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Par Hakim Laalam
Quand l’Ukraine des régiments nazis Azov frappe la Russie, c’est de la résistance. Quand le Hamas combat Israël, c’est du…
… terrorisme !
Ben oui qu’elle est folle ! Forcément qu’elle est folle à lier ma femme à me rattraper ainsi sur le palier et à claironner «Omri ! N’oublie pas les grenades !» Y’avait personne sur ce foutu palier du 4e étage que nous partageons avec deux autres locataires. Mais je les connais, moi, les «djiran» ! J’ai clairement entendu leurs murmures derrière leurs portes blindées. Ils ont sûrement… percuté au mot «grenades». Parce que vous pensez qu’avec leur esprit tordu, ils n’auraient compris que «errouman», le fruit de saison le moins cher en ce moment, derrière le cri hystérique de mon épouse, vociférant en français — zaâma pour rendre encore plus jalouses les autres femmes de l’immeuble — «grenaaaades» ? Que nenni ! Voisines et voisins, ils sont comme Facebook et les autres réseaux sociaux en ce moment, tous en mode «algorithmes» ! Leurs oreilles ont capté «grenades» et leurs bouches vont cafter «boumba !». Oui, je sais que je vis en Dézédie, qu’il n’y règne pas ce climat détestable qui rend la vie impossible aux nôtres installés en Europe et aux Amériques. Mais tout de même ! J’ai quelques spécimens dans cette barre d’immeuble de cette portion d’Algérie où je vis que ça n’embêterait pas trop de me signaler en réseaux. Des fois que ça les aiderait dans leurs démarches de visas, va savoir ! Et là, entre-temps, après sa déjà grosse bourde, tu crois qu’elle va se calmer, ma femme lorsque, à mi-chemin vers le rez-de-chaussée, sur le palier du 2e, je me penche dans le vide, la zieute avec mon regard le plus macho et méchant-DZ et lui fait signe de la mettre en sourdine, mon index sur mes lèvres et qu’ensuite, avec mon point fermé, collé au niveau de mon oreille, je lui signifie qu’elle n’a qu’à m’appeler au téléphone si elle veut me parler ? C’est mal la connaître ! Rien, la bougresse ! «Chah’net» ! Elle est repartie plus fort dans les octaves : «Justement, chéri ! À propos de mobile, chargili ! Je t’envoie le code !» À partir de là, de cet instant précis, celui de l’amorce entre le palier du 2e étage et le niveau zéro, coïncidant avec le débit en staccatos, deux étages plus haut des mots «mobile», «chargili» et «code», j’étais désormais sûr de tomber nez à nez avec l’un des deux porte-avions de l’Oncle Joe, ses canons pointés juste sur la porte de l’immeuble. Des grenades ? Ah ! Tu veux des grenades, Momone ? Mais je vais t’en planter des grenades, en pot, sur le balcon, ma douce et tendre compagne. Plusieurs grenadiers, au point où nous en sommes. Même que si tout ton barouf ne suffit pas à ameuter la 6e flotte, nous les aiderons à mieux nous repérer sur leurs radars, en fumant l’écorce des grenades sur ce foutu balcon ! La peau de grenades, il paraît que c’est encore mieux que le thé, yal’ makhlouka !
H. L.