Livraison de plats préparés : La nouvelle tendance

Alors que la pandémie faisait rage, de nouvelles habitudes se sont installées. La livraison de plats préparés a trouvé sa place dans le quotidien de bon nombre d’Algériens. Une tendance qui se démocratise et a conquis désormais les zones rurales.

Alors où blanchit la campagne, dans son petit village à Bordj Menaïel (Boumerdès), Saïd, ancien producteur agricole reconverti dans la livraison, se met en cuisine. Au menu, 10 plats essentiellement traditionnels mais également japonais, qu’il prépare pour les livrer dans la journée.
«La cuisine japonaise, parce que c’est plus simple pour la livraison. C’est des plats qui sont froids et les gens aiment bien», souligne le livreur. Il fut un temps, Saïd installait son food-truck au cœur des villages, près des parcs et des espaces de loisirs. Les gens venaient se servir chez lui. Mais depuis la pandémie, c’est lui qui livre directement chez le client dans une zone rurale, facturant le prix de la livraison entre 200 et 400 DA. «Ce sont de petits villages, de petites communes et des lieux-dits. Parfois même, je livre une maison en plein milieu d’une forêt. Il n’y avait pas de service de livraison à domicile dans les environs et quand je leur ai proposé ce service, évidemment les commandes ont flambé», s’est-il réjoui. Il livre dans un rayon d’une dizaine de kilomètres deux fois par semaine, de 12h à 18h, et il faut lui passer commande deux jours à l’avance. Samedi dernier, sa première livraison l’emmène dans un village à Légata. Dans la soirée, le restaurant le plus proche est à 2km à la ronde. Ce sera sushis pour ce client, ravi de se faire livrer. «Il n’y a pas de service de livraison comme dans les grandes villes où c’est habituel. C’est plus rare et les gens aiment qu’on leur amène à manger, surtout quand ce sont des plats exotiques», rétorque Saïd.
Bien qu’un peu seul sur les routes, Saïd a tout de même sauvé sa petite entreprise. Il trace son chemin et contribue au développement de la livraison en campagne, l’un des derniers territoires qu’elle n’a pas encore conquis.
Course contre la montre
En ville, les livreurs de repas font déjà bien partie du paysage. A Alger, la livraison a même changé de braquet ces derniers mois grâce aux nouvelles technologies. Sept commandes sur 10 sont passées via des applications de livraison en ligne. Même les bistrots de quartier s’y mettent et tous les petits plats souhaités sont livrés en moins d’une heure chez soi ou au bureau.
Il y a bien sûr les tacos, les burgers et les sushis, les 3 plats les plus commandés par les Algérois. Mais dernièrement, on trouve aussi des plats plus traditionnels, comme le couscous, la tchekhchoukha et les chorbas. Même des plats diététiques sont proposés en menu. On peut tout mettre dans une barquette, mais tous les plats ne voyagent pas en première classe. Ahmed, qui avait commandé une pizza à midi, la reçoit toute ramollie. Déçu de la prestation, il n’attribue au livreur que deux étoiles sur l’application.
En effet, le Vésuve s’effondre un peu derrière le marketing soigné des applications. Les restaurateurs de la livraison ont leurs petits secrets. La livraison joue des tours et brouille les pistes. Les plats livrés ne viennent pas toujours des cuisines que l’on croit et sont souvent en deçà des images mises en avant sur les applications de livraison. Pourtant, la livraison redistribue les cartes et les menus pour révolutionner notre quotidien.
Selon Ahmed, employé dans une petite entreprise, il est possible de se faire livrer tout et n’importe quel plat. «C’est avant tout une révolution des modes de consommation qui a pris une grande place depuis l’avènement de la pandémie», nous lance-t-il. Il est bientôt 16h. Ahmed et Fériel ont un petit creux. Depuis près de deux ans maintenant, le jeune technicien peut succomber à ses péchés mignons. Grâce à la livraison qui s’est largement démocratisée et où les prix ont été revus à la baisse, il peut commander un snack pour le goûter en deux clics. Scotché derrière son ordinateur, il aurait pu renoncer à ces fringales. Mais depuis qu’il a installé une application sur son téléphone, il peut tout se faire livrer depuis son fauteuil, à n’importe quel moment.
On doit ce petit bouleversement à l’arrivée en Algérie de trois noms à consonance américaine. «Jumia Food , «Fast Delivery» et «Yassir Express». Ils ont développé des outils qui permettent depuis un smartphone de mettre en relation le client et les restaurateurs de son quartier ou des environs. Ahmed enregistre en permanence sa localisation et ses commandes récentes. Les données sont enregistrées par un algorithme qui lui propose en instantané un classement de restaurants. «Déjà, l’algorithme va savoir ce que nous avons commandé les fois précédentes et pourra proposer des choix de plats qui pourraient nous intéresser. Il va aussi se fier aux avis que les gens ont laissé puisque des fois, on nous demande de noter la prestation. Donc forcément, plus il y aura de bonnes notes, plus les restaurants vont remonter dans les propositions au niveau de la zone géographique dans laquelle on se situe», nous explique Ahmed, devenu adepte des plats préparés à la livraison. Pour cet après-midi, il se fera livrer des crêpes sucrées, accompagnées de supplément chocolat aux amandes. Livraison comprise, le prix reviendra à 1.700 DA. Tout le monde peut trouver son bonheur, poursuit notre interlocuteur qui met en évidence la possibilité de choisir les ingrédients de son choix. L’application promet une crêpe servie en moins d’une demi-heure, et Ahmed peut même suivre en direct le trajet de son encas. Lui et ses collègues se font livrer jusqu’à huit fois par semaine. Les frais de livraison sont néanmoins variables et dépendent en partie de la distance entre le client et le restaurant.
La guerre des étoiles
Ahmed et Fériel qui reçoivent leurs crêpes sont conquis. «On me propose toujours d’évaluer notre dernière commande et je peux mettre entre une et 5 étoiles. En fonction de la note attribuée, le restaurateur va pouvoir, si c’est une bonne note, sûrement monter dans l’algorithme», a-t-il expliqué. «Là franchement, je n’ai pas à me plaindre. C’était très bon et ça correspondait à ce que j’ai voulu manger. Je mets 5 étoiles pour le coup», a-t-il ajouté.
Obtenir la meilleure note sur l’application, c’est un peu la guerre des étoiles. Pour rester tout en haut du classement, les restaurateurs n’ont plus le choix. Ils doivent adapter leur cuisine aux exigences des clients.
A Kouba, un petit bistrot de quartier spécialiste de la cuisine orientale a été l’un des premiers dans le quartier à travailler avec les plateformes de livraison. Sultan Express, d’une note de 4,6 sur 5 sur l’application de livraison, ne doit pas son succès aux plats mijotés. Selon Rachid, le responsable, c’est plutôt pour un plat idéal pour la livraison. Le Shish Taouk est simple et rapide à préparer. «Il suffit d’une barquette garnie de riz basmati, de salade, de frites et de briques croustillantes. Ils accompagnent le poulet grillé à la façon turque», explique le gérant. Toutefois, le restaurant a vu sa note baisser depuis quelques mois sur la plateforme de livraison. Il a dû réadapter sa recette pour retrouver les faveurs des clients. «Les gens nous faisaient savoir que les briques n’était pas suffisamment croustillantes, donc pas bonnes. Nous avons dû trouver une solution avec de nouvelles feuilles, plus fines et plus fragiles à travailler mais qui permettent de rester croustillantes durant au moins 20 minutes, soit le temps qu’elles parviennent aux consommateurs», explique Rachid. Il avouera que pour répondre à la demande de ses clients, plus nombreux désormais depuis la pandémie, les briques sont cuites une première fois, congelées puis recuites une seconde fois avant d’être servies. «Cela permet d’aller plus vite, de pouvoir assurer le service du restaurant et de répondre aux demandes qui parviennent sur l’application», a-t-il poursuivi. Selon le même responsable, la concurrence se fait de plus en plus rude sur les plateformes de livraison, ce qui les oblige à se conformer aux exigences des clients mais également aux prix pratiqués.
Walid Souahi

horizons.dz

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