1er Interview de JazairHope, LA DIPLOMATIE ALGERIENNE: UNE FORCE TRANQUILLE

JazairHope/ Merci Mr Abdelhamid SENOUCI BEREKSI , de nous faire cet immense honneur de nous accorder le premier interview de JazairHope, dans un sujet de grande actualitée, LA DIPLOMATIE ALGERIENNE, dans un contexte marqué par une acceleration accrue des evenements geopolitiques forts, la plupart du temps subtiles et surtout sournois pour les profanes.

A.S.B/ Je vous remercie pour votre invitation et tout d’abord permettez-moi de souhaiter la bienvenue à Jazaïr Hope (JH) à qui je souhaite une longue vie dédiée à promouvoir l’image de l’Algérie et de sa diplomatie.

 JazairHope/ Qu’est-ce que la diplomatie ? Et quel est son rôle dans les relations entre états

A.S.B/ Chaque personne qui s’intéresse aux relations internationales souhaite trouver sa propre définition de la diplomatie. La mienne serait : ‘ La diplomatie est l’art de résoudre les différends et d’atteindre la paix entre nations par des moyens pacifiques’. J’ajouterais ‘…et par le contact personnel’. En effet rien ne remplace les relations personnelles. Nous constatons que les moyens et les techniques de communication modernes, tellement sophistiqués et tellement rapides, n’ont pu détrôner la relation et le contact personnels. Il est vrai que, durant la présente pandémie de la Covid-19, de nombreuses conférences internationales se sont déroulées selon les techniques de la vidéo-conférence mais notez que les dossiers les plus lourds ont été abordés par la technique la plus ancienne et la plus traditionnelle, le contact humain. La diplomatie, cet art d’établir les règles et pratiques pour vivre en paix entre communautés – voilà une autre définition qui rejoint la première – a toujours existé et existera tant que les nations ressentent le besoin de vivre ensemble.

JazairHope/ Dans votre livre intitulé : An introduction to algerian diplomacy from the Agguellids to the Hirakists, édition Rafar, 2020, Vous abordiez le sujet chronologiquement ce qui est déjà en soi un genre de pédagogie ; car on a pu comprendre ici et là, que si l’on veuille comprendre la diplomatie, il faut attacher ou raccorder les faits entre eux pour espérer sortir avec une synthèse assez instructive. La première remarque sur votre bouquin ça concerne la photo de couverture : pourquoi aviez-vous inversé la carte du monde (le Sud est en haut et nord en bas) ??

La diplomatie algérienne à travers l'histoire, nouveau livre de Abdelhamid Senouci Bereksi

A.S.B/ J’ai, intentionnellement, voulu reproduire la carte du monde en couverture de l’ouvrage. Presque tout le monde est habitué à la projection Mercator qui place l’Europe au centre du monde et lui donne des dimensions géographiques qui ne sont pas les siennes alors que l’Afrique est sous-dimensionnée.

Je ne cherche, en aucun cas, à réduire la place et le rôle de l’Europe, ce continent si proche de l’Afrique à tel point que l’avenir des deux continents me semble lié, mais tout simplement, à replacer l’Afrique dans ses perspectives réelles.

La projection de Peters qui a inspiré notre image, reproduit les superficies relatives de chaque continent. Il est vrai que j’ai inversé la projection de Peters et cela pour mieux mettre en exergue le continent africain et revisiter, un jour peut-être, la fameuse référence aux relations Nord-Sud.

JazairHope/ D’un point de vue chronologique, et en regardant les 3 périodes suivantes :  

  • l’ère Ottomane, ou l’Algérie était déjà un état avec une capitale, une armée régulière, des frontière et bien sûre une politique extérieure propre à elle …La preuve, l’Algérie comptait parmi les premiers pays qui avaient reconnu les USA en 1783 et avait signé, avec eux, ses propres traités de commerce et de défense (sans l’aval des Turcs).
  • l’époque coloniale française (1830-1962) marquée par deux étapes ,à savoir, celle des résistances populaires au XIXème siècle, ou l’on peut citer la résistance de l’Emir Abdelkader pendant 17 ans, mais surtout sa reputation de part le monde comme fin diplomate et de référence, puis La 2ème étape celle de l’avènement des mouvements nationaux, de Messali hadj et sa diplomatie de guerre…. Que l’on peut considérer comme précurseur à la naissance du M.A.L.G
  • Puis vint l’Algérie poste indépendance, tout de suite reconnue comme la Mecque des révolutionnaires

Peut-on correctement établir que la force de la diplomatie Algérienne tire de ses racines et de son vécu historique succinctement décrit ci-dessus ?

A.S.B/ Vous avez fait votre propre synthèse de l’ouvrage, je vais la compléter mais auparavant je dois préciser que le livre lui-même est une synthèse…chaque chapitre invite à des recherches plus approfondies.

Ceci dit, vous dégagez trois périodes relativement récentes, depuis la période Ottomane qui date du début du 16 éme siècle. Je pense qu’il est important de mentionner toutes les périodes au cours desquelles la diplomatie ou plutôt l’art diplomatique a été reconnu chez Massinissa par Tite Live, chez Jugurtha, chez Syphax dans son rôle de médiateur entre Carthage et Rome etc…

Du royaume Rostémide, du 8 éme au 10 éme siècle jusqu’à l’Etat Hafside du 14 éme siècle au 16 éme siècle en passant notamment par les royaumes et Etats Senhadja, Hammadite, Zianide etc. le territoire de ce qui est l’Algérie actuelle a connu souvent des relations internationales assez denses mues par une diplomatie active qui s’appuyait sur une économie solide et des centres d’éducation et d’enseignement de haut niveau.

L’Algérie possède une très riche histoire de sa diplomatie. J’ai essayé dans mon ouvrage de relater certains des moments les plus marquants.

J’ai surtout voulu mettre en exergue les traits qui se retrouvent pratiquement dans toutes les étapes de cette longue histoire. Cela va de la résistance à l’occupation à la volonté d’indépendance dans la prise de décisions. Ils comprennent également une recherche farouche de la paix à travers tous les moyens pacifiques, ainsi la médiation est privilégiée notamment avec Syphax. La volonté d’indépendance est si chère à Massinissa et la résistance à l’oppression est partagée par pratiquement tous les hommes d’Etat. Le recours à la violence ne s’impose que lorsque toutes les autres voies ont montré leurs limites. Le respect des engagements constitue une autre empreinte de la diplomatie algérienne à travers les âges.

Avant de répondre aux autres aspects de votre question, je voudrais relever une erreur, assez répandue, qui consiste à analyser, avec des concepts et des paramètres d’aujourd’hui, des situations survenues il y a plusieurs siècles. Les notions d’Etat, de même que les concepts d’indépendance et de souveraineté ont évolué au fil des temps. L’évolution du droit des gens au droit international a suivi celle des peuples à travers les vicissitudes de l’Histoire.

Cela est vrai quand on étudie la période ottomane qui semble vous intéresser.

J’ai effectivement écrit qu’à une certaine phase de leur histoire, Alger et Constantinople pouvaient être considérés comme les précurseurs de l’OTAN. Une alliance militaire liait les deux entités et la régence d’Alger bénéficiait d’une très large autonomie qui lui permettait de conclure des accords et signer des traités, même si cela se faisait au nom de l’Empire Ottoman, avec de nombreux Etats et principautés de l’époque. Dans mon ouvrage, je reproduis les fac-similés de quelques traités signés par la régence d’Alger avec la Grande Bretagne, la Hollande, le duché de Toscane ou les USA.

Depuis l’occupation française en 1830 jusqu’à l’indépendance de l’Algérie, les différents leaders, hommes politiques, intellectuels qui ont marqué cette période de notre histoire, ont utilisé les voies diplomatiques pour dénoncer la colonisation française et ses méthodes illégales et inhumaines et pour défendre l’identité algérienne et le droit à l’indépendance.

Il serait trop long de citer nommément toutes ces personnalités. Leur travail fut immense. Ils menèrent leurs missions dans des conditions souvent ardues.

Et certains ont été les inspirateurs des grands principes du droit international, tel le droit à l’autodétermination, et du droit humanitaire international en enrichissant les bases du droit de la guerre. Ces contributions sont reconnues au niveau international, elles devraient l’être d’avantage au niveau national.

 JazairHope/ Parlant un de l’actualité, on a l’impression que les évènements s’accélèrent et de manière concentrique a notre géographie, en effet la situation chroniquement instable dans le sahel et en Libye, les difficultés de la Tunisie et plus récemment l’officiel normalisation avec l’entité du Maroc et ses actions très hostiles récentes d’espionnage et de reconnaissance du MAK. Tout cela dans un contexte de divisions chroniques au sein de la ligue arabe et plus récemment de l’union africaine, et un contexte local marqué par un Hirak de plus d’une année dont la caractéristique majeure est son pacifisme exemplaire, mais aussi sujet a beaucoup de tentatives de manipulations pour le dévier de son objectif de contre pouvoir d’interet purement national . Quels sont a votre avis les chances et atouts de la diplomatie algérienne à naviguer ces eaux très troubles, est-ce la raison du retour de Lamamra ?

A.S.B/ Votre question sur l’actualité est multiple et couvre, en fait, l’ensemble des défis affrontés par notre pays.

A cet effet, le rappel des principes fondamentaux qui guident et inspirent la politique étrangère de l’Algérie est nécessaire.  Je trouve opportun de reprendre in extenso les principaux articles y afférant dans la Loi fondamentale du pays et de l’Etat :

Art. 29. — L’Etat œuvre à la protection des droits et des intérêts des citoyens à l’étranger, dans le respect du droit international et des conventions conclues avec les pays d’accueil ou de résidence. L’Etat veille à la sauvegarde de l’identité et de la dignité des citoyens résidant à l’étranger, au renforcement de leurs liens avec la Nation, ainsi qu’à la mobilisation de leur contribution au développement de leur pays d’origine.

Art. 31. — L’Algérie se défend de recourir à la guerre pour porter atteinte à la souveraineté légitime et à la liberté d’autres peuples. Elle s’efforce de régler les différends internationaux par des moyens pacifiques. L’Algérie peut, dans le cadre du respect des principes et objectifs des Nations Unies, de l’Union Africaine et de la Ligue des Etats Arabes, participer au maintien de la paix.

Art. 32. — L’Algérie est solidaire de tous les peuples qui luttent pour la libération politique et économique, pour le droit à l’autodétermination et contre toute discrimination raciale.

 Art. 33. — L’Algérie œuvre au renforcement de la coopération internationale et au développement des relations amicales entre les Etats, sur la base de l’égalité, de l’intérêt mutuel et de la non-ingérence dans les affaires intérieures. Elle souscrit aux principes et objectifs de la Charte des Nations Unies.

Même le fameux article 31 de la constitution algérienne qui évoque la possibilité pour l’Algérie de ‘participer au maintien de la paix’ dans le cadre des principes et objectifs de l’ONU, de l’Union Africaine et de la Ligue des Etats Arabes, ne saurait aller à l’encontre ni contredire le principe de non-ingérence, réitéré en l’article 33. Au contraire, il renforce et cadre mieux le principe de non-ingérence avec le souci de maintenir la paix !

La lecture attentive de ces articles permet de comprendre aisément pourquoi l’Algérie est profondément attachée à la paix, à la résolution des différents par des voies pacifiques, au droit à l’autodétermination des peuples soumis à une occupation étrangère, à l’égalité des Etats et au respect des principes et objectifs de la charte des Nations Unies…

Je voudrais, puisque l’occasion m’est offerte, rappeler une des premières résolutions de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) ancêtre de l’Union Africaine.

Il s’agit de la résolution A.H.G./ 16-1 du 21 juillet 1964 qui proclamait « que tous les Etats membres (de l’OUA) s’engagent à respecter les frontières existant au moment où ils ont accédé à l’indépendance » cette résolution devait mettre fin à toute question relative aux revendications territoriales qui pouvaient surgir à la fin de l’ère coloniale.

Cette résolution reflète la stratégie de paix et de stabilité en Afrique choisie par les pères fondateurs de l’Unité Africaine.

Raccordée au principe de soutien au droit à l’autodétermination des peuples encore soumis à la domination étrangère, les deux résolutions posent les fondements de la libération de l’Afrique et l’instauration d’un climat de paix et de stabilité, conditions indispensables pour un développement harmonieux, équilibré et prospère du continent.

L’Algérie est pleinement engagée dans cette œuvre colossale. Le peuple algérien y adhère ; l’appel à l’indépendance exprimé par des millions d’algériens durant les marches du Hirak est un écho à l’historique sentence de la Charte de la Soummam selon laquelle « la révolution algérienne n’est inféodée ni au Caire, ni à Moscou, ni à Washington ». Le Hirak s’est prononcé massivement pour l’unité nationale et contre l’ingérence étrangère.

La diplomatie algérienne est en train de retrouver ses marques avec le retour du ministre Ramtane Lamamra et l’impulsion du président Abdelmadjid Tebboune.

JazairHope/ Et si l’on finisse par une touche nostalgique pour nous parler de l’épisode « Sportivo-Diplomatique » de l’équipe de football du FLN, en plein guerre de libération nationale.

A.S.B/ Il est bon d’évoquer ‘l’épisode sportivo-diplomatique’, ainsi que vous la nommez !

Certes, l’équipe de foot ball du FLN a beaucoup contribué à faire connaitre la cause algérienne à l’étranger. L’hommage qui lui est rendu est comparable à l’hommage à rendre à tous ceux qui, venant du corps médical, de l’enseignement et de bien d’autres secteurs, ont sacrifié leurs carrières pour se mettre au service de la patrie.

L’Histoire de l’Algérie abonde d’exemples montrant la solidarité, le dévouement et l’altruisme dont font preuve les algériens dans les moments les plus difficiles.

P.S : JazairHope/ Mr BEREKSI, dans le contexte actuel de troisieme vague violente du covid, nous nous sommes permis d’utiliser votre photo profile de votre page facebook avec la signature « je suis vacciné » pour faire passer cet important message de la necessite de la vaccination de tout nos compatriotes.

Abdelhamid SENOUCI BEREKSI, diplomate algérien à la retraite, diplômé de l’Ecole nationale de l’administration (ENA) en 1970, a occupé plusieurs postes au ministère des Affaires étrangères avant sa retraite en 2018.

6 Comments
  1. Mohamed Redha Chettibi says

    Merci Mr Abdelhamid SENOUCI BEREKSI

  2. Susu Vitch says

    Merci à l’interviewer et à l’interviewé pour cet échange qui tombe à point nommé. Il est de Bon ton de rappeler les articles 31 à 33 de la loi cadre. Des voix s’élèvent des sociaux medias pour se substituer à la diplomatie algerienne et c’est un Pas dangereux.

    Merci à vous , Namasté 🙏

  3. Abdelhamid SENOUCI BEREKSI says

    Merci pour votre cadrage ! You went straight to the point ! Thanks

    1. Hope Jazair says

      Merci a toi Mr Senouci Bereksi

  4. Mohamed Redha Chettibi says

    merci chère Susu Vitch pour l’intérêt que vous portez à nos articles

  5. Susu Vitch says

    MRC Salem 😂🌹

    Ai-je seulement Le choix ? Le confinement oblige !
    Ouî je dispose d’un peu plus de temps pour Lire et vos articles sont Tous sans exception très instructifs j’en arrive même à me demander comment vous faites pour être aussi informés sur l’Algérie et où trouvez vous toutes ces informations. Merci à chacun de vous, vraiment.

    À tantôt et, Namasté 🙏. 💕🇩🇿💕

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