Il nous a quittés le 14 janvier 1952 : L’inoubliable Mohamed Belouizdad

Par Mohamed Touati        lexpression.dz

C’est le premier martyr de la révolution auquel l’Algérie rend hommage en ce début d’année 2023. Emporté par la maladie, il n’a pu participer à son déclenchement et au passage à la lutte armée le 1er Novembre 1954 alors qu’il était prédestiné à son organisation et à sa structuration. Il a été l’un des fondateurs et le premier responsable de l’OS, l’Organisation spéciale, branche militaire du MTLD, Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques, fondée officiellement le 15 février 1947, plus de sept ans avant le déclenchement de la révolution. Il avait à peine 23 ans. Mohamed Belouizdad fut l’un des organisateurs de la manifestation du 1er Mai 1945, ce qui lui a valu d’être activement recherché par la police, écrira Benyoucef Ben Khedda, second président du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), dans son ouvrage, Les origines du 1er Novembre 1954.
Il poursuivra contre vents et marées son activité militante. Il mène une vie «clandestine» sous le pseudonyme de Si Messaoud. Il sera envoyé dans l’est du pays. Il y restera deux années au cours desquelles il réussit non seulement à restaurer l’Organisation, démantelée par la grande répression de mai 1945, mais à constituer des noyaux là où ils n’existaient pas. Il prendra part, à la tête de la délégation constantinoise, au congrès de 1947, qui a vu la mise en place de l’OS, dont il va prendre la tête. Intelligent et d’un courage tranquille, malgré sa jeunesse, il a investi entièrement dans le combat libérateur contre la France coloniale, témoignera Ben Khedda. Ses soucis de santé l’obligeront à céder sa place à la tête de l’OS, à Ait Ahmed, autre figure emblématique de la révolution.
Lorsque Belouizdad était encore jeune employé au Gouvernement général, il avait animé des cellules du parti à Belcourt et transmis à la direction de nombreux documents «secrets» et des informations «précieuses», révélera le leader historique et charismatique du FFS. Originaire d’une famille de Guenzet, en Kabylie, Mohamed Belouizdad est né le 3 novembre 1924 à Belcourt, quartier d’Alger qui porte son nom. Il avait cinq frères et deux soeurs, parmi eux le docteur Mustapha Belouizdad dit Othmane Belouizdad (1929 – 2022), membre des 22 du CRUA (Le Comité révolutionnaire d’unité et d’action est le nom que prend ce mouvement algérien fondé le 23 mars 1954 par le comité composé de quatre membres, deux anciens de l’Organisation spéciale (Mostefa Ben Boulaïd et Mohamed Boudiaf) et deux centralistes (Mohamed Dekhli et Ramdhane Bouchbouba alias Ould Amri). Son autre frère, Sahnoune Belouizdad, succombera sous la torture à la prison d’El Harrach. Après des études secondaires, il entre en 1944 au Gouvernement général, alors qu’il milite au sein du comité des jeunes de Belcourt (CJB) et du comité central des jeunes du Grand Alger (Ccjga), organisation du Parti du peuple algérien (PPA).
Il est désigné, après 1945, comme membre permanent à la tête du Nor Constantinois, à la suite de la répression des manifestations du 8 Mai 1945 à Gelma, Kherrata et Sétif, qui connaissent des arrestations massives de dirigeants politiques et autres militants nationalistes, mettant en déroute la quasi-totalité des structures du parti dans la région. Frappé par la tuberculose pendant de longues années, il meurt le 14 janvier 1952 à Paris, emporté par la maladie. Il repose au cimetière de Sidi M’hamed, dans le quartier populaire de Belcourt, baptisé à son nom depuis l’accession du pays à l’indépendance. Il devait ses manières «raffinées d’aristocrate à son sens des responsabilités et à son flegme», soulignera Ait Ahmed. Un vibrant hommage à un personnage historique d’exception et à une figure attachante de la révolution qui révélera ce trait de caractère, remarquable, de Mohamed Belouizdad.

 

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