Mon point de vue sur le hirak face aux échéances électorales

Quelle suite au hirak?

Par Abed Charef. écrivain et journaliste

 

(J’ai écrit ce texte en juin 2020, avec une vidéo. il reste d’actualité)

Yetnehaw_ga3 est un slogan, mais pas un programme politique.

Reprendre les marches dès que les conditions le permettent, exiger le changement du système, revendiquer un processus constituant ? C’est la position vers laquelle poussent des figures du hirak, et certains cercles qui ont hâte d’en découdre. Cela a le mérite d’être clair, simple. Mais c’est aussi une attitude figée, non productive, qui mène vers une crispation, voire un choc frontal.

Le peuple du 22 février a la possibilité d’opérer autrement. Sans rien céder sur le fond (libertés, démocratie, État de droit, séparation des pouvoirs, indépendance de la justice, liberté de la presse), il est possible d’aller vers d’autres choix, pour que le peuple puisse conquérir, ou au moins participer au pouvoir. Ça mérite débat.

Il est vrai que le système n’a pas fondamentalement changé.

Mais dire que rien n’a changé depuis le 22 février est absurde. Il suffit de rappeler que près de 25 anciens ministres sont en détention ou poursuivis en justice, et autant de généraux. Imputer cela à une simple lutte de clans relève d’une analyse primaire.

Des choses bougent, des opportunités s’offrent. On peut dire yetnehaw_ga3 et attendre que le pouvoir tombe. On peut aussi se dire que des choses sont à construire, des alternatives à mettre en place, on peut considérer que la nouvelle constitution est un non-événement, mais il est tout à fait possible de se fixer un autre agenda: s’organiser et agir pour prendre les assemblées élues.

Je connais toutes les objections. Système électoral, fraude, chkara, clientélisme, poids de l’administration, manque de confiance, etc. Je note quatre arguments pour évacuer tout ça :

1. les partis traditionnels sont morts, n’importe quel réseau crédible peut rafler la mise.

2. Penser que le pouvoir veut se régénérer en comptant sur le FLN, le RND et ce qui reste de ses clientèles, c’est considérer ce pouvoir comme totalement stupide et dépourvu de tout sens politique. Ce mépris des autres, malheureusement largement partagé au sein du hirak, est une garantie d’échec.

3. Le pays a connu le 22 février. Les fraudes et manipulations traditionnelles ne sont plus possibles.

4. Si le hirak n’est pas capable de battre des cadavres de partis, s’il n’est pas capable de surveiller les urnes, vivement qu’on l’oublie.

L’armée à été entraînée dans une aventure dangereuse. Elle s’est ressaisie en éliminant le cœur de l’ancien pouvoir et en engageant une lutte d’envergure contre la corruption. Cela mérite d’être pris en compte.Yetnehaw_ga3 est un slogan, mais pas un programme politique

https://abedcharef.wordpress.com/

 

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