À LIRE ET À PARTAGER AVEC LE MINISTRE DES FINANCES, LE GOUVERNEUR DE LA BANQUE D’ALGÉRIE, AINSI QUE TOUS LES BANQUIERS ET EXPERTS MONÉTAIRES POUR DISCUSSION ET CRITIQUE. CETTE RÉFLEXION PROPOSE UNE RÉFORME STRUCTURELLE DE JUSTICE MONÉTAIRE : RÉDUIRE LA THÉSAURISATION DU CASH, ÉLARGIR LA FISCALITÉ, PROTÉGER LES PLUS FAIBLES.
Le cœur de l’idée : rendre le cash “périssable” de manière ciblée
L’économie informelle prospère sur un fait simple : le cash thésaurisé ne coûte rien. Il dort, il échappe à la banque, il échappe à l’impôt, et il échappe à la circulation. Les politiques coercitives, elles, ont un autre défaut : elles produisent de la résistance, de la peur et de la paralysie.
La proposition ci-dessous cherche une troisième voie : une règle impersonnelle, stable, inscrite dans la loi, qui agit dans le temps. Elle ne “punit” pas le peuple. Elle rend simplement la thésaurisation massive plus difficile, plus coûteuse, et de moins en moins rationnelle.
Le mécanisme : rotation planifiée par coupure
Le principe est de fixer, pour chaque coupure, une durée de validité maximale. Une fois ce délai atteint, la coupure est renouvelée. La logique est volontairement asymétrique : plus la coupure est élevée, plus sa durée de validité est courte.
Objectif : frapper la thésaurisation là où elle se fait réellement — sur les grosses coupures — tout en laissant les petites coupures respirer pour les usages quotidiens.
Un exemple de calendrier
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Coupure élevée (ex. 2 000 DA) : cycle court
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Coupures intermédiaires (1 000 / 500 DA) : cycle moyen
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Petites coupures (200 / 100 DA) : cycle long
Cette structure suffit à créer l’effet recherché, sans multiplier les dates et les paramètres.
La clé sociale : sortir les petits du processus
Le dispositif doit être conçu pour éviter un écueil classique : transformer une réforme monétaire en files d’attente, rumeurs et tensions.
La règle est simple : les détenteurs de montants modestes ne doivent pas être “appelés” au guichet. Ils continuent à vivre normalement : ils dépensent. Les billets s’écoulent dans le commerce. Le commerce dépose. La banque collecte. Le système aspire.
Le barème : une fiscalité douce, automatique, sans justificatif
Au lieu d’un contrôle fiscal direct, l’échange se fait sans justificatif, mais avec un coût de transformation progressif à partir d’un seuil socialement neutre, a titre d’exemple :
Jusqu’à 1 million DA : 0 %
1 à 10 millions DA : 5 %
Plus de 10 millions DA : 10 %
Ce coût de transformation doit être compris comme une opportunité de régularisation : une manière simple, prévisible et non conflictuelle de contribuer, a posteriori, à l’impôt qui n’a pas été acquitté lorsque ces montants ont circulé ou ont été accumulés hors du circuit déclaré. Il ne s’agit pas d’une confiscation, mais d’un “ticket d’entrée” fiscal, proportionné, qui permet de réintégrer des volumes de cash dans le circuit formel sans enquête, sans justification et sans humiliation administrative.
Ce barème est lisible, stable, et suffisamment dissuasif pour déplacer les comportements, sans produire une hostilité frontale.
Le verrou technique qui rend la réforme “auto-exécutante”
Pour que la rotation fonctionne réellement, une règle doit être non négociable : les banques ne doivent plus redistribuer les billets expirés.
Dès qu’une coupure arrive à expiration, tout billet de cette coupure encaissé par une banque est isolé et reversé à la Banque d’Algérie. Autrement dit : le billet expiré qui entre dans le système bancaire ne ressort plus jamais dans le public.
C’est ce verrou qui transforme la réforme en mécanisme structurel : même sans imposer de démarches aux petits détenteurs, le stock ancien disparaît au fil des dépôts et des encaissements.
L’intérêt budgétaire : une réforme potentiellement auto-financée
L’argument financier est central : l’État ne s’engage pas dans une réforme coûteuse “pour le principe”. L’objectif est qu’elle se finance elle-même, dès le premier cycle, grâce aux recettes générées sur les gros volumes, tout en élargissant durablement l’assiette bancaire et fiscale.
Sur la base d’ordres de grandeur plausibles, le raisonnement est le suivant : en supposant une masse fiduciaire d’environ 4 000 Mds DA, dont 60 % détenus hors circuit bancaire (≈ 2 400 Mds DA), et un retour en banque de 70 % de ce cash informel (≈ 1 680 Mds DA), l’application du barème de transformation sur les montants élevés permettrait de générer de l’ordre de 33,6 Mds DA de recettes dès la première rotation.
En face, le coût logistique et industriel du renouvellement monétaire reste maîtrisable : en partant d’un coût maximal estimé à 580 millions $ pour remplacer l’ensemble des billets (impression sécurisée, transport, communication), et d’un volume d’environ 2 milliards de billets à un coût moyen de 0,25 $ par billet, le coût moyen d’un cycle partiel (une coupure renouvelée selon le calendrier) ressort à environ 15,6 Mds DA.
Dans ce scénario, la réforme s’auto-finance dès son premier cycle, tout en augmentant le retour du cash vers les banques et en renforçant mécaniquement la base fiscale.
Cadre juridique minimal proposé
“Une loi fixe le calendrier de renouvellement des billets par coupure et la durée maximale de validité de chaque coupure. Le remplacement des billets expirés s’effectue sans justificatif et selon un mécanisme de transformation progressive par tranches. À compter de la fin de validité d’une coupure, les établissements bancaires ne peuvent plus remettre en circulation les billets concernés et doivent les reverser à la Banque d’Algérie.”
Pourquoi le risque politique est limité
Contrairement à une démonétisation brutale, cette approche :
- Est prévisible, étalée et donc anticipable,
- Ne prive personne de son argent,
- protège explicitement les petits montants,
- Evite l’arbitraire administratif el l’humiliation (pas de justificatifs),
- Cible principalement une minorité : les gros volumes thésaurisés.
Elle transforme un problème explosif (l’informel) en mécanisme silencieux : la loi, le temps, et l’arithmétique.
Contournements : pourquoi la récurrence change la donne
La critique existe : “ils contourneront”. Oui, certains tenteront. Mais le point central est la répétition : ce système n’est pas un choc unique, il revient. La thésaurisation sur grosses coupures devient alors un coût récurrent, et non un événement exceptionnel que l’on peut absorber une fois.
Le fractionnement via des tiers, bien que possible, ajoute des risques juridiques et relationnels (perte de contrôle, conflits, chantage, dénonciations). Surtout, à mesure que la règle s’installe, les schémas de contournement deviennent plus visibles, plus fréquents, et donc plus exposés. Ceux qui se font “attraper” en dehors de ce cadre légal — prête-noms, montages de façade, manœuvres de dissimulation, fausses déclarations — ne s’exposent plus seulement à un coût financier, mais à un risque pénal.
Ainsi, plus la réforme est durable, plus la stratégie de contournement devient lourde, instable et coûteuse : elle oblige à arbitrer entre payer une régularisation proportionnée, ou entrer dans une zone de risque juridique croissant.
Perspective stratégique
Cette proposition offre une voie de réforme puissante et pragmatique : souveraineté monétaire, réduction progressive de l’informel, augmentation des recettes fiscales sans confrontation directe, protection sociale, et bancarisation réelle.
Elle peut démarrer par une seule coupure (celle qui sert le plus à stocker), être évaluée, puis étendue. À terme, la thésaurisation massive de cash devient une stratégie de moins en moins rationnelle, parce qu’elle cesse d’être gratuite.
Hope&ChaDia