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Rien ici-bas n’est acquis. Pas même le droit, l’égalité, encore moins la justice. Le peuple algérien en sait quelque chose, pour avoir arraché son indépendance et recouvré sa souveraineté, au prix du sacrifice de 1,5 millions de ses plus valeureux filles et fils.
Aujourd’hui encore, dans ce monde dominé par des “démocraties” occidentales assènant des leçons de morale et des discours grandiloquents (à double standard bien entendu) sur des valeurs et droits humains fondamentaux, qu’ils foulent allègrement aux pieds au gré de leurs intérêts, des peuples luttent toujours pour leur dignité et leur droit à l’existence.
Pour le peuple algérien, fidèle au serment des chouhadas, la lutte continue, non seulement pour préserver son indépendance et sa souveraineté ainsi que celles d’autres nations oubliées dans ce “monde qui s’est fait sans nous”, mais également pour se réapproprier, restaurer son Histoire occultée et son patrimoine spolié.
Car, sans doute par esprit de vindicte pour les uns et d’envie pour les autres, rien ne nous est épargné, jusqu’à notre riche patrimoine culturel qui nous est usurpée, plagiée, quant à l’histoire multimillenaire de notre pays, pourtant l’un des berceaux de l’humanité, celle-ci nous est carrément niée.
Chacun aura vu de quelle manière certains se sont appropriés ou tentent d’usurper, sans vergogne, des miettes de notre immense patrimoine culturel et historique. Ainsi, par exemple, l’épisode du classement du couscous sera mal passé auprès d’une partie de nos compatriotes qui ont reproché à nos autorités leur manque “d’implication”.
Comment, se sont-ils interrogés, a-t-on pu laisser un art culinaire ancestral que l’on sait nôtre ne serait-ce qu’être disputé par d’autres, alors que les recherches archéologiques ont mis au jour, dans notre territoire, les plus anciennes “coussoussières” au monde, remontant à l’ère numide, et d’autre part, seule l’Algérie est renommée dans la région pour être une terre de blé depuis l’antiquité ?
D’autres non moins patriotes, dans un esprit de partage et de fraternité, ont bien voulu concéder ce plat convivial algérien. L’on reconnaît bien là l’âme généreuse et hospitalière caractéristique de notre peuple. Le docteur Abdelkader Soufi me faisait remarquer que notre pays étant de toutes manières un continent, il recèle mille et une façons originales et particulières à chaque région de préparer ce mets savoureux, que nous pouvons volontiers partager afin de faire connaître à nos voisins et au monde la créativité algérienne issue du génie algérien. Et celui-ci est inimitable et inégalable.
Cependant, pourquoi, non contents d’entraver le développement économique de notre pays, certaines parties hostiles et envieuses s’attaquent-elles à notre culture et à notre histoire ?
Elles craignent tout simplement la puissance et le réveil du géant africain. En minimisant l’inventivité et l’originalité de notre patrimoine et notre histoire, l’on prétend innocculer insidieusement un complexe d’infériorité et ainsi inhiber les forces créatives du pays.
Mais c’est ignorer la résilience du peuple algérien, la formidable fécondité de son pouvoir inventif et surtout faire fi de l’intelligence des Algérien(ne)s. C’est ignorer le haut degré d’éducation des concitoyens de notre pays, qui compte le plus grand nombre d’étudiants dans la région, et donc le plus grand potentiel intellectuel et le plus prometteur. D’ailleurs l’on sait aujourd’hui, par exemple, que l’Algérie comptait des villes qui rayonnaient, dès le Moyen Âge, sur tout le bassin méditerranéen tant aux plans économique, culturel que scientifique, à l’instar de Bejaïa, qui avait contribué a diffuser les sciences (chiffres arabes, astronomie, etc) et avait compté parmi ses élèves Ibn Khaldoun ou encore Fibonacci.
La France coloniale a tenté par tous les moyens d’effacer la mémoire et le passé prestigieux de notre nation, laissant une population illettrée à plus de 90%, alors qu’avant son oeuvre de destruction des civilisations, de nombreux récits de voyageurs relataient le raffinement et le haut niveau de culture des Algérien(ne)s, lettré(e)s à plus de 90%.
Ainsi une des priorités de nos paléontologues, anthropologues, sociologues, historiens, etc est de reconstituer, reconstruire, voire réécrire notre Histoire ainsi que celle de toute la région, qui a été forgée sur des omissions, des raccourcis ou encore sur des mensonges, afin de les faire connaître à nos enfants et (pour leur gouverne) à nos voisins, ainsi qu’au monde.
Outre rétablir la vérité historique, l’objectif serait multiple :
– (dé)montrer que la nation algérienne est une continuité historique, de la préhistoire à nos jours, et non un agrégat de peuplades comme aimeraient de toute force le faire passer certains ennemis pour semer la division. Nous avons certes des “particularités” régionales qui font la richesse de notre patrimoine, cependant la culture qui constitue le substrat de la nation algérienne est homogène ; elle est une et indivisible.
https://jazairhope.org/lalgerie-est-elle-arabe-ou-amazigh-3/
Et ceux qui pariaient sur une possible fracture l’ont appris à leurs dépens : son peuple révolutionnaire avait infligé une défaite retentissante à l’une des plus puissantes armées, qui résonne encore aujourd’hui et dont l’écho retentira jusqu’à la fin des temps.
– un second objectif consisterait à faire connaître et mettre à l’honneur des hommes et des femmes de grande qualité ayant marqué non seulement le patrimoine culturel algérien mais également mondial dans tous les domaines : littérature, théâtre, peinture, musique, cinéma. Dans ce volet, les pouvoirs publics devraient engager une réflexion sur les diverses formes et moyens pour promouvoir les arts et les lettres et dégager un budget en conséquence. Pour le 7ème art, il s’agirait de réaliser des superproductions, véritables fresques et péplums relatant nos figures historiques de l’antiquité à l’ère moderne, et transportant le téléspectateur dans l’épopée algérienne. Cela participerait en outre en une soft power distillant les valeurs et la vision de l’Algérie en accord avec les aspirations des peuples pour un monde plus libre, plus juste et dans lequel toutes les nations seraient réellement égales.
– En engageant des recherches sur notre patrimoine (culinaire, artistique, etc), nous serions plus à même de le répertorier, de le développer et …de le défendre.
Certes nous sommes naturellement de bonne composition et donc portés à partager certaines de nos créations, cependant en dehors du cadre d’une démarche volontaire, c’est-à-dire à notre insu ou sans notre consentement, cela s’appelle du vol. C’est pourquoi un département au sein du ministère de la culture devrait être dédié pour la promotion et la défense du patrimoine algérien.
En outre, du double point de vue touristique et culturel, il serait fort à propos d’organiser dans chaque wilaya, tout au long de l’année, des festivités gastronomiques, artistiques, poésie, musiques, etc pour présenter les spécialités, les diversités créatives de chaque région.
Mais enfin de compte, le meilleur ambassadeur et promoteur de l’Algérie (tant à l’intérieur qu’à l’extérieur) reste l’Algérien(ne) lui(elle)-même. Par son comportement, ses actes, il (elle) contribue à projeter, véhiculer l’image du pays. C’est pourquoi l’éducation nationale doit mettre tous les moyens en oeuvre pour former le citoyen de demain, cet Algérien nouveau qui sera l’artisan de l’Algérie nouvelle.
Et du reste par gratitude envers notre mère-nourricière, qui nous a généreusement prodigué d’immenses richesses et pour laquelle nos illustres aînés se sont sacrifiés, ne devrions-nous pas, pour notre part, ne ménager aucun effort pour contribuer à son rayonnement et faire preuve d’imagination pour qu’elle fasse rêver le monde et qu’elle continue à faire rêver nos enfants.