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Le 9 octobre 2004, la scène artistique nationale perdait l’un de ses piliers, Yahia Benmabrouk, plus connu sous le nom de « l’Apprenti ».
PAR DELLOULA MORSLI
Vingt années après sa disparition, son souvenir reste vivace, gravé dans la mémoire collective grâce à une carrière riche et un engagement sans faille. C’est en 1928 que Yahia Benmabrouk voit le jour à Alger. Sa carrière théâtrale, quant à elle, débute de manière fortuite en 1940. Un jeune comédien ayant fait défaut, Mustapha Kateb, figure incontournable du théâtre algérien, fit appel à Benmabrouk pour le remplacer. Ce fut le début d’une grande carrière.
Militant de la cause nationale
En 1956, Yahia se voit contraint de mettre sa carrière entre parenthèses suite à un attentat perpétré par des extrémistes français. Sa passion pour l’art et son engagement pour son pays l’ont amené, deux ans plus tard, à revenir sur le devant de la scène en tant que l’un des membres fondateurs de la troupe artistique du Front de libération nationale (FLN), dirigée par le grand Mustapha Kateb. Fondée en Tunisie en 1958, cette troupe avait pour mission principale de porter la voix de la révolution algérienne à travers le monde.
Figure du théâtre post-indépendance
Yahia Benmabrouk a connu une effervescence artistique remarquable au sein du théâtre national algérien après l’indépendance. En effet, il s’est illustré dans une multitude productions théâtrales, s’appropriant différents rôles. Dès 1963, il marque les esprits avec sa performance dans « Hassan Terro ». Il enchaîne par la suite avec les pièces « Acteur malgré lui », « Une rose rouge pour moi », « El-Ghoula », « Ma yenfaâ ghir essah » et « Es’Soltane el hayer ». Il a joué aux côtés des plus grands noms du quatrième art, notamment dans « les concierges » en 1970, où il partage la scène avec les regrettés Sid-Ali Kouiret et Fatiha Berber. En 1972, c’est Kateb Yacine qui fait appel à lui pour « L’homme aux sandales de caoutchouc ».
Naissance de «l’Apprenti»
En 1967, Yahia Benmabrouk fait ses débuts au cinéma et à la télévision aux côtés du défunt Hadj Abderrahmane. Ensemble, ils forment le duo légendaire « l’Inspecteur Tahar et l’Apprenti », qui marque le public algérien pendant plusieurs années avec une série de films
comiques à grand succès, dont « Les vacances de l’Inspecteur Tahar » de Moussa Haddad, sorti en 1972. En dehors de ce duo mythique, Yahia Benmabrouk a également joué dans des films dramatiques comme « Chroniques des années de braise » de Mohamed Lakhdar Hamina, unique palme d’or algérienne au festival de Cannes. Après la disparition de son
compère Hadj Abderrahmane en 1981, « l’Apprenti » a déserté la scène artistique pendant plusieurs années.
Son retour au cinéma a eu lieu en 1989 avec le film « Le Clandestin » réalisé par Benamar Bakhti, ce dernier a également connu un franc succès auprès du public. Décédé en 2004 à l’âge de 76 ans, Yahia Benmabrouk est un artiste intemporel. Son humour, bien qu’ancré dans son époque, reste pertinent et universel. Ses œuvres continuent de faire rire et réfléchir les Algériens, génération après génération.