Que Cache la Crise avec l’Espagne

Alors que tout semblait pour le mieux dans les relations entre l’Algérie et l’Espagne et que leur partenariat promettait des lendemains radieux, celle-ci s’est fendue d’une déclaration, aussi subite qu’inattendue, en faveur du plan d’autonomie marocain du Sahara Occidental, dont le véritable concepteur, selon plusieurs sources, n’est autre en réalité que la France.

Or il n’y avait aucune justification objective et raisonnable pour un tel revirement, l’approvisionnement en gaz algérien se faisant le plus naturellement selon les accords et quantités contractuels.
Quelle mouche a donc piqué le partenaire espagnol ?
La mouche en question ne serait-elle pas française ? Celle-ci, se projetant en tant que hub gazier européen aurait donc vu ses ambitions réduites à néant suite aux accords énergétiques entre l’Italie et l’Algérie, qui feront du pays de Garibaldi et de Mattei le véritable hub énergétique du vieux continent.
Ne pouvant se résigner à voir ses rêves de grandeurs se volatiliser, il est très probable qu’elle ait appuyé de tout son poids pour faire pression sur l’Espagne afin de provoquer une réaction algérienne. Contrairement à ce qui a été relayé jusqu’ici, il est très peu vraisemblable que ces pressions aient été exercées par le Maroc : il n’en a tout simplement pas les moyens.
Le calcul était qu’en créant un incident diplomatique avec un pays de l’UE, cette dernière interviendrait à son tour pour amener l’Algérie à revoir ses choix stratégiques et reconduire le gazoduc passant par le Maroc et acheminant ce gaz tant convoité vers la France via l’Espagne.
Ainsi, l’Algérie se retrouve-t-elle dans un cas similaire à la Syrie, où 2 projets concurrents devaient transiter par ce pays : l’un en provenance du Qatar soutenu par l’OTAN, l’autre  venant de l’Iran. Le président syrien Bachar Al Assad s’était prononcé pour la seconde option, ce qui lui a valu l’invasion et la destruction de son pays.
La crise que connaît la Tunisie n’est pas sans rapport avec cette géostratégie du gaz dans la région. Le gazoduc alimentant l’Europe passe en effet par son territoire. Aussi déstabiliser le pays voisin revient à entraver ce circuit ou du moins faire pression sur l’Algérie une fois un gouvernement pro-OTAN installé.
Par ailleurs, un important potentiel gazier, que partageraient la Tunisie et l’Algérie, aurait été découvert en Méditerranée. Celui-ci éveillerait les convoitises de certains, qui n’ont pas intérêt à voir prospérer ce partenariat
La Tunisie paie donc sa proximité, dans tous les sens du terme, avec l’Algérie. C’est pourquoi cette dernière doit tout mettre en oeuvre pour soutenir notre voisin comme il nous avait soutenu durant la guerre d’indépendance.
Ce n’est donc que juste reconnaissance du courage de ce valeureux peuple tunisien. Les algériens n’oublieront pas le sacrifice des habitants de Sakiet Sidi Youcef, qui ont préféré subir les bombardements de l’armée française plutôt que de livrer nos moudjahidins.
Ainsi les stratèges hexagonaux emploient, en coulisses, tout leur arsenal politique, diplomatique pour orienter les décisions de l’UE, après avoir convaincu les autorités espagnoles de s’aligner sur leur vision. Notons que la France est le premier partenaire commercial de la péninsule ibérique.
Outre ces probables pressions, voire chantages à l’encontre de son voisin du sud, l’on pourra également voir une forme d’intimidation, de menaces à peine voilées dans les exercices militaires conjoints avec le royaume du Maroc aux frontières algériennes. D’ailleurs de nombreux officiers de l’état-major français déclarent régulièrement que leur pays se préparait pour une guerre de haute intensité.
Lorsque l’on observe les périmètres où ces préparatifs s’opèrent (en Méditerranée occidentale, aux frontières algéro-marocaines), il n’est pas difficile de deviner qui est visé par ces manœuvres ; de même qu’il est aisé de lire avec une limpide clarté la mise en oeuvre de la stratégie de containment dans la création de foyers de tensions tout autour de notre pays.
L’Algérie comprend parfaitement le caractère vital de l’enjeu énergétique, notamment gazier. Elle est du reste partie prenante de la sécurisation énergétique du continent européen (dans la mesure de ses capacités), mais elle n’entend pas qu’on lui dicte ses choix stratégiques et obéit encore moins aux injonctions et aux menaces (elle brisera toute tentative quelle qu’elle soit attentant à son intégrité et à sa sécurité). La souveraineté de l’Algérie dans ses choix stratégiques est non négociable.
C’est donc en toute indépendance qu’elle a conclu un partenariat gagnant-gagnant avec l’Italie, dans l’intérêt de toutes les parties pour fournir à ce dernier et à l’Europe (dont la France et l’Allemagne, plus grand importateur du continent) les quantités de gaz disponibles à l’export.
Si l’Europe (la France, par exemple) souhaite des livraisons supplémentaires, un projet existe depuis des décennies qui tarde à voir le jour en raison de blocages de certaines parties opposées à sa concrétisation nonobstant son importance cruciale.
Ainsi au lieu de tergiversations de ces adversaires hostiles (à l’Algérie bien entendu, et à son développement)  prétendant proposer une alternative que tout analyste sérieux sait être inefficace et non rentable (le gazoduc longeant la côte atlantique depuis le Nigeria et traversant plus d’une dizaine de pays), le gazoduc Nigal, quant à lui, n’attend qu’un signe des principaux concernés pour alimenter l’Europe de plus de 30 milliards de m3 de cette précieuse matière (sans compter les champs gazier du Mali, Mauritanie, Lybie, voire Sénégal, etc, qui pourraient y être raccordés). Pour la partie algérienne, en effet, la volonté politique algérienne a déjà été clairement affirmée en plusieurs occasions.
Aussi l’Algérie a bien sujet de s’interroger sur cette immixtion de l’UE dans ses affaires internes, les relations entre l’Espagne et elle-même entrant dans le cadre bilatéral. Elle est par ailleurs disposée à organiser un (ou des) sommet à Alger sur la sécurité énergétique de l’Europe (dont un premier volet serait axé sur le Nigal, donc le gaz, puis le solaire, l’hydrogène, etc) sous l’égide de l’UA, avec la participation des états producteurs africains et les investisseurs d’Europe, d’Asie (Chine, Russie, Japon, …), etc, car la sécurité énergétique, source de développement, de paix et de prospérité, est l’affaire de tous.
Or s’il est des valeurs sur lesquelles le peuple algérien ne transigera jamais, ce seront certainement le serment des chouadas, la défense des causes justes et, sa souveraineté. Aussi, suivant ces principes immuables et selon qu’on la respectera ou non, l’Algérie se montrera un partenaire solide et fiable pour bâtir un monde de paix et de prospérité partagée ou un adversaire redoutable pour défendre ses intérêts, sa sécurité et son indépendance. Les Algérien-ne-s se tiennent prêts, suivant qu’on les considèrent alliés ou ennemis, à la paix ou à la guerre.

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