maître, m’a encouragé à entreprendre cette nouvelle rédaction. Pour ce faire, j’ai collecté beaucoup de témoignages qui complètent le récit du premier livre. La figure la plus importante de cette musique chaâbie est Bourahla. Poussé par la jalousie de son maître Kouider Kezadri, il quitta volontairement la radio Berthezène pour vivre à l’écart à Koléa sa ville natale. (…) La musique chaâbie a été perpétuée en grande partie dans les divers centres musicaux (école de musique chaâbie) d’Algérie, après la mort de Hadj M’Hamed El Anka (1979) et celle de Hadj M’Hamed Bourahla (1984). Après la mort d’El Anka, se dessinent deux courants principaux qui déterminent l’évolution musicale chaâbie (algéroise) dans tout le pays. On assiste, d’une part à l’intensification des contacts avec la musique néo-chaâbie et, d’autre part à une revitalisation de l’héritage musical d’El Anka. Tour à tour Koléa, Miliana, Mostaganem, et d’autres villes d’Algérie font appel à des musiciens algérois et créent sur leur sol des institutions musicales sous l’influence d’Alger, telle l’association musicale El Bassatine à Koléa fondée en 1982 ».
Pour rappel, Rachid Boukari, cadre de la santé, est né le 31 janvier 1943 à Koléa (Tipaza) dans une famille modeste, son grand-père paternel qui était propriétaire d’un four traditionnel, lui achetait des livres qui lui ont permis de s’abreuver de savoir et de se frotter aux grands esprits de la culture et du sport. Il fit ses premiers pas dans le journalisme comme correspondant sportif à El Moudjahid de 1972 à 1975. Il a côtoyé les grands chanteurs de la musique andalouse et de la musique chaâbie de Blida, d’Alger et de Koléa, ce fut le baptême du feu de celui qui deviendra plus tard un mélomane. Il fut co-fondateur et président de l’association musicale chaâbie El Bassatine de 1982 à 1992 puis co-fondateur et trésorier général de l’association Sidi Ali Embarek de Koléa, aujourd’hui à la retraite. Les liens d’amitié tissés entre l’artiste et le mélomane depuis qu’ils se connaissaient ont permis à l’auteur de retracer la vie d’El Hadj M’Hamed Bourahla avec une multitude de détails et d’anecdotes. Cette ode au chaabi et plus exactement au « style kheloui » embarque le lecteur dans un temps pas si lointain où l’art constituait l’un des piliers d’un savoir-vivre séculaire, le temps où l’érudition forçait le respect…
K. Morsli
Cheikh El Hadj M’Hamed Bourahla, le maître du Kheloui, de Rachid Boukari, éditions Dar El Ghernatia et «La joie de lire». 240 pages, 550
elmoudjahid.com 16.06.2021