{"id":12792,"date":"2021-03-27T09:38:22","date_gmt":"2021-03-27T14:38:22","guid":{"rendered":"https:\/\/jazairhope.org\/?p=12792"},"modified":"2021-03-27T09:38:23","modified_gmt":"2021-03-27T14:38:23","slug":"le-tiers-mondisme-italien-de-mattei","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/jazairhope.org\/fr\/le-tiers-mondisme-italien-de-mattei\/","title":{"rendered":"Le tiers-mondisme italien de Mattei"},"content":{"rendered":"<div id=\"docHeader\">\n<h1 id=\"docTitle\"><\/h1>\n<div id=\"docAltertitle\">\n<div lang=\"en\"><span lang=\"en\" xml:lang=\"en\">The Italian third-worldism of Mattei<\/span><\/div>\n<\/div>\n<div id=\"docAuthor\"><strong>Patrick\u00a0<span class=\"familyName\">Lafond<\/span><\/strong><\/div>\n<\/div>\n<div id=\"docBody\">\n<div id=\"shortcuts\"><\/div>\n<div id=\"abstract\" class=\"section\">\n<div class=\"tabMenu\"><\/div>\n<div id=\"abstract-565-fr\" class=\"tabContent\" lang=\"fr\" xml:lang=\"fr\">\n<p class=\"resume\">Enrico Mattei, mort en 1962, symbolise les succ\u00e8s \u00e9conomiques de la p\u00e9ninsule durant la Grande Croissance mais aussi ses efforts pour \u00e9tablir des relations nouvelles avec les pays arabes d\u2019Afrique du Nord et du Proche Orient alors que la France s\u2019arcboute sur son passe colonialiste. Ce chef d\u2019entreprise d\u2019\u00c9tat s\u2019affiche tiers-mondiste et affirme un nouvel atlantisme tandis que, \u00e0 partir de 1958, Amintore Fanfani engage la D\u00e9mocratie Chr\u00e9tienne dans une voie similaire tout en recherchant de nouvelles alliances de Centre-Gauche. Toutefois ce n\u00e9o atlantisme tiers-mondiste de Mattei est entrepreneurial et ob\u00e9it \u00e0 des n\u00e9cessit\u00e9s comptables tout autant que politiques. Bien loin de rejeter les \u00c9tats-Unis, ce grand capitaine d\u2019industrie cherche \u00e0 appliquer dans son groupe les m\u00e9thodes qui ont d\u00e9montr\u00e9 leur efficacit\u00e9 outre Atlantique. En outre tout ce courant politique et \u00e9conomique dont Mattei, parmi d\u2019autres, est porteur n\u2019est pas n\u00e9 de rien\u00a0; il a un pass\u00e9 qui plonge ses racines au moins dans le\u00a0<em>Ventennio nero\u00a0<\/em>tout en renvoyant de mani\u00e8re occult\u00e9e au pass\u00e9 colonial italien.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"abstract-565-en\" class=\"tabContent hidden\" lang=\"en\" xml:lang=\"en\">\n<p class=\"resume\">\n<\/div>\n<p><a class=\"go-top\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#article-565\">Inicio de p\u00e1gina<\/a><\/div>\n<div id=\"toc\" class=\"section\"><\/div>\n<div id=\"text\" class=\"section\">\n<div id=\"widgets\" class=\"withTextSize\">\n<div class=\"dl\">\n<div class=\"main\">\n<div class=\"accesstype freemium\"><\/div>\n<div class=\"info\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"text wResizable  medium\">\n<h1 class=\"texte\">Pourquoi s\u2019int\u00e9resser \u00e0 Enrico Mattei ?<\/h1>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">1<\/span>Il est devenu lieu commun d\u2019expliquer l\u2019attitude favorable d\u2019Enrico Mattei \u00e0 l\u2019\u00e9gard des pays arabes et de leurs dirigeants par un tiers-mondisme qui serait au c\u0153ur de la r\u00e9flexion du chef d\u2019entreprise mais aussi de l\u2019homme politique que fut ce dirigeant italien hors norme. Tr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8rement est cit\u00e9 le soutien qu\u2019il apporta au FLN durant la guerre d\u2019Alg\u00e9rie contre la France qui s\u2019arcboutait sur un empire colonial vou\u00e9 pourtant \u00e0 dispara\u00eetre. La lettre de condamnation \u00e0 mort envoy\u00e9e \u00e0 Mattei par l\u2019OAS en juillet 1961, si souvent cit\u00e9e dans les ouvrages italiens traitant de cette affaire (<em>il caso Mattei<\/em>), symboliserait ce tiers mondisme pourchass\u00e9 par les colonialistes fran\u00e7ais les plus obtus et les plus sanguinaires. Mais un tel tiers-mondisme n\u2019\u00e9tait pas que politique d\u00e8s lors qu\u2019il se r\u00e9v\u00e9lait aussi et surtout dans la strat\u00e9gie industrielle de l\u2019ENI comme le montrent les contrats extr\u00eamement novateurs sign\u00e9s par le groupe transalpin avec les pays producteurs de p\u00e9trole. Ces contrats s\u2019attaquaient au fameux fiftyfifty que les Majors p\u00e9troli\u00e8res anglo-saxonnes (mais aussi fran\u00e7aises) pratiquaient aupr\u00e8s des pays producteurs arabo-musulmans. Ils instauraient la r\u00e8gle que l\u2019on a pris l\u2019habitude de sch\u00e9matiser en la distinguant du fameux 50-50\u00a0: 75\u00a0% des b\u00e9n\u00e9fices seraient maintenant attribu\u00e9s au pays producteur et 25\u00a0% seulement \u00e0 l\u2019ENI. Ce raisonnement, juste, est pourtant un peu simplificateur car ces contrats, en fait, innovaient sur un probl\u00e8me plus essentiel encore que la question du montant des b\u00e9n\u00e9fices per\u00e7us. Le pays producteur n\u2019\u00e9tait plus seulement un rentier de ses richesses dont il percevait les \u00ab\u00a0royalties\u00a0\u00bb sans \u00eatre le moins du monde impliqu\u00e9 dans la mise en valeur du p\u00e9trole\u00a0; il devenait avec Enrico Mattei un acteur industriel associ\u00e9 \u00e0 la mise en valeur des hydrocarbures extraits de son sol. Le chef d\u2019entreprise italien permettait aux pays producteurs de devenir eux-m\u00eames des industriels capables de commencer \u00e0 \u00ab\u00a0remonter la fili\u00e8re\u00a0\u00bb de cette richesse essentielle au c\u0153ur de l\u2019essor sans pr\u00e9c\u00e9dent des pays occidentaux. Enrico Mattei semblait donc s\u2019attaquer aussi aux racines \u00e9conomiques du n\u00e9ocolonialisme, ce qui lui valut d\u2019\u00e9tablir des relations de confiance avec les dirigeants arabes mais aussi avec ceux de tous les mouvements de d\u00e9colonisation.<\/p>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">2<\/span>Mattei voulait \u00e9viter la nationalisation des richesses p\u00e9troli\u00e8res qui aurait spoli\u00e9 les firmes p\u00e9troli\u00e8res occidentales, en particulier la sienne, comme cela s\u2019\u00e9tait produit en 1938 au Mexique ou en 1951 en Iran. Plut\u00f4t que de se heurter frontalement aux dirigeants nationalistes de ces pays, il se proposait d\u2019accompagner leur essor \u00e9conomique en les associant par un transfert progressif (\u00a0?) de technologie \u00e0 la mise en valeur de leurs sources d\u2019\u00e9nergie. Cela supposait aussi que le pays producteur assume, maintenant, les risques de la mise en valeur de ses richesses. Apr\u00e8s une premi\u00e8re phase au cours de laquelle l\u2019ENI assure les investissements n\u00e9cessaires \u00e0 la prospection et au forage, le pays producteur au cours de la deuxi\u00e8me \u00e9tape, par l\u2019interm\u00e9diaire de la firme nationale qu\u2019il aura constitu\u00e9e conjointement avec le groupe italien, devra financer sa part d\u2019investissements afin de contribuer \u00e0 la r\u00e9ussite de l\u2019ensemble du projet. Cela signifie donc que l\u2019exploitation des gisements d\u2019hydrocarbures peut s\u2019av\u00e9rer, selon les circonstances, particuli\u00e8rement profitable&#8230; ou beaucoup moins \u00e0 la fois pour l\u2019ENI et pour le pays producteur. Tr\u00e8s clairement le risque doit \u00eatre assum\u00e9 de mani\u00e8re paritaire.<\/p>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">3<\/span>Mais d\u2019o\u00f9 provenait un tel comportement tiers-mondiste de ce dirigeant d\u2019entreprise p\u00e9troli\u00e8re occidentale\u00a0? Allait-il de soi en Italie\u00a0? Traduisait-il un comportement accept\u00e9 par toute la classe politique de la p\u00e9ninsule\u00a0? Quelles en \u00e9taient les origines\u00a0?<\/p>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">4<\/span>Toutes ces questions cherchent bien s\u00fbr \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 un des grands enjeux de l\u2019historiographie italienne depuis plusieurs d\u00e9cennies\u00a0: Mattei a-t-il agi en solitaire ou, en sous mains, ses initiatives n\u2019ont-elles pas \u00e9t\u00e9 applaudies par les dirigeants italiens qui voyaient en lui celui qui affirmait haut et fort une politique qu\u2019eux-m\u00eames encha\u00een\u00e9s \u00e0 leurs alliances occidentales \u00e9taient incapables de r\u00e9aliser avec pers\u00e9v\u00e9rance\u00a0?<\/p>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">5<\/span>Mais de tels questionnements doivent nous amener \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur le parcours politique mais aussi entrepreneurial d\u2019Enrico Mattei, t\u00e9moin des mutations de l\u2019Italie depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es trente du\u00a0xx<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle. Cette aventure individuelle est un r\u00e9v\u00e9lateur des ruptures mais aussi des continuit\u00e9s de la p\u00e9ninsule depuis le\u00a0<em>Ventennio\u00a0<\/em>fasciste sinon m\u00eame le\u00a0xix<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle. Au cours des ann\u00e9es trente progressivement \u00e0 partir de la crise \u00e9thiopienne l\u2019Italie mussolinienne est devenue, en se rapprochant de l\u2019Allemagne hitl\u00e9rienne, l\u2019ennemi de la France et du RU\u00a0; des ann\u00e9es cinquante aux ann\u00e9es soixante la r\u00e9publique italienne a particip\u00e9 \u00e0 la mise en place de la CEE en Europe Occidentale en s\u2019associant encore une fois \u00e0 l\u2019Allemagne (maintenant seulement occidentale) mais aussi \u00e0 la France et \u00e0 la Belgique.<\/p>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">6<\/span>Le fascisme critiquait les nations ploutocrates qu\u2019\u00e9taient la France et le RU (et probablement aussi la Belgique)\u00a0; Enrico Mattei et bien d\u2019autres en Italie durant les ann\u00e9es cinquante et soixante s\u2019\u00e9levaient contre le colonialisme r\u00e9trograde de la France et du RU. On peut trouver une certaine permanence dans de telles attitudes \u00e0 trente ans d\u2019intervalle\u00a0: l\u2019opposition \u00e0 l\u2019\u00e9gard des puissances coloniales traditionnelles m\u00eame si les motivations \u00e9taient loin d\u2019\u00eatre pures. Assur\u00e9ment nous savons bien que Mattei a \u00e9t\u00e9 un grand r\u00e9sistant qui participa au premier rang aux c\u00f4t\u00e9s du communiste Luigi Longo, de Ferruccio Parri, le futur pr\u00e9sident du conseil et de Raffaele Cadorna, le chef militaire du CLNAI au d\u00e9fil\u00e9 de la lib\u00e9ration de Milan le 5 mai 1945&#8230; mais il est difficile d\u2019oublier ses sympathies fascistes plus ou moins indiff\u00e9rentes des ann\u00e9es trente alors qu\u2019il commen\u00e7ait sa carri\u00e8re de chef d\u2019entreprise.<\/p>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">7<\/span>\u00c9tudier le parcours de Mattei avant la guerre est donc un moyen d\u2019\u00e9clairer \u2013 en partie mais pas exclusivement \u2013 son comportement apr\u00e8s la deuxi\u00e8me guerre mondiale lorsqu\u2019il dirigea l\u2019AGIP et l\u2019ENI. De la m\u00eame mani\u00e8re cela nous permettra d\u2019\u00e9voquer certaines ambigu\u00eft\u00e9s italiennes dans les relations de la p\u00e9ninsule avec les pays de ce que l\u2019on commence \u00e0 appeler \u00e0 partir des ann\u00e9es cinquante le \u00ab\u00a0tiers monde\u00a0\u00bb. Une telle d\u00e9marche pr\u00e9alable nous para\u00eet indispensable pour bien comprendre ce moment strat\u00e9gique que fut la cr\u00e9ation voulue par Mattei d\u2019un office de presse \u00e0 Tunis en 1961. La fa\u00e7on qu\u2019eut Mario Pirani, volontairement d\u00e9sign\u00e9 par le Condottiere pour occuper ce poste strat\u00e9gique, de mener \u00e0 bien sa t\u00e2che est l\u2019accomplissement de ce tiers-mondisme de Mattei dont les racines sont particuli\u00e8rement anciennes et probablement assez ambigu\u00ebs.<\/p>\n<h1 class=\"texte\">Le pass\u00e9 Italien d\u2019Enrico Mattei<\/h1>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">8<\/span>En l\u2019\u00e9tat actuel de la documentation disponible nous sommes oblig\u00e9s, pour l\u2019essentiel, de confronter les nombreux ouvrages de journalistes ou de proches collaborateurs de Mattei qui ont \u00e9crit sur lui depuis plusieurs d\u00e9cennies. Sur la vie m\u00eame du Condottiere les archives sont encore disparates et tr\u00e8s difficilement accessibles. Nous nous en tiendrons pour la pr\u00e9sentation de ce pass\u00e9 italien, en attendant des circonstances meilleures, \u00e0 la confrontation de ces ouvrages tr\u00e8s souvent fond\u00e9s sur des t\u00e9moignages oraux r\u00e9p\u00e9t\u00e9s et sur des souvenirs pas toujours facilement v\u00e9rifiables. N\u00e9anmoins une telle confrontation, malgr\u00e9 ses limites, permet de commencer \u00e0 d\u00e9gager les traits si particuliers d\u2019un personnage hors du commun.<\/p>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">1<\/span>\u00a0C\u2019est l\u00e0 l\u2019exemple type de l\u2019apport tr\u00e8s r\u00e9cent des nouvelles recherches comme celles de Daniele Po\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn1\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<li><span class=\"num\">2<\/span>\u00a0C. M. Lomartire,\u00a0<em>Mattei.\u00a0<\/em><em><span lang=\"en\" xml:lang=\"en\">Storia dell\u2019italiano che sfido i signori del petrolio<\/span><\/em><span lang=\"en\" xml:lang=\"en\">, Milan, 2006, p.\u00a051-\u00a0<\/span><a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn2\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">9<\/span>Enrico Mattei est n\u00e9 en 1906 dans un petit village des Marches. Bien qu\u2019issu d\u2019un milieu social tr\u00e8s humble<a id=\"bodyftn1\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn1\">1<\/a>, il va tr\u00e8s t\u00f4t s\u2019engager dans l\u2019aventure entrepreneuriale. En 1930 il dirige une soci\u00e9t\u00e9 qui repr\u00e9sente la firme allemande Lowenthal qui produisait des machines sp\u00e9cialis\u00e9es dans le secteur de la tannerie. En 1932 le jeune Mattei (il a 26 ans) d\u00e9cide de rompre avec cette entreprise allemande car il ne veut d\u00e9pendre de personne et souhaite au contraire s\u2019engager de mani\u00e8re autonome sur le march\u00e9 de la tannerie qu\u2019il juge porteur en Italie<a id=\"bodyftn2\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn2\">2<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">10<\/span>Cette rupture peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une chance car quelques mois plus tard Hitler prend le pouvoir en Allemagne. Le nazisme va pratiquer l\u2019autarcie et il n\u2019est pas certain que la firme allemande ait pu continuer \u00e0 collaborer avec Mattei sur le march\u00e9 italien. Tout au contraire le jeune industriel des Marches a pu saisir les opportunit\u00e9s offertes par le retrait d\u2019Italie de telles firmes allemandes.<\/p>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">11<\/span>Enrico Mattei pourtant ne va pas se satisfaire du seul domaine des tanneries. Il cherche \u00e0 comprendre dans quels domaines la comp\u00e9tition pourrait \u00eatre plus facile pour lui, dans quelles niches il pourrait plus facilement s\u2019imposer sur un march\u00e9 particuli\u00e8rement incertain en ce d\u00e9but des ann\u00e9es trente. Il constate que le secteur des huiles et des graisses sp\u00e9ciales pourrait offrir des opportunit\u00e9s. En effet il s\u2019agit d\u2019un domaine qui trouve des d\u00e9bouch\u00e9s non seulement dans la tannerie et la fourrure mais aussi dans les diff\u00e9rentes industries textiles sans compter m\u00eame les sucreries. Or ce secteur est domin\u00e9 par des firmes \u00e9trang\u00e8res.<\/p>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">12<\/span>Mattei va r\u00e9fl\u00e9chir pour essayer de trouver des atouts qui permettraient, d\u00e8s lors qu\u2019ils \u00e9taient bien utilis\u00e9s, de plus ou moins les supplanter. Le premier avantage dont il pourrait profiter est le repli autarcique de l\u2019Italie au cours des ann\u00e9es trente. Gr\u00e2ce \u00e0 lui Mattei devrait triompher de ces concurrents \u00e9trangers comme il venait de le faire avec Lowenthal. Mais cela ne suffisait pas car la firme de Mattei devait bien entendu avoir les moyens industriels et commerciaux de s\u2019imposer. C\u2019est alors qu\u2019interviennent deux autres avantages li\u00e9s\u00a0: les co\u00fbts et les temps de livraison. Parce que son entreprise est italienne, elle peut r\u00e9duire au maximum les co\u00fbts provoqu\u00e9s par le transport des marchandises depuis le lieu de production jusqu\u2019aux clients.<\/p>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">3<\/span>\u00a0I. Pietra,\u00a0<em>Mattei, la pecora nera<\/em>, Milan, 1987. L\u2019ouvrage a \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9dit\u00e9 sous les auspices du journa\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn3\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">13<\/span>En 1934 il cr\u00e9e une nouvelle entreprise dans la p\u00e9riph\u00e9rie industrielle de Milan, la ICL c\u2019est-\u00e0-dire Societ\u00e0 Anonima Industria Chimica Lombarda<a id=\"bodyftn3\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn3\">3<\/a>. M\u00eame si la mise de fond financi\u00e8re n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 consid\u00e9rable, il a d\u00fb investir toute son \u00e9pargne et emprunter au maximum aupr\u00e8s de ses proches et de ses parents. La firme qu\u2019il r\u00e9ussit \u00e0 mettre sur pied va se sp\u00e9cialiser dans la production et la commercialisation de vernis, d\u2019huiles, de graisses et de savons sp\u00e9ciaux tr\u00e8s demand\u00e9s dans les industries de la tannerie mais aussi textiles, m\u00e9tallurgique et m\u00e9canique. Ces produits sont choisis parce qu\u2019ils offrent l\u2019avantage strat\u00e9gique, \u00e0 cette date-l\u00e0 sur le march\u00e9 de l\u2019emploi de l\u2019Italie, d\u2019impliquer des travaux simples sans grande qualification mais exigeant une rapidit\u00e9 d\u2019ex\u00e9cution en quelques jours seulement. Il devient alors possible de jouer sur un atout ma\u00eetre\u00a0: la rapidit\u00e9 de la livraison.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">4<\/span>\u00a0B. Coriat,\u00a0<em>Penser \u00e0 l\u2019envers. Travail et organisation dans l\u2019entreprise japonaise<\/em>, Mesnil-sur-l\u2019Est\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn4\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">14<\/span>Un des journalistes biographes du jeune chef d\u2019entreprise, Carlo Maria Lomartire, se lance \u00e0 ce propos dans une comparaison un peu os\u00e9e mais, tout compte fait, assez justifi\u00e9e. Mattei aurait pratiqu\u00e9, avant la lettre, le\u00a0<em>just on time\u00a0<\/em>comme l\u2019avait envisag\u00e9 quinze \u00e0 vingt ans plus tard l\u2019ing\u00e9nieur Ohno chez Toyota au cours des ann\u00e9es cinquante<a id=\"bodyftn4\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn4\">4<\/a>, ce qui fit de proche en proche la force de l\u2019industrie japonaise jusqu\u2019aux ann\u00e9es soixante dix et quatre vingts du\u00a0xx<sup>e<\/sup>si\u00e8cle. Mais Mattei eut-il la prescience durant ces ann\u00e9es trente que la production de son entreprise devait s\u2019adapter aux exigences des commandes et de la livraison aux clients avec peu d\u2019immobilisations en stocks et peu de magasins\u00a0? C\u2019est probablement l\u00e0 une interpr\u00e9tation bien exag\u00e9r\u00e9e que d\u2019ailleurs le journaliste ne fait que sugg\u00e9rer sans entrer dans le moindre d\u00e9tail. Il faut toutefois constater que par deux fois au cours de ces ann\u00e9es trente il a su profiter du repli autarcique de son pays. L\u2019autarcie et la crise des ann\u00e9es trente sont donc loin d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 dommageables \u00e0 toutes les entreprises qui composaient le tissu \u00e9conomique italien. Elles ont pu, tout au contraire, offrir de belles opportunit\u00e9s aux audacieux d\u00e8s lors qu\u2019ils acceptaient sans aucun \u00e9tat d\u2019\u00e2me la dictature du\u00a0<em>Ventennio<\/em>&#8230; ce qui \u00e9tait largement le cas d\u2019Enrico Mattei \u00e0 cette \u00e9poque.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">5<\/span>\u00a0I. Pietra,\u00a0<em>Mattei<\/em>&#8230; cit., 2006, p.\u00a051.<\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">15<\/span>Italo Pietra \u00e9crit<a id=\"bodyftn5\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn5\">5<\/a>que, durant l\u2019hiver 1936 en pleine campagne d\u2019Abyssinie et alors que les sanctions vot\u00e9es par la Soci\u00e9t\u00e9 des Nations poussaient l\u2019Italie vers l\u2019autarcie, Enrico Mattei envoya son fr\u00e8re, Umberto, en Mer Rouge pour savoir s\u2019il \u00e9tait possible d\u2019exploiter de mani\u00e8re rentable les graisses d\u2019animaux marins&#8230; sans grand r\u00e9sultat.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">6<\/span>\u00a0C. M. Lomartire,\u00a0<em>Mattei<\/em>&#8230; cit., p.\u00a0127-128.<\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">16<\/span>Carlo Maria Lomartire, quant \u00e0 lui, confirme cette absence de scrupules \u00e0 propos de la guerre de conqu\u00eate men\u00e9e par Mussolini en Ethiopie en laissant entendre que l\u2019ICL obtint une importante commande d\u2019huile et de combustibles sp\u00e9ciaux pour l\u2019aviation italienne en op\u00e9ration durant la campagne d\u2019Ethiopie en 1935 et en 1936<a id=\"bodyftn6\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn6\">6<\/a>. Si Mattei n\u2019a pas livr\u00e9 de gaz qui ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s pour asphyxier par avion la population \u00e9thiopienne, il n\u2019a manifestement pas cherch\u00e9 \u00e0 savoir dans quelles conditions l\u2019aviation militaire du Duce intervenait dans les durs combats de cette guerre&#8230; ce qui lui sera reproch\u00e9 au lendemain de la deuxi\u00e8me guerre mondiale \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 il \u00e9tait pourtant devenu un des chefs partisans en Italie du Nord.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">7<\/span>\u00a0<em>Ibid<\/em>., page 61.<\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">17<\/span>En 1939-1940 son entreprise, l\u2019ICL, continue \u00e0 participer \u00e0 l\u2019effort de guerre fasciste<a id=\"bodyftn7\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn7\">7<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">18<\/span>La guerre de plus en plus terrible pour l\u2019Italie, l\u2019occupation allemande, l\u2019influence de Marcello Boldrini et de r\u00e9sistants catholiques vont progressivement d\u00e9ciller Mattei qui s\u2019inscrira \u00e0 l\u2019universit\u00e9 catholique de Milan alors qu\u2019il approche d\u00e9j\u00e0 de la quarantaine. Le chef d\u2019entreprise \u2013 dont les activit\u00e9s entrepreneuriales tournent un peu au ralenti en raison des \u00e9v\u00e9nements chaotiques qui ensanglantent Milan et la Lombardie \u2013 bascule dans la clandestinit\u00e9 au point de devenir un des grands dirigeants partisans d\u00e9mo-chr\u00e9tiens. On peut d\u2019ailleurs supposer que cette reprise des \u00e9tudes a \u00e9t\u00e9 un moyen pour lui de masquer son engagement clandestin dans la r\u00e9sistance.<\/p>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">8<\/span>\u00a0Archives Historiques de l\u2019ENI, entrepos\u00e9es \u00e0 Pomezia. \u00c0 partir de maintenant nous utiliserons pour\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn8\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">19<\/span>De ces ann\u00e9es de formation et de transformation (1940-1944) il va acqu\u00e9rir des convictions \u00ab\u00a0chr\u00e9tiennes sociales\u00a0\u00bb. Mais il subsistera toujours en lui un nationalisme tremp\u00e9 de populisme qui ne l\u2019abandonnera jamais. Giorgio Ruffolo, responsable du service de relations publiques du groupe p\u00e9trolier au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960, parle d\u2019une conception \u00ab\u00a0nazionalisticopopulistica\u00a0\u00bb de la politique de l\u2019\u00e9nergie men\u00e9e par Enrico Mattei<a id=\"bodyftn8\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn8\">8<\/a>. C\u2019est peut-\u00eatre l\u00e0 le fil d\u2019Ariane, t\u00e9nu, qui relie son pass\u00e9 des ann\u00e9es trente teint\u00e9 de fascisme avec son \u00e9volution durant la guerre et sa carri\u00e8re flamboyante au cours de la premi\u00e8re \u00e9poque de l\u2019Italie r\u00e9publicaine. En attendant il est tr\u00e8s difficile de pr\u00e9ciser si ses amiti\u00e9s fascistes d\u2019avant guerre \u00e9taient sinc\u00e8res ou strictement opportunistes.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">9<\/span>\u00a0N. Perrone,\u00a0<em>Enrico Mattei<\/em>, Bologne, 2001, p.\u00a012-13.<\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">20<\/span>En mars 1944, Mario Ferrari Aggradi, un des principaux protagonistes de la r\u00e9sistance lombarde qui a tr\u00e8s t\u00f4t d\u00e9tect\u00e9 les qualit\u00e9s de Mattei, le fait d\u00e9signer comme repr\u00e9sentant de la DC (fond\u00e9e depuis peu) au commandement militaire de la Haute Italie (CLNAI). Dans ce directoire clandestin il \u00e9tait charg\u00e9 de la tr\u00e9sorerie et de la comptabilit\u00e9. Le CLNAI, \u00e0 l\u2019instigation de Ferrari Aggradi, le d\u00e9signe fin avril 1945 comme \u00ab\u00a0commissaire extraordinaire\u00a0\u00bb en charge de l\u2019AGIP<a id=\"bodyftn9\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn9\">9<\/a>. Cet homme, apparemment nouveau, entre en politique mais garde toujours son activit\u00e9 de chef d\u2019entreprise au point d\u2019\u00eatre plac\u00e9 \u00e0 la t\u00eate de l\u2019AGIP mais dans le seul but de d\u00e9manteler une entreprise cr\u00e9\u00e9e en 1926 par le fascisme. Ce n\u2019est donc qu\u2019\u00e0 ce moment-l\u00e0 qu\u2019il commence une deuxi\u00e8me carri\u00e8re d\u2019entrepreneur dans le domaine des hydrocarbures cette fois-ci.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">10<\/span>\u00a0G. Bruccianti,\u00a0<em>Enrico Mattei. Assalto al potere petrolifero mondiale<\/em>, Milan, 2005, p.\u00a069. Cet auteu\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn10\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">21<\/span>A-t-il pour autant abandonn\u00e9 tout son pass\u00e9, non pas fasciste mais pour le moins indiff\u00e9rent, sinon accommodant vis-\u00e0-vis du fascisme\u00a0? Il semble bien que non comme plusieurs remarques de diff\u00e9rents auteurs italiens le laissent entendre m\u00eame si son adh\u00e9sion \u00e0 la R\u00e9sistance et les risques qu\u2019il prit dans la clandestinit\u00e9 sont absolument \u00e9vidents. Giovanni Bruccianti \u00e9crit que Dino Grandi \u2013 ancien ministre des Affaires Etrang\u00e8res de Mussolini \u2013 devint un des meilleurs amis de cet humble originaire des Marches en train de devenir un Condottiere<a id=\"bodyftn10\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn10\">10<\/a>entrepreneurial au cours des ann\u00e9es cinquante. Bien entendu Grandi avait \u00e9t\u00e9 un des protagonistes du renversement du Duce au Grand Conseil fasciste le 25 juillet 1943&#8230; mais on ne doit pas oublier qu\u2019il fut un des plus importants hi\u00e9rarques du r\u00e9gime durant des ann\u00e9es. Apr\u00e8s la guerre Grandi trouva refuge au Br\u00e9sil. C\u2019est en 1954 que Mattei commen\u00e7a \u00e0 le c\u00f4toyer. Grandi lui proposa d\u2019implanter l\u2019ENI, nouvellement cr\u00e9\u00e9e l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, dans l\u2019eldorado br\u00e9silien. L\u2019argumentation de Grandi pour convaincre l\u2019industriel, rapport\u00e9e par Paolo Nello, m\u00e9rite d\u2019\u00eatre pr\u00e9sent\u00e9e. Il fallait que des groupes p\u00e9troliers europ\u00e9ens s\u2019implantent en Am\u00e9rique Latine en raison des risques d\u2019infiltrations sovi\u00e9tiques sur ce sous-continent. Les Europ\u00e9ens auraient donc \u00e9t\u00e9 plus \u00e0 m\u00eame que les Am\u00e9ricains du Nord d\u2019endiguer la pouss\u00e9e communiste. Il y avait l\u00e0 le souvenir du combat antibolch\u00e9vique que les Allemands nazis et les Italiens fascistes avaient essay\u00e9 d\u2019insuffler en Europe contre l\u2019URSS durant la deuxi\u00e8me guerre mondiale. Les Etats-Unis, en outre, auraient eu tout int\u00e9r\u00eat, selon l\u2019ancien dirigeant fasciste, de favoriser l\u2019implantation de compagnies europ\u00e9ennes ind\u00e9pendantes provenant de pays alli\u00e9s et amis comme l\u2019Italie. Le nationalisme anti-yankee de l\u2019Am\u00e9rique latine ne se serait pas imm\u00e9diatement manifest\u00e9 \u00e0 leur encontre et les firmes p\u00e9troli\u00e8res nord-am\u00e9ricaines auraient accept\u00e9 l\u2019intrusion de ces soci\u00e9t\u00e9s europ\u00e9ennes d\u00e8s lors qu\u2019elles appartenaient au m\u00eame camp occidental. Sur ce dernier point Grandi se trompait lourdement car les Majors ont combattu syst\u00e9matiquement l\u2019ENI mais le raisonnement que tenait l\u2019exil\u00e9 a probablement influenc\u00e9 la politique industrielle d\u2019Enrico Mattei.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">11<\/span>\u00a0G. Bruccianti,\u00a0<em>Enrico Mattei&#8230;\u00a0<\/em>cit., p.\u00a014-15.<\/li>\n<li><span class=\"num\">12<\/span>\u00a0M. C\u00fcppers, et K.-M. Mallmann,\u00a0<em>Croissant fertile et croix gamm\u00e9e. Le III<\/em><sup><em>e\u00a0<\/em><\/sup><em>Reich, les Arabes et la P\u00a0<\/em><a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn12\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<li><span class=\"num\">13<\/span>\u00a0N. Perrone,\u00a0<em>Enrico Mattei&#8230;\u00a0<\/em>cit., p.\u00a0132. La collaboration de Schacht, selon cet auteur, fut surto\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn13\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">22<\/span>Giovanni Bruccianti signale un deuxi\u00e8me exemple d\u2019amiti\u00e9 sulfureuse du Condottiere avec le Docteur Hjalmar Schacht<a id=\"bodyftn11\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn11\">11<\/a>. Schacht, accus\u00e9 de crime de guerre lors des proc\u00e8s de Nuremberg en 1946, avait \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9 au bout de deux ans en 1948 alors qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 huit ans d\u2019emprisonnement, probablement en raison de son implication dans l\u2019attentat contre Hitler en 1944. Il fonda tr\u00e8s rapidement sa banque, la D\u00fcsseldorfer Au\u00dfenhandelsbank Schacht \u00a7 Co qui lui permit de devenir le conseiller de diff\u00e9rents gouvernements comme celui de Nasser en Egypte ou celui de la famille royale en Arabie Saoudite<a id=\"bodyftn12\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn12\">12<\/a>. Schacht, en fait, voulait instaurer une entente entre la RFA et l\u2019Arabie Saoudite dans les ann\u00e9es cinquante pour renverser l\u2019h\u00e9g\u00e9monie anglo-am\u00e9ricaine sur le march\u00e9 p\u00e9trolier saoudien&#8230; ce qui \u00e9choua en raison de l\u2019interventionnisme croissant des Etats-Unis dans le Golfe Persique. Mattei a voulu rapidement disposer de contacts avec lui en raison des relations tr\u00e8s \u00e9troites qu\u2019il avait tiss\u00e9es dans les pays arabes<a id=\"bodyftn13\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn13\">13<\/a>mais aussi en Afrique. Le banquier allemand sut semble-t-il les aider \u00e0 cr\u00e9er leur propre banque centrale, les faisant profiter de sa grande exp\u00e9rience tant \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la r\u00e9publique de Weimar que sous le nazisme \u00e0 la t\u00eate de la Reichsbank. Schacht faisait partie de ces personnages anciens nazis qui gard\u00e8rent apr\u00e8s la guerre de nombreuses activit\u00e9s. Bruccianti, se fondant sur les propos d\u2019Italo Pietra, laisse m\u00eame entendre qu\u2019il apporta son soutien au FLN et \u00e0 la cause alg\u00e9rienne.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">14<\/span>\u00a0I. Pietra,\u00a0<em>Mattei&#8230;\u00a0<\/em>cit., p.\u00a0231. Rappelons que Schacht est n\u00e9 en 1877 et mort en 1970 \u00e0 Munich. I\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn14\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<li><span class=\"num\">15<\/span>\u00a0AHENI, Pomezia, fondo ENI, testo 1 Tunisia, NUA 462C, UDC 3. Voir la page 35 de l\u2019interview de Mari\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn15\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">23<\/span>Les relations entre Hjalmar Schacht et Enrico Mattei \u00e9taient si \u00e9troites que le financier allemand malgr\u00e9 son \u00e2ge v\u00e9n\u00e9rable se d\u00e9pla\u00e7a \u00e0 Rome pour assister aux fun\u00e9railles du Condottiere en octobre 1962<a id=\"bodyftn14\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn14\">14<\/a>. Son activit\u00e9 au service de l\u2019ENI ne s\u2019arr\u00eata pas l\u00e0. Selon Mario Pirani il aida malgr\u00e9 ses 89 ans le groupe italien \u00e0 aplanir toutes les difficult\u00e9s en Bavi\u00e8re pour permettre la mise en place en 1966 de l\u2019ol\u00e9oduc G\u00eanes-Ingolstadt<a id=\"bodyftn15\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn15\">15<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">24<\/span>Si l\u2019on met en relation l\u2019\u00e9pisode Grandi et celui de Schacht, on r\u00e9alise combien ces anciens dirigeants de l\u2019Axe, fasciste ou nazi, n\u2019ont rien perdu de leur animosit\u00e9 \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019URSS mais aussi en partie des Etats-Unis. Dans les deux cas ils cherchent \u00e0 pousser des europ\u00e9ens occidentaux \u00e0 se rapprocher des Etats arabes ou des Etats d\u2019Am\u00e9rique latine afin d\u2019assurer un regain d\u2019autonomie europ\u00e9enne vis-\u00e0-vis des deux superpuissances m\u00eame si leur anticommunisme demeure prioritaire et visc\u00e9ral. C\u2019est l\u00e0 une d\u00e9marche qu\u2019assur\u00e9ment Mattei comprend tr\u00e8s bien.<\/p>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">16<\/span>\u00a0G. Galli,\u00a0<em>Enrico Mattei\u00a0: petrolio e complotto italiano<\/em>, Milan, 2005, p.\u00a015.<br \/>\nCet auteur cite le trav\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn16\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">25<\/span>Giorgio Galli s\u2019interroge sur le populisme d\u2019Enrico Mattei et s\u2019appuie sur les analyses d\u2019Alberto Asor Rosa ce qui, selon lui, serait un moyen de mieux comprendre les continuit\u00e9s politiques de Mattei depuis les ann\u00e9es trente<a id=\"bodyftn16\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn16\">16<\/a>. Pour saisir l\u2019attitude de Mattei vis-\u00e0-vis du\u00a0<em>Ventennio\u00a0<\/em>fasciste, il faudrait comparer l\u2019attitude du grand industriel \u00e0 celle de nombreux intellectuels qu\u2019Asor Rosa qualifie de national-populistes, tels que Vittorini, Pratolini ou encore Bilenchi. Etudier en quoi ces \u00e9crivains acceptaient le r\u00e9gime du Duce ne consiste pas seulement \u00e0 d\u00e9tecter les signes de leur antifascisme\u00a0<em>in peto\u00a0<\/em>d\u00e8s l\u2019\u00e9poque du\u00a0<em>Ventennio<\/em>\u00a0; tout au contraire il s\u2019agirait de montrer combien leur antifascisme ult\u00e9rieur ne fut pas sans rapport avec leurs sentiments fascistes du d\u00e9but. En somme, si l\u2019on comprend bien les propos d\u2019Asor Rosa rapport\u00e9s par Galli, les fronti\u00e8res pouvaient \u00eatre particuli\u00e8rement poreuses entre ces courants politiques pourtant radicalement oppos\u00e9s, tout au moins chez certains dirigeants de la R\u00e9sistance comme le fut Enrico Mattei. Cela r\u00e9v\u00e8lerait aussi des continuit\u00e9s essentielles \u00e0 bien saisir si l\u2019on veut comprendre les choix pratiqu\u00e9s par Mattei durant les ann\u00e9es cinquante et soixante.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">26<\/span>Toutefois il peut \u00eatre r\u00e9torqu\u00e9 que Mattei n\u2019\u00e9tait pas au sens propre un intellectuel encore moins un \u00e9crivain ce qui r\u00e9duirait d\u2019autant la pertinence d\u2019un tel raisonnement. Mais si Giorgio Galli utilise ce d\u00e9tour par Asor Rosa pour expliquer le comportement de Mattei, ce n\u2019est \u00e9videmment pas parce qu\u2019il ignorerait que l\u2019industriel n\u2019\u00e9tait \u00e0 l\u2019origine ni un \u00e9crivain ni un intellectuel. En fait selon Galli, la r\u00e9flexion d\u2019Asor Rosa nous oblige \u00e0 rechercher des permanences dans le comportement d\u2019individus, \u00e9crivains ou pas, amen\u00e9s \u00e0 prendre des responsabilit\u00e9s intellectuelles par del\u00e0 les tragiques al\u00e9as politiques. Galli, dans sa d\u00e9marche implicite, nous invite \u00e0 rechercher des permanences dans le comportement d\u2019hommes politiques ou de chefs d\u2019entreprise dans les m\u00eames circonstances chaotiques que celles rencontr\u00e9es par des \u00e9crivains. La m\u00e9thode pratiqu\u00e9e par Galli consiste, \u00e0 partir des r\u00e9flexions d\u2019Asor Rosa, \u00e0 comparer l\u2019attitude des \u00e9crivains italiens des ann\u00e9es trente \u00e0 cinquante, \u00e0 celle de Mattei durant la m\u00eame p\u00e9riode vis-\u00e0-vis du fascisme et de la DC, l\u2019un et l\u2019autre aux affaires mais \u00e0 vingt ans d\u2019intervalles.<\/p>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">17<\/span>\u00a0A l\u2019Istituto Sturzo \u00e0 Rome, l\u2019acc\u00e8s aux archives de la D\u00e9mocratie Chr\u00e9tienne milanaise vers 1960-19\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn17\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">27<\/span>Selon Galli, pour Mattei la politique et les partis ne seraient utiles que pour conqu\u00e9rir le pouvoir ou plut\u00f4t, par del\u00e0 les propos du journaliste contemporain, pour s\u2019assurer les appuis n\u00e9cessaires \u00e0 ses besoins entrepreneuriaux. Comme le P.N.F. \u00e9tait d\u2019un maniement trop compliqu\u00e9 pour le jeune entrepreneur qu\u2019il \u00e9tait, Enrico Mattei, parce qu\u2019il n\u2019avait peut-\u00eatre pas non plus tous les r\u00e9seaux de relations indispensables, ne chercha pas \u00e0 fr\u00e9quenter les all\u00e9es dirigeantes du fascisme durant les ann\u00e9es trente. Apr\u00e8s 1945 il en alla tout autrement car l\u2019industriel disposait maintenant de r\u00e9seaux politiques et culturels particuli\u00e8rement \u00e9toff\u00e9s. Il restera d\u00e9put\u00e9 jusqu\u2019en 1953 date \u00e0 laquelle il dut choisir entre son mandat de parlementaire et ses nouvelles fonctions dirigeantes \u00e0 la t\u00eate de l\u2019ENI. Bien qu\u2019ayant d\u00e9cid\u00e9 d\u2019assumer la fonction de chef d\u2019entreprise il continua \u00e0 exercer un r\u00f4le politique en animant une fraction strat\u00e9gique au sein de la DC (\u00ab\u00a0la Base\u00a0\u00bb )<a id=\"bodyftn17\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn17\">17<\/a>. Cela traduisait certes sa volont\u00e9 d\u2019utiliser ses r\u00e9seaux politiques pour asseoir sa pr\u00e9\u00e9minence plus ou moins occulte au sein de l\u2019ENI, mais aussi son go\u00fbt pour l\u2019action politique. Tout chef d\u2019entreprise qu\u2019il fut dans l\u2019\u00e2me depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es trente jusqu\u2019\u00e0 sa mort, il \u00e9tait devenu aussi homme politique ou tout au moins homme de r\u00e9seau politique. Les deux fonctions devaient s\u2019\u00e9tayer mutuellement. Dans ces conditions ses r\u00e9flexes mentaux, avant tout ceux d\u2019un chef d\u2019entreprise plein d\u2019initiatives, resteront invariants pendant plus de trente ans par del\u00e0 la c\u00e9sure de la guerre et celle de la chute du fascisme alors que son aventure politique n\u2019a commenc\u00e9 que plus tardivement en raison de circonstances tout \u00e0 fait exceptionnelles.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">18<\/span>\u00a0G. Galli,\u00a0<em>Enrico Mattei&#8230;\u00a0<\/em>cit., p.\u00a0133.<\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">28<\/span>On comprend mieux d\u00e8s lors les propos de Galli lorsqu\u2019il affirme que Mattei m\u00e9prisait les hommes politiques<a id=\"bodyftn18\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn18\">18<\/a>. Deux seulement en Italie auraient eu gr\u00e2ce \u00e0 ses yeux\u00a0: Ezio Vanoni et Alcide de Gasperi, mais tous deux ont disparu dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 des ann\u00e9es cinquante. Le Condottiere pensait qu\u2019il pouvait en tant que dirigeant de l\u2019ENI se substituer \u00e0 toute la classe politique, ce qui serait le signe certain de son populisme. Lui seul aurait \u00e9t\u00e9 en mesure de prendre des initiatives qui auraient sauvegard\u00e9 les int\u00e9r\u00eats essentiels du pays. Cela justifiait qu\u2019il traite directement avec les autres nations comme l\u2019URSS ou celles du tiers monde. Il se pensait m\u00eame capable de mener une politique industrielle qui corresponde aux int\u00e9r\u00eats du pays au point de forger autour d\u2019elle (et autour de lui) un consensus allant des n\u00e9ofascistes aux communistes. C\u2019est l\u2019illustration de cette convergence d\u2019int\u00e9r\u00eats, signal\u00e9e par le collaborateur de Mattei Giorgio Ruffolo et que nous avons \u00e9voqu\u00e9e plus haut, entre l\u2019entreprise et la nation italienne, dont Mattei \u00e9tait convaincu.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">19<\/span>\u00a0<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0153. L\u2019auteur cite cette interview publi\u00e9e dans le num\u00e9ro de l\u2019hebdomadaire fran\u00e7ais en d\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn19\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">29<\/span>S\u2019\u00e9clairent ainsi des assertions de Mattei souvent rapport\u00e9es\u00a0: \u00ab\u00a0pour moi, les partis sont comme les taxis. Je les prends, ils m\u2019am\u00e8nent o\u00f9 je veux et \u00e0 la fin de la course je paie et je descends\u00a0\u00bb. Ce populisme m\u00e9prisant \u00e0 l\u2019encontre des partis politiques, qui transpara\u00eet dans l\u2019interview qu\u2019il accorda \u00e0 Gilles Martinet et publi\u00e9e dans\u00a0<em>France Observateur\u00a0<\/em>en ao\u00fbt 1961<a id=\"bodyftn19\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn19\">19<\/a>, a donc une lointaine origine. Dans l\u2019article il y utilisait une image typiquement populiste. Jusqu\u2019\u00e0 la guerre l\u2019Italie cherchait dans les colonies des terres et du pain pour ses fils. Maintenant l\u2019Italie met sa remarquable transformation au service de pays nouvellement ind\u00e9pendants. La p\u00e9ninsule serait pour eux comme un fr\u00e8re plus \u00e2g\u00e9. Par ces propos Mattei semble montrer une remarquable continuit\u00e9 entre le th\u00e8me de la nation prol\u00e9taire cher \u00e0 Mussolini et celui du tiers-mondisme affich\u00e9 par son entreprise p\u00e9troli\u00e8re \u00e0 l\u2019or\u00e9e des ann\u00e9es soixante.<\/p>\n<\/div>\n<h1 class=\"texte\">Une attirance ancienne et multiforme pour l\u2019Afrique m\u00e9diterran\u00e9enne et les pays arabes<\/h1>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">30<\/span>Cette attirance personnelle de Mattei pour le tiers-mondisme s\u2019enracine au cours du\u00a0<em>Ventennio\u00a0<\/em>alors qu\u2019il commence sa carri\u00e8re de chef d\u2019entreprise. Ce soubassement mental de l\u2019\u00e9poque fasciste doit absolument \u00eatre pr\u00e9cis\u00e9 et maintenu en permanence \u00e0 l\u2019esprit (sans l\u2019oublier) si l\u2019on veut comprendre son itin\u00e9raire ult\u00e9rieur \u00e0 partir des ann\u00e9es 1950 au Moyen Orient et en Afrique du Nord. C\u2019est justement ce va et vient entre le pr\u00e9sent d\u2019apr\u00e8s guerre et le pass\u00e9 d\u2019avant guerre enfoui sinon occult\u00e9 qui r\u00e9v\u00e8le le caract\u00e8re multiforme de cette attirance italienne de Mattei pour l\u2019Afrique m\u00e9diterran\u00e9enne et les Pays Arabes.<\/p>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">20<\/span>\u00a0H. Hummel et W. Siewert,\u00a0<em>La M\u00e9diterran\u00e9e<\/em>, Paris, traduit et publi\u00e9 chez Payot, 1937 (<em>Biblioth\u00e8que g\u00a0<\/em><a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn20\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<li><span class=\"num\">21<\/span>\u00a0P. Frascani,\u00a0<em>Il mare<\/em>, Bologne, 2008.<\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">31<\/span>Le tiers-mondisme italien est en fait mal connu en France souvent par indiff\u00e9rence ignorante. Pourtant il r\u00e9v\u00e8le des relations anciennes de l\u2019Italie avec le monde arabo-musulman qui de longue date ont interpell\u00e9 les autorit\u00e9s parisiennes. Ces relations assez singuli\u00e8res de la P\u00e9ninsule trouvent leurs racines dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du\u00a0xx<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle sinon m\u00eame auparavant comme par exemple en Tunisie. Deux auteurs allemands g\u00e9opoliticiens des ann\u00e9es trente, Hummel et Siewert<a id=\"bodyftn20\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn20\">20<\/a>, ont bien d\u00e9fini les fondements des relations de la P\u00e9ninsule avec le monde arabe. L\u2019Italie, seule parmi les grandes puissances (de l\u2019\u00e9poque), est int\u00e9gralement m\u00e9diterran\u00e9enne mais elle ne ma\u00eetrise pas les deux entr\u00e9es de cette mer\u00a0: Gibraltar toujours aux mains des Britanniques et le canal de Suez contr\u00f4l\u00e9 par le RU jusqu\u2019aux ann\u00e9es cinquante. Les probl\u00e8mes m\u00e9diterran\u00e9ens sont donc au c\u0153ur de sa politique \u00e9trang\u00e8re bien plus qu\u2019ils ne le sont pour d\u2019autres puissances europ\u00e9ennes comme la France ou encore le RU et l\u2019Allemagne. Pour ces trois derni\u00e8res puissances la M\u00e9diterran\u00e9e est certes un espace majeur mais en aucun cas unique. Pour elles trois cette mer est essentielle mais pas n\u00e9cessairement fondamentale et unique alors que l\u2019Italie, depuis le\u00a0xix<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, la red\u00e9couvre<a id=\"bodyftn21\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn21\">21<\/a>et lui accorde par n\u00e9cessit\u00e9 une fonction strat\u00e9gique centrale. La p\u00e9ninsule en est prisonni\u00e8re ce qui n\u2019est pas le cas de la France, du RU ou \u00e0 plus forte raison de l\u2019Allemagne.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">32<\/span>Cette red\u00e9couverte de la M\u00e9diterran\u00e9e par l\u2019Italie est tout \u00e0 fait essentielle surtout \u00e0 la lumi\u00e8re du travail de Paolo Frascani,\u00a0<em>Il Mare<\/em>. Dans cet ouvrage l\u2019auteur essaie de montrer dans tous ses aspects ce que repr\u00e9sente le r\u00f4le de la mer dans son pays. \u00c0 partir des Temps Modernes l\u2019Italie a progressivement d\u00e9laiss\u00e9 son ouverture maritime avec le d\u00e9clin de Venise et de G\u00eanes. Frascani (page 7) fait \u00e9tat d\u2019un recensement de 1871 dans le royaume nouvellement unifi\u00e9 qui r\u00e9v\u00e8le que 3 millions de personnes soit 12\u00a0% de la population totale seulement vivaient au bord de la mer. Il en conclut (page 17) que la soci\u00e9t\u00e9, en grande partie agricole, \u00e9tait largement terrienne. De plus les deux tiers de cette rare population maritime vivaient dans le Mezzogiorno alors que l\u2019Unit\u00e9 s\u2019est faite autour des villes du Nord. La red\u00e9couverte de l\u2019importance de la mer a donc \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s progressive \u00e0 partir de l\u2019\u00e9poque de la monarchie lib\u00e9rale. En 1914-1915, 5 millions d\u2019Italiens, soit 14\u00a0% de la population totale (page 57), \u00e9taient class\u00e9s \u00ab\u00a0maritimes\u00a0\u00bb alors que tous n\u2019exer\u00e7aient pas un m\u00e9tier de la mer mais ils \u00e9taient ainsi consid\u00e9r\u00e9s parce qu\u2019ils vivaient le long des c\u00f4tes. La proportion n\u2019a donc gu\u00e8re augment\u00e9 de 1871 \u00e0 la premi\u00e8re guerre mondiale. Et pourtant, Frascani montre avec efficacit\u00e9 (\u00e0 partir de la page 79) combien se d\u00e9veloppe d\u00e8s l\u2019\u00e9poque de la monarchie lib\u00e9rale une litt\u00e9rature affirmant le mythe de la \u00ab\u00a0<em>mare nostrum<\/em>\u00a0\u00bb. Il faut rappeler que l\u2019Unit\u00e9 italienne s\u2019op\u00e8re \u00e0 un moment strat\u00e9gique pour la M\u00e9diterran\u00e9e\u00a0: en 1869, le canal de Suez est inaugur\u00e9\u00a0; en 1885 se tient le congr\u00e8s de Berlin qui d\u00e9finit les conditions pour que la conqu\u00eate d\u2019un territoire colonial soit reconnue par la communaut\u00e9 internationale. Cette codification a, en r\u00e9alit\u00e9, acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 la ru\u00e9e des europ\u00e9ens sur le continent africain. La mer M\u00e9diterran\u00e9e devient donc un des passages oblig\u00e9s sur la route des Indes tout autant que pour acc\u00e9der au continent africain du Nord (Maghreb et Makrech) et de l\u2019Est le long de l\u2019oc\u00e9an indien. Tout cela ne peut que justifier la red\u00e9couverte de la M\u00e9diterran\u00e9e aupr\u00e8s des \u00e9lites dirigeantes du pays&#8230;mais cela suppose de disposer d\u2019une flotte commerciale et d\u2019une flotte de guerre capables d\u2019imposer la pr\u00e9sence de la p\u00e9ninsule. Or la marine de guerre a \u00e9t\u00e9 vaincue en 1866 par les Autrichiens \u00e0 Lissa (page 34) et n\u2019est plus intervenue dans un combat pendant plusieurs d\u00e9cennies. En somme l\u2019Italie n\u2019avait pas les moyens d\u2019assumer sa red\u00e9couverte de la M\u00e9diterran\u00e9e alors que dans le m\u00eame temps s\u2019imposait une litt\u00e9rature vantant la \u00ab\u00a0mare nostrum\u00a0\u00bb.<\/p>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">22<\/span>\u00a0<em>Ibid.\u00a0<\/em>Voir le chapitre 4 \u00e0 partir de la page 125.<\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">33<\/span>Le\u00a0<em>Ventennio\u00a0<\/em>fasciste poursuivra et amplifiera largement les ambitions maritimes de la p\u00e9ninsule en relation avec la conqu\u00eate coloniale engag\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la monarchie lib\u00e9rale mais \u00e9largie durant les ann\u00e9es trente&#8230; au point de faire de la M\u00e9diterran\u00e9e un espace vital<a id=\"bodyftn22\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn22\">22<\/a>qui pourtant reste verrouill\u00e9 \u00e0 chacune de ses extr\u00e9mit\u00e9s. Tel est le sens du discours que pronon\u00e7a Mussolini le 4 f\u00e9vrier 1939 dans lequel il affirme ses pr\u00e9tentions sur la Corse, la Tunisie, Malte et Chypre mais tout en montrant que \u00ab\u00a0le sentinelle [&#8230;] sono Gibraltar e Suez\u00a0\u00bb. Pour parvenir \u00e0 ses fins l\u2019Italie devrait donc faire sauter de tels verrous-sentinelles. Alors seulement la \u00ab\u00a0marcia all\u2019oceano\u00a0\u00bb sera couronn\u00e9e de succ\u00e8s. La M\u00e9diterran\u00e9e est bien la \u00ab\u00a0mare di casa\u00a0\u00bb mais c\u2019est aussi une prison gard\u00e9e par d\u2019autres.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">23<\/span>\u00a0C. M. Santoro,\u00a0<em>La politica estera di una media potenza<\/em>, Bologne, 1991, page 174<\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">34<\/span>Toutefois il est n\u00e9cessaire de faire part des analyses de Carlo Maria Santoro signal\u00e9es par Paolo Frascani (page 127)<a id=\"bodyftn23\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn23\">23<\/a>. Santoro consid\u00e8re qu\u2019au tout d\u00e9but des ann\u00e9es trente l\u2019Italie cherchait \u00e0 s\u2019implanter dans ce qu\u2019il appelle les \u00ab\u00a0portes du Danube\u00a0\u00bb c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019Europe Centrale au point de s\u2019opposer une premi\u00e8re fois \u00e0 la tentative d\u2019Anschluss d\u2019Hitler. Mais peu \u00e0 peu l\u2019Allemagne r\u00e9ussit \u00e0 s\u2019imposer dans la Mitteleuropa jusqu\u2019\u00e0 r\u00e9ussir l\u2019Anschluss en 1938. Mussolini dut donc orienter sa politique expansionniste vers le sud exclusivement et en particulier vers la M\u00e9diterran\u00e9e. Cela correspond \u00e0 l\u2019instauration de l\u2019Empire et \u00e0 la guerre d\u2019Espagne qui r\u00e9v\u00e9lait combien l\u2019Italie aspirait \u00e0 devenir une grande puissance capable de se mouvoir en toute libert\u00e9 sur la \u00ab\u00a0mare nostrum\u00a0\u00bb ou la \u00ab\u00a0mare di casa\u00a0\u00bb. La d\u00e9faite fran\u00e7aise paraissait consacrer cette esp\u00e9rance puisqu\u2019en 1940 au moment de l\u2019entr\u00e9e en guerre de l\u2019Italie cette mer \u00e9tait proclam\u00e9e \u00ab\u00a0spazio vitale della nazione\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">24<\/span>\u00a0C. M. Lomartire,\u00a0<em>Mattei&#8230;\u00a0<\/em>cit., p.\u00a0215. L\u2019auteur signale qu\u2019en mai 1955 l\u2019ENI acquit une participa\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn24\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">35<\/span>Les relations de l\u2019Italie avec la rive sud de la mer M\u00e9diterran\u00e9e sont donc tr\u00e8s importantes mais la p\u00e9ninsule doit depuis longtemps surmonter l\u2019obstacle de la pr\u00e9sence des deux puissances tut\u00e9laires que sont le RU et la France. Il lui fallait d\u00e9montrer jusqu\u2019\u00e0 la deuxi\u00e8me guerre mondiale qu\u2019elle \u00e9tait mieux \u00e0 m\u00eame que ces derni\u00e8res, \u00e0 partir de sa pr\u00e9sence en Libye et de ses esp\u00e9rances en Tunisie, de contr\u00f4ler et d\u2019amener \u00ab\u00a0\u00e0 la civilisation\u00a0\u00bb ces peuples du Maghreb et du Makrech. Apr\u00e8s 1945, d\u00e8s lors qu\u2019elle avait perdu son empire colonial, elle n\u2019abandonna pas pour autant sa politique m\u00e9diterran\u00e9enne. Mais par la force des choses elle dut l\u2019orienter diff\u00e9remment en direction de ces peuples arabes qui justement s\u2019\u00e9mancipaient progressivement de la pr\u00e9sence fran\u00e7aise et britannique. Au fond il s\u2019agissait de contourner les adversaires permanents en place depuis des d\u00e9cennies et auxquels l\u2019Italie r\u00e9unifi\u00e9e s\u2019est toujours heurt\u00e9e depuis le\u00a0xix<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle. En soutenant maintenant la cause des pays arabes, il y avait un moyen, sous couvert d\u2019un appui aux aspirations l\u00e9gitimes de ces peuples, de s\u2019ouvrir les portes d\u2019un monde m\u00e9diterran\u00e9en familier mais sans libre issue sur le reste du monde. Il est tout de m\u00eame r\u00e9v\u00e9lateur que l\u2019ENI de Mattei ait cherch\u00e9 \u00e0 s\u2019implanter \u00e0 partir de la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 des ann\u00e9es cinquante non seulement en Libye, ancien territoire colonial italien, mais aussi en \u00c9gypte<a id=\"bodyftn24\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn24\">24<\/a>, en Tunisie, au Maroc en attendant l\u2019Alg\u00e9rie alors que les d\u00e9couvertes p\u00e9troli\u00e8res de l\u2019ENI, en dehors de la Libye, n\u2019ont gu\u00e8re \u00e9t\u00e9 au rendez vous. La recherche de concessions p\u00e9troli\u00e8res a-t-elle \u00e9t\u00e9 le seul objectif de la strat\u00e9gie men\u00e9e avec continuit\u00e9 et obstination par Enrico Mattei\u00a0? Ne r\u00e9v\u00e8le-t-elle pas combien Mattei, chef d\u2019une grande entreprise publique, a assum\u00e9 une (g\u00e9o)politique italienne qui s\u2019est progressivement impos\u00e9e depuis le\u00a0xix<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle quels que soient les gouvernements en place \u00e0 Rome\u00a0? C\u2019est d\u2019ailleurs assez logique puisque Mattei a le plus souvent agi en liaison \u00e9troite avec les services minist\u00e9riels de son pays comme nous allons le montrer \u00e0 plusieurs reprises.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">36<\/span>Mattei exprime donc cette (g\u00e9o)politique italienne qu\u2019il nous fallait pr\u00e9senter \u00e0 grands traits car sinon il aurait \u00e9t\u00e9 impossible de bien comprendre les initiatives du Condottiere. Mais il applique une telle orientation politique avec ses propres armes c\u2019est-\u00e0-dire en tant que chef d\u2019entreprise avec des arguments comptables, avec des choix d\u2019investissements p\u00e9troliers ce qui supposait d\u2019engager des recherches g\u00e9ologiques et de forages dans des zones pas toujours bien d\u00e9finies et avec la perspective de r\u00e9sultats \u00e9conomiques al\u00e9atoires.<\/p>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">25<\/span>\u00a0J. Jolly,\u00a0<em>L\u2019Afrique et son environnement europ\u00e9en et asiatique. Atlas historique<\/em>, Paris, 2008. L\u2019au\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn25\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">37<\/span>Ainsi il a, dans le cas du Maroc, cherch\u00e9 \u00e0 s\u2019implanter dans une zone tout \u00e0 fait particuli\u00e8re. Il s\u2019agit de la zone saharienne de l\u2019ancien Maroc espagnol rattach\u00e9 au royaume ch\u00e9rifien en 1958 dans des conditions assez particuli\u00e8res, deux ans apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance acquise en 1956. En 1957 les Marocains et \u00ab\u00a0des\u00a0\u00bb Sahraouis, selon Jean Jolly, ont attaqu\u00e9 le Rio de Oro<a id=\"bodyftn25\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn25\">25<\/a>. L\u2019auteur montre donc que les Marocains ont pu mener une action conjointe avec des Sahraouis. \u00c0 cette date il n\u2019y a pas d\u2019opposition radicale entre le royaume ch\u00e9rifien et le \u00ab\u00a0peuple sahraoui\u00a0\u00bb qui peut m\u00eame trouver une oreille attentive aupr\u00e8s de Mohammed V. En attendant cette incursion a entra\u00een\u00e9 une riposte militaire conjointe de troupes fran\u00e7aises et espagnoles. En somme les arm\u00e9es fran\u00e7aise et espagnole ont men\u00e9 une action concert\u00e9e en f\u00e9vrier 1958 tout comme durant la guerre du Rif en 1924-1926. Pourtant le gouvernement de Madrid va rapidement conclure les accords de Cintra en avril qui d\u2019une part organisent la province du Sahara espagnol autour du Rio de Oro et de Seguiet El Hamra et d\u2019autre part \u00ab\u00a0r\u00e9troc\u00e8de\u00a0\u00bb la zone de Tarfaya au Maroc. Le verbe \u00ab\u00a0r\u00e9troc\u00e9der\u00a0\u00bb est celui qu\u2019utilise Jean Jolly dans sa pr\u00e9sentation des \u00e9v\u00e9nements.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"textIcon\"><a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/docannexe\/image\/565\/img-1-small580.jpg\" data-rel=\"penci-gallery-image-content\"  rel=\"iconSet\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/docannexe\/image\/565\/img-1-small480.jpg\" alt=\"\" \/><\/a><\/p>\n<div class=\"textIconAccess\"><\/div>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">26<\/span>\u00a0Les archives de TOTAL-CFP sont consultables \u00e0 la Tour TOTAL de La D\u00e9fense pr\u00e8s de Paris.<\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"legendeillustration\">Fig. 1 \u2013 L\u2019importance strat\u00e9gique de la zone de Tarfaya<a id=\"bodyftn26\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn26\">26<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">38<\/span>Mattei a obtenu de Mohammed V, dans ce nouveau territoire marocain, une concession pour pratiquer des forages autour de Tarfaya. Il profite ainsi de l\u2019agrandissement territorial du Maroc au d\u00e9triment de l\u2019une des puissances coloniales qui vient de c\u00e9der une partie \u2013 mais non la totalit\u00e9 comme vient de le faire la France \u2013 des territoires qu\u2019elle d\u00e9tenait. En effet l\u2019Espagne maintient sa pr\u00e9sence au nord du pays dans les pr\u00e9sides le long de la c\u00f4te m\u00e9diterran\u00e9enne mais aussi et surtout, pour ce qui nous occupe, au sud le long de la c\u00f4te atlantique dans le Rio de Oro. Madrid pr\u00e9serve enfin l\u2019enclave des IFNI jusqu\u2019en 1969. Le contentieux territorial du royaume ch\u00e9rifien est donc termin\u00e9 avec la France mais pas encore, et de beaucoup, avec l\u2019Espagne que ce soit au nord m\u00e9diterran\u00e9en ou au sud atlantique et saharien.<\/p>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">39<\/span>En attendant mieux ult\u00e9rieurement si possible, la zone de Tarfaya nouvellement marocaine avait de multiples avantages pour le Condottiere. Le premier, assur\u00e9ment, tenait aux grandes esp\u00e9rances g\u00e9ologiques. Les ing\u00e9nieurs et g\u00e9ologues avaient exprim\u00e9 le plus grand scepticisme sur les territoires abandonn\u00e9s par la France car ils se situaient pour l\u2019essentiel au nord et \u00e0 l\u2019ouest de la barri\u00e8re de l\u2019Atlas occidental. Ces sp\u00e9cialistes consid\u00e9raient comme peu probable d\u2019y trouver du p\u00e9trole en raison des plissements particuli\u00e8rement tourment\u00e9s d\u00e9tect\u00e9s dans le sous-sol de ces territoires tr\u00e8s montagneux. Tout au contraire au sud et \u00e0 l\u2019est de l\u2019Atlas marocain dans les zones sahariennes les nappes de p\u00e9trole y pouvaient \u00eatre abondantes et relativement accessibles \u2013 esp\u00e9rait-on \u2013 en raison d\u2019une structure g\u00e9ologique beaucoup plus r\u00e9guli\u00e8re. Les responsables de l\u2019ENI en ont d\u00e9duit que la zone de Tarfaya jusque l\u00e0 espagnole, justement localis\u00e9e au sud de l\u2019Atlas, devait \u00eatre tr\u00e8s prometteuse d\u00e8s lors que politiquement elle passait sous le contr\u00f4le du nouveau royaume ch\u00e9rifien. Par ailleurs les dirigeants de l\u2019entreprise italienne \u00e9taient convaincus d\u2019y d\u00e9couvrir des gisements lucratifs puisqu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un territoire situ\u00e9 dans le prolongement du Sahara fran\u00e7ais manifestement tr\u00e8s riche en hydrocarbures.<\/p>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">40<\/span>On ne fore jamais une zone dans une concession sans l\u2019espoir d\u2019y trouver du p\u00e9trole&#8230; m\u00eame si plus tard cet espoir se r\u00e9v\u00e8le illusoire.<\/p>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">41<\/span>Le second avantage tenait \u00e0 la proximit\u00e9 imm\u00e9diate de l\u2019oc\u00e9an Atlantique. Cela pouvait permettre d\u2019\u00e9vacuer avec facilit\u00e9 par voie maritime le p\u00e9trole esp\u00e9r\u00e9&#8230; et de proposer aux Fran\u00e7ais un port d\u2019exportation plus accessible que les longues pistes ou les ol\u00e9oducs \u00e0 construire vers le nord et les ports m\u00e9diterran\u00e9ens alg\u00e9riens ou tunisiens. En s\u2019orientant vers un acc\u00e8s maritime plus ais\u00e9, les entreprises p\u00e9troli\u00e8res fran\u00e7aises, mais aussi anglo-saxonnes, auraient \u00e9t\u00e9 ainsi d\u00e9pendantes des autorit\u00e9s marocaines et de l\u2019ENI. Cette question prenait d\u2019autant plus d\u2019importance que, par une loi de janvier 1957, la France avait cr\u00e9\u00e9 l\u2019O.C.R.S. c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019Organisation Commune des R\u00e9gions Sahariennes. Cette entit\u00e9 administrative nouvelle regroupait des territoires qui jusque l\u00e0 avaient \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie (les d\u00e9partements des Oasis et de Saoura) mais aussi des zones rattach\u00e9es auparavant au Soudan fran\u00e7ais, au Niger et au Tchad. L\u2019objectif \u00e9tait bien entendu, pour en pr\u00e9server le caract\u00e8re fran\u00e7ais, de d\u00e9tacher le Sahara de l\u2019Alg\u00e9rie de plus en plus ensanglant\u00e9e mais maintenant confin\u00e9e au nord de l\u2019Atlas. Or cette O.C.R.S. avait une grave faiblesse puisqu\u2019elle n\u2019avait aucun acc\u00e8s direct \u00e0 la mer M\u00e9diterran\u00e9e ou \u00e0 l\u2019oc\u00e9an Atlantique depuis l\u2019ind\u00e9pendance du Maroc et de la Tunisie \u00e0 moins de multiplier les relations terrestres avec le territoire alg\u00e9rien au nord (pistes, voies ferr\u00e9es, ol\u00e9oducs et gazoducs) au risque de devenir des cibles toutes trouv\u00e9es pour les attentats pratiqu\u00e9s par le FLN. Pour le Maroc, mais aussi pour l\u2019ENI qui maintenant y dispose de concessions, la zone de Tarfaya peut devenir strat\u00e9gique en permettant un acc\u00e8s rapide et sans grand risque \u00e0 l\u2019oc\u00e9an Atlantique. Tarfaya deviendrait \u00e0 terme un, sinon le, d\u00e9bouch\u00e9 particuli\u00e8rement appropri\u00e9 pour les hydrocarbures d\u00e9couverts et exploit\u00e9s dans le Sahara encore fran\u00e7ais.<\/p>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">27<\/span>\u00a0Biblioth\u00e8que de l\u2019Institut Culturel Alg\u00e9rien de Paris, collection compl\u00e8te\u00a0<em>d\u2019El Moudjahid\u00a0<\/em>clandesti\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn27\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">42<\/span>Le journal clandestin du FLN,\u00a0<em>El Moudjahid<\/em>, ne s\u2019y est pas tromp\u00e9<a id=\"bodyftn27\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn27\">27<\/a>. Dans son num\u00e9ro du 16 avril 1958 il s\u2019\u00e9l\u00e8ve contre la cr\u00e9ation de l\u2019OCRS par la France en affirmant haut et fort que \u00ab\u00a0le Sahara n\u2019est pas une \u00eele\u00a0\u00bb s\u00e9par\u00e9e du reste de l\u2019Alg\u00e9rie. Le Sahara est donc alg\u00e9rien selon le FLN malgr\u00e9 les man\u0153uvres fran\u00e7aises cherchant \u00e0 l\u2019en d\u00e9tacher. En dehors de cette position de principe nationaliste qui ne variera jamais jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance en 1962, il est int\u00e9ressant de remarquer comment les dirigeants du FLN envisageaient \u00e0 cette date les richesses du Sahara. Ils distinguaient de mani\u00e8re \u00e9gale les gisements p\u00e9troliers comme celui d\u2019Edj\u00e9l\u00e9 ou d\u2019Hassi Messaoud d\u00e9couverts \u00e0 proximit\u00e9 des fronti\u00e8res de la Tunisie et de la Libye, et ceux \u2013 min\u00e9raux \u2013 de la zone occidentale pr\u00e8s de la fronti\u00e8re marocaine ou mauritanienne. Le Sahara n\u2019\u00e9tait donc pas seulement un pactole p\u00e9trolier et gazier ou, plut\u00f4t, pour les militants du FLN en 1958 les richesses p\u00e9troli\u00e8res, d\u00e9j\u00e0 bien r\u00e9elles, ne surclassaient pas (encore) toutes les autres. Or les richesses proches de l\u2019oc\u00e9an atlantique et du Rio del Oro, mais en dehors du territoire marocain, \u00e9taient le minerai de fer de Tindouf ou de la r\u00e9gion de Fort Gouraud mais aussi du mangan\u00e8se en particulier \u00e0 Guettara \u00e0 la localisation assez impr\u00e9cise. Selon les r\u00e9dacteurs\u00a0<em>d\u2019El Moudjahid\u00a0<\/em>les Fran\u00e7ais h\u00e9sitent devant plusieurs possibilit\u00e9s pour \u00e9vacuer vers l\u2019oc\u00e9an de telles ressources. La premi\u00e8re solution consisterait \u00e0 les acheminer par le territoire marocain\u00a0; la seconde apparemment la plus rapide, \u00e0 les transporter au travers du Rio del Oro jusqu\u2019au port de Villa Cisneros.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">43<\/span>Il est probable que dans l\u2019esprit d\u2019Enrico Mattei la mise en valeur d\u2019un port \u00e0 Tarfaya permettrait de valoriser les \u00e9ventuelles d\u00e9couvertes p\u00e9troli\u00e8res dans la concession nouvellement acquise mais aussi d\u2019offrir une solution pratique pour \u00e9vacuer le minerai de fer saharien de l\u2019OCRS dans la r\u00e9gion de Tindouf. Cela supposerait bien entendu une collaboration avec les autorit\u00e9s fran\u00e7aises au Sahara tout autant qu\u2019avec le royaume marocain. \u00c0 l\u2019inverse la carte pr\u00e9sent\u00e9e plus haut d\u00e9montre que les Fran\u00e7ais n\u2019ont aucun int\u00e9r\u00eat \u00e0 utiliser les installations de Tarfaya pour \u00e9vacuer le minerai de Fort Gouraud en Mauritanie. Tout au contraire il leur serait plus utile soit de transiter par le port espagnol de Villa Cisneros soit de rester en territoire mauritanien en se dirigeant vers le sud par voie ferr\u00e9e, en direction de Nouadhibou ou de Nouakchott. L\u2019int\u00e9r\u00eat de Tarfaya pour les Fran\u00e7ais est donc relativement limit\u00e9&#8230; malgr\u00e9 les esp\u00e9rances qui transpercent dans de nombreuses notes internes de l\u2019ENI.<\/p>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">44<\/span>Le troisi\u00e8me et dernier avantage de cette concession de Tarfaya \u00e9tait d\u2019assurer enfin \u00e0 l\u2019ENI \u2013 et \u00e0 l\u2019Italie, dans l\u2019esprit de Mattei \u2013 la possibilit\u00e9 de sortir de cette prison strat\u00e9gique qu\u2019est la M\u00e9diterran\u00e9e verrouill\u00e9e dans ses diff\u00e9rents points d\u2019entr\u00e9e ou de sortie (Gibraltar, Suez) et de s\u2019implanter sur les c\u00f4tes atlantiques. L\u2019enfermement en M\u00e9diterran\u00e9e, d\u00e9crit par les deux g\u00e9opoliticiens allemands des ann\u00e9es trente Hummel et Siewert, pouvait \u00eatre bris\u00e9, surtout au cours des ann\u00e9es cinquante caract\u00e9ris\u00e9es par les difficult\u00e9s britanniques \u00e0 Suez et fran\u00e7aises au Maghreb. L\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019oc\u00e9an atlantique serait donc synonyme de libert\u00e9 enfin acquise.<\/p>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">28<\/span>\u00a0R. H. Rainero,\u00a0<em>Les Italiens dans la Tunisie contemporaine<\/em>, Paris, 2002, p.\u00a0192-193.<\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">45<\/span>D\u2019ailleurs la volont\u00e9 de briser cet enfermement n\u2019est pas nouvelle. Mussolini a cru y parvenir avec l\u2019effondrement fran\u00e7ais en 1940 en faisant preuve d\u2019une grande ambigu\u00eft\u00e9. Le 5 d\u00e9cembre 1940 l\u2019Italie, en accord avec l\u2019Allemagne, annonce que dans les plans de l\u2019Axe les peuples arabes et africains allaient \u00eatre \u00ab\u00a0lib\u00e9r\u00e9s du joug colonial anglofran\u00e7ais\u00a0\u00bb et que tout serait fait pour \u00ab\u00a0leur bien-\u00eatre et leur meilleur avenir\u00a0\u00bb\u00a0<a id=\"bodyftn28\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn28\">28<\/a>. Il s\u2019agit bien s\u00fbr de discours de fa\u00e7ade car, en r\u00e9alit\u00e9, les repr\u00e9sentants de la commission italienne d\u2019armistice avec la France se sont install\u00e9s d\u00e8s l\u2019\u00e9t\u00e9 1940 dans les territoires du Levant, \u00e0 Djibouti, en Afrique du Nord fran\u00e7aise avec \u00e9videmment pour objectif d\u2019en annexer une grande part apr\u00e8s la guerre dans le cadre du \u00ab\u00a0Grand Empire Fasciste\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">46<\/span>Mais de tels discours ont confort\u00e9 l\u2019id\u00e9e dans la p\u00e9ninsule que les Italiens avaient un comportement \u00ab\u00a0diff\u00e9rent\u00a0\u00bb dans les colonies de celui des Fran\u00e7ais et des Britanniques. Nombreux furent les Italiens apr\u00e8s 1945 et la chute de leur empire colonial qui pens\u00e8rent avoir eu un comportement plus humain que les Fran\u00e7ais ou les Britanniques par exemple. La perte de l\u2019empire, apr\u00e8s le trait\u00e9 de paix de 1947 et les d\u00e9cisions des Nations Unies en 1949, a pu provoquer un sentiment de sympathie envers les mouvements anticoloniaux. Cela traduisait ind\u00e9niablement un d\u00e9pit national qui ne pouvait plus s\u2019exprimer ouvertement aupr\u00e8s des nouveaux alli\u00e9s d\u2019Europe de l\u2019Ouest mais cela r\u00e9v\u00e9lait aussi la conviction que l\u2019Italie \u00e9tait en droit d\u2019apporter son soutien \u00e0 ces peuples arabes m\u00e9diterran\u00e9ens.<\/p>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">29<\/span>\u00a0D. J. Grange,\u00a0<em>L\u2019Italie et la M\u00e9diterran\u00e9e (1896-1911)<\/em>, Rome, 1994 (<em>Collection de l\u2019\u00c9cole fran\u00e7aise\u00a0<\/em><a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn29\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<li><span class=\"num\">30<\/span>\u00a0D. J. Grange,\u00a0<em>op.\u00a0cit.<\/em>, p.\u00a01474 et la note 13 au bas de cette page.<\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">47<\/span>\u00c0 ce titre il faut accorder une importance particuli\u00e8re \u00e0 Enrico Insabato. Daniel J. Grange, dans sa th\u00e8se sur l\u2019Italie et la M\u00e9diterran\u00e9e au d\u00e9but du\u00a0xx<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle<a id=\"bodyftn29\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn29\">29<\/a>, a pr\u00e9sent\u00e9 la vie et l\u2019\u0153uvre tout \u00e0 fait originales de ce personnage quelque peu oubli\u00e9 de nos jours. N\u00e9 en 1878 il fit des \u00e9tudes de m\u00e9decine tropicale \u00e0 Paris. Il a dix huit ans lors du d\u00e9sastre traumatisant d\u2019Adoua. D\u00e8s ses dipl\u00f4mes en poche il part pour un premier voyage au Caire en 1901 o\u00f9 il participe \u00e0 un congr\u00e8s m\u00e9dical en y faisant une communication sur le b\u00e9ri b\u00e9ri. Plus ou moins attir\u00e9 semble-t-il par l\u2019anarchisme il r\u00e9ussit malgr\u00e9 tout \u00e0 entrer en relation avec Giolitti qui l\u2019envoie \u00e0 nouveau au Caire afin d\u2019y \u00eatre un discret informateur de tout ce qui peut se d\u00e9rouler dans cette m\u00e9tropole musulmane et arabe. Il est rattach\u00e9 \u00e0 l\u2019Agence Diplomatique [italienne] du Caire en 1903. Pourtant cette arriv\u00e9e a d\u00fb agacer certains diplomates d\u00e9j\u00e0 en poste car Giolitti a \u00e9prouv\u00e9 le besoin de pr\u00e9ciser \u2013 au moyen d\u2019une lettre officieuse adress\u00e9e au responsable de l\u2019Agence \u2013 \u00ab\u00a0de ne pas inqui\u00e9ter le Docteur Insabato connu personnellement du ministre\u00a0\u00bb<a id=\"bodyftn30\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn30\">30<\/a>. En fait, avec la b\u00e9n\u00e9diction de l\u2019homme d\u2019Etat italien, Insabato loin de pratiquer en Egypte son m\u00e9tier de m\u00e9decin tissait des liens relativement discrets avec les milieux nationalistes cairotes et en particulier avec ceux qui gravitaient autour de l\u2019universit\u00e9 musulmane d\u2019Al Azhar. Il cherchait \u00e0 attirer la sympathie des musulmans \u00e0 la politique coloniale italienne en l\u2019opposant \u00e0 celle pratiqu\u00e9e par les autorit\u00e9s britanniques en Egypte.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">48<\/span>Il avait en t\u00eate de nombreux projets comme la fondation d\u2019une \u00e9cole de langue italienne au Caire, la cr\u00e9ation d\u2019un journal italo-arabe qui d\u00e9fende l\u2019action italienne dans tout le monde musulman ou encore la publication dans les deux langues de divers travaux r\u00e9dig\u00e9s par des \u00e9tudiants&#8230; parmi bien d\u2019autres initiatives.<\/p>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">49<\/span>D\u00e8s les ann\u00e9es 1900 le gouvernement romain sait donc utiliser, dans des circonstances d\u00e9licates, les services diplomatiques accr\u00e9dit\u00e9s dans un pays et les initiatives plus ou moins parall\u00e8les et occultes d\u2019agents envoy\u00e9s sp\u00e9cialement sur place. N\u2019y voyons pas n\u00e9cessairement des pratiques d\u2019espionnage dignes d\u2019un OSS 117 de l\u2019\u00e9poque\u00a0! Cela r\u00e9v\u00e8le simplement que Rome sait faire usage vers 1900-1910, \u00e0 la veille de la conqu\u00eate italienne de la Tripolitaine, d\u2019un docteur subjugu\u00e9 par le monde arabe, et vers 1958-1962, en attendant la fin de la pr\u00e9sence coloniale fran\u00e7aise en Alg\u00e9rie et au Sahara, d\u2019un Condottiere chef d\u2019une entreprise p\u00e9troli\u00e8re.<\/p>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">31<\/span>\u00a0D. J Grange,\u00a0<em>op.\u00a0cit.<\/em>, note 14 de la p.\u00a01475.<\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">50<\/span>Insabato est en effet passionn\u00e9 par le monde arabe et par l\u2019Islam. Il fait tout ce qu\u2019il peut pour attirer la sympathie des musulmans Egyptiens mais aussi Somaliens et Tripolitains \u00e0 la politique coloniale italienne au point de r\u00e9ussir \u00e0 faire construire en 1906 une petite mosqu\u00e9e au Caire portant le nom du roi Humbert 1\u00b0. Par les rapports qu\u2019il envoie \u00e0 Giolitti maintenant pr\u00e9sident du conseil \u00e0 Rome, il va en partie influencer la politique arabe men\u00e9e par le gouvernement italien. C\u2019\u00e9tait un chantre du dialogue islamo-chr\u00e9tien qui s\u2019inscrira au Partito Popolare de Don Sturzo mais aussi de De Gasperi au lendemain de la Grande Guerre. Il est \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 en 1924 et s\u2019occupe du programme colonial de ce parti. Pourtant l\u2019essor du fascisme arr\u00eate ses activit\u00e9s politiques mais il est toujours impliqu\u00e9 dans les relations entre l\u2019Islam et l\u2019Occident. Il termine la deuxi\u00e8me guerre mondiale dans des groupes de r\u00e9sistance dans le Latium et se retrouve \u00e0 nouveau dans l\u2019entourage de De Gasp\u00e9ri. En 1952 De Gasperi, pr\u00e9sident du Conseil, lui confie la direction du\u00a0<em>Centro per le relazioni Italo-arabe\u00a0<\/em>avec une revue,\u00a0<em>Levante,\u00a0<\/em>dont Insabato assura la direction jusqu\u2019en 1955<a id=\"bodyftn31\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn31\">31<\/a>. Puis en 1955 il va diriger un\u00a0<em>Centro Oriente-Occidente\u00a0<\/em>qui cherchait \u00e0 d\u00e9velopper les rapports culturels italo-arabes. C\u2019\u00e9tait l\u00e0 une d\u00e9marche tout \u00e0 fait comparable \u00e0 celle de Giorgio La Pira maire d\u00e9mocrate-chr\u00e9tien de Florence et ami d\u2019Enrico Mattei. Il meurt en 1963.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">32<\/span>\u00a0Bagnato, Bruna,\u00a0<em>Petrolio e politica. Mattei in Marocco<\/em>, Florence, 2004, p.\u00a025 et la note n\u00b0\u00a09 au ba\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn32\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">51<\/span>L\u2019itin\u00e9raire d\u2019Enrico Insabato r\u00e9v\u00e8le cet effort italien pour comprendre les populations arabes et leurs \u00e9lites que la P\u00e9ninsule cherchait \u00e0 conqu\u00e9rir. Il paraissait montrer que les Italiens, d\u00e9cidemment, avaient un comportement diff\u00e9rent de celui des Fran\u00e7ais et des Britanniques en Afrique du Nord m\u00e9diterran\u00e9enne vis-\u00e0-vis des populations arabes islamis\u00e9es. En outre Insabato a affirm\u00e9 des sentiments politiques catholiques au moins \u00e0 partir des ann\u00e9es vingt qui ont \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 sa mort dans les ann\u00e9es soixante. Il illustrait cette attitude humaniste catholique que nous retrouvons si souvent apr\u00e8s la deuxi\u00e8me guerre mondiale avec Enrico Mattei. Mattei, tout comme Insabato, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9sistant catholique et adh\u00e9ra \u00e0 la D\u00e9mocratie Chr\u00e9tienne naissante sur les cendres du Partito Popolare. Bruna Bagnato signale<a id=\"bodyftn32\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn32\">32<\/a>qu\u2019il publia en septembre 1951 dans la revue\u00a0<em>Civitas\u00a0<\/em>un article intitul\u00e9\u00a0<em>Iniziativa mediterranea dell\u2019Italia<\/em>. Il consid\u00e9rait que la P\u00e9ninsule devait profiter des circonstances de l\u2019Apr\u00e8s Guerre, \u00ab\u00a0<em>sfortunate ma providenziali<\/em>\u00a0\u00bb. En effet elles sont malheureuses car l\u2019Italie a perdu en 1949 ses colonies pr\u00e9fascistes comme la Libye. Mais elles sont aussi providentielles car elles permettent \u00e0 l\u2019Italie de devenir un ami d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 vis-\u00e0-vis des peuples du Maghreb en lutte contre la France. L\u2019Italie allait pouvoir ainsi mettre en valeur son r\u00f4le de pont, de point de rencontre entre l\u2019Europe et le Monde Arabe.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">52<\/span>Un t\u00e9moin g\u00e9n\u00e9rationnel est ainsi transmis entre le docteur qui a particip\u00e9 \u00e0 l\u2019essor de l\u2019empire colonial italien et l\u2019industriel qui a accompagn\u00e9 la disparition de ce m\u00eame empire tout en essayant d\u2019\u00e9tablir des relations nouvelles, \u00ab\u00a0tiers-mondistes\u00a0\u00bb, entre les Jeunes Nations arabes et la P\u00e9ninsule. Cela explique aussi qu\u2019un processus pluri d\u00e9cennal de bonne conscience nationale vis-\u00e0-vis des pays (arabes) colonis\u00e9s se soit mis en place.<\/p>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">33<\/span>\u00a0A. Del Boca,\u00a0<em>Italiani, brava gente\u00a0?<\/em>, Milan, 2005.\u00a0<em>Corriere Della Sera<\/em>, mardi 27 d\u00e9cembre 2005, p.\u00a0\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn33\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">53<\/span>Il faut attendre les travaux d\u2019Angelo Del Boca pour que cette bonne conscience nationale soit \u00e9corn\u00e9e avec la publication en 2005 d\u2019un ma\u00eetre ouvrage\u00a0<em>Italiani, brava gente\u00a0?<\/em>, dans lequel preuves \u00e0 l\u2019appui il d\u00e9montre combien les colonisateurs italiens ont pratiqu\u00e9 eux aussi des atrocit\u00e9s. D\u2019ailleurs il est tr\u00e8s int\u00e9ressant de lire l\u2019article du grand historien et essayiste Sergio Romano publi\u00e9 dans le\u00a0<em>Corriere Della Sera\u00a0<\/em>\u00e0 la sortie de cet ouvrage<a id=\"bodyftn33\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn33\">33<\/a>\u00a0:\u00a0<em>Angelo Del Boca racconta stragi, aggressioni, razzismo, truppe mandate al macello. Italiani feroci in guerra\u00a0? Come gli altri. Cade il mito della \u00ab\u00a0brava gente\u00a0\u00bb, ogni popolo ha i suoi orrori<\/em>. [Texte traduit par nos soins\u00a0: Angelo Del Boca raconte les massacres, les agressions, le racisme, les troupes envoy\u00e9es \u00e0 l\u2019abattoir. Les Italiens f\u00e9roces \u00e0 la guerre\u00a0? Comme les autres. Le mythe des \u00ab\u00a0braves gens\u00a0\u00bb tombe, chaque peuple a ses horreurs].<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">34<\/span>\u00a0A. Del Boca,\u00a0<em>Le refoulement des fautes coloniales et le mythe de l\u2019Italien \u00ab\u00a0diff\u00e9rent\u00a0\u00bb\u00a0<\/em>dans G. Me\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn34\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">54<\/span>Romano n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 \u00e9crire en d\u00e9cembre 2005, en commentant l\u2019ouvrage dans un journal pas particuli\u00e8rement de gauche ni favorable aux th\u00e8ses les plus extr\u00eames du tiers-mondisme (\u00a0!), que les Italiens,\u00a0<em>come gli altri<\/em>, ont pratiqu\u00e9 des horreurs. En outre l\u2019article de Sergio Romano est tr\u00e8s int\u00e9ressant en raison du lien qu\u2019il \u00e9tablit entre l\u2019ouvrage de Del Boca et le film\u00a0<em>Omar Mukhtar, il leone del deserto<\/em>, sorti en salles en 1981 dans de nombreux pays mais toujours interdit en Italie au d\u00e9but du\u00a0xxi<sup>o\u00a0<\/sup>si\u00e8cle m\u00eame s\u2019il est projet\u00e9 en catimini dans quelques salles d\u2019art et essai. En fait il ne fut v\u00e9ritablement pr\u00e9sent\u00e9 qu\u2019au festival de Rimini-Cin\u00e9ma le 17 septembre 1988 consacr\u00e9 au cin\u00e9ma colonial<a id=\"bodyftn34\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn34\">34<\/a>. L\u2019Italie aurait donc en ce domaine un comportement aussi sinon plus \u00ab\u00a0ferm\u00e9\u00a0\u00bb que la France \u00e0 la suite du tournage de\u00a0<em>La Bataille d\u2019Alger<\/em>. En effet ce dernier film est maintenant programm\u00e9 dans l\u2019hexagone\u00a0!<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">55<\/span>Mustapha Akkad a voulu raconter l\u2019histoire du chef b\u00e9douin en Libye, Omar Mukkhtar (interpr\u00e9t\u00e9 par Anthony Quinn) qui se r\u00e9volta contre les Italiens. Son soul\u00e8vement est mat\u00e9 en 1931 avec une extr\u00eame violence par le g\u00e9n\u00e9ral Rodolfo Graziani. Angelo Del Boca, lorsqu\u2019il \u00e9voque ce film, montre que le g\u00e9n\u00e9ral fasciste italien n\u2019a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 pendre un vieil homme de 74 ans alors que la France avait \u00e9pargn\u00e9 le marocain rifain Abd El Krim et l\u2019alg\u00e9rien Abd El Kader.<\/p>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">35<\/span>\u00a0<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a022.<\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">56<\/span>Dans son article pr\u00e9sent\u00e9 au colloque de Nancy-Malz\u00e9ville en 1997 Angelo Del Boca va plus loin encore dans l\u2019\u00e9tude de la \u00ab\u00a0bonne conscience coloniale\u00a0\u00bb italienne. Il constate qu\u2019il a fallu attendre 1995 et 1996, pr\u00e8s de cinquante ans apr\u00e8s les faits, pour qu\u2019un d\u00e9bat se d\u00e9roule dans la presse de la p\u00e9ninsule sur l\u2019utilisation des gaz dans les colonies africaines et les crimes de guerre de l\u2019arm\u00e9e fasciste<a id=\"bodyftn35\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn35\">35<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">36<\/span>\u00a0Cf le journal\u00a0<em>Corriere della Sera<\/em>, dimanche 31 ao\u00fbt 2008. Titre en premi\u00e8re page\u00a0:\u00a0<em>accordo con la L\u00a0<\/em><a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn36\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">57<\/span>Cela rend d\u2019autant plus important l\u2019accord sign\u00e9 entre l\u2019Italie et la Libye en ao\u00fbt 2008 par lequel la p\u00e9ninsule s\u2019engage sur vingt cinq ans \u00e0 payer 5 milliards de dollars de r\u00e9parations en compensation des spoliations inflig\u00e9es par l\u2019Italie \u00e0 son ancienne colonie de 1911 \u00e0 la fin de la deuxi\u00e8me guerre mondiale<a id=\"bodyftn36\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn36\">36<\/a>. La p\u00e9ninsule semble admettre d\u2019un coup ce qu\u2019elle avait toujours rejet\u00e9 depuis des d\u00e9cennies. Berlusconi, pr\u00e9sident du conseil, pr\u00e9sente ses excuses au nom du peuple italien. Il affirme qu\u2019il reconna\u00eet compl\u00e8tement et moralement les dommages inflig\u00e9s par l\u2019Italie \u00e0 la Libye durant la p\u00e9riode coloniale. Toutefois il est probable que le pr\u00e9sident du conseil a voulu en signant cet accord obtenir en contrepartie que la Libye livre \u00e0 la p\u00e9ninsule du gaz naturel et contr\u00f4le mieux le passage sur son territoire de clandestins africains cherchant \u00e0 gagner les \u00eeles italiennes de la M\u00e9diterran\u00e9e. Mais par del\u00e0 ce probable marchandage un peu sordide, le geste accompli par Il Cavaliere r\u00e9v\u00e8le une grande ambigu\u00eft\u00e9 tout en commen\u00e7ant \u00e0 mettre fin \u00e0 une grande hypocrisie. Paolo Conti, dans un article du\u00a0<em>Corriere della Sera\u00a0<\/em>du 31 ao\u00fbt 2008 (page 3) rappelle que depuis le roi Idriss en 1956 l\u2019Italie a souvent n\u00e9goci\u00e9 avec la Libye le paiement de d\u00e9dommagements. Pourtant ces n\u00e9gociations plus ou moins secr\u00e8tes avaient toujours \u00e9chou\u00e9&#8230; alors que tr\u00e8s officiellement les gouvernements de Rome refus\u00e8rent pendant longtemps, au moins jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1990, de reconna\u00eetre certaines turpitudes commises sur ce territoire africain. Il ne faut gu\u00e8re s\u2019\u00e9tonner d\u00e8s lors de la bonne conscience de la population italienne d\u00e9crite par Angelo Del Boca. Cette ambigu\u00eft\u00e9 voulue si longtemps explique tr\u00e8s bien comment s\u2019est forg\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la date la plus r\u00e9cente ce mythe de \u00ab\u00a0l\u2019italien diff\u00e9rent\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">58<\/span>Face \u00e0 une \u00ab\u00a0amn\u00e9sie italienne\u00a0\u00bb qui a dur\u00e9 des d\u00e9cennies, nous comprenons mieux qu\u2019Enrico Mattei n\u2019ait, semble-t-il, \u00e9prouv\u00e9 apr\u00e8s coup aucune g\u00eane particuli\u00e8re pour son activit\u00e9 entrepreneuriale durant le\u00a0<em>Ventennio\u00a0<\/em>m\u00eame s\u2019il participa, certes tr\u00e8s indirectement, \u00e0 l\u2019effort de conqu\u00eate et d\u2019exploitation coloniales en Ethiopie. De la m\u00eame mani\u00e8re s\u2019explique la facilit\u00e9 avec laquelle le Condottiere p\u00e9trolier se transforma, \u00e0 partir des ann\u00e9es cinquante, en porte voix des relations nouvelles entre l\u2019Italie et le monde arabe.<\/p>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">37<\/span>\u00a0L. J. Nagy,\u00a0<em>Le bloc socialiste et la d\u00e9colonisation en M\u00e9diterran\u00e9e\u00a0<\/em>dans G. Meynier et M. Russo (di\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn37\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">59<\/span>Cette strat\u00e9gie tiers-mondiste d\u2019Enrico Mattei est ins\u00e9parable de son anticommunisme. Contrairement \u00e0 l\u2019ent\u00eatement obstin\u00e9 des vieilles puissances coloniales fran\u00e7aise et britannique, c\u2019\u00e9tait selon lui le seul moyen pour emp\u00eacher l\u2019URSS d\u2019affirmer son influence politique sur les pays arabes. Cette r\u00e9flexion est bien entendu assez connue mais elle prend un relief particulier \u00e0 la lecture des propos de Lazlo J. Nagy<a id=\"bodyftn37\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn37\">37<\/a>. Cet auteur s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la politique men\u00e9e par l\u2019URSS en M\u00e9diterran\u00e9e \u00e0 partir de 1945 et non pas directement \u00e0 celle de l\u2019Italie, mais ses analyses, indirectement, \u00e9clairent la strat\u00e9gie d\u2019Enrico Mattei et des gouvernements italiens \u00e0 partir de 1955 et 1956.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">38<\/span>\u00a0<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0156-160.<\/li>\n<li><span class=\"num\">39<\/span>\u00a0<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0161.<\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">60<\/span>Jusqu\u2019\u00e0 la mort de Staline en 1953 la M\u00e9diterran\u00e9e n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 au centre des pr\u00e9occupations sovi\u00e9tiques d\u00e8s lors que Staline consid\u00e9rait qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une zone d\u2019influence des Occidentaux et plus particuli\u00e8rement des Etats-Unis. Lazlo Nagy ne le dit pas mais ne pourrait-on pas penser que la guerre civile grecque de 1945 \u00e0 1949 a \u00e9t\u00e9 une illustration de cette attitude du Petit P\u00e8re des Peuples\u00a0? La Gr\u00e8ce a \u00e9t\u00e9 un terrain d\u2019application de la \u00ab\u00a0doctrine Truman\u00a0\u00bb. Or, pour de multiples raisons telles que le probl\u00e8me yougoslave, Staline a laiss\u00e9 les communistes hell\u00e8nes \u00e0 leur sort perdu. Pourtant en 1955, deux ans apr\u00e8s sa mort, le Kremlin appr\u00e9cie favorablement la conf\u00e9rence de Bandoeng, commence \u00e0 livrer des armes \u00e0 l\u2019Egypte de Nasser par l\u2019interm\u00e9diaire de la Chine populaire et, bien s\u00fbr, va soutenir le Rais dans la crise de Suez en octobre 1956. \u00c0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1956 le Bloc Sovi\u00e9tique reconna\u00eet la souverainet\u00e9 de la Tunisie et du Maroc en \u00e9tablissant des relations diplomatiques avec ces deux pays<a id=\"bodyftn38\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn38\">38<\/a>. Le camp sovi\u00e9tique fait donc irruption dans la politique m\u00e9diterran\u00e9enne en soutenant les combats tiers-mondistes contre les puissances coloniales, en particulier la France. Mais ce nouveau positionnement para\u00eet fragile et ambigu comme le d\u00e9montre Lazlo Nagy en rapportant les propos d\u2019Habib Bourguiba le 10 novembre 1956<a id=\"bodyftn39\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn39\">39<\/a>\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019action entreprise par l\u2019URSS en Hongrie r\u00e9duit singuli\u00e8rement la port\u00e9e morale de son intervention dans l\u2019affaire \u00e9gyptienne. On se d\u00e9fend mal d\u2019\u00e9tablir un lien entre les deux comportements et de comparer les deux attitudes. L\u2019Union Sovi\u00e9tique n\u2019h\u00e9sitait pas \u00e0 intervenir de la fa\u00e7on la plus brutale et la plus inhumaine pour \u00e9touffer la r\u00e9volte du peuple hongrois. Pendant que certains pays s\u2019indignaient de ce qui se passait en Egypte, d\u2019autres s\u2019indignaient de ce qui se d\u00e9roulait en Hongrie. Cette indignation nous para\u00eet peu sinc\u00e8re. Dans les relations internationales la duplicit\u00e9 est destructrice et dangereuse. Accord total avec Guy Mollet, quoique ce soit chose rare, lorsqu\u2019il affirme qu\u2019il n\u2019y a pas de paix dans la servitude. C\u2019est assur\u00e9ment vrai pour la Hongrie. Mais pourquoi en serait-il autrement pour l\u2019Alg\u00e9rie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">61<\/span>Enrico Mattei a trouv\u00e9, l\u00e0, une opportunit\u00e9. Il pouvait d\u00e9montrer que son tiers-mondisme entrepreneurial \u00e9tait sans duplicit\u00e9 et d\u2019une grande rectitude puisque son entreprise et l\u2019Italie soutenaient sinc\u00e8rement la cause des pays arabes. Cette affirmation de la libert\u00e9 dont pouvaient profiter tous les peuples ne comportait aucune exception injustifiable comparable \u00e0 l\u2019invasion de la Hongrie par l\u2019URSS. C\u2019\u00e9tait aussi un moyen de montrer aux pays arabes qu\u2019il fallait qu\u2019ils se m\u00e9fient de cette amiti\u00e9 sovi\u00e9tique pleine d\u2019arri\u00e8re-pens\u00e9es. Enrico Mattei, en tant que chef d\u2019une grande entreprise nationale, cherchait donc \u00e0 rendre conciliable un rapprochement entre les pays occidentaux, plac\u00e9s dans l\u2019orbite des Etats-Unis, et les pays arabes et autres peuples aspirant \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance. L\u2019anticommunisme de Mattei \u00e9tait donc tr\u00e8s li\u00e9 \u00e0 son tiers-mondisme mais il se pla\u00e7ait aussi dans la droite ligne du n\u00e9o atlantisme affich\u00e9 par de nombreux dirigeants italiens de la fin des ann\u00e9es cinquante.<\/p>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">40<\/span>\u00a0E. Martelli,\u00a0<em>L\u2019altro atlantismo. Fanfani e la politica estera italiana (1958-1963)<\/em>, Milan, 2008.<\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">62<\/span>Ce n\u00e9o atlantisme veut montrer que le camp occidental n\u2019est pas n\u00e9cessairement imp\u00e9rialiste et colonialiste. Il s\u2019agit donc de s\u2019opposer \u00e0 l\u2019Union Sovi\u00e9tique tout en montrant un visage du \u00ab\u00a0monde libre\u00a0\u00bb acceptable \u00e0 ce que l\u2019on commence \u00e0 appeler le Tiers Monde. Depuis ces derni\u00e8res ann\u00e9es des travaux ont \u00e9t\u00e9 brillamment men\u00e9s en Italie sur ce n\u00e9o atlantisme. C\u2019est en particulier le cas d\u2019Evelina Martelli qui a pu consulter les archives d\u2019Amintore Fanfani, cheville ouvri\u00e8re de cette politique originale<a id=\"bodyftn40\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn40\">40<\/a>. Ces diff\u00e9rents travaux essaient de montrer les fondements politiques et \u00e9conomiques de cet effort d\u2019ind\u00e9pendance nationale italienne au sein du camp occidental. Notre \u00e9tude est compl\u00e9mentaire \u00e0 tout ce courant historiographique mais elle veut aussi pr\u00e9server sa sp\u00e9cificit\u00e9. Nous cherchons, en fait, \u00e0 suivre ce courant \u00ab\u00a0n\u00e9o atlantique\u00a0\u00bb au sein m\u00eame de l\u2019ENI dans sa gestion comptable et dans ses d\u00e9cisions strat\u00e9giques qui, concr\u00e8tement, favorisaient telle ou telle entreprise du groupe. Cette d\u00e9marche peut s\u2019illustrer \u00e0 partir des relations amicales tr\u00e8s souvent \u00e9voqu\u00e9es par l\u2019abondante bibliographie italienne entre Mattei et Giorgio La Pira, homme politique d\u00e9mocrate chr\u00e9tien tr\u00e8s implant\u00e9 \u00e0 Florence.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">63<\/span>Du 3 au 6 octobre 1958 se tint \u00e0 Florence les Rencontres M\u00e9diterran\u00e9ennes. Elles ont \u00e9t\u00e9 organis\u00e9es par l\u2019ancien (et futur) maire de la ville, Giorgio La Pira d\u00e9mocrate chr\u00e9tien mystique. La Pira \u00e9tait pour le moins un \u00ab\u00a0illumin\u00e9 catholique\u00a0\u00bb qui cherchait \u00e0 permettre la rencontre entre les trois religions monoth\u00e9istes et \u00e0 restaurer ainsi l\u2019unit\u00e9 m\u00e9diterran\u00e9enne. Ce pont entre les trois cultures religieuses \u00e9tait selon lui le seul moyen d\u2019assurer la paix entre le monde occidental et le Tiers Monde m\u00e9diterran\u00e9en naissant en l\u2019\u00e9loignant de la tentation marxiste et mat\u00e9rialiste.<\/p>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">41<\/span>\u00a0Voir un cas pr\u00e9cis du r\u00f4le jou\u00e9 par l\u2019entreprise Nuovo Pignone, un peu plus loin dans cet article,\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn41\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<li><span class=\"num\">42<\/span>\u00a0M. Harbi et G. Meynier,\u00a0<em>Le FLN. Documents et histoire 1954-1962<\/em>, Paris, 2004. Cette anecdote est ra\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn42\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<li><span class=\"num\">43<\/span>\u00a0A. Cheurfi,\u00a0<em>La classe politique alg\u00e9rienne de 1900 \u00e0 nos jours. Dictionnaire biographique<\/em>, Alger, 2\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn43\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<li><span class=\"num\">44<\/span>\u00a0AHENI, Pomezia, fondo ENI, testo 1 Tunisia, NUA\u00a0: 462C, UDC 3. Voir la page 55 de l\u2019interview de Ma\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn44\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">64<\/span>Or \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque La Pira pousse Mattei \u00e0 renflouer une entreprise florentine moribonde, Nuovo Pignone. Mattei accepte \u00ab\u00a0par amiti\u00e9\u00a0\u00bb de la reprendre tout en la r\u00e9organisant. Dans les ann\u00e9es suivantes elle sera impliqu\u00e9e dans de nombreux contrats d\u2019accompagnement sign\u00e9s par l\u2019ENI dans de multiples pays du Tiers Monde. Ce tiersmondisme \u00ab\u00a0n\u00e9o atlantique\u00a0\u00bb entrepreneurial et comptable de Mattei se conciliait tr\u00e8s bien avec les \u00ab\u00a0illuminations\u00a0\u00bb de son ami florentin<a id=\"bodyftn41\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn41\">41<\/a>. Giorgio La Pira avait parfois en effet des rapprochements historiques surprenants. Il appelait par exemple Tayeb Boularhouf \u00ab\u00a0Augustino\u00a0\u00bb en souvenir de Saint Augustin \u00e9v\u00eaque d\u2019Hippone (Annaba) parce que, tout comme lui, il \u00e9tait originaire de cette ville<a id=\"bodyftn42\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn42\">42<\/a>. Ce sympathique surnom r\u00e9v\u00e9lait toute l\u2019importance de cet Alg\u00e9rien. Tayeb Boularhouf est n\u00e9 en 1923<a id=\"bodyftn43\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn43\">43<\/a>. Tr\u00e8s t\u00f4t au lendemain m\u00eame de la deuxi\u00e8me guerre mondiale il s\u2019est engag\u00e9 dans l\u2019action clandestine. En raison de ses grandes qualit\u00e9s \u00ab\u00a0diplomatiques\u00a0\u00bb il est envoy\u00e9 dans la capitale italienne \u00e0 la fin 1957 pour prendre contact avec des organismes de la CEE quelques mois \u00e0 peine apr\u00e8s la signature du trait\u00e9 de Rome. Tr\u00e8s rapidement, en 1958, il repr\u00e9sente le GPRA dans la Ville Eternelle jusqu\u2019\u00e0 au moins 1960, ce qui ne va pas sans risque puisqu\u2019il \u00e9chappe \u00e0 un sanglant attentat automobile. L\u2019enqu\u00eate polici\u00e8re romaine a abouti \u00e0 de forts soup\u00e7ons \u00e0 l\u2019encontre des services secrets fran\u00e7ais. \u00c0 partir de cette date il participe aux n\u00e9gociations de Lugrin et d\u2019Evian tout en restant responsable du bureau italien du FLN<a id=\"bodyftn44\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn44\">44<\/a>. Une fois l\u2019ind\u00e9pendance acquise il commence une carri\u00e8re d\u2019ambassadeur de l\u2019Alg\u00e9rie avec pour premier poste celui de Rome. Il \u00e9tait donc un personnage essentiel du FLN pour tout ce qui concernait les relations avec les autorit\u00e9s italiennes.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">65<\/span>La Pira \u00e9tait ainsi convaincu qu\u2019il \u00e9tait possible de trouver des convergences culturelles le long des rivages de la M\u00e9diterran\u00e9e en raison d\u2019un pass\u00e9 antique qui avait \u00e9t\u00e9 unifi\u00e9 sous l\u2019autorit\u00e9 de Rome. Saint Augustin et Tayeb Boularhouf \u00e9tant n\u00e9s dans la m\u00eame ville avaient n\u00e9cessairement des convergences intellectuelles qui transcendaient leurs diff\u00e9rences religieuses par del\u00e0 les si\u00e8cles.<\/p>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">66<\/span>Ces rencontres de Florence ont \u00e9t\u00e9 plac\u00e9es sous l\u2019\u00e9gide de la revue\u00a0<em>Etudes M\u00e9diterran\u00e9ennes\u00a0<\/em>dans laquelle gravitaient des repr\u00e9sentants de la gauche catholique fran\u00e7aise comme le p\u00e8re j\u00e9suite Jean Danielou, Charles-Andr\u00e9 Julien ou Louis Massignon professeur au coll\u00e8ge de France. \u00c0 ces rencontres de Florence avaient \u00e9t\u00e9 invit\u00e9s le prince h\u00e9ritier du Maroc Hassan, des repr\u00e9sentants de la Tunisie ind\u00e9pendante mais aussi du FLN comme Ahmed Boumendjel. La s\u00e9ance inaugurale a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sid\u00e9e, en l\u2019absence de La Pira malade, par le prince Hassan. Giovanni Gronchi, pr\u00e9sident de la r\u00e9publique italienne et Amintore Fanfani, pr\u00e9sident du conseil, y firent des discours. Les s\u00e9ances ont mis au premier rang des pr\u00e9occupations des intervenants le probl\u00e8me de l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie au grand dam des autorit\u00e9s officielles fran\u00e7aises. Ce colloque \u00e9tait \u00e0 n\u2019en pas douter une illustration du n\u00e9oatlantisme tiersmondiste des autorit\u00e9s italiennes auquel ne pouvait que souscrire Enrico Mattei. D\u2019ailleurs quelques semaines plus t\u00f4t au cours de l\u2019\u00e9t\u00e9 1958, un accord avait \u00e9t\u00e9 sign\u00e9 entre l\u2019ENI et les autorit\u00e9s marocaines en vue de la cr\u00e9ation de l\u2019entreprise p\u00e9troli\u00e8re SOMIP. Ce n\u00e9oatlantisme \u00e9conomique et comptable du Condottiere, tout \u00e0 fait compl\u00e9mentaire du n\u00e9oatlantisme politique et culturel de La Pira, s\u2019opposait bien entendu aux vieilles nations coloniales telles que la France. En revanche un tel positionnement politique italien s\u2019affirmait au sein du \u00ab\u00a0Monde Libre\u00a0\u00bb comme l\u2019alli\u00e9 des Etats-Unis qui fut le premier territoire au\u00a0xviii<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle \u00e0 s\u2019\u00e9manciper de la tutelle coloniale.<\/p>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">45<\/span>\u00a0<em>El Moudjahid<\/em>, num\u00e9ro 22, 16 avril 1958, pages 1 et 10. La collection compl\u00e8te de cet organe de pres\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn45\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">67<\/span>Ce tiers-mondisme n\u00e9o atlantiste et antisovi\u00e9tique se heurtait pourtant \u00e0 des oppositions parfois virulentes. L\u2019organe de presse clandestin du FLN,\u00a0<em>El Moudhahid\u00a0<\/em>du 16 avril 1958 publie en premi\u00e8re page un \u00e9ditorial vengeur intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Des bons offices \u00e0 la crise fran\u00e7aise\u00a0\u00bb qui fustige les tentatives de solutions que la diplomatie am\u00e9ricai<a id=\"bodyftn45\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn45\">45<\/a>. La direction du FLN d\u00e9niait donc aux Etats-Unis tout r\u00f4le positif dans la crise entre la Tunisie et la France d\u00e8s lors que la dimension alg\u00e9rienne de l\u2019affaire n\u2019\u00e9tait pas suffisamment prise en compte\u00a0: \u00ab\u00a0on avait ainsi commenc\u00e9 par louer l\u2019habilet\u00e9 de la diplomatie fran\u00e7aise qui avec la complicit\u00e9 anglo-saxonne \u00e9tait presque parvenue \u00e0 faire oublier les martyrs de Sakiet, minimisant la crise franco-nord-africaine et vidant de sa substance la mission des bons offices [du diplomate am\u00e9ricain Robert Murphy envoy\u00e9 par Eisenhower]&#8230; Nous avons d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 maintes reprises que le contentieux franco-tunisien \u2013 qui est essentiellement nord-africain \u2013 ne pouvait \u00eatre r\u00e9gl\u00e9 s\u2019il \u00e9tait dissoci\u00e9 de sa dimension alg\u00e9rienne et que les bons offices en \u00e9cartant celle-ci allaient se solder par un \u00e9chec\u00a0\u00bb. Devant une telle suspicion du FLN \u00e0 l\u2019\u00e9gard des Etats-Unis, les autorit\u00e9s italiennes vont devoir redoubler d\u2019efforts pour faire accepter par les insurg\u00e9s alg\u00e9riens un tiers-mondisme issu d\u2019un pays occidental en qui ils pourraient avoir confiance. Sur ce point la pr\u00e9sence \u00e0 Rome de Tayeb Boularhouf a d\u00fb avoir grande importance en attendant les initiatives d\u2019Enrico Mattei.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">68<\/span>Mais de telles initiatives du Condottiere en Afrique du Nord ne r\u00e9pondent pas seulement aux int\u00e9r\u00eats p\u00e9troliers de l\u2019ENI \u00e0 la recherche de concessions. Peut-il en effet ne pas saisir la multiplicit\u00e9 des enjeux impliqu\u00e9s par le conflit alg\u00e9rien et illustr\u00e9s tragiquement par l\u2019affaire de Sakiet\u00a0? Mais ces initiatives entrepreneuriales de Mattei \u00e0 partir de 1958 au Maghreb \u2013 \u00e0 un moment o\u00f9 De Gaulle revient au pouvoir \u00e0 Paris \u2013 r\u00e9v\u00e8lent aussi des motivations multiformes qui m\u00ealent, comme nous avons commenc\u00e9 \u00e0 l\u2019envisager, de mani\u00e8re complexe des r\u00e9alit\u00e9s \u00e9conomiques, politiques pr\u00e9sentes et des r\u00e9flexes mentaux plus anciens. Percevoir ces r\u00e9alit\u00e9s et ces r\u00e9flexes d\u2019abord dans leur diversit\u00e9, les comprendre ensuite, exige donc au pr\u00e9alable ce va et vient chronologique permanent auquel nous nous sommes livr\u00e9s.<\/p>\n<h1 class=\"texte\">La cr\u00e9ation des offices de presse de l\u2019ENI, outils d\u2019une gestion tiers-mondiste<\/h1>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">46<\/span>\u00a0AHENI, Pomezia, fondo ENI, testo 1 Tunisia, NUA\u00a0: 462CUDC\u00a0: 3. Voir les pages 9 et 10 de l\u2019intervie\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn46\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">69<\/span>En raison des enjeux croissants du Moyen Orient et du dramatique conflit alg\u00e9rien, l\u2019un des gestes \u00ab\u00a0tiers-mondistes\u00a0\u00bb les plus spectaculaires d\u2019Enrico Mattei a \u00e9t\u00e9 de cr\u00e9er \u00e0 Tunis mais aussi \u00e0 Beyrouth deux offices de presse du groupe entrepreneurial qu\u2019il dirige. Pourtant il faut bien comprendre que Mattei avait pris l\u2019habitude de mettre sur pied de tels offices de presse. Mario Pirani signale l\u2019existence de celui de New York dirig\u00e9 par Enzo Viscusi, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ceux de Beyrouth et de Tunis. C\u2019est une forme de \u00ab\u00a0diplomatie parall\u00e8le\u00a0\u00bb au point que Pirani se disait l\u2019ambassadeur de la \u00ab\u00a0r\u00e9publique de M\u00e9tanopoli\u00a0\u00bb du nom du grand centre industriel cr\u00e9\u00e9 par Mattei \u00e0 proximit\u00e9 de Milan<a id=\"bodyftn46\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn46\">46<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">70<\/span>Mario Pirani, \u00e0 la t\u00eate de cet office de Tunis, se prenait donc pour un diplomate repr\u00e9sentant une \u00ab\u00a0r\u00e9publique\u00a0\u00bb c\u2019est-\u00e0-dire un Etat. Par cette m\u00e9taphore bien des ann\u00e9es plus tard \u00e0 la fin du\u00a0xx<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, il pousse jusqu\u2019\u00e0 son point ultime l\u2019assimilation de l\u2019ENI, groupe industriel, \u00e0 son pays, l\u2019Italie. L\u2019osmose intellectuelle entre entreprise et politique va jusqu\u2019\u00e0 l\u2019identification d\u2019un groupe p\u00e9trolier public \u00e0 une entit\u00e9 \u00e9tatique disposant d\u2019ambassadeurs et pourquoi pas \u2013 mais sans le dire \u2013 d\u2019un ministre des Affaires Etrang\u00e8res qu\u2019aurait \u00e9t\u00e9 Ruffolo&#8230; et d\u2019un pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, Enrico Mattei\u00a0! Ces propos m\u00e9taphoriques de Pirani ne sont pas une simple boutade. Ils d\u00e9voilent comment Mattei, mais aussi ses collaborateurs directs, concevaient les relations entre entreprise et politique. Le Condotti\u00e8re aspirait \u00e0 se substituer, en tant qu\u2019entrepreneur politique, aux appareils d\u2019Etat qu\u2019il jugeait dans l\u2019incapacit\u00e9 de mener avec efficacit\u00e9 une politique favorable aux int\u00e9r\u00eats bien compris de la nation.<\/p>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">71<\/span>Mais cette entreprise politique avait des r\u00e9f\u00e9rences id\u00e9ologiques assez pr\u00e9cises. Avec une nostalgie teint\u00e9e de romantisme r\u00e9volutionnaire Pirani insiste sur ce lieu de passage et de rencontre qu\u2019\u00e9tait Tunis avec ses h\u00f4tels plus ou moins discrets au tout d\u00e9but des ann\u00e9es soixante au point de comparer cette ville \u00e0 la Madrid de la guerre civile espagnole. Il ne faut jamais oublier que la guerre d\u2019Espagne a \u00e9t\u00e9 un moment strat\u00e9gique sinon une matrice de la gauche clandestine italienne durant le\u00a0<em>Ventennio<\/em>. L\u2019ENI serait donc, indirectement, l\u2019h\u00e9riti\u00e8re d\u2019une partie des espoirs de ce courant politique.<\/p>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">47<\/span>\u00a0AHENI, Pomezia, fondo ENI, relazioni esterne, unita di condizionamento\u00a0: 19, collocazione\u00a0: U.II.5,\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn47\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<li><span class=\"num\">48<\/span>\u00a0AHENI, Pomezia, dossier\u00a0<em>Tunisia<\/em>, collocazione U. III. 2 48, fascicule\u00a0: 2C E1\u00a0<em>corrispondanza<\/em>. Cette\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn48\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">72<\/span>Enrico Mattei, le 7 ao\u00fbt 1961, fait parvenir au Caire au responsable de la C.O.P.E., entreprise filiale d\u2019AGIP Mineraria une note lui signifiant l\u2019installation \u00e0 Beyrouth d\u2019un office de presse et de relations publiques dirig\u00e9 par Sergio Milani<a id=\"bodyftn47\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn47\">47<\/a>. Un mois plus tard en septembre 1961, Enrico Mattei annonce cette fois-ci \u00e0 Enrico Torselli en poste dans la capitale libanaise et responsable de la firme Gaz Orient, filiale de l\u2019ENI, la cr\u00e9ation d\u2019un office de relation de l\u2019ENI avec la presse de tout le Moyen Orient<a id=\"bodyftn48\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn48\">48<\/a>. Mattei explique qu\u2019il est absolument n\u00e9cessaire d\u2019\u00e9tablir des contacts avec \u00ab\u00a0l\u2019opinion publique des pays int\u00e9ress\u00e9s par nos initiatives \u00e9conomiques\u00a0\u00bb. Mattei poursuit sa lettre en informant le responsable de Gaz Orient que Sergio Milani a \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9 pour diriger cet office et qu\u2019il arrivera prochainement dans la capitale du Liban. Torselli, pr\u00e9sident de Gaz Orient, sera inform\u00e9 bient\u00f4t des caract\u00e9ristiques pr\u00e9cises de la mission confi\u00e9e \u00e0 Milani. D\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 Enrico Mattei signale que l\u2019office aura des rapports directs avec l\u2019ENI qui n\u2019interf\u00e9reront en aucun cas avec les entreprises du groupe install\u00e9es au Moyen Orient. En somme cet office dirig\u00e9 par Milani n\u2019aura de comptes \u00e0 rendre qu\u2019au si\u00e8ge central \u00e0 Rome et non pas aux entreprises filiales du groupe pourtant install\u00e9es dans la zone d\u2019intervention du dit office.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">49<\/span>\u00a0<span lang=\"en\" xml:lang=\"en\">D. Pozzi,\u00a0<\/span><em><span lang=\"en\" xml:lang=\"en\">Techno-Managerial Competences in Enrico Mattei\u2019s AGIP\u00a0: a prolonged accumulation process\u00a0<\/span><\/em><a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn49\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<li><span class=\"num\">50<\/span>\u00a0D. Bigazzi,\u00a0<em>La grande fabbrica. Organizzazione industriale e modello americano alla FIAT dal Lingot\u00a0<\/em><a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn50\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">73<\/span>De tels offices ont un fonctionnement qui rappelle \u00e9trangement la m\u00e9thode de gestion \u00ab\u00a0staff and line\u00a0\u00bb import\u00e9e des Etats Unis par l\u2019ENI \u00e0 partir de 1957. Daniele Pozzi<a id=\"bodyftn49\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn49\">49<\/a>montre que Mattei avait fait appel \u00e0 un cabinet de consultants am\u00e9ricains, Booz Allen and Hamilton (B.A.H.), ce qui \u00e9tait une grande nouveaut\u00e9 dans les entreprises italiennes de l\u2019\u00e9poque. Mattei avait bien compris que c\u2019\u00e9tait une n\u00e9cessit\u00e9 d\u00e8s lors que les plus r\u00e9centes th\u00e9ories manag\u00e9riales \u00e9taient encore ignor\u00e9es dans la p\u00e9ninsule. Pozzi va m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 \u00e9crire que les \u00e9tudes d\u2019Henri Fayol n\u2019y sont devenues totalement famili\u00e8res qu\u2019\u00e0 partir des ann\u00e9es 1960. Doit-on en rendre responsable le\u00a0<em>Ventennio\u00a0<\/em>qui aurait ferm\u00e9 l\u2019Italie aux novations anglosaxonnes voire fran\u00e7aises jusqu\u2019en 1945\u00a0? Il ne le semble pas puisque FIAT d\u00e8s les ann\u00e9es 1920 appliqua les m\u00e9thodes du \u00ab\u00a0syst\u00e8me Bedaux\u00a0\u00bb\u00a0<a id=\"bodyftn50\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn50\">50<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">51<\/span>\u00a0S. Woolf (dir.),\u00a0<em>L\u2019Italia repubblicana vista da fuori (1945-2000)<\/em>, Bologne, 2007. L\u2019auteur a r\u00e9dig\u00e9\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn51\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<li><span class=\"num\">52<\/span>\u00a0P. Lafond,\u00a0<em>Le miroir fran\u00e7ais de la croissance italienne 1945-1963<\/em>, Rome, 2008 (<em>Collection de l\u2019\u00c9co\u00a0<\/em><a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn52\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">74<\/span>Ces remarques manag\u00e9riales tr\u00e8s concr\u00e8tes am\u00e8nent \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur les raisons profondes du repli intellectuel italien durant la p\u00e9riode fasciste. La difficult\u00e9 durant l\u2019Entre Deux Guerres \u00e0, non pas conna\u00eetre, mais accepter les innovations entrepreneuriales voire aussi intellectuelles (par exemple les th\u00e8ses de Keynes) venant de l\u2019\u00e9tranger et plus pr\u00e9cis\u00e9ment de l\u2019Occident, tient peut-\u00eatre \u00e0 ce que Stuart Woolf appelle \u00ab\u00a0l\u2019impronta della matrice idealista\u00a0\u00bb\u00a0<a id=\"bodyftn51\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn51\">51<\/a>. Selon lui l\u2019influence de Gentile et de Croce est si forte \u00e0 cette \u00e9poque qu\u2019elle peut provoquer une \u00ab\u00a0surdit\u00e9\u00a0\u00bb \u00e0 certains apports \u00e9trangers. Cela laisserait supposer assez paradoxalement que l\u2019antifascisme de Croce aurait non pas facilit\u00e9 le contact avec les id\u00e9es circulant dans les d\u00e9mocraties mais au contraire servi d\u2019\u00e9cran et d\u2019obstacle \u00e0 l\u2019assimilation de leurs courants intellectuels. Ce \u00ab\u00a0blocage intellectuel\u00a0\u00bb est tr\u00e8s sensible lorsqu\u2019on envisage le cas de Luigi Einaudi, \u00e9conomiste lib\u00e9ral, qui a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s influenc\u00e9 par Bernedetto Croce chef spirituel du parti lib\u00e9ral. C\u2019est en tant qu\u2019\u00e9conomiste lib\u00e9ral qu\u2019Einaudi r\u00e9cusa la pens\u00e9e de John Meynard Keynes jug\u00e9e trop iconoclaste. Or Einaudi va jouer un r\u00f4le majeur \u00e0 partir de 1947 en instaurant, avec la b\u00e9n\u00e9diction d\u2019Alcide de Gasperi, une politique de grande rigueur financi\u00e8re et mon\u00e9taire (largement d\u00e9flationniste) appel\u00e9e \u00ab\u00a0Ligne Einaudi\u00a0\u00bb\u00a0<a id=\"bodyftn52\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn52\">52<\/a>\u00a0Cette \u00ab\u00a0empreinte\u00a0\u00bb culturelle des deux grands philosophes a d\u00fb laisser des traces bien au-del\u00e0 des aires o\u00f9 s\u2019exprime habituellement leur influence. De nombreux chefs d\u2019entreprises italiens ont pu, eux aussi, directement ou indirectement, \u00eatre impr\u00e9gn\u00e9s de ces th\u00e8ses id\u00e9alistes qu\u2019ils aient ou non lu et compris Gentile et Croce. Cette surdit\u00e9 id\u00e9aliste expliquerait donc \u2013 autant\u00a0? plus\u00a0? moins\u00a0? que le\u00a0<em>Ventennio nero\u00a0<\/em>\u2013 ce retard intellectuel italien dans de nombreux domaines \u00e0 la fin de la deuxi\u00e8me guerre mondiale.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">53<\/span>\u00a0P. Lafond,\u00a0<em>Le miroir fran\u00e7ais&#8230;\u00a0<\/em>cit., p.\u00a0391.<\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">75<\/span>Certes il est tout \u00e0 fait \u00e9vident qu\u2019il y eut une forte pol\u00e9mique entre Einaudi et Croce. Mais ce n\u2019est pas parce que Croce reprochait \u00e0 Einaudi son \u00ab\u00a0lib\u00e9risme\u00a0\u00bb et son refus du \u00ab\u00a0keyn\u00e9sianisme\u00a0\u00bb que le philosophe s\u2019\u00e9tait totalement converti, en \u00e9conomiste qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas, \u00e0 la pens\u00e9e du Ma\u00eetre de Cambridge. En fait un tel d\u00e9bat a pu tr\u00e8s bien servir d\u2019\u00e9cran \u00e0 la p\u00e9n\u00e9tration des id\u00e9es keyn\u00e9siennes en Italie. Le cas de Sylos Labini est tr\u00e8s r\u00e9v\u00e9lateur. En 1946-1947 il est tr\u00e8s sceptique sinon tr\u00e8s r\u00e9ticent \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ce qu\u2019il appelle la \u00ab\u00a0r\u00e9volution keyn\u00e9sienne\u00a0\u00bb en montrant que selon lui \u00ab\u00a0comme dans la R\u00e9volution Fran\u00e7aise beaucoup de personnes respectables en ont perdu la t\u00eate\u00a0\u00bb\u00a0<a id=\"bodyftn53\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn53\">53<\/a>. Pourtant en 1962-1963 il pr\u00f4ne fortement ces m\u00eames id\u00e9es keyn\u00e9siennes en soutenant l\u2019exp\u00e9rience de Centro Sinistra. Il y a donc eu retard dans l\u2019acceptation et l\u2019assimilation des th\u00e8ses keyn\u00e9siennes.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">54<\/span>\u00a0M. Colitti,\u00a0<em>ENI. Cronache dall\u2019interno di un\u2019azienda<\/em>, Milan, 2008, p.\u00a014-15.<\/li>\n<li><span class=\"num\">55<\/span>\u00a0AHENI, Pomezia, biblioth\u00e8que,\u00a0<em>Il Gatto Selvatico<\/em>, num\u00e9ro du printemps 1957, p.\u00a04-6.<\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">76<\/span>Le BAH (Booz Allen and Hamilton, Consultant am\u00e9ricain aupr\u00e8s de l\u2019ENI) n\u2019avait pas de branche italienne puisque sa seule division europ\u00e9enne \u00e9tait domicili\u00e9e \u00e0 Paris. Cela explique qu\u2019elle cr\u00e9a, avec la b\u00e9n\u00e9diction de Mattei, ses propres services \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019ENI. Marcello Colitti d\u00e9crit les cours profess\u00e9s par des Am\u00e9ricains en particulier le d\u00e9nomm\u00e9 Quackenboss \u00e0 l\u2019\u00e9cole des cadres de l\u2019entreprise cr\u00e9\u00e9e en 1957 \u00e0 San Donate Milanese<a id=\"bodyftn54\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn54\">54<\/a>.\u00a0<span lang=\"en\" xml:lang=\"en\">La le\u00e7on, telle que nous la d\u00e9crit Colitti, a d\u00fb d\u00e9buter par ces mots: \u00ab\u00a0My name is Quackenboss and i am here to explain the basic element of company organization: the idea of line and staff.\u00a0<\/span>If somebody doesn\u2019t follow me, please interrupt\u00a0\u00bb. Cela d\u00e9montre que jamais Mattei ne s\u2019est oppos\u00e9 aux entreprises p\u00e9troli\u00e8res des Etats Unis par anti-am\u00e9ricanisme. Tout au contraire il a cherch\u00e9 \u00e0 introduire dans son entreprise les m\u00e9thodes de gestion qui faisaient leur succ\u00e8s. Nous trouvons d\u2019ailleurs confirmation de cette anecdote relat\u00e9e par Colitti, dans la presse d\u2019entreprise. L\u2019ENI dispose d\u2019une revue int\u00e9rieure\u00a0<em>Il gatto selvatico\u00a0<\/em>qui publia dans un num\u00e9ro de 1957 les discours prononc\u00e9s le 14 avril lors de l\u2019inauguration de la\u00a0<em>Scuola Direzionale e Tecnica del Gruppo ENI<\/em><a id=\"bodyftn55\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn55\">55<\/a>. Nous y trouvons ceux de Mattei, du ministre des Participations d\u2019Etat Giogio Bo mais aussi les propos de Quackenboss, charg\u00e9 de la\u00a0<em>tecnica direzionale\u00a0<\/em>\u00e0 l\u2019\u00e9cole, celui-l\u00e0 m\u00eame dont parlait dans son livre bien des ann\u00e9es apr\u00e8s Marcello Colitti. Mattei insiste sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019apprendre la\u00a0<em>tecnica direzionale\u00a0<\/em>c\u2019est-\u00e0-dire le management aupr\u00e8s de responsables am\u00e9ricains. L\u2019ENI a besoin de leur aide et de leurs conseils. Il ajoute qu\u2019il y a en Italie de nombreuses entreprises qui cherchent \u00e0 instruire et \u00e0 perfectionner les jeunes qui viennent d\u2019\u00eatre embauch\u00e9s. Mais cette \u00e9cole de San Donato a une toute autre fonction. Elle veut aussi assurer la formation des cadres dirigeants de l\u2019ENI et non celle de la masse des employ\u00e9s. Cette \u00e9cole dispensera onze cours r\u00e9partis sur neuf semaines. Dans chaque cours prendront place vingt cinq dirigeants de l\u2019entreprise&#8230; \u00e0 charge pour ces cadres sup\u00e9rieurs nouvellement form\u00e9s de transmettre dans tous les rouages du groupe ENI ce qu\u2019ils auront appris des techniques am\u00e9ricaines de gestion.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">77<\/span>Mattei a donc voulu appliquer les m\u00e9thodes qui avaient fait le succ\u00e8s des firmes am\u00e9ricaines, en particulier le \u00ab\u00a0staff and line\u00a0\u00bb selon les termes m\u00eames, anglais, de la phrase de Quackenboss cit\u00e9s plus haut. \u00c0 une plus petite \u00e9chelle le Condotti\u00e8re voulait reproduire, mais \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de son groupe, les relations signal\u00e9es par le professeur am\u00e9ricain, lors de son intervention du 14 avril 1957, entre les entreprises General Electric, General Motors, American Telephone and Telegraph, etc&#8230; et la grande \u00e9cole de gestion Harvard Business School. Mattei \u00e9tait donc convaincu que l\u2019embauche de laur\u00e9ats de la Bocconi, la grande universit\u00e9 commerciale italienne \u00e0 Milan, ne devait pas \u00eatre exclusive et qu\u2019il \u00e9tait possible de former \u00ab\u00a0en interne\u00a0\u00bb les cadres dont son groupe avait besoin. Mais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019utilisation devenue progressivement courante dans de nombreuses entreprises de tels proc\u00e9d\u00e9s de gestion comme le \u00ab\u00a0staff and line\u00a0\u00bb, Mattei eut l\u2019intuition qu\u2019il pouvait aussi s\u2019en inspirer dans le fonctionnement m\u00eame des offices de presse qu\u2019il cr\u00e9a \u00e0 plusieurs reprises.<\/p>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">56<\/span>\u00a0D. Pozzi,\u00a0<em>Annali della Fondazione Luigi Einaudi<\/em>, XXXVII, Florence, 2003, p.\u00a0167-198. Voir les p.\u00a019\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn56\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">78<\/span>Daniele Pozzi signale que la croissance de l\u2019ENI a \u00e9t\u00e9 si imp\u00e9tueuse apr\u00e8s 1958-1959 que le groupe travaillait toujours \u00ab\u00a0en urgence\u00a0\u00bb. Cela a certainement rendu difficile l\u2019application rigoureuse des m\u00e9thodes manag\u00e9riales nouvelles qui auraient exig\u00e9 un temps d\u2019adaptation minimum. En effet l\u2019essentiel des ressources de l\u2019ENI \u00e9tait absorb\u00e9 par cette expansion \u00e9conomique fi\u00e9vreuse et le temps manquait pour assimiler et mettre en pratique les id\u00e9es transmises par le BAH et le professeur Quackenboss. En contrepartie, de tels bouleversements et la difficult\u00e9 de les assumer sans trop de dommages rendaient d\u2019autant plus n\u00e9cessaires ce que Pozzi traduit par \u00ab\u00a0ENI\u2019s Economics Studies Service\u00a0\u00bb\u00a0<a id=\"bodyftn56\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn56\">56<\/a>. Il s\u2019agit bien s\u00fbr du service anim\u00e9 par Giorgio Ruffolo au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960. Cet office dirig\u00e9 par Ruffolo n\u2019est donc pas un gadget issu de l\u2019esprit fertile et aventuriste de Mattei. Il correspond \u00e0 un r\u00e9el besoin manag\u00e9rial. Que Mattei ait d\u00e9sign\u00e9, comme nous allons bient\u00f4t le montrer, un groupe de dirigeants marqu\u00e9s par le tiers-mondisme et des id\u00e9es de gauche plut\u00f4t socialisantes r\u00e9pondait donc aussi \u00e0 une n\u00e9cessit\u00e9 de gestion la plus rationnelle qui soit dans le contexte international des ann\u00e9es 1960.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">79<\/span>Une telle grille d\u2019analyse nous permet de mieux comprendre pourquoi Mattei a voulu cr\u00e9er ces deux offices de presse \u00e0 Tunis et \u00e0 Beyrouth, contr\u00f4l\u00e9s par Giorgio Ruffolo et\u00a0<em>l\u2019Ufficio Studi\u00a0<\/em>\u00e0 Rome.<\/p>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">57<\/span>\u00a0AHENI, Pomezia, fondo ENI, relazione esterne, unita di condizionamento\u00a0: 19, collocazione\u00a0: U.II.5,\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn57\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<li><span class=\"num\">58<\/span>\u00a0M. Colitti,\u00a0<em>ENI<\/em>&#8230;, cit., p.\u00a067-68.<\/li>\n<li><span class=\"num\">59<\/span>\u00a0Voir J. G. March et H. A. Simon.,\u00a0<em>Les organisations. Probl\u00e8mes psychosociologiques<\/em>, Paris, 2\u00b0 \u00e9diti\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn59\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">80<\/span>Les deux offices sont comparables au \u00ab\u00a0staff\u00a0\u00bb d\u00e8s lors qu\u2019ils vont accomplir des activit\u00e9s communes \u00e0 tout le groupe. Ils vont assumer des activit\u00e9s de services pour tout le groupe industriel comme par exemple les renseignements concernant des firmes concurrentes ou des informations politiques dans le cadre des pays d\u2019affectation. \u00c0 l\u2019inverse les entreprises comme C.O.P.E. ou Gaz d\u2019Orient implant\u00e9es au Liban assument des activit\u00e9s qui correspondent \u00e0 ce que les managers appellent la \u00ab\u00a0line\u00a0\u00bb. Chacune de ces soci\u00e9t\u00e9s doit g\u00e9rer un secteur d\u2019activit\u00e9s afin de d\u00e9gager le maximum de profits possibles. Ces entreprises par l\u00e0-m\u00eame disposent des diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments mat\u00e9riels et comptables de la \u00ab\u00a0line\u00a0\u00bb\u00a0; elles pourront ainsi assurer la logistique des deux offices. Gaz d\u2019Orient doit par exemple financer \u00e0 partir de ses propres comptes la fourniture de mobilier, d\u2019un v\u00e9hicule de fonction, l\u2019embauche d\u2019une st\u00e9nodactylographe dont ils ont besoin<a id=\"bodyftn57\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn57\">57<\/a>. Or les fonctions des offices de presse sont multiformes et transversales. Ils assurent une couverture journalistique dans leur zone d\u2019affectation mais aussi sont \u00e0 l\u2019aff\u00fbt de toute opportunit\u00e9 de contrats pour les diff\u00e9rentes entreprises du groupe. Ils ont enfin des contacts politiques avec les autorit\u00e9s locales ou en poste soit \u00e0 Tunis soit \u00e0 Beyrouth. D\u2019ailleurs ces offices, nous l\u2019avons vu, ne d\u00e9pendent que du responsable du service des relations publiques de l\u2019ENI, au d\u00e9but des ann\u00e9es soixante Giorgio Ruffolo. Ce service \u00e0 Rome correspond totalement, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de tout le groupe p\u00e9trolier, au \u00ab\u00a0staff\u00a0\u00bb. Marcello Colitti nous le d\u00e9crit assez succinctement mais avec grande clart\u00e9<a id=\"bodyftn58\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn58\">58<\/a>. Cet office des relations publiques regroupait un office de presse central, un office l\u00e9gislatif (charg\u00e9 des relations du groupe avec le parlement et les d\u00e9put\u00e9s et s\u00e9nateurs), un office des relations publiques stricto sensu et enfin un office d\u2019\u00e9tudes (ufficio studi). Dans le cadre de ses comp\u00e9tences transversales, Ruffolo intervenait au nom d\u2019Enrico Mattei dans toutes les entreprises du groupe quelles que soient leurs activit\u00e9s productives. Milani et Pirani \u00e0 une \u00e9chelle limit\u00e9e \u00e0 leur zone de Beyrouth et de Tunis avaient des comp\u00e9tences similaires. Il est clair que ces offices pouvaient entrer en conflit de comp\u00e9tence avec les entreprises dont les activit\u00e9s productives se situaient l\u00e0 o\u00f9 ils intervenaient, tout comme dans le syst\u00e8me de gestion \u00ab\u00a0staff and line\u00a0\u00bb des heurts de m\u00eame nature se sont produits dans de tr\u00e8s nombreuses entreprises qui l\u2019avaient adopt\u00e9. Ces conflits de comp\u00e9tence correspondent totalement \u00e0 ce que James March a d\u00e9fini comme la rationalit\u00e9 limit\u00e9e manag\u00e9riale<a id=\"bodyftn59\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn59\">59<\/a>. Mais si Mattei a agi ainsi c\u2019est qu\u2019il consid\u00e9rait que de telles pratiques malgr\u00e9 leurs ind\u00e9niables inconv\u00e9nients lui assuraient une grande souplesse et peut-\u00eatre surtout une grande rapidit\u00e9 d\u2019intervention \u00e0 l\u2019image de l\u2019efficacit\u00e9 des entreprises am\u00e9ricaines qu\u2019il r\u00eavait d\u2019\u00e9galer.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">81<\/span>La rationalit\u00e9 limit\u00e9e d\u2019une telle coordination des comp\u00e9tences dans son groupe industriel lui est donc apparue, malgr\u00e9 tout, indispensable. Il a fait le pari que les avantages seraient \u00e0 la longue nettement sup\u00e9rieurs aux inconv\u00e9nients imm\u00e9diats apparents.<\/p>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">82<\/span>L\u2019originalit\u00e9 du Condottiere est d\u2019avoir cru qu\u2019il \u00e9tait possible, avec des m\u00e9thodes de gestion suppos\u00e9es efficaces, de mener une strat\u00e9gie d\u2019entreprise qui impliquait des d\u00e9cisions \u00e0 caract\u00e8re politique ins\u00e9rant, peu ou prou, le groupe \u00e9tatique italien dans les m\u00e9andres des conflits du Proche Orient et du Maghreb \u00e0 une \u00e9poque, au d\u00e9but des ann\u00e9es soixante, particuli\u00e8rement troubl\u00e9e. Cela nous rappelle une permanence des activit\u00e9s de Mattei depuis l\u2019Entre Deux Guerres\u00a0: il a toujours agi en chef d\u2019entreprise m\u00eame si \u00e0 partir du deuxi\u00e8me conflit mondial il assuma fortement des activit\u00e9s politiques. Il n\u2019est donc pas possible de comprendre ses diff\u00e9rentes initiatives si l\u2019on n\u2019a pas en t\u00eate que toutes ses activit\u00e9s \u00e9taient au premier chef entrepreneuriales. Il con\u00e7oit donc, y compris son action politique, en chef d\u2019entreprise avec des r\u00e9flexes de \u00ab\u00a0manager\u00a0\u00bb. Il ne faut donc pas \u00eatre surpris si pour comprendre le fonctionnement intime des offices de presse de Beyrouth et de Tunis il soit n\u00e9cessaire d\u2019\u00e9voquer avec quelques d\u00e9tails la\u00a0<em>Scuola direzionale e tecnica dell\u2019ENI\u00a0<\/em>et de pratiquer un d\u00e9tour par le \u00ab\u00a0staff and line\u00a0\u00bb de Robert Mac Callum et d\u2019Albert Fink. Ne pas envisager une telle d\u00e9marche serait, en fait, ne pas comprendre dans toutes ses dimensions, la fa\u00e7on avec laquelle Mattei a toujours agi.<\/p>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">60<\/span>\u00a0Cette lettre du 26 septembre pose malgr\u00e9 tout un probl\u00e8me. Le service des relations publiques et d\u2019\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn60\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">83<\/span>Toujours au d\u00e9but de l\u2019automne 1961, le 26 septembre, afin de permettre \u00e0 l\u2019office de presse de Tunis d\u2019agir imm\u00e9diatement avec le plus d\u2019efficacit\u00e9 possible, Mattei \u00e9crit \u00e0 Zouher Kabbani, repr\u00e9sentant de la Ligue Arabe \u00e0 Rome, pour lui confirmer la nomination de Mario Pirani<a id=\"bodyftn60\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn60\">60<\/a>. Un tel office, \u00e9manation d\u2019un groupe industriel p\u00e9trolier, doit s\u2019adapter aux conditions politiques qui r\u00e8gnent dans une ville plaque-tournante du monde arabe. Une fois de plus les implications \u00e9conomiques, \u00ab\u00a0manageriales\u00a0\u00bb mais aussi politiques sont totalement imbriqu\u00e9es dans les diff\u00e9rentes initiatives d\u2019envergure du Condottiere. Pourtant le repr\u00e9sentant de la Ligue Arabe a manifestement \u00e9t\u00e9 surpris de l\u2019initiative de l\u2019ENI consistant \u00e0 d\u00e9signer \u00e0 la t\u00eate de l\u2019office de presse de Tunis Mario Pirani qu\u2019il avait pourtant rencontr\u00e9 avec Milani d\u00e9but juillet de la m\u00eame ann\u00e9e. Par ailleurs Zouher Kabbani ne semble montrer de surprise qu\u2019\u00e0 l\u2019encontre de Pirani alors que la nomination de Milani \u00e0 Beyrouth ne lui pose manifestement aucun probl\u00e8me. Pourquoi\u00a0?<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">61<\/span>\u00a0AHENI, Pomezia, dossier\u00a0<em>Tunisia<\/em>, collocazione U.III.2 48, fascicule 2C E1,\u00a0<em>corrispondenza<\/em>. La lettr\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn61\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">84<\/span>Un indice plus ou moins concomitant de ces diff\u00e9rents documents nous a intrigu\u00e9 et a particuli\u00e8rement attir\u00e9 notre attention. Aux archives de l\u2019ENI de Pomezia, dans le dossier intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Corrispondenza\u00a0\u00bb de Mario Pirani m\u00eal\u00e9 \u00e0 tous ses envois depuis son poste de Tunis, nous avons trouv\u00e9 une lettre sign\u00e9e du grand rabbin de Rome<a id=\"bodyftn61\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn61\">61<\/a>. Dans cette lettre ses services certifient que Pirani a \u00e9t\u00e9 d\u00e9chu (\u00ab\u00a0decaduto\u00a0\u00bb ), \u00e0 sa demande, de son titre de \u00ab\u00a0Coen\u00a0\u00bb. Son vrai nom aurait donc \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0Signor Mario Pirani Coen\u00a0\u00bb mais il a demand\u00e9 \u00e0 ce que le titre de Coen ne lui soit plus attribu\u00e9 d\u00e8s lors qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas (plus\u00a0?) isra\u00e9lite. Cette lettre est dat\u00e9e du 12 mars 1962 mais \u00e9tant donn\u00e9 les lenteurs administratives (bureaucratiques\u00a0?) du grand rabbinat, il est probable que cette demande de Mario Pirani avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e bien des mois plus t\u00f4t. Une telle demande daterait-elle de septembre 1961 ou de plus t\u00f4t encore\u00a0?<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">62<\/span>\u00a0P. Ottone,\u00a0<em>Il gioco dei potenti&#8230;\u00a0<\/em>cit., p.\u00a065.<\/li>\n<li><span class=\"num\">63<\/span>\u00a0Archives Centrales d\u2019Etat de Rome, Minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur, direction g\u00e9n\u00e9rale de la s\u00e9curit\u00e9 publ\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn63\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">85<\/span>Le journaliste Pietro Ottone<a id=\"bodyftn62\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn62\">62<\/a>, dans son ouvrage\u00a0<em>Il gioco dei potenti<\/em>, rappelle ce que fut la jeunesse de Mario Pirani. Il est le fils d\u2019un avocat lib\u00e9ral juif qui, avec son p\u00e8re, a \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0confin\u00e9\u00a0\u00bb dans les Abruzzes \u00e0 partir de la mise en place par le r\u00e9gime fasciste des lois anti-juives \u00e0 la fin des ann\u00e9es trente<a id=\"bodyftn63\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn63\">63<\/a>. Dans cette r\u00e9gion recul\u00e9e le jeune Mario (il est n\u00e9 en 1925) avait rencontr\u00e9 des communistes. Comme beaucoup de fils d\u2019intellectuels lib\u00e9raux il se rapprocha du parti communiste consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019organisation politique clandestine la plus radicalement oppos\u00e9e au fascisme, tout en oubliant\/occultant, dans son cas, son origine juive.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">64<\/span>\u00a0AHENI, Pomezia, fondo ENI, relazione esterne, unit\u00e0 di condizionamento\u00a0: 19, collocazione\u00a0: U.II.5,\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn64\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">86<\/span>Pourtant que la r\u00e9ponse du grand rabbinat en 1962 ait \u00e9t\u00e9 m\u00eal\u00e9e \u00e0 la correspondance de l\u2019ancien journaliste communiste alors qu\u2019il \u00e9tait en poste \u00e0 Tunis depuis plusieurs mois nous am\u00e8ne \u00e0 penser qu\u2019il ne s\u2019agissait en rien d\u2019une affaire priv\u00e9e. Tout au contraire nous devons obligatoirement nous poser une question centrale\u00a0: le rejet du pass\u00e9 isra\u00e9lite de Pirani \u00e9tait-il une condition sine qua non \u00e0 sa nomination \u00e0 ce poste strat\u00e9gique pour l\u2019ENI \u00e0 Tunis\u00a0? Cette lettre r\u00e9v\u00e8le l\u2019ind\u00e9niable antis\u00e9mitisme des milieux arabes \u00e0 Tunis en ce d\u00e9but des ann\u00e9es 1960. Elle r\u00e9v\u00e8le aussi que Mattei et Pirani se pr\u00eat\u00e8rent, sans grand remords peut-\u00eatre, \u00e0 cette obligation de pr\u00e9senter une preuve de non appartenance \u00e0 la communaut\u00e9 juive de Rome. La r\u00e9ussite de l\u2019implantation de l\u2019office de presse de l\u2019ENI m\u00e9ritait bien cela. Mais pour autant, il ne faut pas tomber dans une interpr\u00e9tation d\u00e9plac\u00e9e qui ne correspondrait pas \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit de Mario Pirani lui-m\u00eame \u00e0 cette \u00e9poque. Ce journaliste avait derri\u00e8re lui une longue carri\u00e8re \u00e0 l\u2019<em>Unita<\/em>, organe central du parti communiste italien. Beaucoup d\u2019intellectuels juifs communistes en Occident au lendemain de la deuxi\u00e8me guerre mondiale (et m\u00eame au-del\u00e0) affirmaient un total ath\u00e9isme. Ils pouvaient donc consid\u00e9rer que l\u2019appartenance au juda\u00efsme \u00e9tait une vieillerie qui n\u2019avait plus lieu d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019\u00e9poque des grands mouvements de lib\u00e9ration nationale des peuples jusque l\u00e0 colonis\u00e9s. Il n\u2019emp\u00eache toutefois que ce tiers-mondisme \u00e9tait teint\u00e9 d\u2019antis\u00e9mitisme et que cela ne g\u00eanait absolument pas Mario Pirani et Enrico Mattei. Un tel antis\u00e9mitisme (antisionisme\u00a0?) \u00e9tait, selon eux, secondaire. D\u2019ailleurs Pirani quelques mois plus tard l\u2019a constat\u00e9 sinon support\u00e9 lors de sa mission dans la capitale tunisienne. Le 25 avril 1962 il fait parvenir \u00e0 Rome sa sixi\u00e8me \u00ab\u00a0note informative\u00a0\u00bb dans laquelle il rappelle sans commentaire personnel une d\u00e9claration de Ben Bella affirmant que 100.000 Alg\u00e9riens seraient pr\u00eats \u00e0 partir tr\u00e8s rapidement combattre Isra\u00ebl. De tels propos peuvent para\u00eetre un peu ronflants d\u00e8s lors que l\u2019on imagine mal des combattants alg\u00e9riens sortant \u00e0 peine d\u2019un terrible conflit avec la France quitter imm\u00e9diatement leur pays et s\u2019embarquer sur des navires afin d\u2019aller combattre l\u2019ennemi \u00ab\u00a0sioniste\u00a0\u00bb au Proche Orient. Dans tous les cas cela r\u00e9v\u00e8le au minimum une haine farouche d\u2019Isra\u00ebl et plus probablement un antijuda\u00efsme exacerb\u00e9<a id=\"bodyftn64\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn64\">64<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">87<\/span>Dans la lettre du 26 septembre 1961 transmise \u00e0 Zouher Kabbani le Condottiere veut d\u00e9passer comme il le dit d\u2019\u00e9ventuels malentendus. Il explique au contraire ce qui, pour lui, est essentiel\u00a0: les activit\u00e9s des deux offices de Beyrouth et de Tunis afin d\u2019\u00e9tablir des rapports plus \u00e9troits de collaboration entre l\u2019ENI et les pays du Moyen Orient et d\u2019Afrique du Nord.<\/p>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">88<\/span>Celui de Beyrouth s\u2019occupera de l\u2019Arabie Saoudite, de la Jordanie, de l\u2019Irak, du Koweit, du Liban et de la RAU tout en suivant de pr\u00e8s les d\u00e9bats de l\u2019OPEP cr\u00e9\u00e9e depuis peu. Il fallait faire comprendre aux pays arabes producteurs de p\u00e9trole que l\u2019accord pr\u00e9f\u00e9rentiel sign\u00e9 entre l\u2019ENI et l\u2019URSS en octobre 1960 ne devait en rien les d\u00e9savantager. En effet un tel accord risquait de faire baisser les cours du p\u00e9trole au d\u00e9triment des Sept S\u0153urs mais aussi des pays de l\u2019OPEP. L\u2019ENI devait donc le plus rapidement possible expliquer aux responsables de ces pays que leur int\u00e9r\u00eat ne r\u00e9sidait pas seulement dans le prix de vente du baril mais aussi et surtout dans le contenu des contrats sign\u00e9s avec les compagnies p\u00e9troli\u00e8res.<\/p>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">89<\/span>Celui de Tunis aura la charge de la Libye, du Maroc et de la Tunisie. Cet office doit entrer en contact avec les dirigeants du Maghreb \u00e0 un moment o\u00f9 les d\u00e9couvertes d\u2019hydrocarbures sont prometteuses au Sahara&#8230; encore largement fran\u00e7ais.<\/p>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">90<\/span>Mattei, dans sa missive du 26 septembre 1961, rappelle \u00e0 Zouher Kabbani qu\u2019\u00e0 Beyrouth a \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9 Sergio Milani tout comme Mario Pirani l\u2019a \u00e9t\u00e9 \u00e0 Tunis. Les deux repr\u00e9sentants de l\u2019ENI sont officiellement pr\u00e9sent\u00e9s comme \u00e9tant des journalistes. Dans les deux villes l\u2019objectif est de d\u00e9velopper une activit\u00e9 de relations publiques en \u00e9tablissant des rapports directs avec les repr\u00e9sentants de la presse. Il s\u2019agit donc de faciliter la connaissance et la compr\u00e9hension de l\u2019action men\u00e9e par l\u2019ENI selon les termes m\u00eames d\u2019Enrico Mattei. Le dirigeant de l\u2019ENI pr\u00e9cise mieux encore ce qu\u2019il entend par ces mots. Milani et Pirani seront \u00e0 la disposition des \u00ab\u00a0organi ufficiali\u00a0\u00bb des diff\u00e9rents Etats de leur zone de comp\u00e9tence. Cela signifie qu\u2019ils expliqueront aux gouvernements et directions minist\u00e9rielles la politique men\u00e9e par l\u2019ENI et faciliteront tout contact entre ces instances dirigeantes et le groupe industriel italien. Ces deux offices de presse de Beyrouth et de Tunis auront aussi pour t\u00e2che de faire conna\u00eetre, par des articles dans la presse italienne, les grandes r\u00e9alisations \u00e9conomiques et sociales des pays arabes de leur ressort.<\/p>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">91<\/span>Ces deux missives, l\u2019une interne au groupe ENI l\u2019autre externe envoy\u00e9e au repr\u00e9sentant de la Ligue Arabe, am\u00e8nent plusieurs importantes remarques.<\/p>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">65<\/span>\u00a0Le\u00a0<em>Who is Who in Italy\u00a0<\/em>de 1986 signale certaines de ses activit\u00e9s dans le monde de l\u2019\u00e9dition. N\u00e9 en\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn65\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<li><span class=\"num\">66<\/span>\u00a0AHENI, Pomezia, fondo ENI, testo 1 Tunisia, NUA 464D, UDC 3. Interview de Giorgio Ruffolo, page 18.<\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">92<\/span>Tout d\u2019abord elles pr\u00e9sentent les responsables des deux nouveaux \u00ab\u00a0bureaux de presse\u00a0\u00bb de l\u2019ENI mais sans pr\u00e9ciser leur pass\u00e9 politique qui, pourtant, \u00e9tait loin d\u2019\u00eatre neutre. Sergio Milani \u00e9tait socialiste membre du PSI alors que Mario Pirani a longtemps appartenu au PCI. Son itin\u00e9raire politique est souvent retrac\u00e9 par tous ceux qui se sont int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 Enrico Mattei. Pirani adh\u00e8re au PCI en 1944 et devient journaliste \u00e0\u00a0<em>L\u2019Unita<\/em>. \u00c0 partir de 1956 et de la crise hongroise ses liens avec le parti communiste commencent \u00e0 se distendre jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il d\u00e9cide de rejoindre Mattei et l\u2019ENI et, par l\u00e0-m\u00eame, de rompre avec la rue des Botteghe Oscure. Le cas de Sergio Milani, socialiste lui, est moins connu. Il nous a \u00e9t\u00e9 rappel\u00e9 assez bri\u00e8vement par Pirani lui-m\u00eame lorsque nous l\u2019avons rencontr\u00e9 \u00e0 Rome en mai 2007<a id=\"bodyftn65\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn65\">65<\/a>. Pourtant Giorgio Ruffolo<a id=\"bodyftn66\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn66\">66<\/a>, responsable au d\u00e9but des ann\u00e9es soixante de tout le service des relations publiques de l\u2019ENI et \u00e0 ce titre le sup\u00e9rieur hi\u00e9rarchique de Pirani et de Milani, affirme en 1992 trente ans apr\u00e8s les faits que Mattei choisissait ses collaborateurs sur des crit\u00e8res techniques et \u00e9conomiques. Une telle affirmation est tout \u00e0 fait concevable mais ces crit\u00e8res, certes n\u00e9cessaires dans les cas de Pirani et de Milani, n\u2019ont certainement pas \u00e9t\u00e9 les seuls. Leur pass\u00e9 politique a aussi pes\u00e9 dans le choix en leur faveur pratiqu\u00e9 par Mattei. Cela signifiait que le Condottiere voulait \u00e0 de tels postes, pour lui strat\u00e9giques, des responsables particuli\u00e8rement ouverts aux th\u00e8ses tiers-mondistes, anticoloniales en gommant probablement le plus possible le moindre pass\u00e9 juif \u00e9ventuel afin que justement de tels collaborateurs soient facilement accept\u00e9s par les responsables des pays arabes chez qui ils allaient s\u00e9journer pour repr\u00e9senter les int\u00e9r\u00eats de l\u2019ENI. En effet il ne faut jamais oublier que le PCI et le PSI en Italie ont longtemps fait cause commune dans l\u2019opposition tout au long des ann\u00e9es 1950. Les socialistes nenniens ne peuvent donc pas \u00eatre compar\u00e9s aux socialistes fran\u00e7ais de la SFIO qui, eux, ont assum\u00e9 (plus ou moins bien) la politique de guerre coloniale men\u00e9e par la France. Les dirigeants arabes d\u2019Afrique du Nord et du Proche Orient savaient, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, tr\u00e8s bien faire la diff\u00e9rence entre deux partis socialistes s\u00e9par\u00e9s pas seulement par les Alpes.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">93<\/span>Ensuite la compl\u00e9mentarit\u00e9 des deux lettres de Mattei en septembre 1961 ressort avec clart\u00e9. En effet la premi\u00e8re d\u00e9finit la place de l\u2019office de presse de Beyrouth dans l\u2019organisation interne du groupe industriel \u2013 on se doute qu\u2019il en est de m\u00eame pour celui de Tunis \u2013 Chacun d\u2019eux ne d\u00e9pendra que du si\u00e8ge central \u00e0 Rome sans avoir \u00e0 rendre de comptes aux filiales du groupe implant\u00e9es dans les pays o\u00f9 ils exercent leurs activit\u00e9s. La seconde lettre pr\u00e9cise au contraire les fonctions des deux offices dans les pays o\u00f9 ils sont install\u00e9s. Ils doivent \u00eatre les porte-parole de l\u2019ENI tout en \u00e9tablissant des contacts, par tous les moyens y compris financiers, avec les organes de presse des pays d\u2019accueil, mais aussi en multipliant les relations avec les milieux dirigeants locaux.<\/p>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">67<\/span>\u00a0C. M., Lomartire,\u00a0<em>Mattei<\/em>&#8230; cit., p.\u00a0184.<\/li>\n<li><span class=\"num\">68<\/span>\u00a0G. Buccianti,\u00a0<em>Enrico Mattei<\/em>&#8230;, cit., p.\u00a0249.<\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">94<\/span>Ces deux lettres d\u00e9montrent enfin que ces deux offices de presse ont \u00e9t\u00e9 officiellement mis en place par Mattei tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment au d\u00e9but de l\u2019automne 1961 apr\u00e8s un temps de pr\u00e9paration qui dura plusieurs mois. Manifestement Carlo Maria Lomartire<a id=\"bodyftn67\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn67\">67<\/a>s\u2019est tromp\u00e9 lorsqu\u2019il affirme sans plus de pr\u00e9cision que c\u2019est en 1959 que Mattei proposa \u00e0 Mario Pirani de travailler avec lui et que le journaliste accepta&#8230; \u00e0 moins que ce dernier n\u2019ait eu d\u2019autres fonctions aupr\u00e8s d\u2019Enrico Mattei avant d\u2019\u00eatre d\u00e9sign\u00e9 pour occuper ce poste \u00e0 Tunis. De la m\u00eame fa\u00e7on nous pouvons maintenant pr\u00e9ciser les propos de Giovanni Buccianti<a id=\"bodyftn68\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn68\">68<\/a>pour qui la date de nomination de Mario Pirani \u00e0 la t\u00eate de l\u2019office de Tunis restait tr\u00e8s approximative entre 1958 et 1961. L\u2019arriv\u00e9e de Mario Pirani ne correspond pas \u00e0 la mort de Nagy en 1958 mais \u00e0 la d\u00e9signation de Ben Khedda \u00e0 la t\u00eate du GPRA en 1961. Pour autant Buccianti a-t-il raison, dans son hypoth\u00e8se chronologique la plus basse (1961), d\u2019\u00e9tablir une relation de cause \u00e0 effet entre ce changement \u00e0 la t\u00eate du GPRA et la cr\u00e9ation d\u2019un tel office de presse tunisien au cours de l\u2019\u00e9t\u00e9 1961\u00a0? Les lettres de la fin septembre que nous avons \u00e9tudi\u00e9es d\u00e9montrent que les deux offices de Beyrouth et de Tunis ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s en m\u00eame temps, ce qui ne permet pas d\u2019en trouver l\u2019origine dans la seule d\u00e9signation de Ben Khedda \u00e0 la t\u00eate du GPRA. Le probl\u00e8me est beaucoup plus vaste. La d\u00e9cision strat\u00e9gique d\u2019Enrico Mattei prenait en compte la totalit\u00e9 de la situation politique et \u00e9conomique du monde arabe et pas seulement les mutations internes au sein du groupe dirigeant des insurg\u00e9s alg\u00e9riens.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">95<\/span>En cr\u00e9ant au m\u00eame moment les deux offices de presse, le Condotti\u00e8re mettait en relation les propres besoins p\u00e9troliers de son groupe, la question de l\u2019OPEP, le probl\u00e8me pos\u00e9 par l\u2019existence de l\u2019Etat d\u2019Isra\u00ebl, les divergences internes au monde arabe moyen-oriental, le conflit alg\u00e9rien. Est-ce un hasard s\u2019il cherche \u00e0 obtenir l\u2019aval du repr\u00e9sentant de la Ligue Arabe \u00e0 Rome\u00a0? Mattei est convaincu \u2013 tout en tenant compte de ses propres priorit\u00e9s, les besoins p\u00e9troliers de l\u2019ENI \u2013 que toutes ces questions doivent \u00eatre envisag\u00e9es globalement m\u00eame s\u2019il est totalement conscient que chacun de ces probl\u00e8mes a des caract\u00e8res sp\u00e9cifiques. Comment en effet comprendre autrement la cr\u00e9ation de deux offices de presse dans les pays arabes et non pas d\u2019un seul\u00a0?<\/p>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">69<\/span>\u00a0M. Va\u00efsse, (dir.),\u00a0<em>Vers la paix en Alg\u00e9rie, les n\u00e9gociations d\u2019Evian dans les archives diplomatique\u00a0<\/em><a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn69\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">96<\/span>Le contexte politique de cette double nomination, et en particulier celle de Pirani \u00e0 Tunis, demande encore \u00e0 \u00eatre pr\u00e9cis\u00e9 un peu mieux. Du 20 au 28 juillet se tient la r\u00e9union de Lugrin entre une d\u00e9l\u00e9gation du GPRA dirig\u00e9e par Krim Belkacem et celle du gouvernement fran\u00e7ais \u00e0 la t\u00eate de laquelle se trouvait Louis Joxe<a id=\"bodyftn69\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn69\">69<\/a>. Le 28 juillet Joxe fait \u00e9tat de cinq questions fondamentales que voudrait \u00e9voquer la d\u00e9l\u00e9gation fran\u00e7aise. Krim lui r\u00e9torque une fin de non recevoir\u00a0: \u00ab\u00a0Nous ne refusons pas de discuter les questions fondamentales une fois cette premi\u00e8re question [le Sahara] r\u00e9gl\u00e9e. Mais \u00e0 partir du moment o\u00f9 vous refusez l\u2019int\u00e9grit\u00e9 du territoire alg\u00e9rien, nous sommes dans l\u2019impasse.\u00a0\u00bb En effet la d\u00e9l\u00e9gation fran\u00e7aise veut dissocier le sort des treize d\u00e9partements du nord de l\u2019Alg\u00e9rie de celui des deux d\u00e9partements sahariens, c\u2019est-\u00e0-dire indirectement veut faire accepter \u00e0 la d\u00e9l\u00e9gation du GPRA que le Sahara n\u2019est pas obligatoirement une entit\u00e9 alg\u00e9rienne. Pour les dirigeants alg\u00e9riens c\u2019est un point de rupture qui se traduit par ce que Krim Belkacem appelle un \u00ab\u00a0ajournement sine die\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">97<\/span>L\u2019\u00e9chec de Lugrin confirme donc aux yeux de tous, et en particulier \u00e0 ceux d\u2019Enrico Mattei, combien la conception de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 nationale alg\u00e9rienne impliquant le Sahara est un aspect central de la strat\u00e9gie des insurg\u00e9s. La nomination de Mario Pirani \u00e0 Tunis par le Condottiere ce m\u00eame \u00e9t\u00e9 1961 suppose que l\u2019ENI tienne compte de cette donn\u00e9e strat\u00e9gique. Or l\u2019ENI, depuis plusieurs ann\u00e9es, s\u2019est implant\u00e9e au Maroc et en Tunisie. La diplomatie de Mattei ne chercherait-elle pas \u00e0 permettre \u00e0 la Tunisie et au Maroc d\u2019accro\u00eetre leurs possessions sahariennes au d\u00e9triment de l\u2019Alg\u00e9rie\u00a0? Il ne s\u2019agit pas d\u2019une argumentation irr\u00e9aliste. Comme nous l\u2019avons rappel\u00e9 au chapitre pr\u00e9c\u00e9dent, en 1957 l\u2019ENI a su profiter de l\u2019agrandissement vers le sud du territoire marocain puisque le royaume ch\u00e9rifien nouvellement ind\u00e9pendant a acquis le territoire de l\u2019ex-Maroc espagnol dans la zone de Tarfaya le long de l\u2019oc\u00e9an atlantique.<\/p>\n<div class=\"textIcon\"><a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/docannexe\/image\/565\/img-2-small580.jpg\" data-rel=\"penci-gallery-image-content\"  rel=\"iconSet\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/docannexe\/image\/565\/img-2-small480.jpg\" alt=\"\" \/><\/a><\/p>\n<div class=\"textIconAccess\"><\/div>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">70<\/span>\u00a0Archives Total, Compagnie Fran\u00e7aise des P\u00e9troles Alg\u00e9rie, r\u00e9f\u00e9rence\u00a0: 90.8\/, dossier\u00a0: 1, \u00ab\u00a0Documen\u00a0(&#8230;)<\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"legendeillustration\">Fig. 2 \u2013 Les concessions p\u00e9troli\u00e8res de l\u2019ENI en Afrique du Nord de 1958 \u00e0 1961<a id=\"bodyftn70\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn70\">70<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">98<\/span>Le Maroc et la Tunisie obtiennent leur ind\u00e9pendance en 1956 alors que la m\u00eame ann\u00e9e la France cr\u00e9e l\u2019Organisation Commune des R\u00e9gions Sahariennes (O.C.R.S.) qui \u00ab\u00a0d\u00e9tache\u00a0\u00bb le Sahara de l\u2019Alg\u00e9rie proprement dite. Pour le FLN il y a donc un risque de perdre une parcelle importante de ce qu\u2019il juge \u00eatre un territoire alg\u00e9rien au moment du d\u00e9part esp\u00e9r\u00e9 des Fran\u00e7ais lors de l\u2019ind\u00e9pendance r\u00eav\u00e9e. Or en 1958 Mattei a obtenu du gouvernement de Mohammed V des concessions p\u00e9troli\u00e8res dans cette zone anciennement espagnole, \u00e0 la fronti\u00e8re m\u00eame de l\u2019O.C.R.S. fran\u00e7aise, le long du nouveau d\u00e9partement de Saoura. De plus le Condottiere agit exactement de la m\u00eame mani\u00e8re en Tunisie en 1961 puisqu\u2019il obtient de Bourguiba des concessions dans le sud du pays \u00e0 la fronti\u00e8re m\u00eame du d\u00e9partement des Oasis int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 l\u2019O.C.R.S. En fait la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise S.E.R.E.P.T. disposait de la quasi-totalit\u00e9 de l\u2019extr\u00eame sud tunisien avec la zone d\u2019El Borma encore en d\u00e9cembre 1960. Mais elle avait abandonn\u00e9 la concession de la zone d\u2019El Borma au cours de l\u2019ann\u00e9e 1961 comme le transcrivent les rapports annuels de conseil d\u2019administration. Imm\u00e9diatement la S.I.T.E.P., d\u00e9tenue \u00e0 99\u00a0% par l\u2019AGIP Mineraria ach\u00e8te les permis de prospecter autour de El Borma, zone \u00ab\u00a0coll\u00e9e\u00a0\u00bb \u00e0 la fronti\u00e8re avec le Sahara encore fran\u00e7ais. Ce transfert au groupe italien ENI est nomm\u00e9ment confirm\u00e9 par le rapport de d\u00e9cembre 1961 de la S.E.R.E.P.T.<\/p>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">99<\/span>Si la SEREPT a abandonn\u00e9 une telle concession, c\u2019est que probablement elle ne la consid\u00e9rait pas comme tr\u00e8s prometteuse. L\u2019ENI le sait et pourtant \u00ab\u00a0se jette\u00a0\u00bb sur ce territoire. S\u2019agit-il seulement de l\u2019esp\u00e9rance hypoth\u00e9tique de d\u00e9couvrir des champs p\u00e9trolif\u00e8res int\u00e9ressants\u00a0? S\u2019agit-il de satisfaire le gouvernement tunisien, pas m\u00e9content \u00ab\u00a0d\u2019\u00e9corner\u00a0\u00bb le monopole de prospection dans le sud du pays d\u2019une entreprise fran\u00e7aise, remplac\u00e9e par une firme \u00ab\u00a0amie\u00a0\u00bb\u00a0? En outre la SEREPT a des activit\u00e9s conjointes avec la Major am\u00e9ricaine Mobil Oil. Le gouvernement tunisien peut donc ainsi r\u00e9duire l\u2019influence non seulement d\u2019une firme fran\u00e7aise mais aussi celle d\u2019une des \u00ab\u00a0Sept S\u0153urs\u00a0\u00bb en permettant \u00e0 Mattei de s\u2019implanter dans le pays. S\u2019agit-il enfin pour Mattei, derni\u00e8re hypoth\u00e8se, de prendre rang \u00e0 la fronti\u00e8re m\u00eame de la Tunisie \u00e0 un moment o\u00f9 les n\u00e9gociations entre le GPRA et la France butent justement sur le statut futur du Sahara\u00a0?<\/p>\n<div class=\"textIcon\"><a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/docannexe\/image\/565\/img-3-small580.jpg\" data-rel=\"penci-gallery-image-content\"  rel=\"iconSet\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/docannexe\/image\/565\/img-3-small480.jpg\" alt=\"\" \/><\/a><\/p>\n<div class=\"textIconAccess\"><\/div>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">71<\/span>\u00a0Archives Total, fonds ELF, SEREPT, cote 35 29 78, r\u00e9f\u00e9rence ab 94 39 05. Rapports annuels 1960 et 1\u00a0(&#8230;)<\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"legendeillustration\">Fig. 3 \u2013 Les concessions de la S.E.R.E.P.T. et de la S.I.T.E.P. en 1960 et 1961<a id=\"bodyftn71\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn71\">71<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">100<\/span>Pour les dirigeants du FLN, spectateurs encore impuissants de telles man\u0153uvres, comment ne pas imaginer que le Maroc et la Tunisie, \u00e9ventuellement aid\u00e9s par Mattei, ne chercheraient pas \u00e0 profiter de la guerre en Alg\u00e9rie pour \u00e9tendre leur territoire au Sahara dans cette zone de l\u2019O.C.R.S.\u00a0?&#8230; tout en affirmant officiellement mais aussi concr\u00e8tement leur soutien \u00e0 la lutte selon eux l\u00e9gitime des combattants clandestins alg\u00e9riens. Les app\u00e9tits p\u00e9troliers valent pour tout le monde au Sahara\u00a0: les Fran\u00e7ais et les Alg\u00e9riens, mais aussi les Marocains et les Tunisiens, sans oublier Mattei et les Majors.<\/p>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">101<\/span>Enrico Mattei d\u00e9montre qu\u2019il est tout \u00e0 fait capable d\u2019aider en sous mains le Maroc et la Tunisie \u00e0 obtenir des territoires sahariens apr\u00e8s le d\u00e9part des Fran\u00e7ais au d\u00e9triment de l\u2019Alg\u00e9rie bient\u00f4t ind\u00e9pendante. Mario Pirani, dans son nouveau poste, va donc \u00eatre au c\u0153ur d\u2019une ambigu\u00eft\u00e9 de l\u2019ENI\u00a0: jouer la carte de la Tunisie et du Maroc&#8230; ou celle du GPRA\u00a0? Selon la fa\u00e7on qu\u2019auront les dirigeants du GPRA d\u2019appr\u00e9hender ce qui peut appara\u00eetre un double jeu de la firme italienne, d\u00e9pendra l\u2019attitude future du nouveau gouvernement alg\u00e9rien apr\u00e8s la proclamation de l\u2019ind\u00e9pendance vis-\u00e0-vis de la firme italienne.<\/p>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">72<\/span>\u00a0AHENI, Pomezia, fondi ENI, testo 1\u00a0: Tunisia, NUA\u00a0: 462Csala di consultazione\u00a0: 3. Voir l\u2019interview\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn72\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">102<\/span>Mario Pirani \u00e9voque avec nostalgie l\u2019accueil que lui ont r\u00e9serv\u00e9 les Tunisiens lors de son s\u00e9jour dans leur capitale<a id=\"bodyftn72\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn72\">72<\/a>Il \u00e9crit que les Tunisiens vers 1961 et 1962 exer\u00e7aient un strict contr\u00f4le sur tous ceux qui transitaient par leur territoire et qu\u2019il fallait montrer son passeport \u00e0 une police particuli\u00e8rement tatillonne. Et pourtant lui, Pirani, se d\u00e9pla\u00e7ait dans le pays sans la moindre contrainte. Quand on lui demandait qui il \u00e9tait il r\u00e9pondait \u00e0 la question hargneuse \u00ab\u00a0Fran\u00e7ais, Fran\u00e7ais\u00a0?\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Non je suis Italien, un Italien de l\u2019ENI\u00a0\u00bb. \u00c0 ce moment-l\u00e0 l\u2019attitude des Tunisiens rencontr\u00e9s changeait radicalement\u00a0: \u00ab\u00a0Ah, Mattei, Mattei&#8230;\u00a0! oh\u00a0! vous \u00eates un ami, vous \u00eates un fr\u00e8re\u00a0!\u00a0\u00bb. Cet enthousiasme tunisien de l\u2019\u00e9poque est tout \u00e0 fait compr\u00e9hensible en raison de l\u2019aide apport\u00e9e par le groupe italien aux mouvements ind\u00e9pendantistes dont les Tunisiens \u00e9taient solidaires d\u2019autant plus qu\u2019ils vivaient de tr\u00e8s graves difficult\u00e9s avec l\u2019ancienne puissance coloniale \u00e0 Bizerte&#8230; mais aussi en raison des contrats d\u2019exploitation p\u00e9troli\u00e8re que le Condottiere signait avec le gouvernement de Bourguiba. Un tel enthousiasme n\u2019est jamais rapport\u00e9 \u00e0 ce point avec force citations \u00e0 propos des Alg\u00e9riens dans ce t\u00e9moignage \u00ab\u00a0asserment\u00e9\u00a0\u00bb de Pirani, sign\u00e9 \u00e0 chaque page et conserv\u00e9 dans les archives de l\u2019ENI. Ce silence r\u00e9v\u00e8le aussi les ambigu\u00eft\u00e9s que dut surmonter le repr\u00e9sentant de Mattei dans ses contacts avec les responsables alg\u00e9riens.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">73<\/span>\u00a0G. Chaliand et J. Minces,\u00a0<em>L\u2019Alg\u00e9rie ind\u00e9pendante<\/em>, Paris, 1972, p.\u00a025.<\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">103<\/span>G\u00e9rard Chaliand et Juliette Minces, qui \u00e9crivent dix ans plus tard en 1972 un petit ouvrage sur les premi\u00e8res ann\u00e9es de l\u2019Alg\u00e9rie ind\u00e9pendante, affirment que tout autant le GPRA que l\u2019ALN ne disposaient pas vers 1960-1962 d\u2019un programme pr\u00e9cis \u00e0 mettre en pratique une fois l\u2019ind\u00e9pendance acquise par del\u00e0, bien s\u00fbr, la rh\u00e9torique r\u00e9volutionnaire. Seules avaient \u00e9t\u00e9 affirm\u00e9es l\u2019unit\u00e9 nationale et l\u2019int\u00e9grit\u00e9 du territoire<a id=\"bodyftn73\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn73\">73<\/a>. On comprend pourquoi Krim Belkacem et la d\u00e9l\u00e9gation du GPRA se soient arcbout\u00e9s sur la question saharienne au point de faire \u00e9chouer les discussions de Lugrin. Le caract\u00e8re alg\u00e9rien du d\u00e9sert pour eux n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9gociable car non seulement ils y voyaient une source consid\u00e9rable de richesse p\u00e9troli\u00e8re \u2013 ce qui est souvent mis en avant par de nombreux auteurs \u2013 mais aussi la cl\u00e9 de vo\u00fbte du mouvement ind\u00e9pendantiste d\u00e8s lors que le programme des mesures que le GPRA voulait mettre en place au lendemain de l\u2019ind\u00e9pendance \u00e9tait assez flou. Le nationalisme et l\u2019 \u00ab\u00a0alg\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb du Sahara \u00e9taient dans ses conditions d\u2019autant plus essentiels\u00a0; ces deux principes ne permettaient aucun compromis qui les remettent en cause un tant soit peu. L\u2019ENI d\u2019Enrico Mattei et son repr\u00e9sentant officieux \u00e0 Tunis, Mario Pirani, doivent absolument d\u00e8s l\u2019\u00e9t\u00e9 1961 prendre en compte cette donn\u00e9e essentielle dans leurs relations certes avec les Alg\u00e9riens du GPRA mais aussi avec les Tunisiens et les Marocains.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">74<\/span>\u00a0B. Bagnato,\u00a0<em>Prove di Ostpolitik.\u00a0<\/em><em><span lang=\"en\" xml:lang=\"en\">Politica ed economia nella. strategia italiana verso l\u2019Unione Sovi\u00a0<\/span><\/em><a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn74\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">104<\/span>Parall\u00e8lement \u00e0 cet exercice de funambule au Maghreb, jusqu\u2019au tout d\u00e9but des ann\u00e9es soixante Enrico Mattei cherche \u00e0 acqu\u00e9rir des hydrocarbures \u00e0 un prix moins \u00e9lev\u00e9 que celui pratiqu\u00e9 par les \u00ab\u00a0sept s\u0153urs\u00a0\u00bb. Il veut donc imposer la pr\u00e9sence de l\u2019ENI sur le march\u00e9 mondial du p\u00e9trole tout en assurant \u00e0 l\u2019Italie un approvisionnement en hydrocarbures au meilleur co\u00fbt possible. Dans cette logique il va signer un contrat d\u2019achat du p\u00e9trole sovi\u00e9tique vendu 20 \u00e0 30\u00a0% moins cher<a id=\"bodyftn74\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn74\">74<\/a>que celui du Golfe Persique. Or \u00e0 l\u2019extr\u00eame fin des ann\u00e9es cinquante et au tout d\u00e9but des ann\u00e9es soixante, la commercialisation nouvelle du p\u00e9trole sovi\u00e9tique ainsi que celui d\u2019Afrique du Nord (Libye et Alg\u00e9rie) provoque une baisse des cours mondiaux tr\u00e8s dommageable aux pays producteurs. Ces pays vont alors chercher \u00e0 remettre en cause la r\u00e8gle fameuse du fiftyfifty pratiqu\u00e9e par les \u00ab\u00a0sept s\u0153urs\u00a0\u00bb en mettant sur pied en 1960 l\u2019OPEP.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">105<\/span>Paradoxalement de telles transformations vont placer en porte \u00e0 faux Enrico Mattei. En achetant du p\u00e9trole sovi\u00e9tique il favorise la tendance \u00e0 la baisse des cours sur le march\u00e9 mondial&#8230; ce qui p\u00e9nalise les \u00ab\u00a0sept s\u0153urs\u00a0\u00bb mais aussi les pays arabes producteurs. Comment pourrait-il donc concilier sa strat\u00e9gie d\u2019achat \u00e0 bas prix et sa volont\u00e9 tiers-mondiste de favoriser les pays producteurs au d\u00e9triment des Majors\u00a0?<\/p>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">75<\/span>\u00a0<em>Ibid.<\/em>, pages 342 et 368<\/li>\n<li><span class=\"num\">76<\/span>\u00a0AHENI, Pomezia, fondo ENI, relazioni esterne, unit\u00e0 di condizionamento\u00a0: 19, collocazione U.II.5, f\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn76\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">106<\/span>\u00c0 la lumi\u00e8re de ce constat on ne peut qu\u2019\u00eatre frapp\u00e9 par la concomitance entre la signature de l\u2019accord commercial quadriennal italo-sovi\u00e9tique le 7 juin 1961 et la d\u00e9cision de Mattei de cr\u00e9er \u00e0 la fin de l\u2019\u00e9t\u00e9 1961 ces offices de presse \u00e0 Beyrouth et \u00e0 Tunis. Cet accord commercial permettait aux entreprises italiennes d\u2019accro\u00eetre leurs exportations en URSS mais supposait en contrepartie que l\u2019Union Sovi\u00e9tique augmente ses propres ventes dans la p\u00e9ninsule. La d\u00e9cision de l\u2019ENI d\u2019intensifier fortement ses achats dans ce pays est donc strat\u00e9gique car elle a permis le succ\u00e8s de l\u2019accord commercial quadriennal\u00a0: 12 millions de tonnes de p\u00e9trole pendant quatre ans, contre seulement 800.000 tonnes en 1959<a id=\"bodyftn75\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn75\">75<\/a>&#8230; mais une telle d\u00e9cision rendait encore plus paradoxale l\u2019attitude de Mattei \u00e0 l\u2019\u00e9gard des pays arabes producteurs de p\u00e9trole. L\u2019inqui\u00e9tude de nombreux de leurs dirigeants \u00e9tait si grande que Sergio Milani, quelques semaines apr\u00e8s sa nomination \u00e0 Beyrouth, en fait part dans un de ses premiers messages. Le 25 octobre 1961 il signale<a id=\"bodyftn76\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn76\">76<\/a>les propos de certains d\u2019entre eux qui ne comprennent pas pourquoi les Sovi\u00e9tiques ont sign\u00e9 un tel accord. Pour eux l\u2019URSS n\u2019a aucun int\u00e9r\u00eat \u00e0 favoriser avec les prix de vente du p\u00e9trole qu\u2019elle pratique les Etats capitalistes, c\u2019est-\u00e0-dire au cas particulier une entreprise \u2013 l\u2019ENI \u2013 symbolisant un pays occidental capitaliste, l\u2019Italie. Ils ajoutent que cela ne peut que provoquer l\u2019hostilit\u00e9 des Arabes. Le Condottiere italien devait donc le plus rapidement possible renforcer ses liens avec les pays du Moyen Orient et surtout leur proposer des contrats p\u00e9troliers novateurs. Bien entendu depuis d\u00e9j\u00e0 plusieurs ann\u00e9es il avait mis au point son fameux contrat qui cherchait \u00e0 int\u00e9resser les pays producteurs \u00e0 l\u2019exploitation et \u00e0 la transformation de leurs propres richesses p\u00e9troli\u00e8res. Mais ces tentatives, en Libye par exemple mais aussi au Maroc, n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 pleinement couronn\u00e9es de succ\u00e8s puisque les gisements dont disposait l\u2019ENI sous forme de concession \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de l\u2019Italie ne fournissaient que 4 millions de tonnes de p\u00e9trole sur les 20 import\u00e9s par la p\u00e9ninsule. Le groupe industriel italien continuait \u00e0 d\u00e9pendre des \u00ab\u00a0sept s\u0153urs\u00a0\u00bb pour ses approvisionnements p\u00e9troliers.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">107<\/span>Enrico Mattei, durant l\u2019\u00e9t\u00e9 1961, est plac\u00e9 devant une double exigence\u00a0: multiplier les efforts pour proposer \u00e0 de nombreux pays des contrats qui les impliquent dans l\u2019exploitation de leurs hydrocarbures\u00a0; rassurer les pays arabes en cr\u00e9ant des offices de presse, ambassades officieuses d\u00e9montrant jour apr\u00e8s jour le tiers-mondisme sinc\u00e8re de l\u2019ENI \u00e0 Beyrouth et \u00e0 Tunis.<\/p>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">108<\/span>Bien entendu dans un tel contexte, le changement de direction au sein du GPRA durant ce m\u00eame \u00e9t\u00e9 1961 a pu acc\u00e9l\u00e9rer la d\u00e9cision prise par Mattei. Ben Khedda remplace en effet Ferhat Abbas \u00e0 la direction du gouvernement provisoire alg\u00e9rien en exil. Face \u00e0 ce nouveau cours politique dans l\u2019imm\u00e9diat assez impr\u00e9visible, l\u2019industriel italien a certainement compris qu\u2019il pouvait proposer son aide int\u00e9ress\u00e9e au GPRA dans le cadre des n\u00e9gociations tumultueuses entre les insurg\u00e9s alg\u00e9riens et la France. N\u2019y avait-il pas l\u00e0 moyen en effet de s\u2019implanter au Sahara apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance in\u00e9luctable du dernier pays maghr\u00e9bin encore sous tutelle coloniale\u00a0?&#8230; mais \u00e0 condition d\u2019\u00e9tablir au plus vite des relations de confiance avec la nouvelle direction alg\u00e9rienne. Nonobstant cet \u00e9cheveau \u00e9conomique et politique complexe, il nous para\u00eet tr\u00e8s vraisemblable que la cr\u00e9ation concomitante des deux offices de presse de l\u2019ENI n\u2019est pas seulement li\u00e9e au contexte particulier et chaotique du d\u00e9roulement de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie mais doit s\u2019appr\u00e9cier en fonction d\u2019une analyse conjointe des enjeux du Proche Orient et de l\u2019Afrique du Nord. Ce n\u2019est pas le hasard qui a permis la cr\u00e9ation des deux offices au m\u00eame moment. Il ne peut pas y avoir une simple concomitance dans la cr\u00e9ation de ces deux offices de presse qui correspondent \u00e0 une m\u00eame strat\u00e9gie d\u2019entreprise, mais adapt\u00e9e \u00e0 des r\u00e9alit\u00e9s diff\u00e9rentes. Enrico Mattei n\u2019a pas pour habitude de prendre des d\u00e9cisions hasardeuses m\u00eame si parfois elles sont aventureuses.<\/p>\n<h1 class=\"texte\">Comment fonctionnent ces offices de presse\u00a0?<\/h1>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">77<\/span>\u00a0AHENI, Pomezia, busta Tunisia, collocazione U. II. 5, unita di condizionamento 19, fascicule\u00a0: offi\u00a0(&#8230;)<\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">109<\/span>Un certain nombre de notes internes nous permettent de comprendre le fonctionnement pratique de ces offices de presse. Au tout d\u00e9but, au moment de leur installation durant l\u2019\u00e9t\u00e9 1961, les premiers achats n\u00e9cessaires \u00e0 leur mise en place ont \u00e9t\u00e9 assur\u00e9s par des firmes du groupe telles que par exemple C.O.P.E. ou Gaz Orient comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 indiqu\u00e9. Puis apr\u00e8s quelques semaines les deux offices vont d\u00e9pendre officiellement et budg\u00e9tairement, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019ENI, du service des relations publiques, des \u00e9tudes \u00e9conomiques et de la presse. \u00c0 ce titre ce service va transmettre des instructions \u00e0 chacun des deux offices de Beyrouth et de Tunis dans ce qu\u2019il appelle le domaine g\u00e9n\u00e9ral et le domaine particulier<a id=\"bodyftn77\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn77\">77<\/a>. Le domaine g\u00e9n\u00e9ral correspond au versement des fonds dont chacun d\u2019eux a besoin pour fonctionner tout en tenant une comptabilit\u00e9 pr\u00e9cise permettant une reddition de comptes. Le domaine particulier, lui, concerne les modalit\u00e9s d\u2019embauche de personnel. Cette embauche se ferait directement par l\u2019office de presse ou par l\u2019interm\u00e9diaire de soci\u00e9t\u00e9s du groupe industriel. Cela suppose aussi la location de locaux et l\u2019acquisition de meubles.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">78<\/span>\u00a0<em>Ibid<\/em>. La note, en fait, est adress\u00e9e \u00ab\u00a0pour information\u00a0\u00bb \u00e0 Milani. Il s\u2019agit d\u2019un document que Bar\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn78\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">110<\/span>La correspondance interne r\u00e9v\u00e8le combien les services administratifs de l\u2019ENI savaient \u00eatre m\u00e9ticuleux \u00e0 l\u2019\u00e9gard des d\u00e9penses pratiqu\u00e9es par exemple par l\u2019office de Beyrouth. Le 15 d\u00e9cembre 1961<a id=\"bodyftn78\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn78\">78<\/a>le responsable de ce service \u00e0 Rome, Giuseppe Bartolotta, fait parvenir une note \u00e0 Milani dans laquelle il est indiqu\u00e9 qu\u2019un cr\u00e9dit approximativement de 3,5 millions (de lires probablement) est d\u00e9bloqu\u00e9 pour l\u2019achat de mobiliers, de machines \u00e0 \u00e9crire, d\u2019installations t\u00e9l\u00e9phoniques, etc&#8230;.Cela laisse supposer que les premiers achats assur\u00e9s par la C.O.P.E. et Gaz Orient durant l\u2019\u00e9t\u00e9 n\u2019ont pas suffi. En outre un virement mensuel r\u00e9gulier en livres libanaises correspondant \u00e0 une contrevaleur de 1,5 million de lires italiennes sera affect\u00e9 \u00e0 un compte ouvert \u00e0 Beyrouth au nom m\u00eame de Sergio Milani. Un tel comportement comptable correspond aux n\u00e9cessit\u00e9s d\u2019une gestion rigoureuse d\u2019une entreprise comme l\u2019ENI. Enrico Mattei y est particuli\u00e8rement attach\u00e9 parce qu\u2019il s\u2019est toujours comport\u00e9 en chef d\u2019entreprise. Mais dans le m\u00eame temps tout le monde sait au service des relations publiques \u00e0 Rome que Sergio Milani a une grande latitude dans l\u2019utilisation de ces fonds.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">79<\/span>\u00a0AHENI, Pomezia, busta Tunisia, collocazione U. III. 2 48, fascicule 2C E1, corrispondenza. Il s\u2019agi\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn79\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<li><span class=\"num\">80<\/span>\u00a0Cette Agence Italie (<em>Agenzia Italia<\/em>) est bien connue de Sergio Milani puisqu\u2019il y disposait d\u2019une p\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn80\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">111<\/span>Quelques semaines plus tard, au d\u00e9but de janvier 1962, le m\u00eame service des relations publiques va pr\u00e9ciser comment doivent s\u2019op\u00e9rer les relations quotidiennes et hebdomadaires des deux offices de presse avec Rome<a id=\"bodyftn79\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn79\">79<\/a>. En premier lieu chaque office doit transmettre \u00e0 Rome une note quotidienne. La transmission se fera, pour l\u2019office de Beyrouth par l\u2019ANSA, pour l\u2019office de Tunis par l\u2019Agence Italia<a id=\"bodyftn80\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn80\">80<\/a>. Cette note doit se d\u00e9nommer \u00ab\u00a0speciale\u00a0\u00bb et contiendra une revue de presse locale, des informations sur la vie du groupe de l\u2019ENI mais dans ce dernier cas la notice s\u2019intitulera \u00ab\u00a0rigore\u00a0\u00bb. Elle comprendra aussi des ordres de service appel\u00e9s \u00ab\u00a0servizio\u00a0\u00bb et une rubrique dite \u00ab\u00a0sonda\u00a0\u00bb ou encore appel\u00e9e \u00ab\u00a0secondo canale\u00a0\u00bb sans la moindre pr\u00e9cision. On peut supposer que ce \u00ab\u00a0secondo canale\u00a0\u00bb devait transmettre des informations ultrasecr\u00e8tes dont les sources \u00e9crites que nous avons consult\u00e9es pour le moment n\u2019ont jamais comport\u00e9 la moindre mention.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">112<\/span>La question de la transmission de ces informations quotidiennes ne devait pourtant pas \u00eatre simple \u00e0 r\u00e9soudre puisque la note interne du service des relations publiques \u00e9prouve le besoin d\u2019\u00e9voquer avec un luxe de d\u00e9tails les diff\u00e9rentes possibilit\u00e9s. Dans le cas de Beyrouth est envisag\u00e9e en dehors de la solution de l\u2019ANSA celle du \u00ab\u00a0canale dell\u2019Alitalia\u00a0\u00bb par l\u2019interm\u00e9diaire du \u00ab\u00a0Signore Gianelli\u00a0\u00bb qui ne serait donc pas un porteur de valises mais un porteur de nouvelles. Le cas de l\u2019office de Tunis est manifestement plus complexe. Les informations envoy\u00e9es \u00e0 Rome doivent transiter par l\u2019Agence Italia dans un premier temps mais le groupe industriel esp\u00e8re assez rapidement obtenir les autorisations n\u00e9cessaires pour assurer une transmission par l\u2019interm\u00e9diaire du t\u00e9lex de l\u2019AGIP Mineraria op\u00e9rant en Tunisie. Par ce \u00ab\u00a0canale\u00a0\u00bb l\u2019AGIP Mineraria pourrait directement s\u2019adresser \u00e0 l\u2019AGIP Nucleare \u00e0 Rome. On le voit le service des relations publiques cherche une transmission interne au groupe sans passer par des interm\u00e9diaires ext\u00e9rieurs parfois al\u00e9atoires comme ce \u00ab\u00a0Signore Gianelli\u00a0\u00bb dans le cas de l\u2019office de Beyrouth. Reste la transmission des informations provenant de Rabat. Pour la liaison Tunis \u2013 Rabat le t\u00e9lex de l\u2019Agence Italia sera utilis\u00e9 mais par l\u2019interm\u00e9diaire de Paris, ce qui exige que les nouvelles destin\u00e9es au Maroc et en provenance de Rome transitent par Tunis. Il est tout de m\u00eame piquant de constater ce luxe de pr\u00e9cision concernant Tunis et Rabat. Il n\u2019y en a pas autant pour Le Caire, Bagdad ou Aman vis-\u00e0-vis de Beyrouth&#8230; ni m\u00eame entre Tripoli de Libye et Tunis. Doit-on conclure qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 du signe, \u00e0 peine discernable, du r\u00f4le un peu particulier de Tunis par rapport \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie dont bien entendu il n\u2019est jamais officiellement question\u00a0?<\/p>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">113<\/span>\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de ces rapports journaliers il y avait aussi ceux transmis chaque semaine. \u00c0 nouveau le service des relations publiques cherche \u00e0 pr\u00e9ciser les conditions de leur transmission. Ils devront comprendre des indications sur la situation politique locale, une revue de presse en y adjoignant des coupures ou des traductions de la presse locale. En outre il faut faire parvenir \u00e0 Beyrouth et \u00e0 Tunis une revue de presse italienne. On suppose qu\u2019une des activit\u00e9s des deux offices consiste \u00e0 expliquer ce qui se passe en Italie mais aussi comment la presse de la p\u00e9ninsule relate les \u00e9v\u00e9nements d\u2019Afrique du Nord et du Moyen Orient. La note pr\u00e9cise m\u00eame que ces coupures de presse italienne doivent \u00eatre envoy\u00e9es dans une enveloppe de poste a\u00e9rienne affranchie comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une lettre normale.<\/p>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">81<\/span>\u00a0AHENI, Pomezia, fondo ENI, relazioni esterne, unita di condizionamento\u00a0: 19, collocazione\u00a0: U.II.5,\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn81\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">114<\/span>Bureaucratie d\u2019entreprise ou volont\u00e9 d\u2019anonymat, ou les deux \u00e0 la fois\u00a0? La lourdeur administrative ne doit pas \u00eatre ignor\u00e9e si l\u2019on veut bien comprendre le fonctionnement de ce groupe industriel. Une note de fonctionnement transmise \u00e0 Tunis et \u00e0 Beyrouth le 4 janvier 1962 exige des deux offices une transmission de leurs rapports en trois exemplaires \u2013 pas un de moins\u00a0! \u2013 \u00e0 Giorgio Ruffolo responsable du service des relations publiques de l\u2019ENI \u00e0 Rome<a id=\"bodyftn81\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn81\">81<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">82<\/span>\u00a0AHENI, Pomezia, busta Tunisia, collocazione\u00a0: U. III. 2 48fascicule 2C E1\u00a0: corrispondenza. Seule l\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn82\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">115<\/span>Nous disposons d\u2019un certain nombre de \u00ab\u00a0notes informatives\u00a0\u00bb de Mario Pirani. Celui-ci transmet ces rapports, qui pourtant ne respectent pas une r\u00e9gularit\u00e9 hebdomadaire comme il aurait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9visible \u00e0 partir des instructions re\u00e7ues. Nous en avons consult\u00e9 six sur sept<a id=\"bodyftn82\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn82\">82<\/a>\u00a0: ceux des 25 janvier, 3 f\u00e9vrier, 15 f\u00e9vrier, 30 mars, 25 avril et 21 mai 1962. Dans le cas de Sergio Milani \u00e0 Beyrouth quatre ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 notre disposition\u00a0: ceux du 25 octobre 1961 et des 29 janvier, 21 f\u00e9vrier et 25 mars 1962. Nous disposons d\u2019un rapport tr\u00e8s d\u00e9taill\u00e9 de Milani d\u00e8s le 25 octobre 1961 alors que pour Pirani il faut attendre le mois de janvier suivant.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">116<\/span>Chacun des rapports de Pirani fait le point sur des probl\u00e8mes pr\u00e9cis et des \u00e9v\u00e9nements advenus dans les semaines pr\u00e9c\u00e9dentes. De mani\u00e8re r\u00e9currente, l\u2019Alg\u00e9rie, la Tunisie et le Maroc sont les th\u00e8mes les plus fr\u00e9quemment abord\u00e9s. Directement ou indirectement les relations franco-alg\u00e9riennes sont donc envisag\u00e9es avec bien entendu la question du Sahara et de ses hydrocarbures. Seule la \u00ab\u00a0note informative\u00a0\u00bb n\u00b0\u00a05 du 30 mars est exclusivement consacr\u00e9e au probl\u00e8me alg\u00e9rien puis-qu\u2019elle pr\u00e9sente les retomb\u00e9es de la signature des accords d\u2019Evian quelques jours plus t\u00f4t. Tr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8rement enfin ces rapports \u00e9voquent la presse sans que cela apparaisse comme un th\u00e8me majeur abord\u00e9 par Mario Pirani.<\/p>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">83<\/span>\u00a0AHENI, Pomezia, buste Tunisia, collocazione\u00a0: U. III. 2 48, fascicule 2C E1\u00a0: corrispondenza.<\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">117<\/span>Seule la quatri\u00e8me \u00ab\u00a0note informative\u00a0\u00bb, dat\u00e9e du 15 f\u00e9vrier, comporte plusieurs pi\u00e8ces annexes. Gr\u00e2ce \u00e0 elle il est possible, tr\u00e8s concr\u00e8tement, d\u2019\u00e9tudier le cheminement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du groupe industriel d\u2019un de ces rapports transmis par Mario Pirani<a id=\"bodyftn83\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn83\">83<\/a>. Cette note et ses annexes ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9es, comme \u00e0 l\u2019habitude, \u00e0 Giorgio Ruffolo \u00e0 Rome. Pourtant ce dernier estime n\u00e9cessaire de la remettre \u00e0 Raffaele Girotti le 21 f\u00e9vrier, en insistant sur la revue de presse marocaine dat\u00e9e des 8 et 11 f\u00e9vrier consacr\u00e9e \u00e0 la gr\u00e8ve que les salari\u00e9s marocains m\u00e8nent \u00e0 la SAMIR. Girotti dirige, entre autres soci\u00e9t\u00e9s du groupe, la Nuovo Pignone et la SNAM, l\u2019une et l\u2019autre apparemment tr\u00e8s li\u00e9es \u00e0 la firme italo-marocaine. Le m\u00eame 21 f\u00e9vrier Ruffolo fait parvenir la note de Pirani avec sa revue de presse, cette fois-ci \u00e0 Egidio Egidi directeur g\u00e9n\u00e9ral d\u2019AGIP Mineraria, au si\u00e8ge central \u00e0 San Donato \u00e0 proximit\u00e9 de Milan.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">118<\/span>Depuis la publication d\u2019un premier article dans la presse marocaine le 8 f\u00e9vrier jusqu\u2019au 21, il s\u2019est donc pass\u00e9 treize jours, le temps n\u00e9cessaire pour que les directions centrales de plusieurs entreprises du groupe industriel italien puissent r\u00e9fl\u00e9chir de mani\u00e8re coordonn\u00e9e aux cons\u00e9quences d\u2019une gr\u00e8ve importante qui affecte la SAMIR au Maroc. Ce d\u00e9lai nous para\u00eet relativement bref et r\u00e9v\u00e8le l\u2019efficacit\u00e9 de ce rouage essentiel que fut l\u2019office de presse \u00e0 Tunis pour l\u2019ENI en Afrique du Nord. Cela d\u00e9montre aussi l\u2019efficacit\u00e9 de gestion d\u2019un groupe entrepreneurial tr\u00e8s ramifi\u00e9 qui s\u2019est totalement adapt\u00e9 aux exigences manag\u00e9riales du \u00ab\u00a0staff and line\u00a0\u00bb apprises aupr\u00e8s de responsables am\u00e9ricains venus dispenser des cours \u00e0 l\u2019\u00e9cole des cadres de San Donato Milanese depuis 1957. L\u2019apprentissage de telles m\u00e9thodes a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement rapide tout comme l\u2019int\u00e9gration de cet office de presse de Tunis dans le fonctionnement interne de l\u2019ENI.<\/p>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">119<\/span>Par del\u00e0 une telle activit\u00e9 l\u2019une des missions essentielles des offices de presse \u00e0 Beyrouth et \u00e0 Tunis est d\u2019\u00e9tablir des relations suivies avec les responsables de la presse des pays dans lesquels ils interviennent au nom de l\u2019ENI. Certains documents \u00e9crits nous permettent de mieux comprendre ces relations.<\/p>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">84<\/span>\u00a0AHENI, Pomezia, buste Tunisia, collocazione\u00a0: U. III.2 48, fascicule 2C E1\u00a0: corrispondenza. Cette\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn84\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">120<\/span>C\u2019est le cas d\u2019une lettre qu\u2019envoie Mario Pirani \u00e0 Giorgio Ruffolo. Pirani lui annonce la venue \u00e0 Rome vers le 12 d\u00e9cembre 1961 de Bechir Ben Yahmed, directeur de\u00a0<em>Jeune Afrique<\/em><a id=\"bodyftn84\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn84\">84<\/a>. Ce dernier \u00ab\u00a0s\u2019occupera de toutes les d\u00e9marches n\u00e9cessaires pour organiser la publicit\u00e9 de son hebdomadaire \u00e0 Rome\u00a0\u00bb. Il s\u2019adressera aux dirigeants de l\u2019ENI \u00ab\u00a0pour discuter de la question du contrat de publicit\u00e9 avec l\u2019ENI.\u00a0\u00bb. Il s\u2019agit donc de finaliser dans la capitale italienne un contrat largement pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 Tunis. Pourtant ce financement de l\u2019hebdomadaire n\u2019est pas assur\u00e9 \u00e0 partir du budget g\u00e9r\u00e9 par l\u2019office de presse mais doit \u00eatre avalis\u00e9 et surtout assum\u00e9 par la comptabilit\u00e9 de la direction centrale du groupe. Pirani nous explique tr\u00e8s clairement que l\u2019un des moyens essentiels de financement de cette presse \u00e9tait le paiement d\u2019encarts publicitaires. Dans certains cas pourtant cela se r\u00e9glait directement \u00e0 Tunis (ou probablement \u00e0 Beyrouth) et il cite le r\u00f4le jou\u00e9 par \u00ab\u00a0AGIP Tunis\u00a0\u00bb (sic\u00a0! en fait il s\u2019agit d\u2019AGIP Tunisia)\u00a0; dans d\u2019autres au contraire il fallait une intervention directe de la direction du groupe en Italie comme la d\u00e9marche du directeur de\u00a0<em>Jeune Afrique\u00a0<\/em>semble le d\u00e9montrer en raison m\u00eame de l\u2019importance que devait lui accorder Mattei. Le tiers-mondisme militant de cet hebdomadaire trouvait donc l\u00e0 un appointement r\u00e9gulier.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">85<\/span>\u00a0Archives Total, fonds CFP, r\u00e9f\u00e9rence\u00a0: 83.9\/190, copies de lettres de la direction g\u00e9n\u00e9rale 18 nove\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn85\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">121<\/span>La revue\u00a0<em>Jeune Afrique\u00a0<\/em>avait l\u2019habitude de demander une aide financi\u00e8re aux entreprises occidentales, sans que cela soit toujours couronn\u00e9 de succ\u00e8s. Ainsi quelques ann\u00e9es plus tard, en 1964, le service de la documentation (li\u00e9 \u00e0 la direction g\u00e9n\u00e9rale) de la Compagnie Fran\u00e7aise des P\u00e9troles fait parvenir au directeur de cette revue, Afif Ben Yedder en poste \u00e0 Paris, le refus de faire passer \u00ab\u00a0une annonce publicitaire dans le suppl\u00e9ment de\u00a0<em>Jeune Afrique\u00a0<\/em>consacr\u00e9 \u00e0 la Libye\u00a0\u00bb\u00a0<a id=\"bodyftn85\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn85\">85<\/a>. Il justifie cette fin de non recevoir en expliquant que \u00ab\u00a0les travaux de notre filiale de recherche en Libye ne sont pas pr\u00e9sentement assez avanc\u00e9s pour justifier une entorse \u00e0 cette r\u00e8gle de saine gestion [c\u2019est-\u00e0-dire que tous les ordres publicitaires doivent \u00eatre pr\u00e9vus dans le budget&#8230; sic\u00a0!]\u00a0\u00bb. La bureaucratie comptable peut \u00eatre, dans certaines circonstances, un excellent paravent.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">122<\/span>Une premi\u00e8re remarque s\u2019impose. Dans les deux cas le moyen le plus classique pour financer une revue ou un journal consiste \u00e0 r\u00e9gler les d\u00e9penses d\u2019encarts publicitaires. L\u2019ENI et Mattei sont tr\u00e8s au fait de ces m\u00e9thodes en raison des liens \u00e9troits du groupe avec le journal italien\u00a0<em>Il Giorno<\/em>.<\/p>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">123<\/span>Mais par del\u00e0 ce premier constat, il faut bien entendu comprendre pourquoi l\u2019office de presse de l\u2019ENI \u00e0 Tunis en 1961 accepte de subventionner\u00a0<em>Jeune Afrique\u00a0<\/em>alors que la CFP en 1964 s\u2019y refuse. Il y a des raisons politiques, \u00ab\u00a0tiers-mondistes\u00a0\u00bb \u00e9videntes dans le cas de l\u2019ENI en 1961. Mais il serait fallacieux de croire qu\u2019elles sont les seules car il faut aussi tenir compte de l\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique qu\u2019a une entreprise p\u00e9troli\u00e8re de subventionner une telle revue plut\u00f4t critique \u00e0 l\u2019encontre du monde occidental. L\u2019ENI doit absolument faire accepter l\u2019accord sign\u00e9 r\u00e9cemment avec l\u2019URSS qui s\u2019est traduit par l\u2019achat de p\u00e9trole sovi\u00e9tique \u00e0 un prix inf\u00e9rieur \u00e0 celui escompt\u00e9 par les pays membres de l\u2019OPEP. Il est donc essentiel qu\u2019une revue aussi influente que\u00a0<em>Jeune Afrique\u00a0<\/em>ne soit pas trop critique dans ses articles \u00e0 l\u2019encontre du groupe industriel italien. Trois ans plus tard la lettre de la CFP en 1964 explique sans fard les raisons de son refus li\u00e9es \u00e0 une insuffisante rentabilit\u00e9 escompt\u00e9e des travaux de prospection jusque l\u00e0 engag\u00e9s en Libye. Il n\u2019y a donc apparemment aucune motivation politique dans une telle fin de non recevoir. La CFP a pratiqu\u00e9 un arbitrage entre le financement publicitaire de\u00a0<em>Jeune Afrique\u00a0<\/em>et les retomb\u00e9es attendues par l\u2019entreprise en Libye. Manifestement \u00ab\u00a0le jeu n\u2019en valait pas la chandelle\u00a0\u00bb. Dans le cas de l\u2019ENI \u00e0 Tunis en 1961, par del\u00e0 la question du contrat p\u00e9trolier sign\u00e9 avec l\u2019URSS, Enrico Mattei a certainement aussi pratiqu\u00e9 un arbitrage largement sugg\u00e9r\u00e9 par Mario Pirani. Pour asseoir l\u2019implantation et l\u2019influence de l\u2019office de presse nouvellement cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Tunis il \u00e9tait n\u00e9cessaire de subventionner une revue,\u00a0<em>Jeune Afrique<\/em>, tr\u00e8s influente dans les milieux dirigeants et intellectuels arabes. Cet investissement pouvait ne pas avoir de rentabilit\u00e9 \u00e9conomique et financi\u00e8re imm\u00e9diate au profit des filiales du groupe ENI implant\u00e9es en Afrique du Nord. Pourtant il \u00e9tait jug\u00e9 n\u00e9cessaire pour mieux assurer l\u2019image de marque du groupe italien. Enrico Mattei esp\u00e9rait donc en tirer profit mais probablement \u00e0 moyen ou plus long terme.<\/p>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">124<\/span>L\u2019une des explications de l\u2019attitude divergente de l\u2019ENI en 1961 et de la CFP en 1964 tient certes au contexte politique qui n\u2019est plus le m\u00eame en Afrique du Nord puisque l\u2019Alg\u00e9rie a, entre temps, obtenu son ind\u00e9pendance et qu\u2019un accord a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9 entre Paris et les nouvelles autorit\u00e9s d\u2019Alger pour exploiter les hydrocarbures sahariens. La France et la CFP ont donc moins besoin des gisements de Libye. Mais l\u2019attitude oppos\u00e9e des deux firmes r\u00e9v\u00e8le aussi des approches divergentes en raison d\u2019une appr\u00e9ciation diff\u00e9rente de certains probl\u00e8mes tant \u00e9conomiques que politiques. Un arbitrage pratiqu\u00e9 par une firme peut s\u2019expliquer par des motivations financi\u00e8res de court terme&#8230; ou de plus long terme. Lorsqu\u2019un choix de long terme est pratiqu\u00e9, souvent on aura tendance \u00e0 l\u2019expliquer par des objectifs \u00e0 caract\u00e8res politiques (c\u2019est le cas de l\u2019ENI en 1961) puisqu\u2019ils paraissent faire fi d\u2019une rentabilit\u00e9 imm\u00e9diate alors que les d\u00e9cisions dites de court terme seraient apparemment plut\u00f4t motiv\u00e9es par des raisons de comptabilit\u00e9 financi\u00e8re (c\u2019est le cas de la CFP en 1964). Toutefois opposer le court terme comptable aux moyen et long termes plus politiques r\u00e9v\u00e8le une r\u00e9flexion tr\u00e8s impr\u00e9gn\u00e9e par des r\u00e9flexes de pens\u00e9e probablement trop sch\u00e9matiques. Dans la pratique, de telles explications ne sont-elles pas un peu simplificatrices sinon caricaturales car une direction d\u2019entreprise (sinon son chef) aura tendance \u00e0 m\u00ealer, mais dans des proportions variables selon les circonstances, ces motivations multiformes\u00a0? Il ne faut jamais oublier pour comprendre les d\u00e9cisions strat\u00e9giques de l\u2019ENI que Mattei est d\u2019abord un chef d\u2019entreprise et que si souvent il a fait des choix de moyen et long termes il avait l\u2019objectif d\u2019en tirer le maximum de profit. Son tiers-mondisme politique \u00e9tait toujours m\u00eal\u00e9 \u00e0 la recherche du maximum de b\u00e9n\u00e9fices \u00e0 moyen terme si cela n\u2019\u00e9tait pas possible \u00e0 court terme.<\/p>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">86<\/span>\u00a0<em>Ibidem<\/em>. Voir, en fin de page 4 de la note informative, le texte italien traduit en fran\u00e7ais par nos\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn86\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">125<\/span>Dans un autre document Mario Pirani est encore plus explicite sur le r\u00f4le de l\u2019AGIP Tunisia. Les lignes qu\u2019il \u00e9crit dans la note informative n\u00b0\u00a02 \u00e0 Giorgio Ruffolo, en date du 3 f\u00e9vrier 1962, m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre int\u00e9gralement cit\u00e9es\u00a0: \u00ab\u00a0Je te prie de solliciter aupr\u00e8s du service Afrique de l\u2019AGIP et aupr\u00e8s de notre service de publicit\u00e9 l\u2019approbation du budget publicitaire de l\u2019AGIP Tunisia qui conditionne nos rapports avec la presse locale\u00a0\u00bb<a id=\"bodyftn86\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn86\">86<\/a>. Le budget publicitaire de l\u2019AGIP Tunisia a donc une grande importance puisqu\u2019il servait \u00e0 financer les interventions de l\u2019office de presse dirig\u00e9e par Mario Pirani aupr\u00e8s des journaux du Maghreb.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"textandnotes\">\n<ul class=\"sidenotes\">\n<li><span class=\"num\">87<\/span>\u00a0AHENI, Pomezia, buste Tunisia, collocazione U. II. 5, unita di condizionamento\u00a0: 19, fascicule\u00a0: l\u2019\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn87\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">126<\/span>Parfois les organes de presse stipendi\u00e9s par l\u2019ENI peuvent faire preuve de machiav\u00e9lisme. Le service<a id=\"bodyftn87\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn87\">87<\/a>. Dans cette note le directeur de l\u2019office de presse dans la capitale du Liban signale que dans son num\u00e9ro du 4 novembre 1961\u00a0<em>Le commerce du Levant<\/em>, pour la premi\u00e8re fois, attaque l\u2019ENI sur la question du p\u00e9trole sovi\u00e9tique. Cela signifie que cet important organe de presse reproche \u00e0 l\u2019ENI le contrat pass\u00e9 en 1960 avec l\u2019URSS pour la livraison de p\u00e9trole qui servit de base \u00e0 l\u2019accord commercial plus g\u00e9n\u00e9ral sign\u00e9 entre l\u2019Italie et les Sovi\u00e9tiques en juin 1961 (cf nos propos aux pages pr\u00e9c\u00e9dentes). D\u2019ailleurs il y aurait eu un autre article critique dans un journal tunisien sur le m\u00eame probl\u00e8me mais Milani n\u2019en donne pas le titre. Le service des relations publiques r\u00e9pond \u00e0 Milani en consid\u00e9rant qu\u2019il s\u2019agit peut-\u00eatre d\u2019une pression qu\u2019exercerait ce journal libanais \u2013 voire aussi celui (inconnu) de Tunis \u2013 pour obtenir un meilleur accueil de la part de l\u2019office de presse de l\u2019ENI. En somme pour acqu\u00e9rir un surcro\u00eet de recettes publicitaires la r\u00e9daction du journal n\u2019h\u00e9siterait pas \u00e0 attaquer l\u2019ENI. La relation, ambigu\u00eb, entre le groupe industriel italien et les journaux est donc probablement plus complexe que l\u2019on a tendance \u00e0 le penser. Il ne suffit probablement pas de leur assurer un financement m\u00eame r\u00e9gulier. La subordination de ces journaux vis-\u00e0-vis de l\u2019ENI est certes financi\u00e8re, mais la d\u00e9pendance de l\u2019ENI \u00e0 leur \u00e9gard est d\u2019une autre nature. Le groupe italien a besoin d\u2019eux pour s\u2019implanter dans ces pays et pour, surtout, pr\u00e9server une image de marque tiers-mondiste&#8230; que l\u2019accord avec l\u2019URSS risque d\u2019\u00e9corner en partie. D\u00e8s lors de quel c\u00f4t\u00e9 se situe le plus grand assujettissement\u00a0?<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">127<\/span>En outre comment d\u00e9finir dans toutes leurs facettes les activit\u00e9s et les attributions de l\u2019office de presse de Tunis (tout comme probablement celui de Beyrouth)\u00a0? Gr\u00e2ce \u00e0 lui Mario Pirani avait tr\u00e8s certainement des contacts officieux avec les dirigeants du GPRA mais nous n\u2019en avons rencontr\u00e9 aucune trace \u00e9crite directe&#8230; tout simplement parce que les services archivistiques de l\u2019ENI, encore en 2007 et 2008, nous l\u2019interdisent. Et pourtant ces m\u00eames services reconnaissent sans aucunement s\u2019en cacher que les preuves mat\u00e9rielles, \u00e9crites, existent. Ils n\u2019utilisent m\u00eame pas le paravent de la r\u00e8gle habituelle de prescription cinquantenaire et admettent sans fard les raisons politiques de cette interdiction. Mais tout cela ne manque pas de contradictions. Lors de notre premier s\u00e9jour \u00e0 Pomezia, si\u00e8ge des archives de l\u2019ENI, il nous fut interdit de photocopier les rapports\/interview de Ruffolo et de Pirani \u00e9crits au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990&#8230; Mais autorisation nous en fut donn\u00e9e l\u2019ann\u00e9e suivante\u00a0!<\/p>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">128<\/span>Ces documents ne g\u00eanent probablement pas les contacts entre l\u2019ENI italienne et la SONATRACH alg\u00e9rienne \u00e0 l\u2019heure actuelle car rien, apparemment, dans la divulgation de ces archives ne devrait contrarier les relations p\u00e9troli\u00e8res et politiques entre la p\u00e9ninsule et ce grand pays saharien qu\u2019est l\u2019Alg\u00e9rie. La v\u00e9ritable raison est bien plut\u00f4t \u00e0 chercher du c\u00f4t\u00e9 des relations politiques entre Rome et Paris. Cette affaire est manifestement encore tr\u00e8s sensible ou tout au moins les dirigeants de l\u2019entreprise italienne sont convaincus \u00e0 tort ou \u00e0 raison que laisser des chercheurs travailler sur certains de leurs cartons risquerait encore au d\u00e9but du\u00a0xxi<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle de provoquer quelque incident diplomatique entre les deux s\u0153urs latines. Avec une telle attitude le risque imm\u00e9diat encouru par les dirigeants actuels de l\u2019ENI est de laisser croire, par la multiplication des t\u00e9moignages oraux des t\u00e9moins de l\u2019\u00e9poque repris dans un grand nombre d\u2019ouvrages \u00e0 succ\u00e8s, combien l\u2019influence de Mattei et de ses proches \u00e9tait grande sur le FLN. Cela ne peut qu\u2019aggraver la ranc\u0153ur accumul\u00e9e par beaucoup en France \u00e0 l\u2019encontre de la tra\u00eetrise italienne lors de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie&#8230; une tra\u00eetrise qui se serait ajout\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9c\u00e9dente en 1940, bien entendu dans un tout autre contexte. L\u2019interdiction d\u2019acc\u00e8s \u00e0 ces archives accentue le myst\u00e8re et la suspicion qui sont, peut-\u00eatre, bien exag\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">129<\/span>Mais cet office de presse n\u2019avait pas que cette fonction \u00ab\u00a0politique\u00a0\u00bb comme nous avons essay\u00e9 de le montrer. Les lettres de mission dont disposaient Pirani \u00e0 Tunis mais aussi Milani \u00e0 Beyrouth r\u00e9v\u00e8lent que ces offices \u00e9taient des rouages essentiels dans la strat\u00e9gie d\u2019implantation dans le monde arabe de la firme italienne\u00a0: faire conna\u00eetre les activit\u00e9s du groupe industriel transalpin\u00a0; essayer d\u2019infl\u00e9chir les articles de presse tunisiens ou moyen-orientaux pour qu\u2019ils se montrent (plus) favorables \u00e0 l\u2019ENI\u00a0; rendre compte des articles de presse relatant les grands \u00e9v\u00e9nements, italiens ou non, tout en signalant la fa\u00e7on avec laquelle ces m\u00eames journaux les pr\u00e9sentaient \u00e0 un lectorat arabe. Manifestement de telles activit\u00e9s sont aux fronti\u00e8res d\u2019attributions strictement journalistiques mais d\u00e9j\u00e0 largement \u00e9conomiques ce qui en rend l\u2019\u00e9tude particuli\u00e8rement int\u00e9ressante. En effet dans le cas de l\u2019ENI de Mattei il est illusoire de vouloir distinguer de mani\u00e8re \u00e9tanche les fonctions productives ou financi\u00e8res d\u2019entreprises du groupe avec la volont\u00e9 du Condottiere de contr\u00f4ler la presse. Cette volont\u00e9 ne se limite pas au seul registre de la propagande ou tout au moins au seul d\u00e9sir de faire conna\u00eetre le groupe que l\u2019on dirige. Ces offices de presse sont bien plut\u00f4t un \u00e9l\u00e9ment \u00e9conomique au m\u00eame titre que telle ou telle entreprise qui doit contribuer \u00e0 la r\u00e9ussite globale de l\u2019ENI dans son implantation n\u00e9cessaire en pays arabes.<\/p>\n<p class=\"texte\"><span class=\"paranumber\">130<\/span>Ce tiers-mondisme affich\u00e9 dispose ainsi de motivations financi\u00e8res et comptables qui se distinguent mal d\u2019objectifs strictement politiques. N\u2019est-ce pas une preuve de plus du \u00ab\u00a0n\u00e9o atlantisme\u00a0\u00bb italien au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960, mais sous sa forme entrepreneuriale et manag\u00e9riale\u00a0?<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div id=\"notes\" class=\"section\">\n<h2 class=\"section\"><span class=\"text\">R\u00e9f<\/span><\/h2>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn1\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn1\">1<\/a>\u00a0C\u2019est l\u00e0 l\u2019exemple type de l\u2019apport tr\u00e8s r\u00e9cent des nouvelles recherches comme celles de Daniele Pozzi. Ce dernier d\u00e9montre que le milieu d\u2019origine de Mattei n\u2019\u00e9tait pas si humble que l\u2019affirment beaucoup de ceux qui \u00e9crivent sur Mattei. Son p\u00e8re \u00e9tait certes brigadier des carabiniers mais sa m\u00e8re \u00e9tait d\u2019une extraction sociale relativement plus \u00e9lev\u00e9e. Elle \u00e9tait la fille d\u2019un petit entrepreneur et d\u2019une institutrice directrice d\u2019une \u00e9cole maternelle locale. D. Pozzi,\u00a0<em>Dai gatti selvaggi al cane a sei zampe. Tecnologia, conoscenza e organizzazione nell\u2019AGIP e nell\u2019ENI di Enrico Mattei<\/em>, Venise, 2009, p.\u00a0152-153.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn2\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn2\">2<\/a>\u00a0C. M. Lomartire,\u00a0<em>Mattei.\u00a0<\/em><em><span lang=\"en\" xml:lang=\"en\">Storia dell\u2019italiano che sfido i signori del petrolio<\/span><\/em><span lang=\"en\" xml:lang=\"en\">, Milan, 2006, p.\u00a051-52.<\/span><\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn3\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn3\">3<\/a>\u00a0I. Pietra,\u00a0<em>Mattei, la pecora nera<\/em>, Milan, 1987. L\u2019ouvrage a \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9dit\u00e9 sous les auspices du journal\u00a0<em>La Repubblica\u00a0<\/em>en 2006, 300 pages. Page 49, Pietra affirme que cette entreprise a \u00e9t\u00e9 plut\u00f4t cr\u00e9\u00e9e en 1931. Cela signifierait que Mattei a rompu avec Lowenthal alors qu\u2019il avait d\u00e9j\u00e0 mis sur pied la Societ\u00e0 Anonima Industria Chimica Lombarda, contrairement \u00e0 ce que laisse entendre Lomartire puisque pour ce dernier, la nouvelle entreprise daterait de 1934. Il est \u00e9vident que selon la chronologie adopt\u00e9e, le comportement de chef d\u2019entreprise qu\u2019est le jeune Mattei n\u2019est pas le m\u00eame.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn4\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn4\">4<\/a>\u00a0B. Coriat,\u00a0<em>Penser \u00e0 l\u2019envers. Travail et organisation dans l\u2019entreprise japonaise<\/em>, Mesnil-sur-l\u2019Estr\u00e9e, 1991. L\u2019auteur d\u00e9crit pas \u00e0 pas les transformations op\u00e9r\u00e9es chez Toyota pages 26 et suivantes, en particulier les diff\u00e9rentes \u00e9tapes chronologiques de ce qu\u2019on appellera plus tard l\u2019ohnisme ou toyotisme.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn5\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn5\">5<\/a>\u00a0I. Pietra,\u00a0<em>Mattei<\/em>&#8230; cit., 2006, p.\u00a051.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn6\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn6\">6<\/a>\u00a0C. M. Lomartire,\u00a0<em>Mattei<\/em>&#8230; cit., p.\u00a0127-128.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn7\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn7\">7<\/a>\u00a0<em>Ibid<\/em>., page 61.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn8\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn8\">8<\/a>\u00a0Archives Historiques de l\u2019ENI, entrepos\u00e9es \u00e0 Pomezia. \u00c0 partir de maintenant nous utiliserons pour les d\u00e9signer le sigle AHENI.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\">AHENI, fondo ENI, testo 1 Tunisia, NUA 464D, UDC 3. Inter Interview de Ruffolo, page 7. Ruffolo ajoute meme que Mattei etait convaincu de la convergence des interets de son entreprise avec ceux de la nation. Mais est-ce la un comportement specifiquement italien\u00a0? N\u2019a-t-on pas dit pendant longtemps\u00a0: \u00ab\u00a0ce qui est bon pour General Motors est bon pour l\u2019Amerique\u00a0\u00bb\u00a0?<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn9\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn9\">9<\/a>\u00a0N. Perrone,\u00a0<em>Enrico Mattei<\/em>, Bologne, 2001, p.\u00a012-13.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn10\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn10\">10<\/a>\u00a0G. Bruccianti,\u00a0<em>Enrico Mattei. Assalto al potere petrolifero mondiale<\/em>, Milan, 2005, p.\u00a069. Cet auteur cite le travail de Paolo Nello,\u00a0<em>Dino Grandi<\/em>, publi\u00e9 en 2003 \u00e0 Bologne (p. 239240). Bruccianti transcrit d\u2019ailleurs les indications archivistiques de Nello\u00a0:\u00a0<em>archivio storico dell\u2019ENI\u00a0; NUA, 457 (1954-1962) contenente la corrispondenza Grandi-Mattei, pagina 331, nota 20<\/em>. Il est quand m\u00eame surprenant que Giovanni Bruccianti n\u2019ait pas \u00e9prouv\u00e9 le besoin d\u2019aller consulter les archives historiques de l\u2019ENI, alors qu\u2019il cite un auteur qui, lui, s\u2019est oblig\u00e9 \u00e0 le faire\u00a0!<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn11\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn11\">11<\/a>\u00a0G. Bruccianti,\u00a0<em>Enrico Mattei&#8230;\u00a0<\/em>cit., p.\u00a014-15.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn12\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn12\">12<\/a>\u00a0M. C\u00fcppers, et K.-M. Mallmann,\u00a0<em>Croissant fertile et croix gamm\u00e9e. Le III<\/em><sup><em>e\u00a0<\/em><\/sup><em>Reich, les Arabes et la Palestine<\/em>, Lagrasse, (traduction fran\u00e7aise d\u2019un ouvrage paru \u00e0 Darmstadt en 2006), 2009. Les deux auteurs qui ont travaill\u00e9 sur des sources d\u2019archives allemandes de l\u2019\u00e9poque nazie signalent, page 185, qu\u2019au sein des jeunes Officiers Libres \u00e9gyptiens vers 1941 et surtout 1942 au moment de la plus grande menace de l\u2019Afrika Korps sur le canal de Suez, Gamal Abdel Nasser lisait avec passion\u00a0<em>les Protocoles des Sages de Sion<\/em>. Quant \u00e0 Anouar al-Sadate il r\u00e9sumait les liens de l\u2019arm\u00e9e \u00e9gyptienne avec le national-socialisme en d\u00e9clarant apr\u00e8s la guerre\u00a0: \u00ab\u00a0Nous avons agi en parfaite harmonie avec eux\u00a0\u00bb. Cette harmonie militaire tenait \u00e0 la volont\u00e9 commune de vaincre le Royaume Uni mais aussi de liquider le Yichouv c\u2019est-\u00e0-dire la pr\u00e9sence juive en Palestine. Ces jeunes dirigeants arabes apr\u00e8s 1948 trouv\u00e8rent dans leur combat maintenant contre un Yichouv devenu Isra\u00ebl une oreille attentive aupr\u00e8s d\u2019anciens nazis. On le voit les relations avec ces derniers, au moins en Egypte, durant les ann\u00e9es cinquante et au-del\u00e0 se situaient dans la continuit\u00e9 de contacts nou\u00e9s pendant la guerre avec le III\u00b0 Reich.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn13\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn13\">13<\/a>\u00a0N. Perrone,\u00a0<em>Enrico Mattei&#8230;\u00a0<\/em>cit., p.\u00a0132. La collaboration de Schacht, selon cet auteur, fut surtout utile \u00e0 Mattei pour \u00e9tablir des contacts en RFA. Voir aussi I. Pietra,\u00a0<em>Mattei&#8230;\u00a0<\/em>cit., p.\u00a0189<em>.<\/em><\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn14\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn14\">14<\/a>\u00a0I. Pietra,\u00a0<em>Mattei&#8230;\u00a0<\/em>cit., p.\u00a0231. Rappelons que Schacht est n\u00e9 en 1877 et mort en 1970 \u00e0 Munich. Il a donc 85 ans lors des fun\u00e9railles d\u2019Enrico Mattei, c\u2019est-\u00e0-dire pr\u00e8s de trente ans de plus que l\u2019industriel italien.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn15\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn15\">15<\/a>\u00a0AHENI, Pomezia, fondo ENI, testo 1 Tunisia, NUA 462C, UDC 3. Voir la page 35 de l\u2019interview de Mario Pirani.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn16\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn16\">16<\/a>\u00a0G. Galli,\u00a0<em>Enrico Mattei\u00a0: petrolio e complotto italiano<\/em>, Milan, 2005, p.\u00a015.<br \/>\nCet auteur cite le travail d\u2019Alberto Asor Rosa,\u00a0<em>Scrittori e popolo<\/em>, paru chez Samon\u00e0 e Savelli, Rome, 1965, en particulier la p.\u00a0104.<br \/>\nDans l\u2019\u00e9dition \u00ab\u00a0Gli Strizzi\u00a0\u00bb n 337 chez Einaudi de l\u2019ouvrage d\u2019Alberto Rosa, voir les p.\u00a098 \u00e0 105 dans lesquelles ces diff\u00e9rents auteurs sont \u00e9voqu\u00e9s sur ces questions.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn17\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn17\">17<\/a>\u00a0A l\u2019Istituto Sturzo \u00e0 Rome, l\u2019acc\u00e8s aux archives de la D\u00e9mocratie Chr\u00e9tienne milanaise vers 1960-1962, en particulier le\u00a0<em>Fondo Granelli<\/em>, d\u00e9montre que cette fraction \u00ab\u00a0La Base\u00a0\u00bb \u00e9tait tr\u00e8s structur\u00e9e en relation avec Italo Pietra qui dirigeait\u00a0<em>Il Giorno\u00a0<\/em>en \u00e9tant la couverture de Mattei. Une telle fraction ne pouvait pas se limiter au seul soutien qu\u2019elle apportait au pr\u00e9sident de la r\u00e9publique Gronchi.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn18\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn18\">18<\/a>\u00a0G. Galli,\u00a0<em>Enrico Mattei&#8230;\u00a0<\/em>cit., p.\u00a0133.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn19\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn19\">19<\/a>\u00a0<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0153. L\u2019auteur cite cette interview publi\u00e9e dans le num\u00e9ro de l\u2019hebdomadaire fran\u00e7ais en date du 10 ao\u00fbt 1961.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn20\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn20\">20<\/a>\u00a0H. Hummel et W. Siewert,\u00a0<em>La M\u00e9diterran\u00e9e<\/em>, Paris, traduit et publi\u00e9 chez Payot, 1937 (<em>Biblioth\u00e8que g\u00e9ographique)<\/em>, p.\u00a0128132 et 136.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn21\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn21\">21<\/a>\u00a0P. Frascani,\u00a0<em>Il mare<\/em>, Bologne, 2008.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn22\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn22\">22<\/a>\u00a0<em>Ibid.\u00a0<\/em>Voir le chapitre 4 \u00e0 partir de la page 125.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn23\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn23\">23<\/a>\u00a0C. M. Santoro,\u00a0<em>La politica estera di una media potenza<\/em>, Bologne, 1991, page 174<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn24\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn24\">24<\/a>\u00a0C. M. Lomartire,\u00a0<em>Mattei&#8230;\u00a0<\/em>cit., p.\u00a0215. L\u2019auteur signale qu\u2019en mai 1955 l\u2019ENI acquit une participation dans l\u2019International Egyptian Oil Company (IEOC). Cela permit \u00e0 la firme italienne de devenir en 1957 l\u2019actionnaire principal (51\u00a0%) de la Compagnie Orientale des P\u00e9troles d\u2019Egypte (COPE) alors que les Egyptiens n\u2019en d\u00e9tenaient que 49\u00a0%.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn25\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn25\">25<\/a>\u00a0J. Jolly,\u00a0<em>L\u2019Afrique et son environnement europ\u00e9en et asiatique. Atlas historique<\/em>, Paris, 2008. L\u2019auteur, pour \u00e9voquer l\u2019incursion des marocains, emploie page 120 l\u2019article ind\u00e9fini \u00ab\u00a0des\u00a0\u00bb pour d\u00e9signer les Sahraouis.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn26\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn26\">26<\/a>\u00a0Les archives de TOTAL-CFP sont consultables \u00e0 la Tour TOTAL de La D\u00e9fense pr\u00e8s de Paris.<br \/>\nArchives Total, Compagnie Fran\u00e7aise des P\u00e9troles Alg\u00e9rie, r\u00e9f\u00e9rence\u00a0: 90.8\/, dossier\u00a0: 1, \u00ab\u00a0Documents de la Revue des Deux Mondes\u00a0\u00bb, n\u00b0\u00a04 janvier 1959, th\u00e8me d\u2019\u00e9tude\u00a0:\u00a0<em>Sahara, la question du jour<\/em>.<br \/>\nPage 15 nous trouvons une carte qui pr\u00e9sente les limites de l\u2019O.C.R.S. (cr\u00e9\u00e9e depuis deux ans). Nous avons utilis\u00e9 cette carte mais en y rajoutant les zones de Tarfaya, de l\u2019Atlas marocain et de Tindouf localit\u00e9 en zone alg\u00e9rienne mais rattach\u00e9e \u00e0 l\u2019OCRS afin d\u2019\u00e9clairer la logique (g\u00e9o\u00e9conomique) marocaine et celle de l\u2019ENI.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn27\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn27\">27<\/a>\u00a0Biblioth\u00e8que de l\u2019Institut Culturel Alg\u00e9rien de Paris, collection compl\u00e8te\u00a0<em>d\u2019El Moudjahid\u00a0<\/em>clandestine n\u00b0\u00a01, journaux 1 \u00e0 29, p.\u00a0417. Il s\u2019agit du num\u00e9ro 22 du 16. Voir le volume avril 1958.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn28\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn28\">28<\/a>\u00a0R. H. Rainero,\u00a0<em>Les Italiens dans la Tunisie contemporaine<\/em>, Paris, 2002, p.\u00a0192-193.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn29\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn29\">29<\/a>\u00a0D. J. Grange,\u00a0<em>L\u2019Italie et la M\u00e9diterran\u00e9e (1896-1911)<\/em>, Rome, 1994 (<em>Collection de l\u2019\u00c9cole fran\u00e7aise de Rome<\/em>, 197), chapitre XXVIII,\u00a0<em>Une politique arabe<\/em>, p.\u00a01469-1510 et plus particuli\u00e8rement les p.\u00a01472-1477.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn30\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn30\">30<\/a>\u00a0D. J. Grange,\u00a0<em>op.\u00a0cit.<\/em>, p.\u00a01474 et la note 13 au bas de cette page.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn31\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn31\">31<\/a>\u00a0D. J Grange,\u00a0<em>op.\u00a0cit.<\/em>, note 14 de la p.\u00a01475.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn32\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn32\">32<\/a>\u00a0Bagnato, Bruna,\u00a0<em>Petrolio e politica. Mattei in Marocco<\/em>, Florence, 2004, p.\u00a025 et la note n\u00b0\u00a09 au bas de cette page.<br \/>\nLa revue\u00a0<em>Civitas\u00a0<\/em>a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e en 1919 par Filippo Meda repr\u00e9. sentant du Partito Popolare de Luigi Sturzo. Il la dirigea jusqu\u2019en 1925. Paolo Emilio Taviani, lui aussi fondateur de la revue, fut \u00e0 sa t\u00eate de 1950 \u00e0 1995, c\u2019est-\u00e0-dire au moment. o\u00f9 Insabato publia son article (1951).<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn33\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn33\">33<\/a>\u00a0A. Del Boca,\u00a0<em>Italiani, brava gente\u00a0?<\/em>, Milan, 2005.\u00a0<em>Corriere Della Sera<\/em>, mardi 27 d\u00e9cembre 2005, p.\u00a030.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn34\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn34\">34<\/a>\u00a0A. Del Boca,\u00a0<em>Le refoulement des fautes coloniales et le mythe de l\u2019Italien \u00ab\u00a0diff\u00e9rent\u00a0\u00bb\u00a0<\/em>dans G. Meynier et M. Russo (dir.),\u00a0<em>L\u2019Europe et la M\u00e9diterran\u00e9e\u00a0: strat\u00e9gies et itin\u00e9raires politiques et culturels en M\u00e9diterran\u00e9e. France et Italie\u00a0<\/em><em>xix<\/em><sup><em>e\u00a0<\/em><\/sup><em>et\u00a0<\/em><em>xx<\/em><sup><em>e\u00a0<\/em><\/sup><em>si\u00e8cles<\/em>, Actes du colloque tenu \u00e0 Nancy-Malz\u00e9ville les 4, 5 et 6 septembre 1997, Paris, 1999, p.\u00a017-24 (particuli\u00e8rement p.\u00a020).<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn35\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn35\">35<\/a>\u00a0<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a022.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn36\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn36\">36<\/a>\u00a0Cf le journal\u00a0<em>Corriere della Sera<\/em>, dimanche 31 ao\u00fbt 2008. Titre en premi\u00e8re page\u00a0:\u00a0<em>accordo con la Libia dopo 40 anni. Le scuse di Berlusconi \u00ab\u00a0per chiudere con il passato coloniale\u00a0\u00bb.<\/em>\u00a0Articles de Paola Di Caro p.\u00a02\u00a0:\u00a0<em>Berlusconi, patto con Gheddafi \u00ab\u00a0Ora meno clandestini e pi\u00f9 gas\u00a0\u00bb.<\/em>\u00a0Article de Paolo Conti p.\u00a03\u00a0:\u00a0<em>Scud su Lampedusa e t\u00e8 nel deserto. Le stagioni del Colonnello antiitaliano. Il feeling con Andreotti, le risate con d\u2019Alema. Fino al viaggio decisivo del premier\u00a0<\/em>[Berlusconi].<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn37\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn37\">37<\/a>\u00a0L. J. Nagy,\u00a0<em>Le bloc socialiste et la d\u00e9colonisation en M\u00e9diterran\u00e9e\u00a0<\/em>dans G. Meynier et M. Russo (dir.),\u00a0<em>L\u2019Europe et la M\u00e9diterran\u00e9e<\/em>&#8230;cit., p.\u00a0155-166.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn38\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn38\">38<\/a>\u00a0<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0156-160.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn39\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn39\">39<\/a>\u00a0<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0161.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn40\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn40\">40<\/a>\u00a0E. Martelli,\u00a0<em>L\u2019altro atlantismo. Fanfani e la politica estera italiana (1958-1963)<\/em>, Milan, 2008.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn41\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn41\">41<\/a>\u00a0Voir un cas pr\u00e9cis du r\u00f4le jou\u00e9 par l\u2019entreprise Nuovo Pignone, un peu plus loin dans cet article, p.\u00a0192.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn42\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn42\">42<\/a>\u00a0M. Harbi et G. Meynier,\u00a0<em>Le FLN. Documents et histoire 1954-1962<\/em>, Paris, 2004. Cette anecdote est rapport\u00e9e p.\u00a0837.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn43\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn43\">43<\/a>\u00a0A. Cheurfi,\u00a0<em>La classe politique alg\u00e9rienne de 1900 \u00e0 nos jours. Dictionnaire biographique<\/em>, Alger, 2001. La biographie de Boularhouf est consultable p.\u00a0122-123.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\">B. Stora,\u00a0<em>Dictionnaire biographique de militants nationalistes alg\u00e9riens 1926-1954<\/em>, Paris, 1985. La biographie de Boularhouf est consultable p.\u00a0277-278.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn44\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn44\">44<\/a>\u00a0AHENI, Pomezia, fondo ENI, testo 1 Tunisia, NUA\u00a0: 462C, UDC 3. Voir la page 55 de l\u2019interview de Mario Pirani.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn45\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn45\">45<\/a>\u00a0<em>El Moudjahid<\/em>, num\u00e9ro 22, 16 avril 1958, pages 1 et 10. La collection compl\u00e8te de cet organe de presse clandestin est consultable \u00e0 l\u2019Institut Culturel Alg\u00e9rien de Paris.<br \/>\nI. M. Wall,\u00a0<em>Les \u00c9tats-Unis et la guerre d\u2019Alg\u00e9rie,\u00a0<\/em>Paris, 2006.<br \/>\nL\u2019auteur \u00e9voque ces probl\u00e8mes dans son chapitre quatre,<em>\u00a0Sakiet Sidi Youssef et la mission de bons offices, p.\u00a0<\/em>157-206.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn46\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn46\">46<\/a>\u00a0AHENI, Pomezia, fondo ENI, testo 1 Tunisia, NUA\u00a0: 462CUDC\u00a0: 3. Voir les pages 9 et 10 de l\u2019interview de Mario Pirani.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn47\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn47\">47<\/a>\u00a0AHENI, Pomezia, fondo ENI, relazioni esterne, unita di condizionamento\u00a0: 19, collocazione\u00a0: U.II.5, fascicolo\u00a0: NUA 21 FD (ou FO), ufficio di stampa Beyrouth, note informative.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn48\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn48\">48<\/a>\u00a0AHENI, Pomezia, dossier\u00a0<em>Tunisia<\/em>, collocazione U. III. 2 48, fascicule\u00a0: 2C E1\u00a0<em>corrispondanza<\/em>. Cette note de Mattei n\u2019est pas dat\u00e9e mais elle porte le num\u00e9ro 4626. Dans le m\u00eame dossier nous trouvons une lettre de Mattei envoy\u00e9e au chef de la Ligue Arabe en poste \u00e0 Rome, Kabbani, dat\u00e9e du 26 septembre 1961 et qui porte le num\u00e9ro 4526&#8230; par d\u00e9finition ant\u00e9rieure \u00e0 celle \u00e9crite \u00e0 Sergio Milani. En cons\u00e9quence cette lettre envoy\u00e9e au responsable de Gaz Orient ne peut \u00eatre dat\u00e9e que de la fin du mois de septembre ou du d\u00e9but du mois d\u2019octobre 1961.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn49\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn49\">49<\/a>\u00a0<span lang=\"en\" xml:lang=\"en\">D. Pozzi,\u00a0<\/span><em><span lang=\"en\" xml:lang=\"en\">Techno-Managerial Competences in Enrico Mattei\u2019s AGIP\u00a0: a prolonged accumulation process in an International network, 1935-1965<\/span><\/em><span lang=\"en\" xml:lang=\"en\">,\u00a0<\/span><a href=\"http:\/\/www.thebhc.org\/publications\/BEH\/2003\/Pozzi.pdf\"><span lang=\"en\" xml:lang=\"en\">www.thebhc.org\/publications\/BEH\/2003\/Pozzi.pdf<\/span><\/a><span lang=\"en\" xml:lang=\"en\">, Business History Conference, 2004, p.\u00a020-21.<br \/>\n<\/span>Dans sa th\u00e8se publi\u00e9e,\u00a0<em>Dai gatti selvaggi&#8230;\u00a0<\/em>cit., il \u00e9voque le B.A.H. aux p.\u00a0393 et 402. Page 396 il y a m\u00eame un organigramme du groupe ENI transform\u00e9 par les propositions de ce Consultant am\u00e9ricain.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn50\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn50\">50<\/a>\u00a0D. Bigazzi,\u00a0<em>La grande fabbrica. Organizzazione industriale e modello americano alla FIAT dal Lingotto a Mirafiori<\/em>, Milan, 2000, p.\u00a0146-147.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn51\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn51\">51<\/a>\u00a0S. Woolf (dir.),\u00a0<em>L\u2019Italia repubblicana vista da fuori (1945-2000)<\/em>, Bologne, 2007. L\u2019auteur a r\u00e9dig\u00e9 une longue introduction (pages 9 \u00e0 84) \u00e0 cet ouvrage, qu\u2019il intitule\u00a0<em>Introduzione. La storiagrafia e la Repubblica italiana<\/em>. L\u2019\u00e9vocation du blocage qu\u2019auraient provoqu\u00e9 Gentile et Croce est envisag\u00e9e p.\u00a021-22.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn52\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn52\">52<\/a>\u00a0P. Lafond,\u00a0<em>Le miroir fran\u00e7ais de la croissance italienne 1945-1963<\/em>, Rome, 2008 (<em>Collection de l\u2019\u00c9cole fran\u00e7aise de Rome<\/em>, 400), p.\u00a0387-395. Dans ces pages nous nous effor\u00e7ons d\u2019expliquer combien les th\u00e8ses de Keynes ont eu du mal a \u00eatre accept\u00e9es en Italie \u00e0 partir de 1945.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn53\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn53\">53<\/a>\u00a0P. Lafond,\u00a0<em>Le miroir fran\u00e7ais&#8230;\u00a0<\/em>cit., p.\u00a0391.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn54\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn54\">54<\/a>\u00a0M. Colitti,\u00a0<em>ENI. Cronache dall\u2019interno di un\u2019azienda<\/em>, Milan, 2008, p.\u00a014-15.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn55\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn55\">55<\/a>\u00a0AHENI, Pomezia, biblioth\u00e8que,\u00a0<em>Il Gatto Selvatico<\/em>, num\u00e9ro du printemps 1957, p.\u00a04-6.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn56\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn56\">56<\/a>\u00a0D. Pozzi,\u00a0<em>Annali della Fondazione Luigi Einaudi<\/em>, XXXVII, Florence, 2003, p.\u00a0167-198. Voir les p.\u00a0195 et 196. Voir aussi la note 65\u00a0p. 196 qui se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 une interview de Giorgio Ruffolo par l\u2019auteur le 14 f\u00e9vrier 2003.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn57\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn57\">57<\/a>\u00a0AHENI, Pomezia, fondo ENI, relazione esterne, unita di condizionamento\u00a0: 19, collocazione\u00a0: U.II.5, fascicolo\u00a0: NUA FD (ou FO), ufficio di stampa Beyrouth, corrispondenza. Il s\u2019agit d\u2019une lettre envoy\u00e9e le 23 janvier 1962 par le chef du service administratif de l\u2019ENI, Giuseppe Bartolotta, \u00e0 Sergio Milani.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn58\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn58\">58<\/a>\u00a0M. Colitti,\u00a0<em>ENI<\/em>&#8230;, cit., p.\u00a067-68.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn59\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn59\">59<\/a>\u00a0Voir J. G. March et H. A. Simon.,\u00a0<em>Les organisations. Probl\u00e8mes psychosociologiques<\/em>, Paris, 2\u00b0 \u00e9dition traduite en fran\u00e7ais, 1991, p.\u00a0190.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn60\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn60\">60<\/a>\u00a0Cette lettre du 26 septembre pose malgr\u00e9 tout un probl\u00e8me. Le service des relations publiques et d\u2019\u00e9tudes \u00e9conomiques et de la presse du groupe ENI fait parvenir au repr\u00e9sentant de la Ligue Arabe cette lettre de Mattei dat\u00e9e du 26 septembre 1961 mais accompagn\u00e9e d\u2019une autre lettre introductive qui cherche \u00e0 dissiper tout possible malentendu&#8230; sans pr\u00e9ciser la nature d\u2019un tel malentendu.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn61\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn61\">61<\/a>\u00a0AHENI, Pomezia, dossier\u00a0<em>Tunisia<\/em>, collocazione U.III.2 48, fascicule 2C E1,\u00a0<em>corrispondenza<\/em>. La lettre (avec un ent\u00eate\u00a0:\u00a0<em>comunita israelitica di Roma. Il rabbino capo<\/em>) est sign\u00e9e du grand rabbin de Rome Dot. Elio Toaff, et dat\u00e9e du 12 mars 1962. Le texte essentiel de la lettre, en italien, est le suivant\u00a0: [le grand rabbin d\u00e9clare] \u00ab\u00a0a richiesta dell\u2019interessato che l\u2019appelativo Coen che si \u00e8 aggiunto al cognome Pirani \u00e8 solo una indicazione di carattere religioso ebraico, decaduto nel caso del Sig. Mario Pirani Coen in quanto egli non \u00e8 israelita\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn62\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn62\">62<\/a>\u00a0P. Ottone,\u00a0<em>Il gioco dei potenti&#8230;\u00a0<\/em>cit., p.\u00a065.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn63\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn63\">63<\/a>\u00a0Archives Centrales d\u2019Etat de Rome, Minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur, direction g\u00e9n\u00e9rale de la s\u00e9curit\u00e9 publique, division de la police politique, busta 1029, fascicules personnels, ann\u00e9es 1927-1944. Le p\u00e8re de Mario Pirani s\u2019appelait Alberto Pirani Coen, n\u00e9 \u00e0 V\u00e9rone en 1897. Pourtant il semble qu\u2019il ait fait un s\u00e9jour \u00e0 Smyrne avant 1914, ce qui en aurait fait un \u00ab\u00a0Levantin\u00a0\u00bb. La police politique fasciste re\u00e7oit en 1929 une lettre \u00ab\u00a0priv\u00e9e\u00a0\u00bb mais sign\u00e9e demandant \u00e0 ce qu\u2019il soit radi\u00e9 de l\u2019ordre des avocats&#8230; ce qui am\u00e8ne Alberto \u00e0 \u00e9crire une lettre au chef de la police du Minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur dans laquelle il se proclame \u00ab\u00a0buon cittadino\u00a0\u00bb. Mais d\u00e8s 1939 les services de police changent l\u2019articulation de son nom, lois raciales obligent\u00a0: il n\u2019est plus Alberto Pirani Coen mais Alberto Coen.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn64\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn64\">64<\/a>\u00a0AHENI, Pomezia, fondo ENI, relazione esterne, unit\u00e0 di condizionamento\u00a0: 19, collocazione\u00a0: U.II.5, fascicolo\u00a0: NUA21 FD (ou FO), ufficio di stampa Beyrouth. Cela d\u00e9montre que les nouvelles importantes \u00e9taient transmises de Tunis \u00e0 Beyrouth tout autant qu\u2019\u00e0 Rome. Dans cette note informative Pirani signale aussi sans commentaires particuliers les pressions diplomatiques des Etats Unis. L\u2019ambassadeur am\u00e9ricain, probablement \u00e0 Tunis, fit pression sur un dirigeant alg\u00e9rien, Yazid, afin que cette d\u00e9claration de Ben Bella soit d\u00e9mentie&#8230; sinon Washigton remettait en cause un pr\u00eat de 40 milliards (quelle devise\u00a0? cela n\u2019est pas indiqu\u00e9) promis \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie ind\u00e9pendante. Yazid a obtemp\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn65\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn65\">65<\/a>\u00a0Le\u00a0<em>Who is Who in Italy\u00a0<\/em>de 1986 signale certaines de ses activit\u00e9s dans le monde de l\u2019\u00e9dition. N\u00e9 en 1926, en 1954 \u00e0 28 ans, il avait dirig\u00e9\u00a0<em>l\u2019Agenzia Italia\u00a0<\/em>et en 1959 cinq ans plus tard il patronnait\u00a0<em>Italia Domani<\/em><\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn66\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn66\">66<\/a>\u00a0AHENI, Pomezia, fondo ENI, testo 1 Tunisia, NUA 464D, UDC 3. Interview de Giorgio Ruffolo, page 18.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn67\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn67\">67<\/a>\u00a0C. M., Lomartire,\u00a0<em>Mattei<\/em>&#8230; cit., p.\u00a0184.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn68\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn68\">68<\/a>\u00a0G. Buccianti,\u00a0<em>Enrico Mattei<\/em>&#8230;, cit., p.\u00a0249.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn69\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn69\">69<\/a>\u00a0M. Va\u00efsse, (dir.),\u00a0<em>Vers la paix en Alg\u00e9rie, les n\u00e9gociations d\u2019Evian dans les archives diplomatiques fran\u00e7aises, 15 janvier 1961\u2013 29 juin 1962,\u00a0<\/em>Bruxelles, 2003. Les n\u00e9gociations de Lugrin sont envisag\u00e9es aux pages 220 \u00e0 280. Les papiers et archives \u00e9dit\u00e9s par cet ouvrage \u00e0 propos de Lugrin sont tir\u00e9s du Secr\u00e9tariat d\u2019Etat aux Affaires alg\u00e9riennes. L\u2019\u00e9change de propos 1 entre Louis Joxe et Krim Saad Dahlab qui concr\u00e9tise l\u2019\u00e9chec se situe p.\u00a0279-280.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn70\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn70\">70<\/a>\u00a0Archives Total, Compagnie Fran\u00e7aise des P\u00e9troles Alg\u00e9rie, r\u00e9f\u00e9rence\u00a0: 90.8\/, dossier\u00a0: 1, \u00ab\u00a0Documents de la Revue des Deux Mondes\u00a0\u00bb, n<sup>o\u00a0<\/sup>4 janvier 1959, th\u00e8me d\u2019\u00e9tude\u00a0:\u00a0<em>Sahara, la question du jour.<br \/>\n<\/em>Page 15 nous trouvons une carte qui pr\u00e9sente les limites de l\u2019O.C.R.S. (cr\u00e9\u00e9e depuis deux ans). Nous avons utilis\u00e9 cette carte mais en y rajoutant les zones de concessions p\u00e9troli\u00e8res, obtenues par l\u2019ENI \u00e0 la fin des ann\u00e9es cinquante\u00a0: Tarfaya et le sud tunisien.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn71\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn71\">71<\/a>\u00a0Archives Total, fonds ELF, SEREPT, cote 35 29 78, r\u00e9f\u00e9rence ab 94 39 05. Rapports annuels 1960 et 1961. Le rapport de 1963 indique sur une carte avec tr\u00e8s grande pr\u00e9cision le zonage d\u00e9limit\u00e9 des concessions avec le nom de chacune des entreprises b\u00e9n\u00e9ficiaires. La l\u00e9gende de cette carte comporte deux r\u00e9f\u00e9rences de permis de la SEREPT alors qu\u2019un seul type de permis appara\u00eet sur la carte. Cela s\u2019explique par le fait que nous n\u2019avons utilis\u00e9 qu\u2019un extrait de la carte r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e dans le dossier d\u2019archives. Les concessions de la SEREPT sont nombreuses et multiformes dans la zone. Le secteur du permis de la SITEP, tr\u00e8s limit\u00e9 au contraire, appara\u00eet, par nos soins, en noir.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn72\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn72\">72<\/a>\u00a0AHENI, Pomezia, fondi ENI, testo 1\u00a0: Tunisia, NUA\u00a0: 462Csala di consultazione\u00a0: 3. Voir l\u2019interview de Mario Pirani pratiquee par Giuseppe Locorotondo, pages 20 et 21.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn73\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn73\">73<\/a>\u00a0G. Chaliand et J. Minces,\u00a0<em>L\u2019Alg\u00e9rie ind\u00e9pendante<\/em>, Paris, 1972, p.\u00a025.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn74\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn74\">74<\/a>\u00a0B. Bagnato,\u00a0<em>Prove di Ostpolitik.\u00a0<\/em><em><span lang=\"en\" xml:lang=\"en\">Politica ed economia nella. strategia italiana verso l\u2019Unione Sovietica, 1958-1963,<\/span><\/em><span lang=\"en\" xml:lang=\"en\">\u00a0Florence, 2003, p.\u00a0358.<\/span><\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn75\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn75\">75<\/a>\u00a0<em>Ibid.<\/em>, pages 342 et 368<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn76\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn76\">76<\/a>\u00a0AHENI, Pomezia, fondo ENI, relazioni esterne, unit\u00e0 di condizionamento\u00a0: 19, collocazione U.II.5, fascicolo NUA 21 FD (ou FO), ufficio di stampa Beyrouth, corrispondenza. Lettre de Milani envoy\u00e9e le 25 octobre 1961 \u00e0 Enrico Bonomi qui dirige \u00e0 Rome les \u00e9tudes \u00e9conomiques au\u00a0: service des relations publiques de l\u2019ENI<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn77\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn77\">77<\/a>\u00a0AHENI, Pomezia, busta Tunisia, collocazione U. II. 5, unita di condizionamento 19, fascicule\u00a0: office de Beyrouth. Cette note de service qui commence \u00e0 envisager l\u2019organisation pratique des deux offices date du 20 novembre 1961.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn78\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn78\">78<\/a>\u00a0<em>Ibid<\/em>. La note, en fait, est adress\u00e9e \u00ab\u00a0pour information\u00a0\u00bb \u00e0 Milani. Il s\u2019agit d\u2019un document que Bartoletta transmet au Banco di Roma. Cette banque doit assurer le transfert des fonds n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019office de Milani, \u00e0 sa succursale de Beyrouth qui lui ouvrira un compte.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn79\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn79\">79<\/a>\u00a0AHENI, Pomezia, busta Tunisia, collocazione U. III. 2 48, fascicule 2C E1, corrispondenza. Il s\u2019agit d\u2019une note, dat\u00e9e du 4 janvier 1962, compos\u00e9e de multiples points pr\u00e9cis pr\u00e9sent\u00e9s de mani\u00e8re assez sch\u00e9matique. La note signale que ces diff\u00e9rents rapports des deux offices de presse doivent \u00eatre adress\u00e9s en trois exemplaires au Docteur Giorgio Ruffolo, leur responsable direct.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn80\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn80\">80<\/a>\u00a0Cette Agence Italie (<em>Agenzia Italia<\/em>) est bien connue de Sergio Milani puisqu\u2019il y disposait d\u2019une position importante depuis 1954, comme le signale le\u00a0<em>Who is Who in Italy\u00a0<\/em>de 1986.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn81\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn81\">81<\/a>\u00a0AHENI, Pomezia, fondo ENI, relazioni esterne, unita di condizionamento\u00a0: 19, collocazione\u00a0: U.II.5, fascicolo\u00a0: NUA21 FD (ou FO), office de presse de Beyrouth, corrispondenza, Rome le 4 janvier 1962.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn82\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn82\">82<\/a>\u00a0AHENI, Pomezia, busta Tunisia, collocazione\u00a0: U. III. 2 48fascicule 2C E1\u00a0: corrispondenza. Seule la premiere de ces \u00ab\u00a0notes informatives\u00a0\u00bb ne nous est pas parvenue. Comme la seconde datait du 25 janvier 1962, selon toute vraisemblance la premiere devait se situer entre le 10 et le 15 janvier 1962 puisque les instructions du service de relations publiques a Rome ont ete envoyees, elles, le 4 janvier.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn83\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn83\">83<\/a>\u00a0AHENI, Pomezia, buste Tunisia, collocazione\u00a0: U. III. 2 48, fascicule 2C E1\u00a0: corrispondenza.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn84\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn84\">84<\/a>\u00a0AHENI, Pomezia, buste Tunisia, collocazione\u00a0: U. III.2 48, fascicule 2C E1\u00a0: corrispondenza. Cette lettre dat\u00e9e du 5 d\u00e9cembre 1961 est volontairement r\u00e9dig\u00e9e en fran\u00e7ais car, et Pirani s\u2019en excuse aupr\u00e8s de Ruffolo,&#8230; cela lui \u00ab\u00a0permet de gagner du temps \u00e9tant donn\u00e9 les difficult\u00e9s de frappe en italien\u00a0\u00bb. Les claviers des machines \u00e0 \u00e9crire de l\u2019\u00e9poque tout fascicule 2C E1\u00a0: corrispondenza comme ceux des ordinateurs de maintenant n\u2019\u00e9taient pas les m\u00eames de part et d\u2019autre des Alpes\u00a0!<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn85\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn85\">85<\/a>\u00a0Archives Total, fonds CFP, r\u00e9f\u00e9rence\u00a0: 83.9\/190, copies de lettres de la direction g\u00e9n\u00e9rale 18 novembre 1963-31 mars 1964. Lettre du service de la documentation dat\u00e9e du 4 f\u00e9vrier 1964 et sign\u00e9e E. Catta.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn86\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn86\">86<\/a>\u00a0<em>Ibidem<\/em>. Voir, en fin de page 4 de la note informative, le texte italien traduit en fran\u00e7ais par nos soins\u00a0:\u00a0<em>Vi prego di sollecitare dal servizio Africa dell\u2019AGIP e dal nostro ufficio di pubblicita la approvazione del budget pubblicitario dell\u2019AGIP Tunisi che condziona la definizione dei rapporti con la stampa locale<\/em>.<\/p>\n<p class=\"notesbaspage\"><a id=\"ftn87\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#bodyftn87\">87<\/a>\u00a0AHENI, Pomezia, buste Tunisia, collocazione U. II. 5, unita di condizionamento\u00a0: 19, fascicule\u00a0: l\u2019office de Beyrouth. Cette note du service des relations publiques, redigee a Rome, date du 8 novembre 1961.<\/p>\n<p><a class=\"go-top\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#article-565\">Inicio de p\u00e1gina<\/a><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"illustrations\" class=\"section\">\n<h2 class=\"section\"><span class=\"text\">\u00cdndice de ilustraciones<\/span><\/h2>\n<table id=\"docImages\">\n<tbody>\n<tr class=\"image\">\n<th colspan=\"2\" rowspan=\"4\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/docannexe\/image\/565\/img-1-small64.jpg\" alt=\"\" \/><\/th>\n<\/tr>\n<tr class=\"legende\">\n<th scope=\"row\">Leyenda<\/th>\n<td>Fig. 1 \u2013 L\u2019importance strat\u00e9gique de la zone de Tarfaya<a id=\"bodyftn26\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn26\">26<\/a>.<\/td>\n<\/tr>\n<tr class=\"source\">\n<th scope=\"row\"><abbr lang=\"en\" title=\"Uniform Resource Locator\" xml:lang=\"en\">URL<\/abbr><\/th>\n<td><a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/docannexe\/image\/565\/img-1.jpg\">http:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/docannexe\/image\/565\/img-1.jpg<\/a><\/td>\n<\/tr>\n<tr class=\"info\">\n<th scope=\"row\">Ficheros<\/th>\n<td>image\/jpeg, 1,0M<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<tbody>\n<tr class=\"image\">\n<th colspan=\"2\" rowspan=\"4\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/docannexe\/image\/565\/img-2-small64.jpg\" alt=\"\" \/><\/th>\n<\/tr>\n<tr class=\"legende\">\n<th scope=\"row\">Leyenda<\/th>\n<td>Fig. 2 \u2013 Les concessions p\u00e9troli\u00e8res de l\u2019ENI en Afrique du Nord de 1958 \u00e0 1961<a id=\"bodyftn70\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn70\">70<\/a>.<\/td>\n<\/tr>\n<tr class=\"source\">\n<th scope=\"row\"><abbr lang=\"en\" title=\"Uniform Resource Locator\" xml:lang=\"en\">URL<\/abbr><\/th>\n<td><a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/docannexe\/image\/565\/img-2.jpg\">http:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/docannexe\/image\/565\/img-2.jpg<\/a><\/td>\n<\/tr>\n<tr class=\"info\">\n<th scope=\"row\">Ficheros<\/th>\n<td>image\/jpeg, 928k<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<tbody>\n<tr class=\"image\">\n<th colspan=\"2\" rowspan=\"4\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/docannexe\/image\/565\/img-3-small64.jpg\" alt=\"\" \/><\/th>\n<\/tr>\n<tr class=\"legende\">\n<th scope=\"row\">Leyenda<\/th>\n<td>Fig. 3 \u2013 Les concessions de la S.E.R.E.P.T. et de la S.I.T.E.P. en 1960 et 1961<a id=\"bodyftn71\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/565?lang=es#ftn71\">71<\/a>.<\/td>\n<\/tr>\n<tr class=\"source\">\n<th scope=\"row\"><abbr lang=\"en\" title=\"Uniform Resource Locator\" xml:lang=\"en\">URL<\/abbr><\/th>\n<td><a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/docannexe\/image\/565\/img-3.jpg\">http:\/\/journals.openedition.org\/mefrim\/docannexe\/image\/565\/img-3.jpg<\/a><\/td>\n<\/tr>\n<tr class=\"info\">\n<th scope=\"row\">Ficheros<\/th>\n<td>image\/jpeg, 515k<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/div>\n<div id=\"quotation\" class=\"section\"><strong>Source: https:\/\/journals.openedition.org\/<\/strong><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>The Italian third-worldism of Mattei Patrick\u00a0Lafond Enrico Mattei, mort en 1962, symbolise les succ\u00e8s \u00e9conomiques de la p\u00e9ninsule durant la Grande Croissance&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":58,"featured_media":12793,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","footnotes":""},"categories":[45,42,49],"tags":[],"class_list":["post-12792","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-derniers-articles","category-histoire-et-patrimoine","category-politique"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.3 - 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