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Souika ou la mémoire tatouée

by Mohamed Redha Chettibi
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Lorsque les anciens Constantinois parlent de «Souika», la vieille ville ou la Médina de Constantine, ils ne manquent jamais de souligner que ce «quartier arabe», comme on le désignait dans un passé récent, constitue indiscutablement notre mémoire à nous tous, l’âme et le cœur de la ville de Benbadis.
«C’est notre passé et nos souvenirs», ajoutent-ils. Et d’expliquer que beaucoup d’affectivité s’attache à ce lieu mythique qui a accueilli, dans la convivialité, voire une certaine tendresse, des générations entières de Constantinois et de gens venus d’ailleurs, surtout lors de la colonisation, au moment où il fallait se serrer les coudes pour faire face à la pauvreté et à l’injustice, en ces temps bénis où la solidarité commune avait des accents de bravoure.
La vieille ville de Constantine (appelée affectueusement «Souika», le petit marché au féminin), c’est l’image d’hier où la nostalgie projette dans votre subconscient une vision pleine de chaleur humaine, pour oublier que ce quartier historique croule sous la décrépitude et l’usure du temps. Les citadins disent que c’est la dégradation des hommes qui est responsable car «Souika» a été défigurée par de soi-disant travaux de rénovation. Pour d’autres, c’est la fatalité et le destin implacables légués par les contingences d’une mutation sociale à plusieurs paliers. En tout cas, aujourd’hui, Souika demeure à jamais la légendaire mémoire ancrée dans la vie de chacun ici à Constantine. Vidée de ses habitants, contraints de l’abandonner en fuyant la précarité pour se réfugier dans des HLM froids et sans âme, elle ne cesse d’agoniser. Ce quartier, qui a bercé notre enfance et dont les bâtisses menacent ruine, n’est plus que l’ombre de lui-même.

Ibn Khaldoun y serait venu en visite chez ses beaux-parents
Vue du pont de pierres qui ceinture une partie de son flanc droit, cette médina qui fut reine à une certaine époque, qui a accueilli au cours de sa longue histoire des personnages de renom tels que le savant Ibn-Khaldoun venu, dit-on, en visite chez ses beaux-parents, offre aujourd’hui l’image d’une ville où, en dépit de toutes les vicissitudes, le charme de son site aérien accroche toujours le poète et l’étranger et offre l’illusion qu’elle est encore debout. Aussi, ses enfants qui l’ont quittée viennent de temps en temps pérégriner ou font simplement une sorte de transit de ressourcement entre des magasins qui ne sont en somme que des réduits de quelques centimètres carrés rescapés des années 50 et croulant sous des marchandises… Juste pour le plaisir d’humer ses senteurs, de plonger dans son odeur et son ambiance caractéristiques à nul autre pareil pour se rappeler du temps où ils furent les maîtres des lieux. Il y a aussi la poésie qui émane de ces lieux qui ont résisté à la déferlante de la ruine et se présentent aujourd’hui comme des témoins pour raconter le passé. Ils trouvent que les portes cochères finement ciselées qui ont échappé miraculeusement à une disparition pure et simple restent debout quoique l’eau de cette fontaine en face de la zaouïa ne chante plus et que le cordonnier du coin, lui, a préféré se convertir aux babioles ramenées d’ailleurs.

Bref, il y a tant de choses à dire sur Souika et oser en parler sans citer Sidi-Rached et son mausolée à côté qui se trouve juché sur la paroi du Rhumel, sans citer les lieux familiers comme Seida, Kouchet Ezziet, Zanket Lamamra, Sidi B’zar, Zeleika, El-Bat’ha, et j’en oublie, constitue une faute qui confine au sacrilège.

Le souvenir de Sophonisbe et de Massinissa
À Souika, aujourd’hui, les grandes personnes n’osent plus parler d’avenir sans avoir froid dans le dos parce qu’elles ont vu des pans entiers de la vieille ville, classée pourtant patrimoine national, défigurés par des soi-disant travaux de rénovation lesquels, d’autre part, n’en finissent pas. Quel gâchis ! se disent-ils, lorsqu’on constate que la municipalité ou les différents organismes mis en place pour piloter ces fameux travaux de rénovation ne savent plus «gérer» le patrimoine bâti de la vieille ville. Historiquement, le citoyen constantinois a pour sa vieille ville un amour passionné.

C’est un peu Sophonisbe, cette reine carthaginoise qui préfère se sacrifier que de vivre un destin contrariant. Entre Souika et ses enfants, il y a également comme une sorte de complexe d’Œdipe. On ne change pas sa mère, même pour les yeux de la plus belle femme du monde. Enfin, et toujours pour l’avenir, on craint pour ces «bains de César qui se trouvent en bas du rocher, sur le cours des eaux, et qui sont visités par des générations de Constantinois qui prenaient plaisir à se tremper dans leurs eaux miraculeuses, un patrimoine historique et touristique, pensent-ils, qui risquede pâtir du plan de relance du «Chemin des touristes» qu’on ne cesse d’exhiber chaque année.
Il reste donc ceci à sauver pour ce qui reste à sauver et du coup réussir à redonner un cachet des plus touristiques, sans oublier d’ailleurs les autres sites, que ce soit le «Chemin des touristes» des gorges du Rhumel, le site enchanteur de Sidi-M’cid, les ruines de Tiddis, sans oublier au passage le tombeau de Massinissa.

Renouer avec le passé…
Une espèce de programme de consolation qui devra recenser tous les édifices encore «en vie» et voir ce qui permettra à la cité de rassembler tout l’artisanat local au cœur de la vieille ville. Une manière comme une autre d’offrir un peu la possibilité à la population constantinoise de renouer avec son passé. C’est là, en somme, un pari qu’il faudrait gagner. À nous, donc, de prendre soin de notre mémoire à tous.
A. M

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