AL-KAHINA, LÉGENDAIRE REINE DES AURÈS

Légendaire reine des Aurès, Al-Kahina est essentiellement connue comme la farouche adversaire à l’avancée des troupes musulmanes au Maghreb.  

L’essentiel des informations la concernant proviennent des sources arabes qui lui sont unanimement défavorables et qui l’ont surnommée Al-Kahina, la devineresse. Ainsi, en est-il de sa religion; certains affirment qu’elle était juive ainsi que sa tribu, les Djarawa, alors que son père portait le nom de Matiya (Mathias) et son grand-père celui de Tifan (Théophane) qui sont des noms très vraisemblablement chrétiens.

Après la défaite et la mort de Kusayla, Al-Kahina parvient à fédérer de nombreuses tribus berbères et à battre les troupes arabes d’Ifriqiya. Le calife Umayyade Abd’ al-Malik charge alors Hasan ibn al-Nu’mân de rependre la conquête du Maghreb. Quittant l’Égypte avec de nouvelles troupes le général défait les Byzantins et s’empare de Carthage; il se tourne alors vers les Aurès pour affronter Al-Kahina qui regroupe son armée aux environs de Meskiana. Les deux armées livrent bataille sur l’oued  Nini (à une quinzaine de kilomètres au sud de Ain Beîda) et les troupes écrasées refluent en désordre vers Kairouan. La défaite est si lourde que la rivière Nini est surnommée Nahr al-Bala’ (oued des épreuves). Poursuivie par Al–Kahina et ses guerriers, l’armée de Hasan ibn al-Nu’mân est à nouveau taillée en pièces prés de Gabès. Le général arabe quitte alors l’Ifriqiya pour se réfugier à Tripoli et y attendre des renforts.

Nous ne savons rien de la manière dont Al-Kahina gouverne son territoire; mais il semble, qu’à l’instar de Kusayla, elle ne mena aucunes représailles contre les Musulmans. Ceci peut être confirmé par la façon dont elle traite Khâlid ibn Yazid, fait prisonnier, ce jeune homme issu de l’aristocratie arabe, est adopté par Al-Kahina. Pour symboliser cette adoption, Al-Kahina aurait déposait sur sa poitrine dénudée, une bouille que Khâlid mangea, par cette cérémonie, qui symbolise un allaitement, l’adopté devient frère de lait des enfants d’Al-Kahina.

Toutes les sources arabes s’accordent à reconnaitre que la reine des Aurès était convaincue de sa défaite prochaine et du triomphe de l’Islam au Maghreb, aussi encouragea-t-elle ses fils à se convertir à la nouvelle religion et demanda-t-elle à Khâlid ibn Yazid de prendre soin de ses frères. Cette théorie, qui fut construite  à posteriori, semble bien peu vraisemblable.

En 697, Hasan ibn al-Nu’mân, après avoir réformé  son armée reprend la route du Maghreb; une première bataille se déroule prés de Gabès et voit la défaite d’Al-Kahina qui bat en retraite vers l’ouest. Poursuivie par les troupes musulmanes, Al-Kahina demande à ses fils et à Khâlid ibn Yazid de déserter et de se mettre sous l’autorité de son adversaire. La bataille finale se déroule à Tarfa, une localité à une cinquantaine de kilomètre de Tobna ; Al-Kahina est battue et tuée près d’un puits qui porte désormais le nom de « Bir Al-Kahina ».

Morte, selon la tradition, à  l’âge de plus de cent vingt ans, Al-Kahina aurait régné sur les Aurès près de trente-cinq ans. Alors que sa mort et sa défaite marquent la fin des grands mouvements de résistance à l’islamisation du Maghreb, la légende qui s’attache à cette prestigieuse reine berbère n’a pas cessé de nourrir l’imaginaire universel.

Extrait : Djamel Souidi -GRANDS PERSONNAGES DE L’HISTOIRE ANCIENNE DE L’ALGERIE (des origines à 1830)- Éditions du Tell, 2005 .P. 60
Image : Dihya peinte par Aitziane Hacene.

Source : Babzman

FC-DZ

Al-Kahina, reines des Aurès

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