JM-Oran-2022/Football : « En 1975, la défaite était interdite pour nous en finale face à la France »

ALGER- Considéré comme l’un des meilleurs joueurs de sa génération, Omar Betrouni, surnommé l’homme des derniers instants, est revenu avec émotion sur la médaille d’or remportée par l’équipe nationale aux dépens de la France (3-2), lors des Jeux méditerranéens JM-1975 d’Alger, à quelques jours des JM-2021 (reportés à 2022) d’Oran (25 juin – 6 juillet).

« Nous avons réussi nos débuts dans la compétition en battant la France (1-0), un succès qui nous a permis de croire en nos chances. Nous avons disposé ensuite de la Grèce (5-0) et de l’Egypte (1-0). En demi-finales, nous avons éliminé une coriace équipe de Tunisie (2-1, a.p). A l’issue de la qualification en finale, les autorités nous ont exigé la médaille d’or », a indiqué à l’APS Betrouni.

Sous la houlette du sélectionneur national Rachid Mekhloufi, l’équipe nationale s’est présentée dans ce tournoi méditerranéen avec des joueurs qui étaient sous les drapeaux, à l’exception de Betrouni, âgé à l’époque de 26 ans.

« J’étais le seul joueur civil. Le staff technique était à la recherche d’un ailier droit, ils ont fait appel à mes services tout en me confiant le brassard de capitaine, chose qui m’a beaucoup honoré. C’était mon premier tournoi majeur avec la sélection », a-t-il ajouté.

Et d’enchaîner :  » le tournoi de football était très suivi par les autorités locales, il y avait un grand engouement populaire. Nous étions sous les feux de la rampe. Dans un premier temps, les responsables nous ont exigé la médaille de bronze, ils ne voulaient pas nous mettre de pression, mais au fil de la compétition notre objectif était revu à la hausse ».

Le 6 septembre 1975, l’Algérie entière avait les yeux braqués sur cette grande finale, un évènement qui est resté dans la mémoire collective des Algériens.

« La finale s’est jouée dans un stade plein à craquer. C’était une finale spéciale pour tout le peuple algérien, d’autant qu’en face il y avait un adversaire qui s’appelle la France. La défaite était interdite pour nous, on a parlé entre nous les joueurs sur l’importance de remporter le tournoi et offrir la médaille d’or à l’Algérie, sous le regard de l’ancien président de la République Houari Boumédiène ».

Menés au score (1-0) à la mi-temps, les « Verts » se devaient de réagir, pour éviter une défaite qui serait considérée, le cas échéant, comme un drame national.

 » Alors que nous étions menés à la mi-temps (1-0), le Président a dépêché aux vestiaires son responsable de protocole Abdelmadjid Alahoum et nous a lancé un message court et assez clair : le Président vous a dit qu’il n’est pas question que la Marseillaise (l’hymne français, ndlr) retentisse aujourd’hui au stade. En tant que capitaine, j’avais dit aux joueurs qu’il faudrait continuer à croire jusqu’au sifflet final de l’arbitre ».

Après la pause, Mokhtar Kaoua a égalisé pour l’Algérie (71e), avant que les Français ne reprennent l’avantage (2-1) à la 76e minute, plongeant ainsi l’enceinte olympique dans la stupeur.

Loin de se décourager, les Algériens ont égalisé par Betrouni (90e), avant que Menguelti n’offrait la victoire aux siens dans la prolongation (108e).

« Sur le plan émotionnel, nous avons vécu des moments forts devant notre public. Franchement, on ne croyait pas, au fond de nous, remporter la médaille d’or. Pendant cette finale, le légendaire slogan « One, Two, Three, Viva l’Algérie  » avait retenti une des premières fois. Au coup de sifflet final, c’était une joie indescriptible et inoubliable, cette victoire symbolique face à la France avait été fêtée dans une grande une liesse populaire ».

Cette médaille d’or avait permis à Betrouni de franchir un palier sur le plan personnel :  » Cette consécration m’avait beaucoup boosté, puisqu’une année plus tard (1976) j’avais remporté un triplé historique avec le MC Alger : Championnat-Coupe d’Algérie- Coupe d’Afrique des clubs champions ».

Appelé à évoquer l’aspect organisationnel de ces JM-1975, Betrouni n’a pas tari d’éloges sur ceux qui avaient « veillé au bon déroulement de cet événement ».

« Les JM-1975 s’étaient déroulés dans des conditions exemplaires, rien n’a été laissé au hasard. Les délégations étrangères ne manquaient de rien. Les organisateurs étaient à la hauteur de l’événement. Il fallait donner une bonne image du pays, treize ans après l’indépendance ».

Enfin, Betrouni (72 ans) n’a pas omis de lancer un message à la sélection nationale des U18, appelée à représenter l’Algérie au rendez-vous d’Oran :  » Je leur demande de rester bien concentrés sur leur sujet pendant le tournoi et donner le meilleur d’eux mêmes, je leur souhaite beaucoup de succès ».

aps.dz

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