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Aâmi Boudjamaâ, le dernier dinandier de la Casbah

by Toufan
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Dans son échoppe perchée sur les hauteurs de la vieille Casbah d’Alger, il se livre, à longueur de journée, à sa passion. Après de longs périples de collecte de la «récup», c’est le retour au «goulot» pour s’enliser, corps et âme, dans l’univers de la dinanderie.

Mater le cuivre pour en faire les plus merveilleuses œuvres, est son dada. L’esprit créatif, la concentration et l’effort physique sont les ingrédients clés de la réussite d’un challenge renouvelé chaque jour que Dieu fait. Une passion jamais entamée voire éternelle malgré la pénibilité et l’ingratitude du métier. Aâmi Boudjamaâ Gasti est le dernier dinandier qui reste dans la Casbah d’Alger.
Âgé de 61ans, l’artisan affiche une mine certes, usée par un métier très dur, mais pleine de gaité et de satisfaction. Ses journées passées dans un petit atelier sis à la rue «Katalogui» lui procure un bonheur indescriptible et une quiétude spirituelle. Son souci majeur est de satisfaire sa clientèle parmi les mordus des œuvres artisanales en cuivre. Dès 8h00 le portillon de «son goulot» en sous-sol, est ouvert, mais difficilement localisable dans les dédales de la citadelle. Faire appel aux riverains est la seule solution pour débusquer la dextérité de Aâmi Boudjamaâ. En s’engouffrant dans l’échoppe dont le toit est en forme de voute, c’est le grand sourire qui se dessine sur le visage basané de cet humble homme. Même en s’adressant aux gens, les mains de l’artisan sont souvent occupées par une quelconque tâche ou à la recherche d’un outil dans ce grand «bazar» de vieilleries, de pièces récupérées, d’outils éparpillés pêle-mêle. «Certes, je me retrouve dans mon désordre, mais l’état de l’atelier aujourd’hui est exceptionnel», lâche-t-il, en nous invitant de se faire une petite place dans les tas d’objets qui jonchent tout le sol.
La «Tassa»
C’est en montant une cuvette en cuivre pour mariée que Aâmi Boudjamaâ nous a fait découvrir les ficelles de son métier. Il part d’un disque de cuivre pris d’une pile d’autres à divers diamètres, déjà préparés et déposés à portée de main. À défaut de pouvoir se procurer une matière première toute neuve, Aâmi Boudjamaâ se rabat sur les ustensiles abandonnés et les objets récupérés des décharges. Il fronce les sourcils en exprimant sa gêne d’être contraint de ménager le sentiment de fierté et les exigences d’un métier.  «Les feuilles de cuivre sont un luxe, le kilo de ce métal dépasse 1.800 dinars», lance-t-il en s’apprêtant à façonner l’ouvrage.
Un traitement thermique du disque est de mise avant de se mettre devant son vieux tour, initialement un tour mécanique. Et pour se tenir en bonne position, il veille à  s’attacher au tour et place le disque traité sur le moule afin de commencer la mise en forme. La mise en branle de l’engin provoque un bruit dominant toute la pièce au point de ne pas pouvoir entendre autre son. Place à la concentration sur l’ouvrage en phase de roulage. Les outils nécessaires, un chiffon et de la matière grasse sont à portée de main.
Ayant dans son escarcelle une expérience de plus de quarante ans dans la dinanderie, l’artisan manipule la machine et l’ouvrage avec grande habilité. Ces gestes machinaux font progresser l’œuvre jusqu’à lui donner la forme souhaitée en alternant traitement thermique et roulage. Et pour donner la couleur dorée scintillante, Aâmi Boudjamaâ utilise le papier verre qu’il fait passer autour de l’ouvrage. Ce travail est encore plus pénible lorsque l’objet récupéré contient déjà une ancienne sculpture qu’il faudrait effacer pour en refaire une nouvelle. Subitement, la machine s’arrête, «Là voilà notre cuvette!», brande-t-il l’ustensile tout chaud.
L’artisan artiste,  deux en un…
La cuvette est placée sur le moule pour la retreinte sur une vieille table en bois qui sert de plan de travail. Usant de son maillet, le dinandier la mate pendant quelques minutes avant de passer à l’étape la plus minutieuse, le ciselage. En ce moment, il est l’artisan et l’artiste en même temps. Ayant de l’or au bout des doigts, il laisse libre cours à son génie et n’échine à ciseler la face extérieure de la «tassa» à coup de l’outil à ciseler et de petit marteau. La sculpture prend forme en improvisant des schémas. «Il n’y a pas un modèle précis à respecter. Ça m’arrive souvent d’inventer en ciselant, mais le dessin inventé doit être reproduit sur l’œuvre de façon symétrique», explique-t-il.
 Après le ciselage vient la mise en relief de la sculpture en la «sablant». Le maillet, ce gros marteau en bois, ne quitte pas Aâmi Boudjamaâ, qui, de temps à autre, assène un coup à l’ouvrage pour l’ajuster sur le moule et peaufiner son travail. Requérant une grande diligence, ce labeur prend le plus clair du temps consacré à la réalisation d’une œuvre qu’il devrait passer à une autre machine pour arrondir ses bordures. Enfin, un dernier tour de polissage et la «tassa» de la mariée est toute prête! Et ce n’est qu’une partie de l’aventure de la fabrication d’une œuvre.
Tout en maniant l’œuvre, il raconte, à cœur ouvert, ses débuts dans le monde de la dinanderie qu’il a franchi depuis sa tendre enfance. Étant originaire de Souk-Ahras et fils d’un fellah, il a dû se déplacer et s’établir à la Casbah d’Alger à l’âge de 4 ans. Ce lien passionnel et viscéral qui le lie à ce métier artisanal s’est cristallisé en lui  progressivement en admirant les anciens dinandiers, dont regorgeait la Casbah d’antan. Au fil des années, le jeune garçon s’est imprégné de ses maîtres, notamment le maître dinandier Mohamed Zolo décédé en 1994 et à qui il revient le mérite de former des dizaines d’artisans. «Durant mon parcours j’ai exercé ce métier en côtoyant plusieurs maîtres issus de diverses races: des Algériens, Juifs, Marocains et Indiens. Ça m’a beaucoup forgé», lâche-t-il avec émotion et reconnaissance.
En toute spontanéité, Aâmi Boudjamaâ nous a livré l’histoire d’une passion qui le hante depuis  son enfance. Pour lui, la dinanderie est toute sa vie, mais elle n’est jamais une histoire de famille ou un héritage à léguer. Ses enfants refusent de marcher sur les traces de leur père, dont les mains de fée sont usées par ce métier très pénible.
Aziza Mehdid

horizons.dz    11sep 2021

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