Bijoux de la région des Aurès: un héritage civilisationnel qui refuse de disparaître

KHENCHELA – Les bijoux en argent fabriqués dans la wilaya de Khenchela constituent un héritage civilisationnel aux origines lointaines et une source de fierté pour les femmes de la région et traduisent l’identité amazighe des Aurès.

Les bijoux en argent de la région des Aurès se présentent sous forme de mosaïques aux couleurs et aux motifs multiples, liés étroitement à l’environnement dans lequel évoluent les habitants de cette aire géographique de l’Algérie.

Ces couleurs que les artisans bijoutiers de Khenchela donnent aux bijoux ont une symbolique particulière, affirme à l’APS le chercheur en patrimoine amazigh, Mohamed-Salah Ounissi, qui souligne que le jaune, fréquemment utilisé pour fabriquer ces bijoux, symbolise le soleil, tandis que le vert renvoie à la verdure et la nature, le corail rouge reflète le feu et le sang, alors que le bleu évoque le ciel et la mer.

Chaque pièce de ces bijoux comporte une signification sociale, assure ce chercheur, comme  »El Khelkhel », un bijou en forme d’anneau porté au niveau de la cheville par les jeunes mariées des dechras d’Ouled Rechache, El Mehmel, Babar et les tribus des Nememcha et qui symbolise, par son poids, le souhait de raffermir les pieds de la mariée dans son nouveau foyer et lui assurer une longue et stable vie conjugale, ajoute M. Ounissi.

Les techniques de fonte de l’argent, matière première de ces bijoux amazighs, dans les communes de Khenchela, n’ont pas trop évolué et demeurent à ce jour conformes aux procédés traditionnels, où l’argent est travaillé sur une petite enclume, tandis que la technique de la coloration par la résine exige un travail minutieux avec de fins fils d’argent, a-t-il soutenu.

Artisan-bijoutier de Khenchela cumulant 15 ans d’expérience dans ce métier acquis de père en fils, sur plusieurs générations à Chetaia dans la commune d’Ain Touila, Zoubir Merdagh assure, de son côté, que le bijou des Aurès est fabriqué avec trois matériaux : l’argent, le corail et la résine.

Et d’ajouter: « Ce travail nécessite beaucoup de maîtrise, de savoir-faire et de précision pour façonner une œuvre finement ciselée et joliment décorée avec des pierres en corail ».

S’adaptant à l’évolution du secteur de la bijouterie, cet artisan dont le local est situé en plein centre-ville de Khenchela, a élargi sa gamme de produits pour répondre à la demande des femmes de la région, mais il œuvre aussi à promouvoir, dit-il, des modèles de bijoux traditionnels authentiques en faisant des copies adaptées à tous les budgets et susceptibles d’intéresser les clientes qui souhaitent les porter lors des fêtes et d’occasions diverses.

Reconnaissant certaines difficultés à vendre les produits locaux, Merghad affirme qu’il ne renoncera jamais au métier de ses aïeuls et continuera à préserver ce legs et à le transmettre à ses fils, en dépit de la concurrence jugée déloyale des produits importés de Chine et de Turquie proposés à de bas prix par rapport au bijou local authentique qui est plus cher en raison du coût élevé des matières premières.

Cet artisan regrette, toutefois, le fait que plusieurs artisans bijoutiers de la wilaya de Khenchela aient été contraints d’abandonner cette activité ancestrale pour se tourner vers d’autres activités, après que les importateurs de produits asiatiques ont mis en péril l’avenir de centaines de familles vivant exclusivement de ce métier, reflet du patrimoine culturel et civilisationnel de la région des Aurès.

 

Dimension symbolique et fonction sociale

 

Pour Djamila Fellah, présidente de l’association locale « Djawahir Thakafia », les bijoux de la région des Aurès sont porteurs d’une symbolique et d’une fonction sociale qui s’ajoutent à la dimension esthétique de la femme chaouie qui les porte avec « El Melhfa », la tenue traditionnelle chaouie, lors des fêtes et des occasions heureuses.

« On ne peut dissocier ces bijoux en argent des tenues chaouies qui traduisent l’élégance de la femme de la région », affirme-t-elle.

Selon cette actrice du mouvement associatif, jusqu’à un passé récent, les femmes chaouies ne se séparaient jamais de leurs bijoux, même lorsqu’elles vaquaient à leurs occupations et tâches quotidiennes.

Intrinsèquement liés à l’identité chaouie, ces bijoux sont sacrés et doivent impérativement figurer dans le trousseau de la mariée, ajoute Mme Fellah, assurant que certains bijoux sont même transmis de mère en fille sur plusieurs générations, de même que ces bijoux ne sont jamais vendus par leurs propriétaires en raison de leur grande valeur symbolique.

APS 14/05/2022

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