Home Algérie Algérienne SANSAL AVAIT PARLÉ DES FRONTIÈRES AVANT SON RETOUR. SADI PARLE DE TAMAZGHA AVANT LE SIEN. POURQUOI ?

SANSAL AVAIT PARLÉ DES FRONTIÈRES AVANT SON RETOUR. SADI PARLE DE TAMAZGHA AVANT LE SIEN. POURQUOI ?

by Hope Jzr
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Saïd Sadi annonce son retour en Algérie. Après sept années passées à l’étranger, l’ancien président du RCD affirme que son retour au pays est fixé au 31 juillet, avec un accueil prévu le lendemain dans son village natal.

L’essentiel du discours qui accompagne cette annonce est, somme toute, celui que l’on peut attendre d’un homme politique revenant dans son pays après une longue absence. Saïd Sadi explique son éloignement, évoque la rédaction de ses mémoires, revient sur le combat de sa génération, défend la démocratie et le pluralisme, condamne l’autoritarisme et parle de transmission aux nouvelles générations. Des thèmes parfaitement légitimes, et même nobles, pour un ancien responsable politique qui s’apprête à retrouver son pays.

Mais au milieu de ce discours minutes 6:31–7:07, apparaît un passage beaucoup plus court — probablement quelques pour cent seulement de l’ensemble — et pourtant singulièrement plus chargé politiquement : celui consacré à ce que Saïd Sadi appelle la « matrice nord-africaine, Tamazgha ».

Ce passage pourrait presque passer inaperçu au milieu d’un discours largement consacré à la démocratie, à la mémoire et à la transmission. Pourtant, lorsqu’on s’arrête précisément sur les mots employés, une question se pose : et si ces quelques phrases, quantitativement marginales dans le discours, étaient politiquement parmi les plus importantes ?

« La matrice nord-africaine, Tamazgha »

Saïd Sadi affirme : « L’accomplissement de notre peuple ne pouvait se faire en dehors de la matrice nord-africaine, Tamazgha. » Mais il poursuit avec une précision qui donne à cette déclaration une portée particulière. Il rappelle que les partis libérateurs avaient appelé à cette perspective : « avant même les indépendances de nos pays respectifs ». Et il ne présente pas cette référence comme appartenant uniquement au passé. Il affirme que « ce projet-là » constitue encore aujourd’hui « un important besoin », mais également « une solution » à offrir aux générations futures.

Dès lors, que signifie exactement cette affirmation ? Parle-t-on simplement d’une identité culturelle nord-africaine ? D’une union politique ou économique entre des États souverains conservant leurs frontières actuelles ? Ou d’une conception de Tamazgha qui dépasserait également le cadre territorial hérité des indépendances ?

Saïd Sadi ne le précise pas.

Il ne remet, dans ce discours, aucune frontière explicitement en cause. Mais lorsqu’il choisit, précisément dans le discours qui précède son retour en Algérie après sept années d’absence, de réaffirmer un projet nord-africain qu’il situe « avant même les indépendances de nos pays respectifs », tout en présentant ce même projet comme un « besoin » et une « solution » pour l’avenir, une question devient légitime :

Quelle place occupent les frontières actuelles et l’intégrité territoriale de l’Algérie dans cette conception de Tamazgha ?

Ce que Sadi ne dit pas

Il serait incorrect d’affirmer, sur la seule base de ce discours, que Saïd Sadi ne reconnaît pas les frontières actuelles de l’Algérie. Mais il serait tout aussi légitime de lui demander de clarifier sa pensée. Lorsque vous dites que « l’accomplissement de notre peuple ne pouvait se faire en dehors de la matrice nord-africaine, Tamazgha », cela signifie-t-il que le cadre national algérien actuel doit, à terme, être dépassé ? Lorsque vous rappelez que ce projet existait « avant même les indépendances de nos pays respectifs », faites-vous référence à un projet antérieur aux États et aux frontières actuelles ? Et lorsque vous présentez aujourd’hui ce projet comme « un besoin » et « une solution » pour les générations futures, reconnaissez-vous explicitement et sans réserve les frontières actuelles et l’intégrité territoriale de l’Algérie ?

Ces questions prennent une dimension particulière lorsqu’on les rapproche d’une autre affaire récente : celle de Boualem Sansal.

Boualem Sansal : quand la question devient explicite

Le 2 octobre 2024, Boualem Sansal accorde une interview au média français Frontières. Il y développe une lecture de l’histoire territoriale de l’Algérie et du Maroc selon laquelle des territoires aujourd’hui algériens auraient historiquement appartenu au Maroc avant que la colonisation française ne modifie les frontières.

Contrairement au discours de Saïd Sadi sur Tamazgha, il n’y a ici que peu de place pour le sous-entendu. La question territoriale est directement posée. Quelques semaines plus tard, le 16 novembre 2024, Boualem Sansal rentre en Algérie en provenance de France. Il est arrêté à son arrivée à Alger. Il sera ensuite poursuivi, notamment dans une affaire présentée comme touchant à l’unité nationale et à l’intégrité du territoire national, avant d’être condamné à cinq années de prison.

La séquence est donc remarquable :

Une déclaration en France. Une question touchant directement aux frontières de l’Algérie. Puis un retour au pays. Puis l’arrestation.

Sansal l’explicite, Sadi le subtil ?

Il ne s’agit pas d’affirmer que Boualem Sansal et Saïd Sadi défendent exactement la même position. Les mots employés ne sont pas les mêmes. Sansal parle directement de territoires algériens dont il conteste, historiquement, le rattachement à l’Algérie. Sadi, lui, ne remet explicitement en cause aucune frontière, il parle d’une « matrice nord-africaine, Tamazgha ».

Il affirme que l’accomplissement de « notre peuple » ne peut se faire en dehors de cette matrice. Il rappelle que le projet auquel il se réfère précède « les indépendances de nos pays respectifs » et il affirme que ce projet demeure une « solution » pour les générations futures.

Alors que Sansal a été explicite, Sadi est-il simplement culturel et régionaliste, ou son discours contient-il une conception politique plus profonde qu’il ne développe pas entièrement ? C’est précisément ce qu’il faudrait lui demander.

SANSAL ET SADI : UNE MÊME QUESTION SUR LES FRONTIÈRES HÉRITÉES DES INDÉPENDANCES ?

C’est peut-être ici que se situe le véritable point de convergence entre Boualem Sansal et Saïd Sadi : la question des frontières héritées de la colonisation puis consacrées au moment des indépendances.

Chez Sansal, la position est explicite. En affirmant que la colonisation française aurait rattaché à l’Algérie des territoires historiquement marocains, il remet directement en discussion la légitimité historique du tracé actuel de certaines frontières algériennes.

Chez Sadi, le cheminement est plus subtil.

Lors de la controverse provoquée par les déclarations de Sansal, Sadi ne clôt pas simplement le débat par une défense sans réserve des frontières actuelles. Il replace la question dans une histoire nord-africaine plus vaste et considère qu’elle doit pouvoir être discutée.

Quelques mois plus tard, dans le discours précédant son retour en Algérie, il affirme que « l’accomplissement de notre peuple ne pouvait se faire en dehors de la matrice nord-africaine, Tamazgha ». Surtout, il rappelle que ce projet existait « avant même les indépendances de nos pays respectifs » et le présente encore aujourd’hui comme « un besoin » et « une solution » pour les générations futures.

Sansal remet donc explicitement en question l’histoire du tracé de certaines frontières. Sadi, lui, inscrit son projet politique et identitaire dans une matrice nord-africaine antérieure aux indépendances et dépassant, au moins conceptuellement, les cadres nationaux qui en sont issus.

Peut-on dès lors conclure que les deux hommes ne reconnaissent pas les frontières héritées des indépendances ?

Pour Sansal, ses déclarations permettent clairement d’ouvrir cette question. Pour Sadi, le faisceau d’éléments est troublant, mais une clarification manque encore : considère-t-il Tamazgha comme une union de nations souveraines respectant leurs frontières actuelles, ou comme un projet destiné à dépasser également ces frontières ?

C’est précisément cette question que son discours laisse, jusqu’à présent, sans réponse explicite.

BHL, Sansal et la rencontre de Saint-Raphaël : les fréquentations françaises de Saïd Sadi

Le rapprochement entre Saïd Sadi et Boualem Sansal ne repose pas uniquement sur Bernard-Henri Lévy.

BHL a publiquement employé la formule « mon ami » à propos des deux hommes : « mon ami Saïd Sadi » d’un côté, « mon ami Boualem Sansal » de l’autre. Mais un autre épisode mérite une attention particulière.

Le 22 mars 2025, Saïd Sadi participe à Saint-Raphaël, en France, à une conférence-débat organisée pour soutenir Boualem Sansal et demander sa libération. La rencontre, organisée à l’initiative de la municipalité de Saint-Raphaël, réunit notamment Noëlle Lenoir, présidente du Comité de soutien international à Boualem Sansal, Arnaud Benedetti, secrétaire général du Comité, Xavier Driencourt, ancien ambassadeur de France en Algérie, Saïd Sadi et Ghilas Aïnouche. Elle est animée par la journaliste et essayiste Noémie Halioua.

Sadi n’est donc pas un simple observateur extérieur de « l’affaire Sansal ». Il prend personnellement part, en France, à une mobilisation structurée autour de l’écrivain emprisonné en Algérie.

Or, comme dans l’environnement français de Boualem Sansal, certains acteurs centraux de la mobilisation à laquelle Saïd Sadi a personnellement participé possèdent des liens publics documentables avec le CRIF ou son environnement médiatique et intellectuel, tandis que d’autres évoluent dans des espaces de la droite française et, pour certains relais de la cause Sansal, de l’extrême droite.

Noëlle Lenoir, présidente du Comité de soutien, a notamment été invitée à s’exprimer par le CRIF sur Israël et la décision de la Cour internationale de Justice. Noémie Halioua, qui animait la rencontre, apparaît également dans les publications du CRIF et a travaillé dans des médias tels qu’i24NEWS et Actualité juive. Elle partage par ailleurs avec Boualem Sansal un environnement intellectuel et éditorial antérieur à son arrestation.

À ces connexions s’ajoute Bernard-Henri Lévy, qui constitue un lien relationnel public particulièrement significatif puisqu’il a personnellement qualifié les deux hommes, Saïd Sadi et Boualem Sansal, de « mon ami ».

Il serait cependant excessif d’en conclure que Saïd Sadi appartient au CRIF ou à l’extrême droite française : aucun élément présenté ici ne permet de l’affirmer. Mais un fait demeure : Sadi s’est retrouvé personnellement engagé dans la défense de Sansal au sein d’une mobilisation dont certains acteurs et relais possèdent eux-mêmes des connexions publiques avec le CRIF, son environnement médiatique et intellectuel, ainsi qu’avec différents courants de la droite française.

La question mérite donc d’être posée : au-delà de BHL et de la mobilisation pour Sansal, jusqu’où les réseaux politiques, médiatiques et intellectuels fréquentés en France par Saïd Sadi recoupent-ils ceux de Boualem Sansal ?

Car les fréquentations communes ne démontrent pas une communauté de projet. Mais lorsque s’additionnent un « ami » commun aussi influent que BHL, une mobilisation commune autour de Sansal, des acteurs liés à des environnements politiques et médiatiques similaires et, enfin, des interrogations qui se croisent autour de l’Algérie, de son histoire et de ses frontières, ces convergences méritent au minimum d’être documentées et interrogées.

Deux hommes, deux déclarations, deux retours

Et finalement, nous revenons au point de départ : le retour de Saïd Sadi en Algérie. Car un parallèle chronologique apparaît.

Boualem Sansal vit en France. Il accorde, peu avant son retour en Algérie, une interview dans laquelle il tient des propos extrêmement sensibles sur les frontières et l’histoire territoriale du pays. Il décide ensuite de rentrer en Algérie. Il est arrêté à son arrivée.

Aujourd’hui, Saïd Sadi annonce à son tour son retour en Algérie après sept années passées à l’étranger. Et, avant son retour, il prononce un discours dans lequel il réaffirme sa conception de la « matrice nord-africaine, Tamazgha », évoque un projet remontant à « avant même les indépendances de nos pays respectifs » et présente ce projet comme « une solution » pour les générations futures.

Les deux situations ne sont pas identiques. Sansal a parlé explicitement des frontières. Sadi ne l’a pas fait.

Mais la succession des événements ne mérite-t-elle pas, au minimum, d’être interrogée ?

Le retour de Sadi : un « bis repetita » du retour de Sansal ?

Le retour annoncé de Saïd Sadi sera-t-il simplement celui d’un ancien responsable politique algérien revenant dans son pays après sept années d’absence ? Ou assistons-nous à une séquence qui, par certains aspects, rappelle étrangement celle de Boualem Sansal ?

Dans un cas, l’explicite. Dans l’autre, le subtil. Dans un cas, des déclarations directes sur les frontières. Dans l’autre, Tamazgha, un projet évoqué comme antérieur « aux indépendances de nos pays respectifs », sans clarification explicite sur la place des frontières actuelles.

Et entre les deux, au moins un personnage qui les a publiquement présentés tous deux comme ses amis : Bernard-Henri Lévy. Simple coïncidence ? Simples trajectoires individuelles qui se croisent dans certains cercles intellectuels et politiques français ? Ou existe-t-il des réseaux d’influence communs qui permettent d’expliquer certaines convergences ?

Et, question plus sensible encore : ce « bis repetita » apparent entre les séquences Sansal et Sadi est-il totalement fortuit, ou existe-t-il derrière ces trajectoires des centres d’impulsion communs ? À ce stade, rien ne permet de l’affirmer.

Mais les similitudes sont suffisamment intrigantes pour poser la question. Et peut-être qu’avant même de chercher la réponse ailleurs, une clarification simple de Saïd Sadi permettrait de lever une partie du doute :

Votre projet de Tamazgha reconnaît-il, explicitement et sans aucune réserve, les frontières actuelles et l’intégrité territoriale de l’Algérie ?

Hope&ChaDia

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